La fièvre

Aux pôles d’urgences des hôpitaux, une même attente de la part des soignés et des soignants et une même interrogation : quand la fièvre tombera-t-elle ? Le diagnostic est connu depuis (trop) longtemps ; l’hôpital est malade.

Ce n’est pourtant pas faute d’avoir proposé des prescriptions. Seulement, elles apparaissent hors de prix. Quel est donc celui de la vie.

Un aide-soignant, depuis 10 ans, interviewé par un journaliste, rappelle la cause profonde des ruptures. Si les soignants parlent d’humanité, de qualité des soins, de souffrances, de la nécessité d’avoir plus de temps pour les malades pour ne point commettre des erreurs, les Pouvoirs Publics, sans contester cette approche idéale, considèrent qu’une autre organisation résoudrait bien des déficiences, attendu l’impossibilité d’augmenter les budgets.

La colère des soignants gronde mais aussi celle des malades dont l’attente trop longue est insupportée. Des mouvements de grève n’ont pu être évités, non plus que des situations de burn-out de la part du personnel soignant, médecins compris.

Une urgentiste, après 26 heures de travail sans discontinuité, ne trouve qu’une seule remplaçante pour assurer les urgences et la gestion du service mobile d’urgence et de réanimation !

Plantu, sur l’un de ses inénarrables dessins, écrit avec humour et une fine analyse : ce n’est pas parce qu’on est en grève (les urgentistes) que vous attendez, c’est parce que vous attendez qu’on est en grève.

Le manque d’argent est une conséquence ; le coupable est le corps social qui peine à prendre en compte qu’il est constitué d’humains qui ont des corps et, par-là même, sont sujets à la vulnérabilité.

L’être humain, dans les moments plus difficiles, douloureux, a besoin d’attentions dont la première urgence est de donner du temps. La parole du soigné au soignant est déjà un traitement, une prise de considération, celle d’une humanité partagée.

Difficile de penser que cette approche ne soit pas souhaitée par les deux côtés, soignants et Pouvoirs Publics. Force cependant est de constater que la feuille de prescription pour soigner la fièvre des hôpitaux – tout comme celle des EHPAD ‑ est reportée sine die.

L’Etat, une fois encore, ne peut pas tout faire. Il a pour fonction première de protéger ses ressortissants. Aussi la responsabilité, celle de la Nation toute entière, est de ne pas inviter ses Représentants à considérer que les dépenses de santé ne sont pas une charge mais un investissement témoignant du respect de la vie.

La fièvre des hôpitaux et des établissements médico-sociaux oblige à considérer que ce ‘prendre soin’ n’est pas un traitement qui s’impose. Il peut attendre !

Les plus aisés ont des relations diminuant les attentes avec le corps médical, mais les autres ont ce ressenti amer que, s’ils sont venus dans ce monde, ils ne sont pas reçus…

Terminant cette chronique, surgit l’image de tous ces passagers au large de l’île de Lampedusa. Décidemment, n’y aurait-il pas plus d’exilés que l’on pense pour ne point être troublés, encore moins bouleversés, par toutes ces attentes qui font que tant de femmes et d’hommes sont dans des « couloirs » qui n’ont rien d’humanitaires.

Quand avec nos politiques parviendrons-nous à faire l’éloge du fragile.

Bernard Devert

Août 2019

Un commentaire sur “La fièvre

  1. Bonjour,

    Je suis référente d’une équipe de bénévoles en FLE auprès de migrants. Pour ceux qui sont volontaires dans cet apprentissage, il faut constater leurs énormes progrès en quelques mois.
    Ces heures passées ensemble sont un véritable moment de partage, de convivialité, d’humouir et de tendresse……ils en manquent tant.

    Quand on dit que l’Etat les accueille, je bondis : on les reçoit, on ne les acueille pas. Pour moi, l’accueil c’est les prendre en charge jusqu’au moment où ils auront suffisamment de connaissances des bases de la langue française (environ 2 ans) pour s’ intégrer.

    Ces pauvres gens (les personnes majeures) arrivent dans un pays dont ils ne connaissent pas la langue, où ils ne connaissent personne….. Bien sûr dans certains cas ils ont un toit sur la tête,
    l’accès aux sanitaires et c’est tout ! Que ferions-nous à leur place dans leur pays ?

    Il y a de nombreux emplois non pourvus. Ces gens sont prêts à travailler. Ils coûteraient bien moins chers à l’Etat et s’intégreraient plus facilement. Cela mettrait fin à certaines de leurs exactions.

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