La résurrection, ce jour de l’après si espéré, une pâque plus partagée qu’on ne le croit.

Les crises suscitent des inquiétudes et même de l’angoisse mais aussi éveillent des perspectives nouvelles. Claude Alphandéry, ce grand résistant contre les nazis, resté profondément un homme libre pour avoir notamment initié l’économie solidaire, dit que les crises comme hier la guerre, ne doivent pas se dénouer par l’identique, mais faire naître l’exigence de valeurs et de pratiques profondément transformées, de modes de production, d’échanges, de gestion radicalement nouveaux.

La Pâque, annonciatrice d’un renouveau, commence par une incompréhension pour apparaître impensable.

Voyant que la pierre a été enlevée, la résurrection n’effleure pas l’esprit de ceux qui se rendent au tombeau, étreints par l’accablement. Le deuil est aggravé par une infamie, ils ont enlevé le Seigneur du sépulcre et nous ne savons pas où ils l’ont mis.

Soudain, tout s’accélère, Pierre et Jean courent au tombeau. Ils constatent l’absence. Alors que Pierre, d’habitude si prolixe, se tait, Jean vit et crut.

Vivre, c’est prendre des décisions pour ne point rester dans la révolte ou l’incompréhension. Croire, c’est entrer dans des relations qui, empreintes de convictions, suscitent un autrement.

L’événement de la résurrection se déroule dans une atmosphère matinale ; le jour pointe, celui d’un monde nouveau et d’une création nouvelle. Tout commence ; tout recommence.

Avec Pâques, se profile ce jour de l’après, lumière diaphane, laissant entrevoir l’inattendu.

Il m’a été donné à l’hôpital de visiter des frères qui, au soir de leur vie, consentaient dans l’accompagnement à ce que la pierre du tombeau soit déplacée. L’Infini – j’ose dire avec une infinie discrétion – se distillait dans l’âme, laissant un bruissement que seul le cœur pouvait reconnaître comme le déjà-là d’une vie nouvelle.

L’imprévisibilité ne cesse d’étonner. Or, la vie n’est-elle pas faite d’événements qui nous changent et sans lesquels, sans doute, nous n’accéderions pas au meilleur de nous-mêmes. Les crises sont paradoxalement nécessaires pour y parvenir.

Ce tsunami sanitaire fait surgir des résistants, des soignants – et pas seulement – qui donnent une actualité à la générosité, me conduisant à être plus attentif au fait que l’Homme de Nazareth invita ses disciples, lors du dernier repas, à vivre le service marqué par le lavement des pieds.

Christ prend soin de dire que, partager le pain et servir le frère, c’est faire mémoire de Lui.

Jean, le disciple que Jésus aimait, est représenté par le symbole du calice. Or,, il ne parle pas de l’Eucharistie, seulement du service. Celui-ci aurait-il été oublié par les premières communautés à l’heure de la publication du dernier évangile.

Ne serions-nous pas tour à tour ce disciple aimé quand nous sommes vigilants au service de l’autre. Pâques propose, sans imposer, une lumière, celle de l’altruisme qui, si vous me permettez ce mot, ‘crève’ aujourd’hui les écrans. Que de soignants s’oublient pour sauver les vies au risque de perdre la leur.

Dans ce confinement quasiment mondial, que de pierres déplacées pour lutter contre la pandémie du Covid-19. Le meilleur de l’homme surgit. Qui peut le contester.

Cette crise humanitaire fait incontestablement bouger. Ainsi, naît une profonde attente que le jour d’après ne sera pas comme avant. Cette espérance traverse les relations et les transforme, signe que ce monde est plus ressuscité qu’il ne le croit.

Pâque 2020 est une invitation à mettre l’accent sur le service. J’entends des réserves, voire les oppositions, considérant que la messe ne saurait ouvrir un espace social, politique ; mais l’heure ne serait-elle pas de lui offrir une mystique.

Cette perspective en souffrance, ne laisse-t-elle pas sur le seuil bien des pratiquants alors que pour le Christ, ils sont aussi ses frères pour comprendre ce qu’Il fit (Jn 13 ; 12).

Teilhard de Chardin dit que c’est au cœur de l’homme que se réalise la présence immanente du Dieu vivant. Comment s’en étonner, l’Homme de Nazareth n’a jamais cessé de nous rappeler que la cause de Dieu est celle de l’homme. De l’incarnation à la résurrection, un même mouvement, une même attention à l’homme pour qu’il ne reste point confiné dans des enlisements et ses enfermements.

Si cette perspective pouvait être mieux appréhendée, quelle magnifique ouverture se dessinerait. Pâques 2020 pourrait en être les prémices en rassemblant, pour reprendre l’expression de Claude Alphandéry, les initiatives remarquables qui se font jour, mais fragmentées.

Relier est une mission qui conduit à sortir de soi pour s’éveiller à l’autre-soi. Un réveil, une ouverture, finalement une résurrection nous invitant à créer toutes choses nouvelles

Bernard Devert

12 avril 2020

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