Nous avons vu le Seigneur

Nous avons vu le Seigneur, disent les disciples à Thomas. Et alors, les interroge-il, qu’est-ce-que cela change, les portes ne sont-elles pas toujours verrouillées, votre peur ne vous confine-t-elle pas dans un espace qui fait barrière au monde.

Les disciples parlent du Seigneur, mais pas du Ressuscité, comme si la perspective de la résurrection était inimaginable, impensable.

Thomas veut être au clair avec cette nouvelle pour éviter toute méprise, d’où sa demande de lier l’acte du croire à celui de pouvoir toucher la marque des clous sur le corps du Seigneur.

Quand le Ressuscité, huit jours plus tard revient, le sujet pour Thomas n’est plus de toucher ; il a vécu un tel déplacement intérieur qu’il est touché.

Un de mes amis, diacre, Bernard Baudry, commente cet évangile à partir d’un événement que nous avons vécu conjointement pour offrir un confinement à des personnes à la rue afin de les protéger du Covid-19.

Le responsable d’une chaîne hôtelière, saisi par le tragique de la situation, notamment pour ces mamans et de leurs enfants à la rue, envisage de mettre à disposition, avec générosité, un de ses établissements.

Finalement, bien que confronté à une réalité humaine difficile, il n’est pas suffisamment touché par cette détresse pour prendre le risque de dépasser les obstacles (assurances, risque d’un maintien dans les lieux…). L’opération est finalement annulée.

Il n’y a pas de jugement à avoir. Chacun de nous, à commencer par moi-même, peut être enclin à parler de la Résurrection ; de là à être témoin du Ressuscité, il y a un pas à  franchir en acceptant que nos vies soient confrontées à l’intranquillité liée aux risques.

Or, croire, c’est risquer, se risquer.

Le Ressuscité fait de nous des vivants. L’acte du croire nous appelle, non point à être spectateurs de situations déshumanisantes, mais acteurs pour transformer ce qui peut et doit l’être. Ne nous envoie-t-Il pas comme le Père l’a envoyé. La mission confiée est un risque pour Dieu, pour l’homme.

Cette perspective, constitutive de la foi n’est pas une option mais une urgente priorité sauf à considérer que nous n’avons pas de défi à relever pour humaniser ce monde. Mais alors, que veut dire l’espérance, un vague espoir, ce qui contredit ce qu’elle est : le déjà-là de l’éternité commencée.

La foi suppose la prise d’un risque. Dieu ne s’impose pas, ni ne se prouve, mais s’éprouve.

Il nous souvient des mots de Péguy sur le catéchisme ; croire, ce n’est pas répondre à des questions ou encore ânonner les dogmes, mais consentir à se laisser interroger sur ce qui donne sens à la vie, dans une communion avec Dieu qui se risque pour l’homme.

Le Pape François ne cache pas que croire, c’est vivre bouleversé par un amour mettant nos vies ‘en pagaille’. Comment pourrait-il en être autrement, puisque croire, c’est quitter des certitudes pour habiter une conviction.

Cher frère Thomas, tu fais de nous des émules, pressentant qu’il faut nous avancer pour être touchés ; n’est-ce pas ce voir qui t’habite comme Jean l’exprima devant le tombeau vide. Il nous faut taire nos réponses trop rapides, pour mettre le doigt sur l’essentiel.

Oui, vraiment, Thomas, quelle chance d’être ton jumeau.

Bernard Devert

19 avril 2020

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