Veiller.

Cette veille est bien nécessaire si nous voulons être attentifs à ceux qui sont à terre, par terre. Cette exigence de l’écoute du cri des pauvres n’est-elle pas au cœur de notre engagement spirituel.

Veillez et priez, dit Jésus. En cette préparation pascale, cette Parole revêt une densité toute particulière.

Comment oublier l’interpellation de Dieu à Caïn qu’as-tu fait de ton frère ? En suis-je le gardien ? répond-il.

Oui, nous le sommes. Il ne s’agit pas d’une option, mais d’une ferme décision à prendre pour ne point déserter nos responsabilités.

L’espérance ne demeure que si la fraternité porte la trace de ces liens qui nous font proches de ceux qui sont en souffrance.

Ce frère pakistanais, dont je vous entretenais dans ma précédente chronique, a trouvé, grâce à vous, une solidarité qui fait chaud au cœur. Tout n’est pas réglé, certes, mais un changement s’opère. Que s’est-il passé, vous lui avez accordé votre attention ; un printemps s’éveille pour avoir brisé l’indifférence destructrice des relations.

Je vous en remercie très vivement.

Pour vous être déplacés auprès de cet homme, de ce frère, vous avez souligné le refus de cette ligne de démarcation invisible mais ô combien prégnante entre ceux qui ont la chance de pouvoir vivre et les autres qui survivent.

Veiller, à l’invitation du Christ, c’est déjà se laisser réveiller par l’éternité, laquelle est tout le contraire d’un espace définitif, clos, mais la source d’une genèse nous détachant de ce qui nous enferme pour aller vers ce que nous sommes appelés à devenir.

Or, notre terre est le déjà-là de cette genèse, un appel, comme co-créateurs, à donner du souffle à ce vivre-ensemble pour qu’il ne soit pas un simple leitmotiv, mais un programme riche de sens, chaque être étant reconnu pour ce qu’il est, unique.

Tout, alors, est différent.

Kant a cette suggestion, loin d’être indifférente à la veille : « Agis de manière à toujours traiter l’humanité, soit dans ta personne, soit dans celle de l’autre comme une fin, jamais comme un moyen ».

Cette fin n’est pas un terme, elle est un appel à saisir que ce que nous ne pouvons pas entreprendre peut l’être dans la dynamique d’une fraternité. Là s’éveille une ouverture, née du rayonnement diaphane d’une présence infinie, présence de l’autre.

Si l’urbanisation a oublié cette nécessaire fraternité, le confinement l’a mise en lumière.

Le vivre-ensemble interroge les conditions de l’hospitalité. Il s’agit d’assembler le puzzle de la Société en le faisant tenir, non point par la force ou de force, mais de par une volonté partagée de bâtir plus humain. Une utopie, mais vous êtes nombreux à veiller à ce que cet inespéré se construise. Là est le fil rouge pour vaincre l’inacceptable misère.

L’avenir est incertain ; il n’est pas inexorablement sombre.

Voyons dans cette crise des brèches qui sont comme des fenêtres. A les ouvrir, notre regard se modifiera si nous voulons bien l’aiguiser par une posture de veille.

L’espérance, déjà, fait entendre les bruissements d’un autrement.

Bernard Devert

Mars 2021

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