Bâtir une hospitalité, ou le cœur à l’ouvrage

Le dispositif hivernal pour la 1ère fois depuis son existence, il y a 65 ans, a été prorogé de 60 jours pour des raisons humanitaires. Plus de 200 000 personnes vont devoir quitter des lieux précaires. Nous ne pouvons imaginer et encore moins accepter leur rejet à la rue.

La Ministre du Logement ne ménage pas ses efforts pour que ce drame ne surgisse pas, mais il faut un effort de tous.

Au cours de la pandémie qui se prolonge, l’heureuse expression « les jours d’après » fut partagée dans cette conviction que la sortie de cette crise devait susciter un « autrement ». La raison serait-elle la privation de liberté avec ce confinement qui perdure et/ou les difficultés sociales de l’après crise s’avérant plus sévères que celles ’imaginées. Il semble que les jours d’avant trouvent, retrouvent un regain d’intérêt.

Le soin et le prendre-soin ont pourtant créé une dynamique de solidarité et chacun a sans doute mieux saisi qu’elle devait s’inscrire dans le logement, la Covid mettant en exergue des espaces de construction invivables pour ne point porter de vigilance à l’intimité, d’où une aggravation des conflits et la perte de repères.

Dans ces quartiers perdus pour la République nombre d’habitants, notamment la jeunesse, sombrent écrasés par un chômage massif. D’aucuns ne savent plus où aller, essayant de se protéger de ces ‘espaces constructifs’ au sein desquels se construire est une tâche herculéenne. La vie n’est possible que là où il y a de la mixité, de l’hétérogénéité. Assez de ces réservoirs où s’entassent ceux qui n’ont rien.

Dans un reportage effectué par un grand journal du soir, le journaliste apporte cette réflexion : « on a l’impression d’être à la porte du tiers monde ».

Si ce n’est pas cela un ghetto, alors, comment faut-il l’appeler. Or, le centre de Paris est à seulement 18 km de cette agglomération paupérisée.

Un autre hebdomadaire a sa page de garde tout en noir, avec seulement ces mots écrits en lettres jaunes : PAUVRETE, comment la faire disparaître.

Une urgence pour ne point mettre en berne la fraternité.

Les chiffres sont alarmants : plus de 8 millions de nos concitoyens, soit trois fois plus qu’en 2005, ont besoin d’aide pour se nourrir. J’ai entendu un père de famille dire : j’ai maintenant deux urgences le logement et celle d’alimenter les miens.

J’ai entre les mains une lettre, au demeurant bien écrite, où une personne encore jeune qui ne dispose plus d’un ‘chez-soi’ se demande si l’enfer qu’elle vit avec sa mère se poursuivra encore.

Ce cri de souffrance doit être entendu pour être un SOS devant conduire la Société toute entière à se mobiliser pour que la pauvreté ne nourrisse pas des idées mortifères. Le suicide ne se réalise pas seulement par des armes à feu ou en se jetant dans le vide. Il se traduit, plus souvent qu’on ne le pense, par la destruction de soi, quand toute idée d’avenir se dérobe pour ne laisser qu’un présent parsemé de quelques lettres administratives vous invitant à attendre avec ces mots qui font mal « on vous écrira ». Qui criera que cela ne peut pas se poursuivre, sauf à s’inscrire dans un déni conscient de fraternité.

Ne nous dérobons pas à ces « jours de l’après » ; ils peuvent se révéler ce qu’ils doivent être : un sursaut d’humanité en créant les conditions d’une hospitalité, témoignant du respect de cette égale dignité entre tous. Il ne s’agit pas d’une option mais d’une exigence pour ne pas mettre en berne les valeurs de notre civilisation.

Dans ce plan de relance que l’Etat prépare, il convient impérativement que ce qui est nommé « terrible » s’efface. Pour ce faire, des chantiers doivent s’ouvrir en priorité là, où les barres et les tours ont créé des fossés, ceux d’un tiers-monde, reprenant la parole de ceux qui ont le sentiment d’être des é-loignés.

La situation ne relève pas d’un accroc dans le tissu social, mais d’une profonde déchirure ; elle ne se réparera que si avec cœur, nous nous mettons à œuvrer pour bâtir des liens qui nous engagent.

Dans cette perspective, une belle sortie de crise se prépare pour être mobilisatrice d’énergie et d’enthousiasme.

Bernard Devert

Avril 2021

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