Résister, un acte éminemment spirituel pour être humain

Participant à une table ronde d’entrepreneurs du bâtiment, je mesurais la pertinence de s’inscrire dans une approche de résistance afin que les plus fragiles ne soient pas oubliés.

Construire plus pour parvenir à un logement pour tous, tel était le leitmotiv des intervenants.

Si ce ‘plus’ est nécessaire, encore faut-il qu’il soit réorienté par des actes de résistance à l’égard du marché, afin de réduire l’attente des plus fragiles. Qui s’en soucie ?

Je pense à cette famille réfugiée, en situation régulière, venant d’accueillir Guillaume, son 3ème enfant.

Ce foyer vit dans 34 m² insalubres, supportant une location élevée, exigée par un marchand de sommeil qui n’a que faire des injonctions reçues des Pouvoirs Publics relatives aux travaux qui s’imposent, une indifférence aggravée par le mépris de l’autre.

Lors de cette table ronde, la rencontre de ce couple me hantait. Aussi, n’ai-je pu m’empêcher de souligner que l’acte de construire était un acte de soin. L’expression est apparue comme décalée. J’ai la faiblesse de penser qu’elle n’est ni saugrenue, ni inexacte. Parler de soin, c’est reconnaître une fracture, une blessure qui appelle l’urgence d’un traitement… d’un prendre-soin.

Je note que cette appréciation eût été inaudible il y a encore peu de temps auprès des acteurs de l’acte de bâtir ; je mesure le signe d’un changement qui s’opère. Il faut le saluer.

Le logement reste improbable pour les plus pauvres de notre Société ; son absence concourt très largement à la déchirure sociale, liée à la ghettoïsation.

Sans se payer de mots ou d’illusions, H&H se présente comme un Mouvement de résistance. Certes, il ne parvient pas, ou très difficilement, à réduire la fracture du mal-logement, mais il crée un avenir. Quel est-il quand la misère aplanit toute ouverture et ronge toute espérance.

Pionnier de la mixité, nous nous devons de la développer pour que les prisonniers de la ghettoïsation – ils sont légion – trouvent un autre destin que celui qui leur est assigné par des logements marqueurs de la marginalisation et de l’exclusion.

Résister, c’est à la fois tenir à des valeurs qui ne sont pas négociables et obtenir qu’elles s’inscrivent dans le réel.

A un moment où circulent des idées dommageables qui blessent la fraternité, il faut veiller à la dérive qu’elles entraînent. Une résistance s’impose ; elle est difficile, demande du temps, de la pédagogie, l’acceptation parfois d’être mal vus, critiqués, mais c’est à ce prix que cesseront ces abimes où l’on tente de cacher ceux que l’on ne veut pas voir.

Le refus de la différence est un déni de fraternité des valeurs constitutives de notre civilisation.

Que de brutalités se disent dans des mots assassins ou des slogans faciles pour tenter de faire choc.

La crise récurrente du logement est une crise spirituelle. Dans un tohu-bohu entretenu à dessein, trop d’indifférences s’installent, fermant ainsi des centaines de milliers de portes derrière lesquelles il n’y a personne : un vide, trace d’une dérive.

Personne !

Seulement, nombre de nos concitoyens sont en situation d’errance. L’homme serait-il devenu la sentinelle du néant.

Disposer d’un toit, c’est disposer d’un chez soi, permettant d’exister. N’oublions pas que le maintien du dispositif hivernal a été prolongé jusqu’au 31 mars 2022, pour ne point rejeter à la rue plus de 200 000 de nos concitoyens.

Oui, résister est un engagement spirituel. Il n’est pas une option. Qu’est-ce que croire si nous abandonnons celui qui n’a rien.

Bernard Devert

Juin 2021

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