Noël, une fissure dans mon bagne matérialiste (Claudel).

Nos villes et métropoles sont des « Bethléem ». Les plus fragiles trouvent difficilement leur place et encore moins après un voyage précipité les s’éloignant de violences assassines que nous ne voulons pas voir, réfugiés dans des discours vains, facilitant la construction des murs.

Comment oublier en ce temps de Noël les victimes de ces traversées périlleuses où, sans aucune sécurité, des femmes, des hommes, des enfants ont pris tous les risques ‑ ceux que le désespoir autorise ‑ pour une rive hospitalière. Que de fois l’espoir se révèle un naufrage, comme celui que vécurent, il y a quelques semaines, cette maman et son enfant qui trouvèrent la mort avec 25 autres passagers lors de la traversée de La Manche.

En ce Noël, nous nous souvenons de cette Mère qui, portant la vie ‑ et quelle Vie ‑ ne trouve aucune place pour devoir accoucher dans la « Maison commune » qui se révèlera le berceau de l’Enfant-Dieu, un asile que, seuls, les plus pauvres fréquentent.

En cette nuit de Noël, d’aucuns ont pris le temps de protéger la vie de ceux qui, oubliés, ont trouvé ainsi un peu de tendresse.

Une rencontre bouleversante, comme celle que vécut Claudel le 25 décembre 1886 : « J’avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l’innocence, de l’éternelle enfance de Dieu, une révélation ineffable ».

Noël, une sortie de l’éphémère dans lequel notre monde est vautré pour naître et reconnaître ce qui donne à la vie tout son sens où l’infini devient palpable au cœur de ces rencontres où l’autre devient un hôte, un frère, une sœur.

Noël est un accouchement spirituel, une étoile qui se propose à notre liberté ; elle est comme une boussole. Un chemin se dessine. Ne nous conduirait-il pas vers ces « escales solidaires », celles d’un envol vers des cieux nouveaux ; entendons des cœurs régénérés pour une terre nouvelle, ensemencée par la générosité.

N’est-ce pas cela Noël, sortir de ce sommeil qui entretient tous les alibis, si bien résumés par ces mots dévastateurs : « je ne savais pas » pour n’avoir pas pris le risque de voir, abrité derrière des remparts que, seul, le cœur peut lézarder.

La fête de Noël n’est pas seulement l’anniversaire d’une naissance aussi incroyable que désarmante, elle est un appel à se laisser toucher par ce regard d’un enfant qui donne l’audace de faire un travail tout intérieur pour habiter, ne serait-ce qu’un moment, ces rêves qui nous ont éclairés mais que la vie a assombris, jusqu’à les déserter.

Se retrouver avec nos rêves et se réconcilier avec eux, c’est aussi cela Noël.

Devant un enfant, qui n’a pas retrouvé l’étoile, se laissant surprendre par un inattendu grave et joyeux pour s’inscrire dans une responsabilité attentive à ce qu’il va devenir. Plus de faux fuyants, il nous faut répondre à cette exigence : « Quel monde lui laisserons-nous » ?

Quand l’inquiétude d’un être désarmé comme un enfant nous touche, alors nous devenons des vivants, ou plus exactement, nous nous éveillons à une vie nouvelle, nous faisant comprendre que tout est encore possible.

Reconnaître ce possible, c’est justement Noël, un appel à une vie bouleversante parce que bouleversée par la rencontre de l’enfant.

Bernard Devert

Décembre 2021

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