Pâques, quelle ouverture !

Pâques 2022 est endeuillé par cette guerre en Europe. Un conflit mettant près de 5 millions d’Ukrainiens, essentiellement des femmes et des enfants, sur des chemins d’exil.

Quel que soit l’endroit de la planète où des combats éclatent, Le plus jamais ça clôture les désastres, comme un soulagement provisoire pour ne point faire taire nos amnésies.

Cette Pâque entraînera-t-elle une trêve ‑ c’est loin d’être assuré – mais le sujet est de savoir si elle sera évoquée comme un fugace souvenir ou bien comme la mémoire d’un évènement qui, sans s’imposer à l’histoire, réveille en son sein des consciences.

Ces guerres sont toujours liées à un désir mortifère de domination, comme si, pour exister, il fallait ce ‘toujours plus’ jusqu’à menacer pour l’obtenir et finalement créer des enfers comme à Mariupol ou encore à Boutcha où des centaines de civils ont été monstrueusement massacrés.

Quelle honte, plus jamais ça !

Pâques une nouvelle donne ! Hélas, elle fait sourire les cyniques et ceux qui considèrent que, pour préparer la paix, il faut préparer la guerre. Et pourtant, un prophète habité par le royaume des cieux, celui du cœur, s’est risqué à le vivre sur cette terre ; il en est mort, crucifié !

La condamnation inique de l’Homme de Nazareth émane d’un pouvoir qui tremblait de par les vociférations d’une communauté installée qui entendait placer le Divin, là où il ne pouvait pas les gêner, dans des temples !

Le messie attendu s’est révélé un inattendu, d’où l’urgence de faire taire ce juste qui ne parlait que d’amour, de miséricorde. Il était venu non point pour renverser la table mais pour déverser ce vivifiant qu’est l’esprit des Béatitudes. Etait-ce trop tôt ou trop tard, je ne sais, mais les appels qui dérangent sont toujours mal reçus, surtout lorsqu’ils suscitent une transfiguration des relations.

La sanction est tombée, il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas.

Quelle place pour le Juste.

Cette mort est tellement donnée qu’elle s’est révélée semence d’une vie absolument nouvelle qui, dans la foi, renouvelle.

Difficile d’en parler au risque de défigurer le Vivant. Seul, le désir de vivre de la résurrection permet de s’approcher de ce qui donne figure à ce passage libéré et libérant, la pâque, ou les idées de possession cèdent enfin de leur prétention et de leur arrogance.

Le Ressuscité ne s’est pas montré à ses bourreaux. La victoire eut été facile, mais elle n’aurait pas été celle de l’amour. Le Vivant ne vient pas disqualifier mais requalifier notre humanité en versant en elle précisément ce qu’il y a de plus divin, de plus essentiel et par là même d’éternel.

Le secret de cette éternité ne se dévoile que dans un effacement. Me reviennent ici les mots du poète, Jean-Luc Grasset : la fragilité du monde devient si précieuse que Dieu marche pieds nus pour ne point le briser.

Pieds nus, sans bruit mais lorsque nous reconnaissons son passage, alors je suis étonné de tant de clarté dit ce même poète.

Cette clarté n’éblouit pas, elle est d’une lumière diaphane laissant transparaître, et non paraître, ces possibles qui se font jour, trace de l’émerveillement du cœur et de l’esprit. J’ose vous en conter quelques-uns. Ils sont si nombreux.

Ces frères exilés, venus d’Ukraine ont trouvé une hospitalité. J’entends les justifications : ils sont européens, une culture proche, une même religion. Certes, mais l’hospitalité offerte spontanément par tant et tant de familles, exprime une fraternité, ce craquement de l’âme, jusqu’à ouvrir un au-delà.

Les cœurs se sont réveillés pour donner la vie, là où elle est menacée de mort.

Il y a quelques jours, il me fut donné d’entendre, sous les voûtes d’une grande institution financière, l’intervention d’un homme présidant une organisation qui compte sur le plan européen. Il souligna l’importance de l’économie solidaire. Non un discours, mais l’introduction d’une nouvelle approche dans le champ de la finance auquel il apporte un soutien si décisif qu’il confère à cette forme d’économie une crédibilité qui, elle aussi, transfigure et suscite bien des ouvertures.

Que de clartés ! Ne les boudons pas au risque de les assombrir par des propos qui accablent au lieu de se laisser transporter par un élan vers une terre nouvelle et des cieux nouveaux.

Ce n’est pas rabâcher que de rappeler l’engagement des soignants. Au cœur de cette crise sanitaire, ils nous ont invités à mieux voir les blessures d’une Société qui, de par ses iniquités mortifères, fracturent la cohésion d’un vivre-ensemble.

Le temps du care est une clarté où, dans un monde en convalescence, s’introduit le refus de l’indifférence aux détresses.

Sans doute, comme le Petit Prince, dans l’épreuve, avons-nous vécu des temps d’apprivoisement vers l’autre ; il est apparu ce qu’il est, un semblable à cent mille autres et nous en avons fait un ami. Quelle clarté ainsi se dessine au sein de ces habitats à caractère inclusif, intergénérationnel ou encore attentifs à la perte d’autonomie.

Autre clarté que celle qui se fait jour avec ces moniales et moines bénédictins qui, à Urt, dans le Pays Basque, nous ouvrent l’abbaye de Belloc pour nous aider à bâtir un projet d’humanité auquel ils demeurent associés. La dimension spirituelle transparaîtra au sein des plateformes de formation pour des jeunes en difficulté ou encore pour un ressourcement de frères et de sœurs en souffrance.

De jeunes professionnels, disposant d’une belle formation humaine et intellectuelle, déjà nous accompagnent sur ce site dans un esprit de service, riche d’une audace qui, là encore, se révèle un passage vers un autrement, une Pâque !

Je n’oublie point la construction de ces chalets à destination de mamans et d’enfants confrontés à la rue qui ont trouvé sur le magnifique site d’un grand groupe lyonnais avec l’Entreprise des Possibles, une hospitalité difficilement imaginable. Elle s’est réalisée pour avoir été pensée avec le cœur.

Oui que de clartés disent le rayonnement de l’inespéré d’un matin de Pâques. Un tombeau à jamais s’est ouvert, trace de l’infini qui vient en découdre avec nos finitudes.

C’est aussi cela Pâques.

Bernard Devert

Avril 2022

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