L’Avent pour s’avancer vers ceux que la société éloigne

Quand la civilisation n’est pas soin, elle n’est rien, dit judicieusement Cynthia Fleury dans un grand texte exprimé dans un petit livret de 39 pages.

Quels soins apportons-nous aux plus fragiles.

Mon propos n’est pas de dire que rien n’est fait, ce qui serait injuste et irrespectueux à l’égard de tant de personnes qui se mobilisent pour un humanisme éclairé en offrant un horizon à ceux qui pensaient ne pas en avoir.

Toutefois, et j’entends que mon propos met en accusation mes insuffisances, comment ne pas relever que nous consentons passivement à des situations qui auraient dû disparaître des radars sociaux ; je pense tout particulièrement à nos frères qui dorment dans la rue sans que cela n’altère notre sommeil.

Quelle est cette fraternité pour ne point se laisser interroger par ce drame si emmuré dans l’indifférence qu’il ne mobilise pas suffisamment d’énergie pour dire : « arrêtons, cela suffit ».

Plus de 700 enfants dorment dans les rues de Paris. Des centaines d’autres dans les grandes Métropoles, sans évoquer ceux qui sont condamnés à des hébergements d’urgence, autant d’espaces qui abritent vaille que vaille des intempéries, laissant les plus vulnérables au grand vent des tempêtes de la détresse.

Cette absence d’un toit ou d’un logement sécurisé témoigne à la personne ou au foyer concerné que son existence n’a pas de prix.

Je pense à cette famille de 3 enfants qui, bénéficiant de la médiation du Droit au Logement Opposable (DALO), s’entend dire qu’elle a bien droit à un hébergement, le Tribunal Administratif ne pouvant être saisi que si, fin mars, il ne lui est toujours pas proposé.

Un foyer à la rue risque de passer tout l’hiver sous les intempéries. Je ne l’accepterai pas et recherche actuellement une caravane pour l’abriter.

Quand la civilisation n’est pas soin, elle n’est rien !

Aucun enfant ne devrait supporter une telle situation, compromettant sa santé physique et psychique et par là même son avenir.

J’écris ce texte comme prêtre qui, déjà à l’invitation de Communautés Chrétiennes, prépare la veillée de Noël. L’Enfant-Dieu n’avait pas de place mais n’espère-t-il pas que ce qu’Il a vécu ne lui soit pas encore imposé, tant Il est identifié aux plus pauvres.

La Bonne Nouvelle n’est croyable que si les plus fragiles sont enfin libérés de l’intolérable.

Qu’importent mes mots, le sujet est que nous nous mobilisions pour que, d’ici Noël, nous préparions un cadeau à ceux qui ne l’attendent pas ou plus : un logement.

Ensemble, agissons.

Puis-je vous demander d’indiquer à Habitat et Humanisme tels ou tels logements vacants, ou encore votre propre disponibilité pour que des familles trouvent un référent afin de ne point les laisser dans l’accablement.

Ce Noël ne sera joyeux que si nous faisons naître de la joie pour ceux qui ne l’espèrent plus.

Ne pensons pas que c’est impossible. Le défi à relever ne le sera que dans l’éloignement des doutes et des indifférences, trace d’une vie nouvelle.

 

Bernard Devert

25 novembre 2019

Lettre ouverte au Président de la République

Ce samedi 9 novembre il m’est demandé de venir en aide à une famille de trois enfants (11 à 14 ans) que l’infortune contraint à vivre sous une tente, ou plutôt sous des plastiques la protégeant à peine des intempéries.

Le chef de famille doit être opéré ce 14 novembre, sous réserve de disposer d’un logement à la sortie de l’hôpital pour permettre l’hospitalisation à domicile. Dans la négative, l’intervention est reportée.

Il est 22h. Le temps est humide, il fait froid. Je trouve ce foyer debout autour d’un brasero. Ma visite annoncée, ils m’interrogent avec quelque espoir : vous pouvez nous aider ? Je leur avoue que je n’ai pas de réponse, les assurant que je ne les laisserai pas tomber.

Deux personnes d’un immeuble proche les accompagnent. J’observe la confiance qui s’est créée entre eux. L’une d’elles est une jeune-femme musulmane, élégante, et l’autre, de souche française me dit combien elle fut blessée par le cri d’un voisin ; qu’ils déguerpissent, disait-il, ces clochards !

Non seulement ils ne peuvent pas se sortir de ce cloaque, il leur faut encore entendre des mots qui avivent la détresse.

Les deux veilleurs soulignent que les enfants subissent des insultes et des quolibets de camarades d’école au motif qu’ils sont sales ; comment en serait-il autrement, pour ne point disposer de sanitaires.

Cette famille est reconnue prioritaire pour être accueillie dans un centre d’hébergement ou dans une résidence hôtelière à vocation sociale. Seulement, il n’y a pas de place.

La commission de médiation droit au logement stipule que, jusqu’au 2 mars 2020, ils peuvent former un recours devant le Tribunal administratif s’ils n’ont pas d’hébergement.

Nous touchons la difficulté : ce qui manque ce n’est pas des règlementations mais des logements pour un droit appliqué et donc humanisé. Une nouvelle fois, non sans peine, force est de constater que le logement très social est difficilement accessible aux plus pauvres !

L’Etat ne peut pas tout faire, certes, mais il ne peut pas défaire la générosité alors que déjà trop de dispositions l’ont entamée, comme souligné dans une lettre qui vous fut adressée, Monsieur le Président, le 25 octobre 2019, par plus de 120 associations et fondations sous le titre : La France a besoin de votre générosité,

‘La rue’ est un drame aggravé par le fait que la Société s’est si facilement habituée à ce que les plus pauvres n’aient pas de lieu à habiter que le scandale d’une telle situation n’apparaît plus ou si peu, le 115 se présentant comme une alternative alors qu’il ne devrait être qu’un recours.

Saluons ceux qui, précisément sont à l’écoute mais débordés par une pauvreté endémique et destructrice de tout avenir.

Il y a un droit séculaire, celui de l’assistance à personne en danger. Il ne s’exerce pas suffisamment, d’où la situation intolérable de ce foyer que connaissent aussi des centaines de milliers d’autres. Cette situation ne peut pas perdurer, sauf à accepter que l’indécence ne s’aggrave d’un mutisme coupable.

Monsieur Emmanuel Macron, vous êtes un jeune Président, riche de talents et sûrement aussi de générosité. Aussi, j’ose vous demander que votre majorité vote le 16 novembre l’article 50 de la loi de finances pour que les libéralités des personnes physiques et morales connaissent une déduction permettant de libérer les plus captifs de la société.

Il serait équitable que les dons fléchés à destination des personnes à la rue, aient un statut fiscal spécifique mettant ainsi un terme à cette ignominie : le rejet des plus vulnérables sur des trottoirs ou dans des campements insalubres.

Vous n’êtes pas responsable d’une situation qui dure depuis plus de 60 ans, mais, ensemble, nous avons la responsabilité de la faire cesser. Relever ce défi, c’est donner un souffle d’humanité qui ferait du bien à tous.

Bernard Devert

Fédération Habitat et Humanisme

La finance solidaire

Quel couple, l’oxymore, finance/solidaire. Qui aurait pensé que ces deux mots s’associent sans contradiction pour trouver l’un par l’autre tout leur sens.

Enfin, se dessine une économie au service de ceux confrontés à des situations de vulnérabilité. La loi PACTE prend en compte cette réalité : un droit humanisé reconnaissant aux sociétés commerciales la possibilité de se créer pour répondre à une mission.

L’article 1832 du Code civil définit la société à partir de l’affectio societatis, conduisant des personnes à se réunir en vue de se répartir des bénéfices. Désormais, au titre de l’article 1835 du Code civil, des sociétés naissent ou se transforment pour partager les bénéfices à destination du bien commun.

Comment est-on parvenu à une telle ouverture et à un tel souffle ? Là où la croissance était le maître-mot, s’éveille le développement. Ces deux mots ne sont pas des synonymes traduisant des approches différentes, le premier traduit une illimitation, le second une harmonie.

Il nous souvient de ce mot du journaliste-économiste, Jean Boissonnat, « à force d’imaginer le bien, on finit par y contribuer ». Nous y sommes presque. Depuis quelques années, la question du sens gagne les esprits et touche les cœurs.

Qui n’a pas gardé en mémoire l’intervention d’Emmanuel Faber, Président du Groupe Danone, aux étudiants d’HEC au sein de la chaire Economie et pauvreté : “Après toutes ces décennies de croissance, l’enjeu de l’économie, c’est la justice sociale…On vous a appris qu’il y a une main invisible, mais il n’y en a pas. …Il n’y a que vos mains, mes mains, nos mains qui puissent améliorer les choses.”

Que de cadres, après des parcours brillants, s’interrogent précisément sur leur engagement se demandant s’il ne serait pas l’heure pour eux – les charges familiales étant moins prégnantes – de contribuer au développement de l’entrepreneuriat.

Des étudiants, au sortir des Grandes Écoles ou de l’Université, choisissent les entreprises non pas à partir de ce qu’elles leur offrent comme salaires, mais de ce qu’elles engagent pour lutter contre les iniquités.

Le profit, c’est bien et nécessaire, mais une autre attente se fait jour au titre de la finalité des entreprises ; nombre de leurs dirigeants ont saisi qu’ils ne trouveraient des talents que si elles contribuent à servir l’intérêt général.

Une belle ouverture avec l’entreprise des possibles suscitée par Alain Mérieux.

La fierté d’appartenir à une entreprise est directement liée à sa détermination à agir pour un monde plus humanisé. L’optimisation fiscale, hier recherchée, est devenue aujourd’hui une faute morale, pouvant même devenir une faute pénale.

A un moment où les taux d’intérêts sont très bas, la finance solidaire trouve un champ d’ouverture inattendu et inespéré. A quoi servent ces trilliards sous forme de capitaux flottants qui aggravent les inégalités, alors que cette masse d’argent pourrait être une bouée de sauvetage pour bien des naufragés de nos Sociétés.

L’utopie d’hier est devenue une réalité concrète, transformatrice de relations.

Beaucoup, se demandent comment privilégier la finance solidaire. Elle justifie votre intérêt.

Ensemble, avec lucidité et discernement, nous pouvons agir pour qu’elle devienne le vecteur puissant du changement recherché par des hommes de bonne volonté, quel que soit leur horizon politique, philosophique ou spirituel.

Au cours de cette semaine, cette forme d’économie fait l’objet d’une présentation par de nombreux acteurs sous l’égide de Finansol qui labellise les entités répondant aux critères de la finance solidaire.

Bernard Devert

Novembre 2019