La Semaine Bleue, un temps d’attention à l’égard de nos aînés

Pourquoi « Bleue » ; cette couleur est timide si on la compare au rouge. N’est-il pas juste de s’avancer vers nos grands aînés avec timidité, par respect pour eux, et la conscience de ce qu’il nous faudrait entreprendre pour qu’ils trouvent davantage leur place dans la Cité.

Prenons le temps de les écouter, nous avons quitté, il y a déjà bien longtemps, la vie professionnelle ; la retraite est venue et la Société nous a mis en retrait, d’où notre interrogation : quelle est notre utilité sociale. Le temps passé s’est imprimé dans nos corps, ajoutant à nos difficultés l’isolement qu’aggrave une mobilité plus réduite.

Certes, des maisons ont été bâties à leur attention ‑ et l’intention est bonne ‑ mais sans doute avons-nous commis l’erreur qu’elles ne leur soient que dédiées, d’où le risque avéré d’une stigmatisation.

La Maison Villars-Accueil, inaugurée cette semaine à Moulins, témoigne d’une ouverture via ces neuf logements venant s’ajouter aux 78 chambres, outre des espaces communs pensés pour faciliter les rencontres dans cette conviction que l’échange est une des conditions premières pour que la vie le soit vraiment.

L’objectif est de créer des liens. Quand ils sont au rendez-vous, alors le lieu est tout, sauf un non-lieu.

Les maisons de nos aînés ne pourraient-elles pas se présenter comme un « pont » au sens d’une traversée. Venir dans un Ehpad – pardon pour l’acronyme – c’est prendre en compte la réalité de son existence non pour s’arrêter de vivre, mais pour être soutenu, par là même mieux vivre, d’où l’image du « pont » avec le parapet qui protège. La traversée conduit vers un autrement ; ne parle-t-on pas de l’autre rive.

Cette traversée est un passage avec de nombreux acteurs, des passeurs que sont les soignants ; vous, femmes et hommes en blanc, vous apportez à nos aînés de la lumière, sachant recueillir leurs secrets désarrois comme leurs espoirs déçus pour autant toujours attendus, comme vous savez, de par vos mains, faire surgir des lendemains riches d’une confiance partagée.

Paul Eluard l’exprime magnifiquement : « Il y a toujours un rêve qui veille, désir à combler, faim à satisfaire, un cœur généreux, une main tendue, une main ouverte, des yeux attentifs, une vie, la vie à se partager ».

Ce partage, vous l’habitez, il est même le cœur de ce soin se révélant un humanisme.

Bâtir est une chose. Construire des liens est plus complexe. Il ne demande pas des ingénieurs, des techniciens dont l’âme n’a pas besoin, il nécessite – j’ose dire ce mot – une communion entre soignés et soignants afin que les premiers se sentent compris et les seconds investis d’une telle mission qu’il n’est pas possible de trahir, ni davantage de réduire pour lui offrir ce dépassement qui transforme tout.

Je voudrais avoir un mot pour les proches des résidents, leur dire que ces lieux où habitent leurs parents sont un domicile. A ce titre, nous entendons au sein d’H&H Soin effacer l’anonymat pour que la maison de nos aînés demeure un espace « d’apprivoisement » d’un futur qui sommeille dans toute vie.

Laissons au Petit Prince nous exprimer son étonnement, sa surprise, le déjà-là d’un émerveillement, répétant : apprivoiser, c’est créer des liens. Alors et alors seulement, tout commence, recommence.

Peut-être, ici, devinons-nous la raison pour laquelle cette semaine réservée à nos grands aînés est appelée la Semaine Bleue, celle d’un horizon dont le bleu azur est celui de la tendresse et de l’infini.

Bernard Devert
Octobre 2026

Visités pour revisiter la fraternité, source de la paix

Le Saint-Père a touché les cœurs par des gestes forts pour être désarmants, tant ils étaient signes de tendresse. L’une des photos qui a le plus bouleversé est celle sur les Champs-Élysées où Léon XIV recueille dans ses bras une jeune fille polyhandicapée.

Le sourire du Saint-Père, sur un visage réservé, laisse poindre une lueur et une complicité que beaucoup reçurent comme la bienveillance d’un être habité par l’espérance, laquelle toujours s’éloigne des jugements pour offrir des espaces d’émerveillement. Ce mot a été partagé de très nombreuses fois ; l’accueillant et le faisant mien, je n’ai pu oublier celui de ce prophète et poète, Maurice Zundel, « Dieu, c’est quand on s’émerveille ».

Vous, qui parfois parcourez mes chroniques, ne serez pas étonnés que je retienne, pour celle-ci, le déplacement du Pape auprès des réfugiés ayant trouvé refuge à la Maison Bakhita dans le 18ème arrondissement de Paris.

Là, plus d’interview, mais un échange personnel, celui d’un cœur à cœur avec des personnes qui, socialement vulnérables, sont accueillies au sein d’une hospitalité authentique pour être des hôtes, au sens où ce mot dit celui qui reçoit et celui qui est reçu.

Une fraternité spirituelle, la plus haute possible, Léon XIV rappelant que « les pauvres sont la chair même du Christ », Pain de vie, de notre vie. Cet incroyable partage invite à consentir à une révolution du cœur où nos frères et sœurs, blessés dans leur chair, sont secourus pour trouver à minima un refuge.

Assez de cette condamnation, les obligeant à appeler, encore et toujours, pour trop souvent s’entendre dire : « nous ne pouvons rien pour vous ». Ils n’osent demander pourquoi en connaissant la raison : « nous restons entre nous ».

Bientôt, nous aurons la possibilité de mettre dans l’urne un bulletin de vote ; puisse-t-il ne pas la transformer en une boîte funeste pour les plus fragiles !

Il est des moments dans l’histoire où les extrêmes se conjuguent. Des accords innommables se tissent et trouvent au sein de l’opinion un consensus, alors même qu’il est d’une dissonance déchirante, occultée à grand bruit par ces idées toutes faites, les victimes étant présentées comme cause de nos désordres.

Des visages deviennent nos otages. Il ne suffit pas de les rendre invisibles, il faut tenter de les faire partir au motif que tout rentrerait dans l’ordre ; quelle aberration du cœur et de l’esprit !

Heureusement, une résistance se fait jour, des cœurs s’ouvrent, jugeant que ce n’est point possible d’en arriver à des propositions si déshumanisantes.

La visite du Pape ne ferait-elle pas surgir une espérance, confiant en la jeunesse : « Vous êtes les saints de France » pour porter dans vos cœurs un immense désir de liberté.

La liberté ne peut être instrumentée pour le départ des opprimés ; elle est un appel constant à ne point se dérober de nos responsabilités pour en être précisément la chair, sans laquelle l’égalité et la fraternité ne sont que des espoirs vains.

Dans notre aujourd’hui, nous voici visités par une parole dont la tendresse et la fermeté font entrevoir l’indécence du refus de l’autre.

Bernard Devert
Septembre 2026

La somme des « moi je » ne fait pas le « nous » qui s’impose pour faire Société.

Comme il serait heureux que les valeurs de notre Société, énoncées dans la devise républicaine, soient mieux prises en compte, se rappelant que la France est la patrie des droits de l’homme et du citoyen. Or, il nous faut entendre dans trop d’allocutions que les plus vulnérables sont jugés comme ceux par qui le malheur arrive, alors qu’ils en sont les premières victimes ; étrange constat, recueillant dans la population une adhésion certaine.

Soyons attentifs à des propos qui ne relèvent pas d’idées, mais d’appels aux crimes, où l’autre, parce qu’il est différent, est considéré comme un intrus, un gêneur ou un profiteur : « qu’il parte ». Terrible violence dont l’histoire, pas si lointaine, nous rappelle qu’elle s’est emparée d’un peuple, riche d’une immense culture qui, face à la haine, s’est trouvé dans l’impossibilité de faire barrage au mépris envahissant les cœurs et les esprits.

Un des risques avérés de notre Société est d’habiter le mythe de Babel ; il est là. Souvenons-nous de ceux qui ont construit une tour pour se mettre à part. Il y eut une parole du ciel, entendez du cœur : « Et les autres ».

Les autres pour eux n’avaient pas d’importance pour n’avoir rien ou peu.

Prenons garde à deux situations : le « je » occulte le « nous » et le « nous », traversé par l’indifférence, parfois la peur, qu’entretient et distille le refus de l’autre, fait surgir des mots et des actes qui assassinent la fraternité à l’égard de ceux que nous nommons facilement « eux ». Il ne nous suffit pas qu’ils soient mis à distance, il nous faut encore ajouter des abîmes.

En un quart de siècle, quel recul. Je prends l’année 2000 comme référence pour avoir vu le jour de la loi Solidarité et Renouvellement Urbains, bien connue par son acronyme SRU. Ce dispositif imposait aux communes de plus de 3 000 habitants de construire 20%, aujourd’hui 25% de logements sociaux afin de lutter contre les ghettos.

Un grand chantier, comme l’écrit dans son rapport le Haut Comité pour le Logement des Personnes Défavorisées, qui renoue avec l’exigence de solidarité et de fraternité. Qui peut contester la nécessité de le pérenniser au sein duquel la cohésion sociale appelle une maîtrise de nos peurs pour porter le seul débat qui vaille, l’attention à ces autres fragilisés qui sont nos frères.

L’humanisme est à ce prix.

Sommes-nous prêts, suivant le mot de Jean Marie Domenach, à ne pas nous contenter de penser contre, ni de penser ailleurs, mais de penser là où ça fait mal. Sans ce courage, comment éradiquer les causes endémiques du mal-logement qui, pour être dénoncées depuis plus de 60 ans, sont dramatiquement actuelles. Sans l’audace de cette équité, les lieux de non-droit se développeront plus encore, créant les conditions inexorables de la relégation, source des violences. Comme le dénonçait Jacques Chirac : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».

L’accueil des différences est toujours un risque à commencer par celui de la vie. Le refus de la mixité ne serait-il pas le déjà-là des indifférences, stigmates des relations mortifères.

Nous voici confrontés à un choix. Il n’est pas sans grandeur pour nous permettre de nous rassembler sur des valeurs de responsabilité portées par une éthique retrouvée, sans laquelle nous ne parviendrons pas à faire Société.

Ce qui s’est passé ces deux dernières années à l’Assemblée Nationale devrait nous inviter à réagir. Des cris dans l’hémicycle mais qui entend les cris des pauvres, lesquels appellent non pas ces replis sur soi où, seul, le pouvoir, l’ego, ce « je » compte, mais bien cette recherche humble et mobilisatrice visant à rechercher un consensus donnant naissance au bien commun.

Dans un monde insécurisé par la puissance des empires politiques, économiques qui n’ont d’autres ambitions que la domination par la force, jetant ici des bombes et des missiles et là de considérables flux financiers au seul service de leurs intérêts.

Le défi à relever est de susciter une prise de conscience de la nécessité du respect des plus fragiles pour que s’éveille un « autrement » ; bâtissons-le maintenant.

Bernard Devert
Septembre 2026

En cette rentrée, qu’allons-nous décider de partager pour changer ce qui peut l’être.

La Société s’enferme dans l’utilitarisme sans trop s’apercevoir que si la dimension sociale s’impose, elle doit être traversée par la fraternité, laquelle ne relève pas seulement d’une réduction nécessaire des iniquités, mais aussi d’une proximité avec ceux que la vie blesse au point de connaître une mort sociale.

Il s’agit de s’approcher pour qu’une écoute s’établisse. Notre Société va mal pour ne pas voir les détresses. Jacques Chirac rappelait : « la maison brûle et on regarde ailleurs ».

L’enfer, ce n’est pas les autres, c’est de s’appartenir ; nos statuts et notre reconnaissance sociale n’y sont pas étrangers. L’autre pour être vraiment reconnu nécessite un regard où l’émerveillement de la différence et même de l’étrange doit trouver sa place.

Assez de ces stigmatisations ! Inutile d’en rappeler les conséquences, ô combien plurielles et prégnantes au sein de nos agglomérations. Le vivre-ensemble se présente pour beaucoup comme une utopie quand ce n’est pas une erreur. J’entends cette personne, différente de par ses origines sur le plan social, qui occupe pourtant un poste à responsabilité me dire : « je ne peux attendre de mes voisins qu’une indifférence polie ! …»

H&H depuis plus de 40 ans lutte pour une reconnaissance du vivre-ensemble. Force est de reconnaître les difficultés et la lenteur avec lequel il s’inscrit dans le paysage social. Sans doute, ai-je commis une erreur en allant directement à la finalité recherchée sans suffisamment m’inquiéter du faire ensemble qui, seul, change les relations et nous change.

La financiarisation de l’économie, à laquelle n’échappe pas l’acte de construire, durcit les abîmes entre ceux qui disposent d’un pouvoir d’agir et ceux qui pensent qu’ils ne peuvent pas s’en sortir pour devoir subir les contraintes d’une Société où le marché fait la loi.

Allons-nous supporter longtemps des espaces qui emmurent. Quelles solutions si ce n’est de penser différemment la Société. Il ne s’agit pas de dénoncer, mais d’énoncer de nouvelles propositions. L’échange a ici toute sa place.

La culture est une des clés ouvrant le champ immense de la création. L’art, le théâtre, la musique, le chant choral, la poésie rappellent que personne n’est un ingénieur de l’âme.

Je pense à ces familles roms, séjournant dans des bidonvilles. Leur misère était si destructrice qu’ils en oubliaient leur corps. Après trois années d’attention, d’aucuns trouvèrent enfin la possibilité d’exister dignement. Ils n’étaient pas seulement autres, mais nos hôtes et réciproquement.

Une Compagnie investie dans le champ culturel apprit la danse à ces enfants afin qu’ils puissent habiter leur corps, trop longtemps oublié. Quand vint le moment où ils sont intervenus sur scène, grand fut l’émerveillement de leurs mamans.

La poésie contribue à des relations plus authentiques comme le rappelait J. F. Kennedy quelques jours avant sa mort, rendant hommage à l’immense poète, Robert Frost :

« Lorsque le pouvoir conduit les hommes à l’arrogance, la poésie leur rappelle leurs limites ».

« Lorsque le pouvoir rétrécit le champ des préoccupations humaines, la poésie rappelle la richesse et la diversité de l’existence. »

« Lorsque le pouvoir corrompt, la poésie purifie. L’art établit les vérités humaines fondamentales qui doivent servir de pierre de touche à notre jugement. »

Face à une Société intrusive et si peu inclusive, l’heure est de créer des liens pour lézarder ce mur dont il convient de prendre la mesure de ce qu’il est, une honte, mettant à distance près de 12 % de nos concitoyens pour n’avoir aucun contact relationnel.

Être vivant, c’est permettre à d’autres de vivre. L’homme ne vit pas seulement de pain, mais aussi d’une parole qui construit des liens, alors s’éveille pour tous un « autrement ». Qui n’a pas quelques heures à partager dans le cadre d’un bénévolat aux fins de bâtir la fraternité.

Bernard Devert
Septembre 2026

Vivre, c’est échanger ; nos grands aînés souhaiteraient ne pas être laissés pour compte

La loi sur l’aide à mourir fait naturellement débat ; Les soignants ne lui sont pas favorables pour avoir exprimé, très majoritairement, que la main qui soigne ne peut être celle qui donne la mort. La formule est aussi brève qu’heureuse.

J’entends les questions anthropologiques que suscite cette loi, laquelle laisse entendre le possible d’une clause de conscience, laquelle devrait faire l’objet d’un apport du Conseil Constitutionnel.

Si l’aide à mourir relève d’une loi, nous devons nous élever jusqu’à faire surgir une prise de conscience que l’heure n’est pas tant de dénoncer que d’énoncer les conditions d’une « aide à vivre », en veillant – il y a urgence – à ce que nos Ehpad, notamment, soient ouverts aux soins palliatifs dans cette recherche de solutions à partir desquelles un « autrement » s’éveille.

Le film « Soudain », actuellement sur les écrans, trouve une singulière acuité. Il présente la directrice d’un Ehpad, anthropologue de formation, bien décidée à mettre en œuvre des relations de plus grande humanité dans ce dispositif nommé « humanitude », né non pas d’une loi mais de pratiques visant une plus grande attention aux personnes confrontées à la maladie et à la dépendance.

Cette « aide à vivre » manque cruellement. Il n’est pas d’Ehpad – y compris les nôtres – où nous n’entendons pas une certaine détresse des résidents ; ils expriment souvent pudiquement, parlant de leur insatisfaction, l’ennui, ou un sentiment d’inutilité sociale, conduisant à s’interroger : « pourquoi donc suis-je encore en vie puisqu’elle n’a plus de sens » ?

Le sujet pour nous, humanistes, croyants, c’est de penser autrement les relations avec les résidents de nos maisons pour que ce moment de la vie qu’est le vieillissement ne soit pas seulement supporté, mais vécu différemment pour rester ce qu’il doit être, un temps de vie et il ne l’est, que si le sujet du sens demeure.

Cette directrice dit pourquoi elle est là : « je veux créer des liens ». L’écoutant, je pensais au Petit Prince, étonné et émerveillé de ce qui lui est proposé, un apprivoisement, la création de liens.

Ces liens précisément vont mettre debout les soignés, au propre comme au figuré.

La vie est vie, tant qu’elle élève et relève.

Ce film « Soudain » montre la volonté inflexible de cette directrice, traversée par une bienveillance à l’égard des soignants et soignés, alors qu’elle est fort isolée pour être en difficulté, avec les dirigeants de son Groupe, lesquels s’inquiètent des charges susceptibles de diminuer les dividendes !

L’humain a un coût, mais il n’a pas de prix.

Des oppositions naissent également avec ses équipes soignantes, loin de vouloir entrer dans une relation nouvelle avec les soignés, outre les tutelles qui, focalisées sur la sécurité, ne veulent prendre aucun risque si bien que la Directrice s’entendra reprocher : vous avez beaucoup de chutes. Certes, répondra-t-elle, mais les fauteuils roulants sont moins nombreux !

Et si soudain, nous acceptions de reconnaître que nous avons peur du vieillissement ; toute peur, outre la colère qu’elle peut entraîner, cause une forme d’anesthésie, suivie d’un fatalisme : c’est la vie, mais n’est-ce pas la déserter.

Ce que notre Société a besoin, c’est d’ouvrir un chantier éminemment spirituel où l’heure n’est pas tant de se battre contre la loi que de chercher des solutions pour que ce temps de l’existence demeure vital.

Nul doute que pour y parvenir, il faut cesser de considérer que nos grands aînés sont une charge. Ils l’éprouvent et en souffrent.

Au nom d’une certaine sûreté, trop de portes de nos maisons ne s’ouvrent que le temps de l’entrée du résident, mais qu’en est-il de son possible va-et-vient. Refusé, pour le moins peu favorisé, il nous prive de leurs expériences et d’une prise en compte d’un recul, dont la Société aurait bien besoin qui, pour être habitée par l’agitation, ne sait plus prendre le temps de se penser autrement.

En cette rentrée 2026-2027, puisque le calendrier universitaire régit le temps, pourquoi ne pas nous demander soudainement si nous ne devrions pas rechercher les solutions à faire naître dans le champ sociétal pour un humanisme plus prégnant qui, en l’état, est mis à mal et le sera, aussi longtemps qu’une fraction de la population sera mise à distance, nos grands aînés.

Ensemble travaillons sur ce possible pour qu’il se laisse interroger par ce que nous jugeons impossible, trop souvent par facilité ou par peur de penser différemment.

Bernard Devert
Août 2026

Ce 15 août, une assomption d’humanité

En cette fête du 15 août, l’été au zénith, vite déclinera, laissant entrevoir le déjà-là de la rentrée, laquelle ne pourrait-elle pas être différente de celle que nous imaginions, après les évènements liés au changement climatique et les drames qu’il a suscités.

L’été brûlant a mis en cendres des milliers d’hectares de nos forêts, incendiant des maisons, des voitures devenues des carcasses, outre un déplacement de populations considérable en raison de ces murs de feux infranchissables déclarés parfois accidentellement, plus souvent – semble-t-il – par des gestes inconscients ou criminels.

Ces feux, pendant de nombreuses semaines, ont été combattus et le sont encore par des pompiers qui, au péril de leur vie – quatre d’entre eux sont morts – n’ont eu de cesse de protéger les personnes et autant que possible la nature et les biens.

Les soldats du feu ont suscité dans le Pays fort justement une grande admiration. Que de cœurs se sont enflammés, habités par la reconnaissance due à ces combattants dont nombre sont bénévoles ; ils ont été rejoints par des agriculteurs, viticulteurs venus avec leurs tracteurs apporter de l’eau.

La fatigue se lisait sur les visages des pompiers. Les soignants se sont rapidement mobilisés apportant soins et prendre soin, constatant combien ces soldats se battaient au-delà du raisonnable. A leur lutte difficile et dangereuse, il leur fallait encore supporter la privation de sommeil pour être tendus vers l’urgence de sauvegarder ce qui pouvait et devait l’être. Ils ont réussi.

Des entreprises ont dû fermer. Nombre de salariés, de vacanciers se sont investis aux côtés des pompiers.

Dans un contexte meurtri de par ces guerres qui n’en finissent pas et qui n’ont aucun sens, sauf de satisfaire l’ego insatiable de leurs dirigeants aveugles, voici que dans l’opinion, secouée, bouleversée, une brûlure de l’absence s’est imposée, une exigence de solidarité à l’égard de ceux qui ne demandaient rien et qui, dans le silence, jours et nuits, tentaient d’éteindre les flammes.

Tout un mouvement de résistance qui, soudainement a réenchanté l’opinion, brûlant le pessimisme mortifère qui, trop souvent, l’envahit.

En ce 15 août, nous fêterons Marie, son élévation, ce que signifie ce mot « assomption », une montée. Cet été ne restera-t-il pas une « assomption » de la générosité.

Ces feux, après des semaines de lutte, ont été fixés, heureusement maîtrisés et si, à date, ils ne le sont pas encore pleinement, ils laissent la trace d’un combat, honorant tous ceux qui se sont donnés et ont donné. Un grand feu s’est allumé, celui de l’énergie, chacun comprenant qu’il est des moments où le repli sur soi n’est plus possible.

Cet été, nous avons vécu une assomption de la fraternité.

Alors que le feu dans son tragique passage noircissait les paysages, les visages aux traits tirés donnaient à voir une force intérieure, un dépassement. L’homme est plus grand qu’il ne le pense. Il était difficile de ne pas percevoir dans ce combat inégal, qu’il était gagné par l’expérience, le courage et l’intelligence au sein de laquelle le cœur a trouvé toute sa place.

Les déplacés auraient pu se plaindre, se trouvant par milliers, sans préparation, dans des espaces créés de toute hâte. Là, des bénévoles se sont mobilisés, les marchands apportant leur concours sans compter. Ces lieux resteront signes de liens de solidarité et d’abnégation, une assomption d’humanité.

En cette fête du 15 août, d’aucuns méditeront le Magnificat, prière d’ouverture, parce que tout, absolument tout, peut commencer, recommencer. Ensemble, gardons en mémoire le mot de Dante : « Marie ennoblit notre humanité ».

Vous tous qui avez participé à ces épreuves et vécu à l’unisson de ce combat et du formidable dévouement qu’il a suscité, vous avez fait naître un nouvel horizon pour avoir contribué à cet ennoblissement.

Marie, Miroir de l’éternel et de l’essentiel, ne serait-elle pas celle qui vous dit : « Magnificat », Magnifique Humanité.

Bernard Devert
Août 2026