Les religieuses ont beaucoup apporté à la Société de par leur présence dans les hôpitaux, les écoles, comme auprès des personnes assignées à ces cités sans âme, sachant avec ardeur et dévouement silencieux éviter bien des drames. Qui s’en souviendra.
Femmes de la Parole, elles savent entendre les murmures qui, lorsqu’ils sont compris et accueillis, lézardent les murs.
Adolescent, sur le chemin de l’école, il me fut donné de voir régulièrement ces Sœurs hospitalières avec une petite valise en carton, rentrant au matin dans leur Communauté après avoir veillé la nuit auprès de malades. Je ne les apercevais souvent que de dos, mais dans la mémoire de ce qu’elles ont rendu possible, elles m’ont permis plus tard de faire face, à mon tour, au service du frère.
Au sein d’Habitat et Humanisme, que de religieuses nous ont aidés et nous aident encore, même si elles sont moins nombreuses – et pour cause. Ainsi à l’Hospitalité de Béthanie, des patients, au sortir de leur hospitalisation, ont bénéficié du savoir-être et du savoir-faire des Sœurs du Rosaire et des Sœurs Hospitalières, toujours en veille ; leurs nuits étaient courtes pour être disponibles. Jamais une plainte, le service les portait.
Je n’oublie pas davantage la Maison Christophe Mérieux où sont accueillies des mamans après leur accouchement. Là, les Sœurs Franciscaines, puis les Petites Sœurs de l’Assomption leur témoignent une tendresse, venant atténuer pour autant que cela soit possible l’irresponsabilité des pères ayant déserté leur responsabilité.
Dans nos maisons, où nous recevons des personnes en rupture et en souffrance sociale, ce sont ces Sœurs, des « mères courage » qui, avec l’intelligence du cœur, suscitent maintes et maintes ouvertures, porteuses d’avenir.
Ces mots, je les écris en revenant d’une cérémonie d’ouverture d’un beau programme au cœur du vieux quartier de Lille. L’immeuble, qui abritait une école, nous a été donné par la Communauté des Filles de l’Enfant Jésus pour la transformer en une grande école d’humanité. Au soir de son existence, cette Congrégation demeure magnifiquement ouverte à la vie pour avoir le sens de l’Autre, des autres.
Sur ce site, s’édifient des logements très abordables et d’autres qui relèveront du prix du marché, vigilants à faire naître une réelle mixité sociale, enrichie d’un tiers-lieu, d’une crèche et d’une médiathèque en concertation avec la mairie.
L’esprit de fraternité ouvre le champ des possibles. Les Sœurs en ont l’audace malgré l’âge et une Société qui ne sait pas les reconnaître. Le désirent-elles, non, tant elles sont effacées pour n’avoir d’autre désir que de donner à voir cet essentiel qui ne disparaîtra jamais comme le rappelait Sœur Emmanuelle lors de cette pose symbolique de première pierre, citant Saint-Paul : « ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel ».
Lors de cette cérémonie, personne n’a cherché à faire prévaloir ce qu’il avait apporté ; tous étaient réunis dans une même attention aux valeurs de notre civilisation. Les Actes des Apôtres ont été cités, le philosophe des lumières, Diderot, le fut aussi. Un souffle, souligna le Préfet dans sa belle allocution.
Je n’ai pu m’empêcher de faire une analogie avec la Pentecôte, chacun entendait la parole dans sa langue, sa culture, saisissant intérieurement ce qu’il était appelé à vivre de par ce souffle paradoxal qui nous transporte et nous transforme.
Sœurs, appelées si justement, souvent avec tendresse, les « bonnes Sœurs », vous n’attendez pas de reconnaissance ; votre préoccupation est de donner naissance à un monde meilleur. Acceptez, cependant, que l’on puisse vous dire de tout cœur, merci.
Sans vous, Habitat et Humanisme n’aurait pu se développer et encore moins son pôle médico-social. Vous en restez à jamais, vous les « mères courage » les vraies fondatrices.
Bernard Devert
Janvier 2026
