D’une indignation juste à une mobilisation, pour atténuer la violence de l’injustice

A partir de l’augmentation d’une taxe sur les carburants, nombre d’automobilistes ont revêtu un gilet jaune, soulignant combien l’impôt pouvait être anxiogène, d’où des désordres qui n’ont pas manqué avec l’occupation de péages et de ronds-points, puis de graves violences sur les personnes et les biens.

Des symboles de la République ont été saccagés, comme l’Arc-de-Triomphe, non par des membres des gilets jaunes mais par des casseurs, triomphant dans le désordre pour n’avoir d’autres préoccupations que de briser, violenter les forces de l’ordre, voire les assassiner s’ils l’avaient pu.

Reconnaissons que triomphe aussi ‑ ce qui ne justifie pas les exactions – cette folie de l’accumulation des biens et ce « vouloir gagner toujours plus », alors que tant de nos concitoyens sont victimes de ressources ne leur permettant pas de vivre décemment.

Ce constat, reconnu enfin au plus haut niveau de l’Etat, témoigne d’un système à bout de souffle, une forme de faillite nécessitant de remettre du sens et du bon sens dans les relations si nous ne voulons pas que cela se termine mal, c’est-à-dire, sens dessus-dessous.

La colère de notre peuple ne rejoint-elle pas celle du prophète Isaïe 22,23 : « Tes chefs sont rebelles et complices des voleurs ; tous aiment les présents et courent après les récompenses ; Ils ne font pas droit à l’orphelin et la cause de la veuve ne vient pas jusqu’à eux ».

Sur une grande chaîne d’information en continu, la Ministre de l’égalité des femmes et des hommes, lors d’un débat avec des représentants des Gilets jaunes soulignait les avancées du Gouvernement.

Ainsi, dit-elle, dans les quartiers difficiles un petit déjeuner est servi aux enfants scolarisés, rappelant l’adage « ventre affamé n’a pas d’oreilles ». Ce n’est pas l’aumône que nous demandons, répondit cette jeune maman, mais les moyens de vivre décemment pour offrir à nos enfants ces déjeuners. Un des enjeux du mécontentement était posé, celui du respect et de la dignité dus à chacun.

Ce 10 décembre, le Président de la République, sorti de son silence un peu tardivement, annonce des mesures évaluées à hauteur de 12 à 13 Md€ ; d’aucuns ne manqueront pas de regretter qu’il ait fallu la violence pour s’inquiéter de l’équité. Comme est difficilement déboulonnable l’idole « Mammon » !

Pour que cette crise sociale ne revête pas un caractère institutionnel, le Président de la République a décrété fort justement « l’état d’urgence économique et sociale ».

L’expression n’est pas banale ; elle traduit la reconnaissance d’une situation devenue dangereuse et inacceptable, appelant une réflexion et une inflexion politique pour mettre en œuvre les changements nécessaires sécurisant la paix sociale. La colère des manifestants est « juste à bien des égards », reconnaissait le Chef de l’Etat dans son allocution.

L’état d’urgence se définit comme un régime exceptionnel, mis en place par un gouvernement en cas d’atteinte à l’ordre public, de troubles graves, ou de calamités nationales.

Il est une avancée que l’injustice soit enfin considérée pour ce qu’elle est : un malheur. Il appartient à tous de l’effacer en veillant à ce que soient associés aux réformes tous les membres de la communauté nationale. C’est à cette condition que sera dissipé ce ressenti, largement exprimé, du mépris de ne pouvoir participer à l’avenir du Pays.

Cette exigence éthique ne viendrait-elle pas aider à faire d’un mal un bien.

 

Bernard Devert

Décembre 2018

L’heure est de redonner des couleurs à la République

Le jaune, couleur du soleil, connaît une éclipse assombrissant les relations. Les forces de l’ordre sont gravement attaquées par des groupuscules pillant et saccageant les symboles de la République, l’Arc de Triomphe, les Préfectures ou des lieux emblématiques de l’histoire de la Nation.

Le Gouvernement, s’il reconnaît tardivement le bien-fondé de la colère, ne peut naturellement pas consentir à ce que la rue soit le lieu du traitement de ces violences, d’autant qu’elles émanent d’individus décidés à en découdre avec brutalité avec l’Etat, parce qu’il est l’Etat.

Cette situation dommageable ne doit pas cacher la crise morale que traverse le Pays. Il convient d’en prendre la mesure

Le fait que le Président de la République reconnaisse la souffrance de ses compatriotes doit entraîner, dans les meilleurs délais possibles, des réponses adaptées pour faire reculer l’inacceptable, traversé par l’injustice.

Nombre de manifestants ne sont pas étrangers à l’élection de M. Emmanuel Macron de par son engagement à opérer des réformes. Les premières ont eu un impact fiscal en faveur des plus aisés, non parce que le Président voulait les privilégier mais pour considérer que ces mesures auraient un impact direct sur l’économie et par là même l’emploi.

L’espoir n’est pas au rendez-vous. Ne parle-t-on pas d’une nouvelle crise financière désormais possible, avivant ce ressenti que les plus riches, toujours épargnés, ont été protégés pour avoir été les premiers servis.

Les fondements de notre République en sont affectés. Quelle iniquité, se disent les oubliés de la croissance et ceux qui, pour habiter les zones rurales, les petites et moyennes villes, constatent une dévitalisation de leur territoire sans que soit mise en œuvre une politique d’aménagement à hauteur du préjudice et des enjeux pour rééquilibrer la Société.

La Nation est une et indivisible. Pourquoi tant de disparités entre les citoyens ? La cause première du Mouvement des Gilets jaunesne peut être passée sous silence. Comment justifier que le coût des transports soit largement subventionné dans les grandes métropoles, alors que dans les territoires en difficulté, il n’y a pas d’autre alternative que de se rendre à son travail en voiture, en franchissant parfois des distances importantes.

Le plein d’essence est accompagné d’un plein d’amertume ; trop c’est trop.

L’égalité, fondement de la République, est ébréchée. Si la démocratie est touchée, il faut garder à l’esprit deux photos prises à l’Arc de Triomphe :

–      le 11 novembre, le Président de la République et des étudiants de Seine saint Denis – territoire difficile, s’il en est – se recueillent ensemble devant la tombe du soldat inconnu. Un signe de fraternité qui ouvre une nouvelle histoire.

–      le 1erdécembre, des membres des Gilets jaunesassis autour de la même tombe, veillent à ce que cet espace ne soit pas profané ; ils chantent la Marseillaise pour couvrir les cris sauvages et débridés des casseurs.

Dans ces heures difficiles, nous devrions garder en mémoire ces deux moments où malgré – et peut-être à cause de ces ruptures nées d’injustices – il est possible de faire surgir un sursaut de fraternité qui, sans occulter la colère, change, malgré tout, les cœurs et les esprits pour que l’égalité ne soit pas enfouie dans un funeste impossible.

Une nouvelle fois, se propose à notre liberté un arbitrage. Il ne relève pas seulement d’une comptabilité mais d’une vigilante attention à l’égalité et à la fraternité pour bâtir une plus grande unité.

 

Bernard Devert

Décembre 2018

Attention accidents ! Ils sont signalés par les « Gilets jaunes »

La circulation est perturbée par « les Gilets jaunes », un mouvement informel qui n’entend pas se laisser cerner par des partis politiques soufflant, ici et là, leur adhésion, veillant à rester à distance d’une protestation nourrie par les réseaux sociaux.

Le coût du carburant est l’étincelle qui fit jaillir une exaspération latente se traduisant par des barrages, sans susciter de violences entre manifestants et forces de l’ordre, même s’il y a lieu de regretter, le premier matin de la manifestation du 17 novembre, un accident mortel lié à la peur.

Ce même jour, une des manifestantes dans une rue de Paris proche de l’Elysée ‑ face aux CRS qui ne chargent pas ‑ enlève son gilet jaune et s’écrie : ‘je n’ai rien, même pas de haine’, exprimant seulement sa colère.

Le Premier Ministre, lors de son allocution de dimanche soir, soulignait que son Gouvernement entendait non seulement le mécontentement mais aussi percevait la souffrance d’un grand nombre de ceux qui manifestaient.

Il est bien qu’au plus haut niveau de l’Etat, il y ait la reconnaissance d’un mal, ne relevant pas d’une approche fiscale mais discale, nombre de Français en ayant « plein le dos ». Trop de difficultés s’amoncellent sans que les promesses d’un mieux-être ne transparaissent.

N’oublions pas le nombre de personnes confrontées à des revenus relevant d’un reste à vivre qui n’est autre que celui de la survie.

Que de fins de mois arrivent trop tôt ; des jours, parfois des semaines restantes sans ressources obligent à faire appel à un crédit ou une avance sur la rémunération du mois suivant, laquelle s’avère déjà insuffisante. Un engrenage destructeur qui ne fait pas de bruit, sauf dans ces moments où trop, c’est trop.

Que de membres de la « famille France » ont mal, d’où l’urgence d’un prendre soin pour que ne s’installe pas la souffrance ; il en va du corps social, comme du corps biologique, la nécessité de faire tomber la fièvre pour éviter de plus grands désordres.

Il faut en convenir, la société est accidentée. Aussi, les « Gilets jaunes » sont sortis. Les mots ne suffiront pas pour guérir des blessures graves, pour être des fractures ouvertes.

Les gilets jaunes signent l’accident et l’urgence de prendre des précautions aux fins d’éviter de plus grands malheurs. C’est bien dans cet esprit que les « Gilets jaunes » sont sortis et c’est dans cette perspective qu’ils doivent être entendus. Les premiers soins doivent être une attention à ce ressenti qui fait mal, se savoir les oubliés de la société.

Le chemin des uns apparaît comme celui conduisant vers un beau jardin alors que celui de beaucoup d’autres n’a pas d’horizon, sauf le déjà là d’une condamnation à goûter les fruits amers d’un parcours sans avenir. Ne nous étonnons pas alors qu’il y ait quelques barrières ; une première écoute les lèvera

Bernard Devert

Novembre 2018

 

 

 

 

 

 

La métropolisation synonyme de déserts

Nous assistons à une métropolisation massive en France, comme dans le monde, d’où une dévitalisation des petites villes et même des villes moyennes. Sommes-nous si sûrs que la concentration des habitants, des pôles d’activités et des espaces de culture soit une bonne réponse à la cohésion du territoire.

Un arrêt sur image s’impose.

La traversée des villages et des petites villes donne à voir une paupérisation qui n’est pas sans affecter le patrimoine affichant des panneaux à louer, à vendre. Un désert se dessine ; il est sans oasis.

A Paris, trois écoles ont fermé cette année. Que de familles n’ont plus accès à la ville en raison de loyers inabordables, concurrencés par des plateformes à vocation hôtelière (Airbnb). Certes, des régulations sont mises en œuvre, mais cet habitat temporaire pour des touristes fortunés fait florès dans les beaux quartiers.

Montluçon a perdu 20 000 habitants en 50 ans. L’activité économique dépérit, 2 000 logements vacants, plus de 2 500 à Nevers, alors que tant de familles en Ile-de-France doivent attendre 7 ans pour disposer d’un appartement dans le parc social. Le budget de la ville de Paris pour le logement social est de plus de 500 millions d’euros.

Les budgets enflent pour les métropoles et s’amenuisent pour les villes moyennes et plus encore pour les petites.

Le mal-logement s’aggrave dans les métropoles et l’habitat se détériore dans un grand nombre de départements, désarmés face à l’exode de leurs habitants. Les valeurs républicaines sont blessées, de par l’absence, depuis de longues décennies, d’une politique d’aménagement du territoire capable de réguler, de structurer et de mettre en œuvre des formations pour de nouvelles activités.

La métropolisation brise :

  • l’égalité entre les territoires, mais la République n’est-elle pas une et indivisible.
  • la liberté. Quand les usines et ateliers ferment, que reste-t-il comme choix, sinon celui de rejoindre les métropoles pour tenter de trouver un travail. Cependant, si la métropolisation était la réponse, assisterions-nous à un chômage touchant 2,5 millions de personnes.
  • La fraternité. Que d’anonymat ! Les métros et les TER sont souvent les wagons de l’indifférence ; tant de voyageurs sont fatigués par ces temps de transport amputant leur sommeil.

Qui n’est pas touché par ces femmes partant très tôt pour faire du ménage dans les entreprises, leur salaire ne leur permettant pas de se loger à proximité de leur lieu de travail ; alors, il leur faut habiter loin, trop loin.

Les métropoles laissent briller au cœur de leurs villes des lumières qui font miroiter bien des illusions. Si tout semble possible, les promesses ne sont pas au rendez-vous. Que de solitudes profondes et même désespérées ne trouvent plus à se cacher dans les grandes villes.

Le Grand Paris se prépare. N’y aurait-il pas une autre réflexion à retenir. Est-ce trop tard que d’envisager de transférer des investissements vers des villes moyennes, leur permettant d’offrir un avenir à ceux qui y vivent encore.

Jean-Louis Schilansky, Président du MEDEF à Paris, s’inquiète de l’inflation du projet des prélèvements sur les entreprises pour financer le futur métro automatique francilien, hier évalué à 20 Mds, aujourd’hui réévalué à 35 Mds.

La digitalisation entraînera une révolution du travail qui devrait donner un atout aux petites et moyennes villes, réserve faite qu’elles développent l’intercommunalité.

Mon propos n’est pas d’opposer les métropoles aux villes moyennes ou petites. L’heure est de s’inquiéter de leur synergie pour que la vitalisation des unes n’entraîne pas la dévitalisation des autres dont l’assèchement ne s’arrêtera pas par le seul ruissellement des premières.

La métropolisation est liée à des volontés de puissance, entraînant une course entre les quelques grandes villes pouvant prétendre, via des critères disqualifiant les plus petites, à disposer de lieux de pouvoir. Ne serait-ce pas la peur de la fragilité créant paradoxalement des outrances pour ne point être saisie comme un levier facilitant les métamorphoses dont nos territoires ont besoin.

Bernard Devert

Novembre 2018

Ce mal-logement qui tue

Que de patience coupable face au mal-logement !

Dénoncé depuis des décennies, ce « cancer » social fait l’objet seulement de soins palliatifs. Quelle est la volonté d’en finir avec une souffrance qui ronge la Société, jusqu’à créer des fractures. D’un côté, ceux qui bénéficient d’un habitat et de l’autre, d’un abri compromettant l’avenir des occupants.

La colère gronde à Marseille avec l’effondrement de trois immeubles, rue d’Aubagne, ayant entraîné la mort de 5 résidents. 3 autres sont portés disparus ; grande est l’inquiétude. L’insalubrité pourtant était connue mais aucune précipitation pour éloigner du danger les plus vulnérables.

L’affaissement de ces bâtiments crée une légitime émotion ; elle doit être entendue comme un réveil des responsabilités. Arrêtons de jouer avec la vie de ceux qui sont les plus fragiles.

Le mal-logement est cause de morts physiques. Quelle attention portée aux morts de la rue ! Ils ne courent le risque d’aucun effondrement pour être abandonnés sur des trottoirs, par tous les temps, sans que la Nation soit effondrée par une telle injustice.

Nous tenons dans nos mains les linceuls d’une fraternité déchirée pour tolérer l’intolérable, des morts annoncés. Quand réaliserons-nous enfin des programmes en nombre suffisant mettant un terme à un sans-abrisme honteux. Il est le nôtre.

A la va-vite, à chacun des hivers, s’ouvrent des gymnases dans lesquels s’entassent les délaissés et rejetés d’une Société plus attentive au thermomètre qu’à la santé de ses ressortissants bravant les intempéries. Que fait-on de cette obligation juridique et morale d’un logement décent pour tous.

Assez facile de parler du ‘logement d’abord’, il convient d’abord de prendre acte de la nécessité de construire des logements décents, délivrés des marquages sociaux, accessibles à chacun en fonction de ses revenus.

Le mal-logement tue aussi moralement nombre de nos concitoyens oubliés dans des cités anxiogènes. Bon sang ! L’habitat est constitué de fenêtres ; comment accepter que leur ouverture ait pour conséquence d’abîmer des regards. Tristesse du mal vivre de ceux qui, séjournant dans ces lieux, ne se font aucune illusion sur l’intérêt qui leur est témoigné.

Consentir à l’indignité d’un toit, c’est dire à celui qui l’occupe par nécessité : tu ne comptes pas ou si peu.

Ce drame à Marseille intervient au cours de cette semaine de l’économie solidaire. Une forme d’économie qui connaît un certain effondrement, l’Etat lui retirant une part des dispositifs fiscaux. Comment se faire entendre sur la pertinence de leur maintien. Non, ils ne sont pas des avantages, appelés si injustement des niches, mais des soutiens nécessaires pour bâtir plus humain.

Faut-il que la vie disparaisse pour comprendre que l’habitat est un écrin qui l’accueille et la protège, mais pour qui ?

Bernard Devert

Novembre 2018

 

La finance solidaire, servante d’humanité

La finance est omniprésente et omnipuissante. Ne parle-t-on pas fort justement de la financiarisation de l’économie. Tout est financier. Dans ce contexte, quelle place a l’économie solidaire dont il faut reconnaître qu’elle reste très discrète (trop) alors qu’elle a une réelle efficience sur le plan social.

Sans l’épargne solidaire, que de familles très fragilisées n’auraient pas trouvé de toit, ou encore que de personnes en recherche d’un emploi n’auraient pu l’obtenir. Aussi, comment ne pas saluer la présente semaine de la finance solidaire, un temps précieux pour mieux la faire connaître. Il y a urgence, son développement, sans conteste, réduit de graves iniquités.

L’Economie Sociale et Solidaire n’est pas une niche, pas davantage une forme marginale de l’économie au motif qu’elle sert, par priorité, la cause de ceux qui sont aux marges.

Quel en est le carburant, la solidarité. Elle est surtout celle de salariés : plus d’un million, en concertation avec leurs entreprises, investissent au titre de l’épargne salariale solidaire ; ils sont les premiers investisseurs de cette économie.

Quelle belle raison d’espérer, ceux qui bénéficient d’une sécurité avec l’emploi se préoccupent de ceux qui sont en grande vulnérabilité pour ne pas avoir de toit.

L’économie solidaire est en constante progression : 10, 5 % de l’emploi en France et 14 % de l’emploi privé. L’épargne solidaire a atteint en 2017 un encours de 11,5 Milliards d’euros (+ 18,3% par rapport à 2016).

Cette nouvelle économie suscite un réel intérêt pour être porteuse de sens de par son attention à faire émerger des orientations corrigeant de graves fractures sociétales. Comment ne pas observer que, là où on injecte de la solidarité dans l’économie, on assiste à des transformations qui impactent le « vivre ensemble ».

La finance solidaire fait école. Elle interroge désormais le champ économique via l’entrepreneuriat social. Le vote de la ‘loi PACTE’ facilite la création d’entreprises dont l’objet n’est pas seulement de se réunir pour se répartir des bénéfices mais pour les affecter à des programmes de lutte contre la pauvreté et la misère.

Un autrement se fait jour qui n’échappe pas à l’attention d’étudiants qui, sortis des grandes écoles – mais pas seulement – entendent participer à des entreprises contribuant à être proches des oubliés et des rejetés de la Société.

Cette économie, créatrice d’un avenir, naît d’une sagesse mettant à distance la brutalité du ‘toujours plus’ et du ‘tout, tout de suite’. La recherche de ce qui est juste, équilibré, témoigne de la volonté de construire un monde plus attentif au bien commun.

La qualité de vie ne dépend pas seulement de la possession de biens mais d’une vigilance à des partages créatifs. Alors, les cupidités et fébrilités s’estompent pour faire place à des valeurs qui rassemblent.

Ce samedi, je rencontrais dans un jardin public une famille de 4 enfants de 12 ans à 4 ans, sans domicile. Le père dispose d’un contrat de travail à durée déterminée de 24 heures par semaine. Surgit un petit garçon de 4 ou 5 ans à la tête blonde, manifestement d’un milieu aisé, qui aura ces mots : « je veux partager à l’enfant ».

Je me retourne et m’adresse à sa mère : ne me remerciez pas, me dit-elle. Nous avons parlé de ce foyer sans domicile à notre table familiale ; notre plus jeune fils a tenu à exprimer à l’enfant de son âge un signe chaleureux.

Je ne peux m’empêcher de voir dans la spontanéité de ce geste, le signe d’une Société qui s’éveille pour refuser la misère qui détruit. La finance solidaire, prenant en compte une part de gratuité, est l’un des leviers décisifs pour la combattre.

Si parfois les marchés décrochent, la finance solidaire, avec une constante détermination, s’accroche à créer des espaces plus lumineux ; rejoignons-là.

Bernard Devert

Novembre 2018

Ces heures solidaires nous changent, un autre temps s’éveille

Cette semaine est marquée par la fête de la Toussaint, fête des chrétiens et de tous ces hommes et ces femmes qui ont le souci de leurs frères. Ce que vous ferez aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous le ferez, dit Jésus.

Mère Theresa, une des personnalités qui marqua le XXème siècle, était confrontée à un océan de pauvreté. Un journaliste devant ce drame lui demanda : que faire ? « Monsieur, il vous faut changer, il me faut changer ».

Les saints sont ceux qui consentent à changer.

Un autre saint de ce même siècle, Jean-Paul II, ne cessera d’inviter à ne pas avoir peur de la conversion, de ces changements à opérer.

Martin Luther King a donné à son peuple une espérance qui nous touche. Nous devons apprendre, disait-il, à vivre ensemble comme des frères, sinon nous mourrons tous comme des fous. Cette folie engendre la haine. Seul l’amour nous en protège. Urgence de changer ; des signes en soulignent l’actualité.

Cette semaine, il me fut donné d’inaugurer une pension de famille dans un quartier résidentiel d’Angers. Cette forme d’habitat facilite la reconstruction de personnes blessées par la vie. Loin d’imaginer qu’un jour, elles trouveraient un toit, respectant leur dignité, voici que l’improbable a surgi ; tout change pour ces résidents. Tout commence, recommence.

Que s’est-il donc passé : des changements sont intervenus.

Le propriétaire du terrain s’est interrogé sur la loi du marché. Une loi d’airain. Aussi, décida-t-il de ne pas se laisser enfermer dans cette logique. Il proposa à Habitat et Humanisme un prix solidaire. L’économie du plus fort s’estompait pour celle de la bienveillance.

Il s’est trouvé aussi des personnes qui se sont inquiétées du sens à donner à l’épargne. Leur propos ne fut pas de dénoncer bruyamment les injustices mais d’agir en promouvant l’économie solidaire.

Un autre changement naît quand l’argent n’est pas diabolisé, simplement mis à sa place de serviteur. Un nouvel horizon se fait jour pour ceux qui n’en avaient pas ; il n’est pas sans lumière.

Ce n’est pas terminé, un autre changement, celui de ces heures solidaires où l’on donne du temps pour écouter, partager. Les solitudes se brisent, les malentendus tombent.

A cette inauguration, Damien était présent pour dire merci aux membres de l’association qui l’ont accompagné. Il s’est reconstruit. Quittant son logement d’insertion, il a permis à un autre d’en bénéficier. Je n’ai pas besoin de préciser avec quelle émotion cette gratitude a été entendue. Un frère fragilisé nous a changés.

Qui n’éprouve pas un espace de liberté en faisant mémoire de l’Abbé Pierre, Mère Teresa, Sœur Emmanuelle, d’Arnaud Beltrame et de tant d’autres, mais aussi de tous ceux dont les gestes infiniment discrets font tant de bien, au cœur de ces changements, qu’ils font bouger les lignes et même lézardent ces forteresses qui emmurent.

Il n’y a pas de sainteté sans humilité, de simplicité. S’agissant d’un amour, il est bien d’en parler avec humour. Alors, rappelons-nous ces mots de Michel Audiard : « Heureux les fêlés, ils laissent passer la lumière ».

Les béatitudes ne sont pas loin.

Bernard Devert

Octobre 2018