L’Assomption de Marie, l’inouï d’une perspective inattendue

Bâtir des ponts et veiller à ne point les rompre est au cœur de nos respectifs engagements.

Au début de l’été, j’écrivais quelques mots sur le fait qu’un enfant sur trois, en France, ne parte pas en vacances en raison de la misère ou de la précarité.

Cette observation qui, malheureusement, ne peut pas être démentie, souligne une profonde exclusion sociale.

A la rentrée, d’aucuns partageront la joie de leurs escapades. Que de laissés pour compte entendront ces récits les plongeant plus encore dans un horizon assombri par trop de rigueurs destructrices d’avenir.

Une maman m’a répondu, sans agressivité, qu’elle avait connu cette situation avec ses enfants pendant de nombreuses années (trop) sans que personne ne lui ait proposé d’accueillir l’un ou l’autre, fût-ce quelques jours.

La question alors surgit : aujourd’hui, pourquoi j’aiderais alors que l’indifférence fut ma compagne. La seule réponse qui vaille – me semble-t-il – est d’être des bâtisseurs de ponts, de passerelles, faute de quoi chacun reste rivé dans ses crispations.

Tout bâtisseur sait qu’il lui faut prendre le risque de commencer et finalement de consentir à toujours recommencer.

Dans son livre « Eclats d’Evangile » Marion Muller-Colard, dit qu’il n’y a pas de ligne d’arrivée, seulement des lignes de départ. L’expression est juste et heureuse

N’est-ce pas aussi cela la fête du 15 août. L’Assomption de Marie ne doit-elle pas être entendue comme une vie si donnée qu’elle est constamment sur une ligne de créativité pour faire naître un autrement, réunissant les rives, terre et ciel.

Bâtir est difficile. Il faut de l’audace ; elle n’a pas manqué à Marie pour privilégier un engagement bouleversant : donner vie à l’Auteur de la vie, en consentant à ce « oui » dont l’un philosophe du soupçon dira qu’il est le « oui vital de l’âme ».

Croyant ou non, ce sont bien nos « oui » qui donnent du sens à nos existences. Ne sont-ils pas une forme d’assomption pour nous élever vers l’essentiel : l’ouverture du cœur.

En ce 15 août, ce Magnificat sera partagé plus que nous ne l’imaginons au regard de tous ces ponts ou passerelles, nés de ces oui qui ne sont pas sans susciter des raisons d’espérer, de croire en « celle qui est infiniment humble, infiniment jeune, parce qu’elle est infiniment Mère » (Péguy dans le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu).

La joie d’une mère, c’est de voir ses enfants toujours s’élever, se relever.

Magnificat.

Bernard Devert

Août 2018

Des vacances, plus qu’un droit, un devoir pour enrayer les exclusions

« Vacances » est synonyme de liberté, d’aventures, mais pour qui ?

Que d’enfants pendant ce temps ont le sentiment d’être à part. A la rentrée, ils entendront des camarades partager leurs découvertes. Eux-mêmes seront ‘restés sur le pavé’ ; le mot est malheureusement juste !

Ce constat, qui concerne un enfant sur trois, est trace d’une profonde rupture d’iniquité. Il convient impérativement de ne pas l’accepter.

Comment ne pas s’étonner que cette situation ne fasse pas de vagues, comme si cette privation de voyages, de déplacements n’avait pas de conséquences.

Ne point partir, c’est priver l’enfant d’une capacité d’émerveillement, aggravant son exclusion sociale.

Combien d’enfants restent dans leurs cités sans pouvoir faire l’expérience de l’inconnu, de l’étrangeté, pourtant jamais indifférente aux rêves. Il est aussi une corrélation – comment l’occulter – entre la pauvreté et les drogues facilitant les voyages mortifères. S’ils ne sont pas seulement l’apanage des plus précaires, que d’enfants dans des quartiers difficiles sont instrumentalisés par des dealers, ne serait-ce que pour les informer de la présence policière.

Ces semaines, dites de vacances, ne sont pas sans risque à commencer par celui de l’assombrissement de l’horizon de ces jeunes, alors qu’ils ressentent déjà combien leur avenir est fracturé.

Ne point partir, c’est pâtir d’un handicap social.

Les vacances pour les plus aisés sont liées à des îles lointaines mais pour les plus vulnérables elles sont une autre île si nous voulons bien nous rappeler les mots du poète John Donne : « Aucun homme n’est une île, un tout en soi, chaque homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble ».

Seulement la précarité, la misère brisent cet ensemble.

Une nouvelle fois, il s’agit de se poser la question que faire pour que tout enfant puisse partir, afin d’habiter cette part d’évasion qui le construit.

Il ne s’agit pas d’exprimer des jugements mais d’entrer dans une pensée libérée et libérante : comment puis-je accueillir un enfant, lui proposer de partir avec les miens…Prendre un enfant par la main, pour l’emmener vers demain pour lui donner confiance en son pas (Yves Duteil)

Habitat et Humanisme et Vacances et Familles mettent en œuvre une initiative, se rappelant que le sujet n’est pas de critiquer ou d’ajouter des plaintes mais de créer du neuf.

Cette attention aux enfants témoigne d’un esprit de fraternité ouvrant sur des espaces intérieurs qui, lorsqu’ils sont visités, transforment au-delà même de ce que l’on peut imaginer. Quel voyage !

Bernard Devert

Juillet 2018

Promesse

Le rapport d’activité de 2017 s’ouvre sur la photo d’un enfant comme en 2016. Les visages sont différents mais ils sont un même hymne à la vie.

Le sourire de cette petite fille nous désarme. Ne nous invite-t-il pas à habiter la promesse essentielle d’avoir à lui offrir, comme à tout enfant, un monde habitable pour tous.

Au cœur de nos engagements le respect de la vie est une exigence d’autant plus impérieuse que nous nous avançons auprès de ceux que la vie blesse et fragilise. Qu’est-ce qui est le plus fragile, la vie, en son début et en sa fin.

Vous comprendrez – et sans doute apprécierez – notre recherche constante à être conjointement des veilleurs pour cette magnifique mission du « prendre soin ».

Notre conviction est qu’il n’y a pas de ligne d’arrivée mais une ligne de départ. Tout, toujours, commence, recommence.

Le visage de tout enfant déplace les regards. Un magnifique sens est donné à nos existences. Vient alors sur nos lèvres cette parole libérante et décisive : « je te promets de t’accompagner pour que tu deviennes ce que tu es et d’œuvrer pour un monde plus respectueux des fragilités.

L’infini, quelle que soit nos courants de pensées, n’est pas un vague espoir mais un émerveillement si bien exprimé par Charles Péguy. Quelle joie d’observer des enfants s’épanouir. A l’inverse, quelle amère tristesse de voir des enfants accablés par des malheurs qui devraient leur être épargnés.

La confiance et la sécurité offertes à l’enfant sont un capital inépuisable d’amour qui, dans les moments les plus difficiles de son histoire, se révèlera une « oasis » à travers les inévitables déserts.

Au moment où j’écris ces lignes, une jeune femme accueillie au sein d’Habitat et Humanisme m’exprimait ses craintes quant à son avenir et son doute sur le sens de la vie. L’invitant à entrer dans une relation de confiance, elle me répondit : « personne jamais ne m’a fait confiance ». Terrible !

L’estime est un sommet de la promesse. Il est de ces cimes qui ne s’atteignent qu’avec des guides expérimentés qui, pour donner précisément confiance, permettent d’aller plus loin. Seuls, avec nos craintes et nos doutes sur nous-mêmes, nous n’irions pas.

La vie est réussie dans la mémoire de la confiance reçue et celle-là même accordée ; j’existe pour un autre et réciproquement. La solitude est brisée.

La petite fille de notre photo, tenant dans sa main un jouet en forme de clé, s’amuse à faire des bulles qui, en même temps qu’elles éclatent, signent un envol et une lumière.

Les bulles à l’âge adulte sont parfois des lieux d’installation, d’arrivée – mais vers quoi. Restons sur la ligne de départ, celle d’un enthousiasme pour bâtir des solidarités actives.

Il est de ces bulles financières, économiques, immobilières qui, relevant d’une surchauffe, éclatent. Les marchés sombrent avec la cohorte des dérives qui s’ensuivent. Refusant ces bulles, nous nous éloignons du virtuel pour une économie du réel, indemne de toute surchauffe tant les besoins vitaux appellent à une économie généreuse et enthousiaste pour lutter contre les causes de la misère.

Cette année nous veillerons à être plus attentifs à ne rien céder sur ce qui détruit l’esprit d’enfance, condamnant les plus pauvres à une double peine : un présent difficile compromettant tout avenir. Quelle iniquité que de naître si pauvre, jusqu’à ne point pouvoir connaître un autrement dans sa vie.

Oui, vraiment il est essentiel d’offrir à tout enfant la promesse que sa ligne de départ ne se confond pas avec une ligne d’arrivée, envahie par ce défaitiste condamnant l’avenir.

Ensemble, nous ne l’acceptons pas. Ce refus ne nous enchaîne pas dans un pessimisme mais libère ce oui vital de l’âme et/ou de l’esprit. Tout est ouvert.

Bernard Devert

 

Les vacances, un voyage pour une liberté intérieure

Dernière chronique avant ce temps des vacances ; j’ai quelque peine à prononcer ce mot d’évasion alors que tant de nos frères n’auront pas la possibilité de partir.

L’actualité se met progressivement en congé. Les mauvaises nouvelles, jamais ! Quant aux situations de précarité, l’éclat du soleil les met davantage en lumière. Que d’enfants resteront là à traîner, inoccupés, dans des espaces qui ne s’affranchissent pas de la misère.

Pour clôturer ce cycle de chroniques, deux mots me viennent à l’esprit : merci et pardon.

Merci pour l’écoute que d’aucuns m’ont réservé, sensible à leurs mots d’encouragement ou encore d’interpellation, m’invitant à mieux préciser ma pensée.

Merci du soutien que vous avez apporté, via Habitat et Humanisme, à des personnes rejetées, isolées. Votre aide fut concrète : des dons, un investissement privilégiant l’économie solidaire ou encore du temps partagé pour êtreplus proches de ceux qui sont au bout du bout, plus souvent à bout.

Merci pour ces liens créés qui, sans faire de bruit, font beaucoup de bien.

Saint Paul rappelle que nous sommes tous membres du même corps, un corps blessé et fracturé, d’où cette nécessaire réconciliation pour que Christ descende de la croix.

Pardon pour les blessures que j’ai pu susciter par ma parole apparaissant parfois dérangeante, voire brutale. Elle ne voulait que traduire, fût-ce maladroitement- je vous le concède – ce refus de la violence qu’est la misère se nourrissant de l’iniquité si prégnante qu’elle est banalisée.

Mes chroniques n’ont pas d’autre objectif que de mobiliser pour bâtir des liens. le virtuel n’efface pas les détresses. Seul le spirituel l’autorise ouvrant la relation entre terre et ciel aux fins de construire la nouvelle Cité. Saint Augustin dit que la ville n’est pas d’abord faite de pierres mais d’hommes.

Oui, des ‘pierres vivantes’ abritant pas seulement les mêmes, mais des êtres différents qui, dans l’esprit de Pentecôte, saisissent l’urgence de la fraternité d’une incroyable filiation pour être tous enfants d’un même Père.

J’ai évoqué au cours de l’année ces mots magnifiques du Pape Francois dans son encyclique la joie de l’Evangile : « Comme elles sont belles les villes qui ….mettent en relation et favorisent la reconnaissance de l’autre ! Comme elles sont belles les villes qui dépassent la méfiance malsaine et intègrent ceux qui sont différents ».

Le temps des vacances, c’est aussi un certain silence, né de la méditation, d’un discernement, qui introduit dans nos vies l’interrogation vivifiante : que dois-je faire.

Rendons grâce pour cet appel ; il nous conduit là où nous n’irions pas seuls. N’est-ce pas aussi un moment où on s’aventure vers de nouveaux espaces. Les plus grands sont toujours ceux de l’intériorité.

C’est là que Dieu demeure,. Là où nous sommes, là où nous en sommes, l’Esprit nous embarque pour cette traversée. Attention, cela risque de tanguer !

A la rentrée, avec toute mon amitié.

Bernard Devert
Juillet 2018

Veiller pour devenir meilleur

Juin est le mois des Assemblées Générales : il s’agit de rendre compte et d’évaluer ce qu’il faut poursuivre pour réduire les situations de précarité et de misère.

Notre rapport d’activité s’ouvre sur la photo d’un petit enfant. Tout un programme. Son regard traduit la confiance : il se sait protégé pour être aimé. Ses yeux amusés donnent à entrevoir une joie insouciante ; elle fait du bien.

Cet enfant, heureusement, ne se pose pas de question. En revanche, il nous invite – et c’est notre responsabilité – à nous demander ce que deviendront tous ces gosses abimés par la misère. Cette attention réveille en nous l’éternelle enfance, source du meilleur de soi-même.

Les différentes opérations présentées ne valent que par le bonheur qu’elles procurent aux familles qui ont trouvé un habitat décent. Je garde en mémoire la joie de cet enfant : « maman, maman, j’ai une chambre ! ». Tout un univers s’ouvre.

Que d’enfants aimeraient avoir ce bonheur ! Tristesse de ne pas pouvoir le leur offrir !

Dans l’assemblée des questions surgissent, traduisant la juste impatience d’en finir avec ces situations du mal logement : Que faire pour aller plus loin, pour que l’enfance ne soit pas abimée ?

Il n’y a pas de réponse toute faite, tant le malheur, hélas, nous résiste. L’assemblée est ‘secouée’, non point par une voix docte qui sait, mais par le jaillissement d’une attente : être des veilleurs pour devenir meilleurs. Quelle fraîcheur !

J’entends cet homme au soir de son existence me dire : « plus j’avance en âge, plus je suis optimiste ». Il a fait un choix – il est le nôtre – aller vers les berceaux de la vie qui, seuls, éloignent des linceuls.

Marion Muller-Colard dans son opuscule, Le plein silence, dit :

 « Au bord de mon lit s’assoit le Maître et je voudrais pouvoir faire bouger mes lèvres pour décliner la leçon d’aujourd’hui.

 Mais la leçon est terminée, me dit-il. L’as-tu au moins comprise ? Tu ne peux pas être première car ici, il n’y a pas de ligne d ‘arrivée ».

 Oui, il n’y a qu’une ligne, celle du départ où, chaque jour, chacun essaie de commencer, de recommencer pour détruire le pessimisme qui voudrait nous faire croire que l’amour jamais ne gagnera.

« Le vent souffle où il veut ; tu l’entends, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de quiconque est né de l’Esprit ». Un Esprit qui nous dépossède de nos certitudes, de nos amertumes, de nos refus ou de ces propositions défaitistes : on a déjà essayé ; et alors…vivre n’est-ce pas précisément toujours tisser de nouveaux liens.

L’esprit d’enfance ne serait-ce pas cette liberté, nous éloignant des enclos nourrissant les peurs et l’entre-soi.

Bernard Devert

Juin 2018

L’urgence

L’urgence est bafouée. Force est de constater que nous ne sommes pas pressés pour y répondre. Aucune contrainte, sauf celle de se sentir malgré tout appelés à l’évoquer sur un ton hérissé, le plus haut possible, afin de ne pas trop laisser transparaître l’indifférence ou la lassitude.

Si des personnes doivent être lasses ou en colère, ce sont bien celles qui subissant l’inacceptable, recueillant des promesses, jamais ou si peu tenues quant à la fin de leur exclusion.

L’urgence est le masque de nos alibis. Nous ne sommes pas pauvres de mots pour préconiser des actions ; serions –nous naïfs, pire cyniques, pour imaginer que l’indignation est suffisante pour réunir les conditions d’une mobilisation mettant fin à l’inacceptable.

Un des nombreux drames de notre société est celui qui touche les adultes mais aussi les enfants condamnés à la rue.

Il faut être clair, le refus du toit, c’est le refus d’un laisser vivre. La rue non seulement abime mais tue. Un crime collectif qui, à force d’être nommé, est banalisé au point que les victimes sont même montrées comme les coupables.

La parabole du Bon Samaritain, dans le Livre qui appartient à tous pour être celui de l’humanité, met en scène un homme roué de coups par les brigands. Ils l’ont laissé là, à moitié mort, au bord du chemin.

Que faisons-nous ? Si nous ne portons pas directement les coups, reconnaissons que nous sommes peu enclins à protéger les plus pauvres. Qu’il me soit ici permis de saluer l’action menée par le SAMU social, tous les dispositifs de maraudes, palliant autant qu’ils le peuvent le tragique de ces situations.

L’assistance à personne en danger n’a pas de sens quand elle s’étale sur des mois, des années avec un sursaut hivernal qui ne règle rien.

Deux hommes de bien, le lévite, le prêtre, sont si occupés qu’ils n’ont pas le temps. La réponse aux urgences souligne toujours nos priorités.

Un troisième homme, étranger, qui ne bénéficie pas de la meilleure opinion des deux premiers, s’approche, toute affaire cessante. Son heure est de se mettre à disposition de ce blessé pour le sortir d’un mauvais pas.

Pour répondre à l’urgence, la fraternité née du partage des fragilités se révèle la condition pour agir.

Accompagnant de grands malades, j’ai souvent entendu de ceux, soudainement touchés dans leur santé, une approche nouvelle de l’urgence. Les horloges s’arrêtent ou, selon, s’affolent. L’urgence traverse toutes les heures. Impossible de ne plus entendre la question que faire, enfouie jusque-là par les sur-occupations de l’inessentiel.

Le risque de quitter cette rive suscite une relation d’empathie avec ceux qui, sur cette même rive, sont depuis longtemps au bord des précipices. L’expression qui m’a été le plus partagée par les malades est : « je suis passé à côté », comme le lévite et le prêtre de la parabole. Une posture bien partagée ; elle est aussi la mienne.

Marion Muller-Collar, dans son petit livre, Le plein silence, écrit : « j’ai toujours évalué ma santé spirituelle au tensiomètre de la mort…Entrer enfin à l’école maternelle de Dieu et, comme b et a font ba, apprendre que le peu est le terreau de la plénitude ».

Bernard Devert

Juin 2018

Lyon, terre des escales

Stéphane Hessel, cet homme magnifiquement engagé, sut rappeler la nécessité non seulement de s’indigner, mais aussi de se mobiliser. Partageant avec Edgar Morin, autre grand penseur, la volonté de faire bouger les lignes, ils écrivirent en 2011 un petit livre riche d’ouverture, sous le titre Le chemin de l’espérance.

Cette espérance, si nous ne voulons pas la déserter, ou simplement la rêver, conduit à créer des lieux qui favorisent les liens. Dans cette perspective, ces deux intellectuels imaginaient la construction de maisons de la fraternité.

Ces maisons voient le jour avec l’habitat partagé et intergénérationnel, ou encore les escales solidaires.

Habitat et Humanisme inaugurait ce 11 juin une deuxième escale, rue Tronchet, dans un des quartiers les plus favorisés de Lyon à 200 m de l’entrée du parc de la Tête d’Or.

Le Tout-Lyon était là en présence du Préfet à l’Egalité des Chances, du Maire de Lyon, des représentants de la Région, de la Métropole et de nombreux élus. Ce « Tout-Lyon », c’est Lyon, capitale de l’humanisme qui, toujours très pudique, garde cet esprit de résistance : agir plutôt que de discourir.

Il est de ces moments où il est bon de se rassembler non point pour se congratuler, mais pour partager une joie, née de ces avancées sociales. Ne sont-elles pas le fruit d’une détermination à ne rien céder pour que l’humanisme demeure ce qu’il sera toujours : une vigilante attention à ceux que la vie blesse.

Lyon, la secrète, bouge. Aussi, ces escales solidaires lui ressemblent. Le mot a le goût du voyage, du déplacement. Grands sont les horizons de cette Ville ; n’est-elle pas celle qui a créé la route de la soie pour conduire vers des lointains ; elle est aussi la cité où Saint-Exupéry est né, l’homme des escales qui ne furent pas indifférents à son livre « Terre des hommes ».

L’escale, c’est une terre d’humanité en genèse, en mouvement.

Avec les escales, surgit la vision des ports, des aéroports et leurs grandes installations avec des points lumineux que sont les balises offrant visibilité et sécurité.

Faire escale, c’est déjà être dépaysé, une aventure se profile, la rencontre souvent de l’inconnu qu’il s’agit, non point d’affronter, mais d’aborder. Il en est ainsi de ces escales solidaires, des espaces d’accueil pour que la vie et la ville conjuguent l’ouverture dans un esprit de fraternité.

Les visages exprimaient, hier, la joie de faire escale au centre de la Ville qui a largement contribué avec la Métropole à l’ouverture d’un nouvel espace qui ne sera pas sans faciliter des voyages intérieurs.

Si « La plaisante sagesse lyonnaise » rappelle que « le bon sens a beau courir les rues, personne lui court après », hier cette escale l’a fait mentir pour être celle du bon sens qui a trouvé place. Ne soyons pas étonnés que d’aucuns se soient déplacés pour faire escale sur ce site.

Une table d’hôtes est ouverte ; des grands chefs étoilés décident d’apporter leur contribution à la qualité de cette hospitalité ; Lyon, ville de la gastronomie, sait dresser les tables de l’hospitalité. Cela risque de « bouchonner » …

Oui, bon voyage dans cette ville sage et audacieuse, traversée par le sens de l’altérité. Que de partages en perspective qui se révèleront quels que soient l’âge et les conditions sociales, une escale pour goûter à l’essentiel, le plus humain, un hymne à la vie.

Bernard Devert

Juin 2018