La réalisation des abris ne mérite pas l’opprobre.

Le palliatif social est parfois accusé d’inhumanité. Certes, il n’est pas idéal mais dans le champ des possibles, il traduit le refus de l’inacceptable que représente la rue.

L’objectif d’un logement définitif n’est pas altéré par des mesures transitoires liées à une crise du logement si grave, notamment dans les Métropoles, que des foyers attendent parfois 5 années ou plus encore, pour se voir attribuer un appartement.

Des voix, certes minoritaires, se sont élevées considérant qu’accueillir 75 réfugiés en ville dans des containers était honteux, sachant que ce mode constructif ne se substitue pas au logement, il le prépare via un accompagnement mis en œuvre pour faciliter également l’accès à l’emploi.

La honte n’eut elle pas été de rester indifférents au fait que ces personnes demeurent sans protection à l’égard des intempéries, le vent, la pluie, le froid sans disposer du minimum d’hygiène que représentent une douche et des sanitaires.

Le déshonneur, c’est de rester sourd à l’interrogation angoissée de ceux qui se demandent : « où vais-je dormir ce soir ».

Je ne vois pas en quoi notre association serait disqualifiée pour rechercher des palliatifs, sachant que lorsqu’elle le peut, elle offre un habitat de qualité. Je pense à ces 24 mamans et ces 34 enfants à la rue, accueillis début janvier dans des conditions qui honorent l’hospitalité.

Depuis plus de 70 ans, les médias ne cessent fort justement de donner la voix aux associations de toute sensibilité, rappelant unanimement le drame du mal-logement qui se poursuit et s’aggrave pour les plus fragilisés.

L’urgence est d’ouvrir des portes sur un habitat décent. Seulement, il ne doit pas être recherché dans des quartiers difficiles pour ne pas ajouter de la pauvreté à la pauvreté.

Une exigence s’impose à l’acte de construction : lutter contre la discrimination aux fins de réconcilier l’humain et l’urbain. Ce n’est pas en claquant des doigts que les opérations sortent. Il faut du cœur et mettre la main à l’ouvrage.

Si des centaines de milliers de logements sont vacants, n’est-ce pas une forme d’omerta et de distance à l’égard d’un drame qui devrait davantage mobiliser. La ministre la Cohésion des territoires, et le ministre chargé de la Ville et du Logement viennent d’intervenir pour demander que 200 000 logements inoccupés du parc privé soient remis sur le marché.

La vacance augmente de 1,5%/an depuis 30 ans alors que le phénomène de la métropolisation accroît la demande de logements, d’où des charges foncières qui ne cessent d’augmenter, rendant difficile l’adéquation du prix du loyer aux ressources des candidats à la location.

Ce risque avéré n’est pas sans susciter de nouveaux espaces de ghettoïsation.

La fureur des mots ne fera pas fuir le mal ; Il est temps que se lève une générosité inventive et partagée pour que se développe notamment le dispositif propriétaires solidaires qui, ayant fait ses preuves, mérite d’être mieux reconnu et soutenu. D’autres moyens de cette nature existent comme le démembrement de propriété.

L’indignation n’a de portée que si elle suscite les conditions d’un changement. Le vouloir nécessite l’ouverture de deux chantiers prioritaires : bâtir, mais pour qui, en s’interrogeant sur la mobilité afin que les petites et moyennes villes cessent d’être dévitalisées par l’essor des métropoles.

Les élections municipales ne sont-elles pas un moment pour demander à ceux qui se présentent à nos suffrages, le traitement qu’ils entendent prescrire pour guérir ce mal qu’est l’absence de logement. Le considérer comme une fatalité, alors qu’il délite le corps social, est un aveuglement conduisant inexorablement à de dramatiques ruptures. Qui n’en voit pas déjà les prémices.

Bernard Devert

Février 2020

J’ai rencontré la « petite fille espérance »

J’évoquais, dans une précédente chronique, le drame de ces enfants et de leurs mères jetés à la rue ; l’infamie n’a pas de limite !

Inutiles, les mots s’ils ne permettent pas que se lèvent des propositions concrètes pour que cesse l’odieux de telles situations.

Votre aide est un levain. Vous nous avez permis de mettre en œuvre une réelle hospitalité, limitée dans le temps, 6 mois, et le nombre de bénéficiaires : 16 mamans isolées et 34 enfants dont l’âge varie de quelques semaines à 11 ans.

Dans ce lieu ouvert en hâte, fort du soutien de bénévoles d’Habitat et Humanisme, j’ai rencontré la « petite fille espérance ».

Espérance pour ces mères qui trouvent avec cette hospitalité un havre de paix, les éloignant des violences conjugales, puis de celles de la rue et de l’inquiétude pour leurs enfants.

Etre mère et ne pouvoir protéger la vie est une offense que notre Société devrait s’interdire sans excuses aucunes. Tout refus de toit est un mépris ; quand il s’agit d’enfants et de leurs mamans qui en sont victimes, ce devrait être un délit pour non-assistance à personne en danger.

Espérance pour cet enfant de 11 mois. Sa mère qui le tient dans les bras a recherché désespérément un sas pour le mettre à l’abri des intempéries ; elle trouve enfin un inattendu, une hospitalité qui fait chaud au cœur.

Espérance, d’un lendemain certes à construire, dans la certitude que désormais au lieu d’entendre des insultes et de subir des coups, ces femmes seront soutenues. Alors, pour elles, tout recommence.

Espérance quand le droit de vivre est reconnu, non pas verbalement mais réellement. Tous ces regards attentifs en disent long sur le respect témoigné à chacune de ces mères et à leurs enfants.

Alors que l’avenir de ces mamans semblait ruiné par ce qu’elles avaient vécu, s’éveille un nouvel horizon éclairé par la lumière d’un prendre-soin, rupture libératrice quant aux vilénies subies.

Ces femmes ne sont pas encore chez elles, mais la présente hospitalité anticipe le « chez soi » qui leur sera proposé. Belle espérance, souffle de l’esprit de vie qui a pour nom le partage.

Nous n’avons pas de peine à entendre le babillement des enfants et le balbutiement de leurs mères qui n’en reviennent pas de cette gratuité qui, en piégeant la violence, suscite « un autrement ».

La « petite fille espérance », rencontrée, nous fait aussi exister autrement pour donner les priorités, là où elles sont oubliées ou pire bafouées.

Bernard Devert

Février 2020

Que d’iniquités dont l’indifférence est la cause.

Encore une fois, une énième fois, l’appel désarmé d’un élu recherchant en urgence un hébergement pour une maman et ses deux enfants jetés à la rue.

Quel drame et quel spectacle tragique que l’intermittence de la paternité ! La mise à la porte de ces enfants et de leur mère ouvre le passage vers l’enfer.

A l’insoutenable légèreté de l’être, s’ajoute la vilénie.

Si un habitat d’urgence a pu être trouvé, la blessure résultant de ce mépris laissera des traces indélébiles.

Les désordres privés ne laissent pas indemnes la Res Publica, parfois même l’accable. Sans doute la Nation est-elle coupable de l’absence de logements abordables pour les plus vulnérables, mais ne rejetons pas toujours sur le collectif nos irresponsabilités.

Il est facile de considérer que l’Etat peut tout faire, mais doit-il se substituer constamment à nos insuffisances.

Au risque d’apparaître citoyen de l’ancien monde, ne devons-nous pas reconnaître que le manque de logements est aussi lié à la crise de l’engagement.

Les ruptures familiales, pour une grande part, laissent des femmes isolées avec des enfants constituant ce qu’il est convenu d’appeler les familles monoparentales.

Cette expression, désignant la personne de référence sans conjoint avec un ou plusieurs enfants, est entrée dans le vocabulaire et les catégories de l’INSEE en 1981. La France en dénombrait alors 882 000 familles, aujourd’hui plus de 4 millions.

Nombre de ces familles monoparentales sont confrontées à la pauvreté mais aussi à une autre misère, l’isolement, tout aussi grave.

Le sujet est bien de les aider pour qu’elles ne subissent pas une double peine, observant que l’indifférence est la cause de bien des maux.

Je veux être heureux, mais puis-je l’être sans m’inquiéter du bonheur de l’autre, de ceux avec lesquels j’ai contracté une responsabilité pour être le conjoint, la compagne, les enfants.

Kant dit que l’homme est responsable de l’humanité en sa propre personne, ce que soulignera Montesquieu : « une injustice faite à un seul est une menace faite à tous », ou encore Martin Luther-King « une injustice faite à une personne est une injustice pour le monde ».

A l’heure où il est évoqué l’homme surdimensionné ou encore augmenté, le progrès décisif pour que notre monde soit habitable pour tous ne nécessite-t-il pas de mettre l’accent sur l’augmentation du cœur pour voir plus large et plus haut.

S’ouvre ici le risque de découvrir « les angles morts ». Aussi, pour ne point les observer, le plus facile est de regarder devant soi pour n’apercevoir que la projection de soi. Quelle ombre !

Bernard Devert

Janvier 2020

La réflexion, condition d’une Société plus apaisée et cohérente

Le logement se révèle le « parcours du combattant » pour les personnes en souffrance sociale alors qu’elles sont meurtries pour avoir attendu et entendu si souvent… il n’y a pas de place. Qui fait attention à cette urgence qui ne devrait pas exister.

Le temps serait-il l’ennemi de ceux qui ne supportent pas l’insupportable ? Non, le véritable adversaire, c’est une somme d’indifférences, rejetant à plus tard la réflexion pour épargner ceux qui subissent les affres de la misère.

Les personnes qui ont « pignon sur rue » ont du mal à comprendre celles qui sont à la rue !

Les fractures bien connues, justement dénoncées, ne font pas l’objet de réparations à minima, ou si peu, et encore moins d’une prise en compte réelle qui conduirait la Nation à se lever pour ouvrir un formidable chantier : la solidarité au nom des valeurs qu’elle affiche.

Cette perspective reste dans l’ombre, accompagnée de mots qui n’expliquent rien, tentant de justifier une fatalité qui n’est qu’un alibi, l’absence de courage pour refuser ce qui devrait l’être.

« Ainsi va le monde » pour laisser la main à ceux qui, de par leurs milieux sociaux, sont préparés à faire partie d’une élite peu encline à ouvrir les yeux sur les situations de grande pauvreté. L’idée de la Nation se délite, comme le souligne si justement, Jérôme Fourquet dans son ouvrage « l’archipel français ».

Le climat social est lourd, laissant entendre des orages destructeurs. Le mouvement informel des « Gilets jaunes » a eu deux postures : une prise de possession des ronds-points, soulignant qu’il n’y a pas d’horizon et le refus d’être représenté qui n’est pas sans analogie à la crise que traverse la démocratie, quant à son expression.

Ainsi, se déchire dans un quasi-silence, le tissu social. Si Bernanos rappelle que les pauvres ont le secret de l’espérance, observons combien ils ont aussi le sens du silence. N’oseraient-ils pas, ou bien ne jugeraient-ils pas plutôt ‑ quelle confiance ‑ qu’il leur faut tenir pensant que les inégalités criantes vont nous conduire à préparer un autre avenir.

Des ouvertures se font jour avec une démocratie plus participe qui s’esquisse au niveau local ; elle mériterait d’être encouragée à une échelle plus globale pour que les plus vulnérables trouvent leur place comme acteurs à part entière.

Notre Société a besoin d’une philosophie du lien. Antoine de Saint-Exupéry nous l’offre avec « Le Petit-Prince », ouvrage plus difficile qu’il n’y paraît mais paradoxalement accessible à tous.

Je veux rendre aux Hommes le goût du miracle, disait-il, dans « Citadelle ». Reconstruire les liens suppose que nous trouvions ou retrouvions ce goût.

Au diable ces décisions bruyantes, de part et d’autre, l’urgence est de se rencontrer, de se parler, de susciter un « faire-ensemble » en se rappelant l’exclamation de Saint-Exupéry dans la « Lettre à un otage » : les miracles véritables, qu’ils font peu de bruit !

Heureux silence pour se libérer de ce tintamarre et prendre enfin le temps d’une écoute et d’une réflexion pour un apprivoisement, source d’un faire et vivre ensemble.

Bernard Devert

Janvier 2020

Partage de notre vision d’Habitat et Humanisme

Le combat commencé il y a 35 ans ne fait pas débat tant il est nécessaire ; même s’il n’est pas à la hauteur des attentes, il n’autorise ni découragement ni, plus grave encore, le désengagement.

Quelle vision pour les cinq années qui viennent ?

Le coût du foncier qui explose dans les métropoles rend plus difficile l’accès au logement des personnes défavorisées ; aussi, réfléchissons-nous sur des dispositifs, peu utilisés jusqu’ici, comme le démembrement de propriété. L’une des urgences pour une société plus apaisée est le refus du communautarisme que génèrent les phénomènes de ghettoïsation.

Des collaborations se font jour avec des maires de petites et moyennes villes dans le cadre du dispositif Cœur de Ville ; ainsi, à Autun, grande agglomération de par son histoire culturelle et le dynamisme de ses élus.

Habitat et travail largement corrélés, une attention doit être portée au télétraitement qui modifiera les déplacements en raison de leur coût mais, aussi et surtout, pour mieux tenir compte de la protection de la planète.

L’éclatement massif du vieillissement contraint à imaginer l’habitat inclusif, accompagné d’un prendre-soin des aînés par les populations plus jeunes, suscitant in situ une ‘fraternité’ actée. Les expériences sont encourageantes de l’aveu même des soignants et des soignés.

L’urgence de ce type d’habitat s’accroît en raison du déficit des capacités d’admission, plus particulièrement dans les maisons médicalisées éligibles à l’aide sociale. Exemple : un de nos établissements médicosociaux à Lyon, bénéficiant de l’aide sociale, a fait l’objet, sur 2019, de 461 demandes de préadmission…pour 17 entrées !

Nous nous interrogeons sur la destination des EHPAD pour donner une priorité aux personnes en fin de vie, d’où le développement des soins palliatifs déjà commencés.

Les politiques de santé ont conduit à ce que l’hôpital hors les murs soit plus important que celui dans les murs. Les raisons financières n’y sont pas étrangères, non plus que l’attente des patients. Seulement, les personnes les plus vulnérables sont pénalisées. Quels soins possibles lorsque, quittant l’hôpital, il n’y a pas de domicile ou de soutiens familiaux.

M’inquiétant, au mois de décembre, d’un SDF touché par un cancer je me suis entendu dire par l’hôpital : naturellement j’opère, sous réserve qu’une hospitalisation à domicile soit possible.

La loi ELAN nous met aussi au rendez-vous d’une réponse possible.

Le béguinage est aussi une des alternatives développées. Quelle bonne nouvelle que l’accord intervenu avec deux Abbayes bénédictines, à Belloc et à Urt et un monastère franciscain.

Construire est nécessaire mais il doit être veillé aux soignants dont la mission riche de sens n’est pas suffisamment reconnue. Tout ne passe pas par la rémunération mais elle ne peut être absente de la prise en considération.

Nous habitons des lieux. Ce mot simple, dit Michel Serres, cache un fabuleux trésor. Reconnaissons qu’il est loin d’être partagé, d’où notre engagement pour qu’il le soit davantage.

Terminons sur l’humour qui facilite la bienveillance et l’audace pour nous demander si nous ne devrions pas faire de 2020 l’année de la chasse au trésor. Allez, c’est parti !

Bernard Devert

Janvier 2020

Etre le changement que nous voulons voir surgir (Gandhi)

A l’Epiphanie, des sages s’en retournent par un autre chemin, délaissant celui de la puissance.

En ces temps conflictuels, n’aurions-nous pas besoin de la royauté de la sagesse, non pour défendre ce qui est acquis, mais pour s’inscrire dans une liberté aux fins de voir la société telle qu’elle est et non telle que nous voudrions qu’elle soit encore.

Cette disponibilité peut apparaître comme se heurtant à ce qui a été obtenu, parfois de haute lutte, d’où des interrogations amères : pourquoi lâcherai-je prise ?

La rigidité n’est-elle pas meurtrière de l’avenir.

Le débat que certains voudraient voir arbitrer par la rue, porte sur le temps du travail nécessaire pour faire valoir les droits à la retraite. Ne conviendrait-il pas de s’interroger sur le travail lui-même qui a déjà changé et qui, très vite, se modifiera encore à une échelle plus conséquente.

Certes, il y a la pénibilité à prendre en compte, mais reconnaissons qu’elle recule. Faut-il alors rester crispés sur un monde qui s’efface au risque de ne pas donner une chance à celui qui vient. La réforme proposée – et c’est peut-être sa faiblesse – ne devrait pas porter seulement sur une approche financière mais emporter une vision partagée sur le travail de demain impactant la retraite.

Les fortes inégalités quant à la durée de vie d’un salarié et d’un cadre s’estomperont en raison notamment de la robotisation. La situation actuelle est sur ce point inique.

Cette grève de plus d’un mois devrait mettre sur les rails la réflexion sur le travail en la corrélant à l’aménagement du territoire

Revitaliser les territoires, ce qu’autorise désormais la fulgurance de la digitalisation, les modes de communication, aurait un impact direct sur l’augmentation des revenus, trop amputés par le coût des transports et celui des logements en raison de la flambée du foncier et des loyers dans les grandes métropoles.

Travailler coûte cher ! Le prix du logement n’est plus en cohérence avec les salaires de trop de nos concitoyens.

Peut-on faire autrement ? Oui, avec le télétravail pour concerner déjà 29% des salariés qui l’approuvent, considérant qu’il génère une plus grande efficacité, ce que reconnaissent les chefs d’entreprise pour 79% d’entre eux.

Les couloirs des métros, noirs de monde, font entrevoir des visages tristes, fatigués et agacés. Pourquoi cette concentration des services alors que les conditions sont quasiment réunies pour revitaliser les petites et moyennes villes.

L’audace en cette fin d’un temps est la sagesse. Penser autrement les conditions de travail en examinant les préretraites comme un temps de transmission du savoir et des pratiques, s’avérera d’autant plus nécessaire que la technologie sera plus complexe.

Ce passage, variable d’ajustement pour sortir du blocage susciterait un art de vivre entre générations. La fraternité, ne l’oublions pas, est un des piliers de la République.

Les mages, les sages ont pris un autre chemin pour faire du neuf. Une clé pour éviter ces incompréhensions qui enferment alors que les changements qui s’annoncent apporteront de nouvelles donnes.

La confiance en l’avenir permet de dépasser les clivages.

Bernard Devert

6 janvier 2020

Nos voeux

Bonjour à vous, nouvelle année, qui ouvrez la troisième décennie de ce siècle.

Voilà que se profile du temps ; nous savons qu’il court vite, trop vite, si bien qu’il nous manque, alors que la planète crie, à travers tempêtes et cataclysmes, l’urgence d’un prendre-soin. Il est aussi celui de ceux qui l’habitent.

En ces nouveaux jours on ne dit pas seulement « bonjour », l’accompagnant de vœux. Nombre de nos souhaits ne dépendent pas de notre liberté ou de notre responsabilité, témoignant de cet espoir amical et affectueux de voir nos proches demeurer en bonne santé, dans des conditions de vie aussi agréables que possible.

Il est d’autres vœux qui, pour rester plus silencieux, avivent intérieurement notre audace aux fins de participer à une Société plus humanisée. Comment ne pas en mesurer l’enjeu.

Dans le discours visionnaire qu’il fit à Harvard en 1978, Alexandre Soljénitsyne rappelle que notre monde est à la veille, sinon de sa propre perte, du moins d’un tournant de l’histoire qui ne le cède en rien à celui du Moyen-Age sur la Renaissance.

Ce passage exigera de nous, dit-il, une flamme spirituelle, une montée vers une nouvelle hauteur de vue et de nouveaux modes de vie.

Son allocution fut assez mal accueillie pour avoir dénoncé la suprématie du droit sur la morale, de la liberté dégénérant en licence et en « débridement » des passions.

L’auteur du ‘Pavillon des cancéreux’ terminera son allocution à Harvard sur ces mots : ‘personne sur la terre n’a d’autre issue que d’aller toujours plus haut’.

Cette conviction, comment ne pas la partager, plus encore la vivre, en l’exprimant en termes de vœux enthousiastes pour que ce chemin du courage, jamais fini, soit celui de l’espoir.

Briser les finitudes qui se logent dans les certitudes pour s’éveiller à cet espace d’infini habitant les convictions, c’est se mettre en distance des intégrismes. Assez de ces rigidités qui assombrissent les relations pour mieux justifier l’entre soi, rejetant l’autre-soi.

Que souhaiter si ce n’est de se mettre à l’école de l’apprivoisement, une sage tendresse qui, sans faire de bruit, fait du bien anticipant la promesse d’un monde meilleur.

Puissent nos vœux se détacher d’une attente passive, libérant une confiance créatrice pour cet art de vivre qu’est la fraternité.

Bernard Devert
3 janvier 2020