Il n’y a pas de hasard, que des rendez-vous, rappelle René Char. Encore faudrait-il que les horloges de nos vies soient réglées de telle façon que nous puissions donner du temps pour entendre des SOS dont la discrétion signe celle-là même de ceux qui vivent des situations de grande précarité.
Nombreux sont ceux qui en raison de la complexité administrative ou simplement pour ne point avoir l’information, ou encore par peur de signer une forme de déchéance, ne sollicitent pas les aides susceptibles de leur être réservées.
Face au défi démographique qui s’annonce, il ne relève pas du hasard mais d’une prise en compte du réel. Lacan le définit comme ce qui nous cogne, le poète, comme Lamartine, rappelle que s’il est étroit, le possible est immense.
Cette immensité ne serait-elle pas celle du cœur.
Ce cœur à l’ouvrage se construit dans le silence et dans un désintéressement, plus important qu’on ne le pense, fort du bénévolat, trop peu évoqué, sans doute parce qu’il fait du bien, mais ne fait pas de bruit. Une grande omerta règne sur la connaissance de ce qui est entrepris dans la générosité, laquelle est laissée au hasard alors qu’elle mériterait des rendez-vous médiatisés pour redonner à notre Pays un élan, un enthousiasme venant ré-enchanter la Société.
Il nous faut être attentif à ceux qui ne s’en sortent pas. N’est-il pas trop facile de porter des jugements à l’emporte-pièce, autant d’alibis justifiant ces démissions pour considérer que ce qui est proposé est acceptable pour que les précaires trouvent une hospitalité au sens le plus plénier du mot.
Permettez-moi d’évoquer l’urgence de trouver un lien entre le soin des corps et celui du soin social. Que de patients au sortir de leur hospitalisation ne peuvent bénéficier de soins à domicile en raison de l’absence ou de l’indignité du logement.
Le Docteur François Pernin, urgentiste, a cette expression choc et juste : En médecine humanitaire, guérir un pauvre, c’est le renvoyer bien portant à sa misère.
Aussi, en concertation avec des soignants, nous mettons en œuvre une opération expérimentale d’un hébergement de ces patients pour que, retrouvant la santé, ils ne retombent pas dans des ornières, tels les taudis ou la rue.
Cette opération justifie un bénévolat. Il demande, certes, un peu de disponibilité mais ce temps perdu, au regard des activités nombreuses qui nous appellent, est un moment qui fait gagner la solidarité, mettant en échec la pauvreté.
Un des rendez-vous à noter dans nos agendas est celui de ces moments qui ouvre des perspectives pour ceux qui n’en ont pas ou plus.
Nous devons prendre garde à l’indifférence rampante mais galopante, observant qu’en novembre 2025, c’est dans une quasi-indifférence que l’Insee a annoncé un taux de pauvreté record depuis près de trente ans : 15,4 %, soit près de 10 millions de personnes concernées.
Le bien commun et l’intérêt général se délitent avec le risque qui se profile que la puissance publique, compte-tenu de la dette abyssale de notre Pays, ne parvienne plus à gérer la pauvreté, laquelle traduit un échec culturel, une mise à distance consentie des plus fragiles. Le logement en est un vecteur puissant en raison du prix du foncier qui entraîne ipso facto une baisse drastique de la mixité, si nécessaire pour retisser le tissu social.
Qu’existera-t-il entre l’Etat et l’individu ? Nous devons prendre en compte l’urgence de cette interrogation dont une des réponses – elle est urgente ‑ passe par l’association, ce trait d’union entre la chose publique et la personne.
Si, ici, le rendez-vous du réveil des consciences n’apparaît pas, où pourra-t-il avoir lieu.
Bernard Devert
Avril 2026
