Que de convergences vous offrez. Quelles que soient nos approches philosophique ou spirituelle, tous nous nous souvenons que Pâques en hébreu se dit « Pessah », signifiant « passage ». N’en êtes-vous pas des acteurs dans « cet élan du cœur », pour reprendre le mot de Bergson, suscitant des perspectives nouvelles, créatrices d’un autrement.
Il n’est pas indifférent de rappeler que Camus saisi par la vision de la fresque de Piero Della Francesca, intitulée la Résurrection, écrit dans ses Carnets « Le désert » : « au sortir du tombeau, le Christ ressuscitant n’a pas un regard d’homme. Rien d’heureux n’est peint sur son visage, mais seulement une grandeur farouche que je ne puis m’empêcher de prendre pour une résolution à vivre ».
Cette résolution trouve sa place au sein de notre Mouvement. Croyants ou pas, tous nous sommes résolus à ce que nos frères et sœurs en grandes difficultés ne restent pas dans des situations si déshumanisées que nous ne voulons pas nous réfugier dans ces alibis qui n’en sont point : « je ne savais pas ».
Ensemble, regardant les faits tels qu’ils sont, nous tentons d’agir pour que ceux qui, confrontés à la mort sociale, oubliés d’une Société, trouvent, retrouvent leur place. N’est-ce pas le fondement même de l’intuition fondatrice d’Habitat et Humanisme au risque, comme le fut Camus, d’être accusés d’une « belle âme » et de défendre une morale de Croix Rouge.
Nous assumons, voyant le danger de l’endormissement, lit de l’indifférence.
Comment exprimer notre reconnaissance, vous qui nous donnez les conditions nécessaires pour entreprendre et par-là même « suscitez un autrement », celui, parmi beaucoup d’autres, offert à cette maman, aide-soignante qui, pendant plusieurs mois, n’a trouvé à se loger que dans le collège où ses cinq enfants étaient scolarisés.
Sa joie lorsqu’elle a pu enfin entrer dans « son chez soi », fut un passage de lumière, celui d’une résurrection, dira-t-elle.
L’hospitalité ne commence que là où se font jour des liens, autant de passages qui suscitent la fraternité, un bien commun à construire.
Revenant à Camus, il reconnaît la limite de ses tentatives rationnelles, rejoignant au terme de son parcours l’Œdipe de Sophocle, jugeant que tout est bien, ce que d’autres appelleront tout est grâce, comme Bernanos
Ensemble, nous sommes engagés dans ces passages qui suscitent, re-suscitent un monde plus humain. Là, nous tentons de faire face en regardant en face l’inacceptable, ce que Bernanos traduit comme une espérance actée.
L’espérance n’est pas une attente, elle est un réveil intérieur, ô combien nécessaire, pour ne point se dérober devant la violence des iniquités si mortifères qu’elles détruisent les liens, laissant place à une indifférence rampante et grandissante abolissant le désir d’entrer dans ces passages qui, seuls, conduisent vers l’autre, les autres, parfois le Tout-Autre.
Camus dira dans son appel pour les condamnés à mort : « ce qui reste à sauver, c’est la vie, la fragile, la précieuse vie des hommes libres ».
Cette liberté n’est-elle pas celle du Christ qui ouvre si grand le passage que tout ce qui suscite la générosité devient signe d’une possible compréhension de la résurrection ; vous y participez.
Joyeuses fêtes de Pâques.
Bernard Devert
Pâques 2026
