Le Groupe associatif Entraide, après un long épisode judiciaire causé par un endettement trop lourd, passe la main à Habitat et Humanisme Soin. Une main, certes guidée par le Tribunal Economique de Marseille, retenant notre association en raison de son offre préservant l’ensemble des 12 maisons, 7 Ehpad et 5 résidences autonomie, et son histoire.
Notre détermination, au coeur de nos engagements, est de poursuivre l’action sociale conduite depuis près de 8 décennies par Entraide dont le nom n’est pas usurpé pour avoir su témoigner une attention à nos aînés confrontés souvent à une double dépendance physique ou psychique et sociale.
Entraide est né dans la mouvance de la Résistance. Habitat & Humanisme ne fait pas mystère de sa volonté de dire non aux situations inacceptables. La main qu’elle tend, honore la mémoire de ceux qui ont entrepris une solidarité reconnue, déployée au fil du temps.
Il est juste de souligner que les soignants d’Entraide ont donné la main à des centaines de milliers de marseillais confrontés au soir de leur vie en leur offrant des trésors de tendresse, d’attention ; puissent-ils ne point se perdre. Nul doute que leur mémoire n’est pas étrangère au fait qu’il nous soit donné de veiller à ce que ces mains expertes en humanité ne soient pas oubliées tant elles traduisent le langage du coeur.
Il vient de nous être donné de rencontrer les directeurs des maisons de ce groupement associatif ; quel bonheur d’entendre les raisons de leur fidélité ; ils auraient pu changer, trouver des rémunérations plus fortes. Non, l’entraide est et demeure pour eux une mission à laquelle ils ont donné beaucoup de leur temps, de leur énergie ; ils se sont donnés.
Sollicitant leur confiance qu’ils sachent qu’au creux de leurs mains, nous percevons ce qu’elles ont porté, ouvrant ces passages permettant à bien des résidents d’aller vers cette autre rive, sans sombrer dans les tempêtes de l’angoisse.
Entraide a une longue et belle histoire, le service de l’autre, des autres. Son humanisme enrichit le nôtre. Ensemble, nous savons que nous devons toujours apprendre afin d’entreprendre la création de ces liens donnant lieu à des relations plus justes pour que les plus vulnérables ne se sentent pas abandonnés.
Il est temps, grand temps, de se rappeler que c’est à l’aune de l’attention à la fragilité que s’évalue l’humanisme d’une Société. Les maisons de nos aînés sont à cet égard, une école !
Notre reprise est-elle une folie ? Non, plutôt une sagesse témoignant d’une solidarité qui en elle-même et par elle-même est un soin. Notre Société en a singulièrement besoin.
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Bernard Devert
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Je ne trouve pas les mots
Il me fut donné d’évoquer dans mes chroniques la situation, parmi beaucoup d’autres, de cette maman m’adressant un SOS un dimanche soir pour me dire qu’elle était à la rue avec ses trois enfants de 6, 9 et 11 ans.
Désemparé, je n’ai rien pu faire sur le moment ; il était déjà tard, sauf appeler un ami qui a accepté dans l’urgence de leur trouver un abri de fortune.
La fraternité ne conduit pas à l’irresponsabilité. Des solutions doivent être recherchées. L’urgence s’imposant, j’ai lancé un appel pour qu’un propriétaire d’un logement vacant dans la Région parisienne en propose un, d’autant qu’Habitat et Humanisme s’engageait à prendre en charge les travaux de mise aux normes. La contrepartie demandée était qu’un loyer social soit accepté pour que l’accès au logement demeure compatible avec les faibles ressources de cette famille, confrontée à une rupture familiale et à la pauvreté.
Ce logement est enfin trouvé après plusieurs mois d’inquiétudes pour cette maman, laquelle me joignait en ce début de semaine pour me dire : « je ne trouve pas de mots pour exprimer ma reconnaissance et ma joie ».
Le 5 mars marquera le 19ème anniversaire de la loi du Droit au Logement Opposable. A la quasi-unanimité, l’Assemblée Nationale l’a votée, signe d’un espoir que soit enfin tissée, retissée, la cohésion sociale si gravement déchirée.
Cet espoir est partiellement déçu, mais le DALO porte en lui-même une espérance pour faire naître un autrement dans cette attention à la grande fragilité qui ne peut plus être occultée, tant elle est prégnante. Les chiffres sont connus mais, comme souvent, les drames suscitent une capacité de déni.
Or, près de 600 000 personnes, rappelle la Fondation du Logement, sont contraintes d’être abritées dans la famille ou chez des tiers. Chacun peut, ici, s’imaginer combien ce nomadisme subi altère tout avenir ; sans toit, il n’y a pas de soi.
Habitat et Humanisme se bat pour diminuer la vacance des logements, au nombre de 400 000 en Ile-de-France et les grandes métropoles. Terrible ces fenêtres fermées où il n’y a aucune lumière pour cause d’inoccupation !
Ce constat traduit une fraternité en souffrance. Force est de constater que nous devenons des étrangers à l’égard de ceux que la vie blesse, leur opposant une méfiance pour ne point connaître, reconnaître les maux qui les mettent au bord des abîmes, quand ils n’y sombrent pas.
Je n’ai pas de mots, dit cette maman qui, venue d’Afrique quittant un territoire assailli par des barbares, s’investit auprès de nos grands aînés isolés pour leur apporter un prendre-soin à domicile tout en préparant, avec le soutien de la Croix Rouge, la valorisation de son diplôme d’infirmière pour exercer son métier dans nos hôpitaux.
Un jour, à notre tour, sur un lit, inquiets de notre avenir, peut-être aurons-nous aussi les mots de cette infirmière, restant ici sans voix pour dire notre gratitude à ceux qui soignent.
Faut-il attendre l’heure de la vulnérabilité pour ne plus rester étrangers les uns par rapport aux autres. N’est-ce pas ce soin, aux multiples facettes, qui conduit à une parole laissant sans voix pour traduire, celle-là seule qui compte, le bruissement des cœurs qui s’ouvrent.
A vous que je ne parviens pas à aider, pour ne point trouver les mots susceptibles de mobiliser une fraternité active, comment ne pas vous demander pardon pour ne pas suffisamment entendre et comprendre vos appels, me laissant souvent sans voix.
Vous qui ne criez pas, espérant malgré tout que nombre de ces logements qui existent, à réhabiliter, certes, mais ils sont là, feront l’objet d’une remise de clés, finalement un passage entre ces mains qui disposent et les vôtres.
Que d’horizons s’éclaireraient de par ce possible qui ne tient qu’à notre volonté pour que naissent des lendemains plus humains.
Bernard Devert
Février 2026
Reconnaître ce qui est beau, c’est mettre en cendres la mocheté ; il est grand temps
Que de fureurs et de violences atteignant parfois une telle ignominie qu’un profond dégoût surgit, d’où cette interrogation : « comment est-ce possible ». Ô certes, elles ne sont pas nouvelles, mais elles surgissent avec une telle répétition et de tels échos que monte une angoisse délétère dont se nourrissent les extrêmes.
Il nous faut entendre, réentendre le prophète des pauvres, Victor Hugo : Malheur à qui dit à ses frères, je retourne dans le désert ! Malheur à qui prend ses sandales quand les haines et les scandales tourmentent le peuple agité ! (La fonction du poète).
Dans cette agitation – et comment ne pas la comprendre – l’heure n’est surtout pas de fuir, mais de donner enfin place à ce qui est discret, mais vital, la générosité ; elle ne fait pas de bruit, mais beaucoup de bien.
Il s’agit moins de parler que de mettre en exergue ces impossibles, jugés comme inatteignables. Or, nombreux sont ces femmes et ces hommes qui parviennent à les réaliser, contrariant ce pessimisme délétère, une munition au service des assassins de l’espoir dans leurs obsessions constantes à faire croire que tout est pourri.
Victor Hugo dit que Dieu parle à voix basse à son âme. Pour entendre, ne conviendrait-il pas de rejoindre en nous l’homme intérieur ‑ descendre en soi-même ‑ et c’est l’heure des Cendres ouvrant le temps du Carême pour que brûlent et tombent en cendres ces inessentiels qui enferment.
Chacun de nous, secrètement, est porteur de la flamme de l’espérance. Lorsqu’elle nous rassemble, surgit un étonnement et même un émerveillement de voir que le monde est meilleur que nous ne le pensions ou ne le croyions.
Mettre en cendres la misère aux facettes innombrables, ce n’est pas tant s’opposer aux cris des fossoyeurs de l’espoir que de se situer résolument auprès de ceux qui ne disent rien, pensant qu’ils n’ont rien à dire pour n’avoir rien, ou si peu. L’attention à l’autre, aux autres dévoile des ouvertures inattendues, semences de la fraternité qui, toujours, se développent dans le secret des cœurs.
Là se poursuit, commence ou recommence ce qui secrètement bâtit un monde meilleur comme « mars secrètement prépare le printemps », suivant les mots de Théophile Gautier.
Victor Hugo dirait mieux que je ne puis le faire, dans son poème « la fonction du poète « toute idée, humaine ou divine, qui prend le passé pour racine a pour feuillage l’avenir ».
Cet avenir est le fruit d’un don, lequel a aussi de multiples visages : donner du temps pour écouter, « Aime et tu comprendras », selon Saint-Augustin. Donner un peu de son épargne, c’est participer avec d’autres à faire surgir un passage où le sans-abri habite enfin un chez soi ; tout est changé, transformé.
Ensemble, nous savons que les iniquités s’aggravent, au risque de nous emmurer pour penser que l’on n’y arrivera pas, tant le vent de l’individualisme souffle fort ; il secoue jusqu’à mettre à mal la conception de la personne faisant naître la relation d’un cœur à cœur, plutôt que d’un corps à corps assiégeant l’individu dans sa recherche de lui-même.
Oui vraiment, l’heure n’est pas de perdre cœur, ensemble allons plus loin en veillant à ce que ceux qui ont été aidés puissent trouver l’audace de devenir, à leur tour, des aidants. L’humanisme est au prix de cette confiance ; ne la désertons pas.
Bernard Devert
Février 2026
Le Carême, un temps pour changer et faire changer
Entrons joyeusement dans ce temps du Carême. L’expression, si elle est paradoxale, est juste dès lors que nous sommes appelés à être signes de résurrection.
Les faces de Carême jamais ne témoignent de la foi. L’acte du croire nous met face à nos obligations d’hommes et de femmes pour faire face à ce qui, en nous et autour de nous, déshumanise. L’espérance relève d’une parole qui donne chair à un ‘autrement’.
C’est la vie qui importe, dit Dieu. Elle est inscrite dès les premières pages de la Bible : « Qu’as-tu fait de ton frère ». Cet appel est la clé d’un discernement, permettant, sans évasion ni illusion, de nous poser une autre question de la même veine : « qu’as-tu fait de ton Père » ? Le plus humain rejoint alors le plus divin.
Le carême est la promesse d’une mort traversée en prenant un chemin de traverse, nous éloignant des inessentiels et des illusions, d’où l’appel au jeûne non pas pour lui-même mais pour une plus vive attention à nos frères que la vie fragilise.
L’aumône n’est pas une fin en soi, mais bien ce mouvement d’intériorité permettant d’habiter la Parole de Jésus : « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur ». Comment ne pas donner, se donner en partageant du temps, de son épargne pour que celui qui n’a pas de place la trouve enfin. Il ne s’agit pas seulement d’être solidaires, mais d’être fraternels
Solidaires, nous le sommes, quand vivant les mêmes risques, nous éprouvons la nécessité de nous entraider ; la cordée est signe de solidarité. La fraternité va au-delà, elle conduit à rejoindre celui qui n’a pas de sécurité. N’est-ce pas cela précisément le sens de l’aumône ? Ton Père voit ce que tu fais dans le secret et te le revaudra.
L’Evangile souligne le réalisme spirituel du Christ. Lui, le Verbe, ne se paie pas de mots. Il envoie au diable les situations si ‘moches’ qui emmurent, la vie étant un appel constant à nous placer dans des relations qui éclairent l’avenir.
Aime et tu comprendras, dit Saint Augustin.
Pour comprendre, il faut entendre, d’où la prière. Dieu ne crie pas, Il murmure à nos cœurs son désir de nous voir nous tourner vers ce qui libère. Alors vient le temps d’une disponibilité qui subrepticement introduit une distance par rapport à nos avoirs, ou ces certitudes qui donnent l’illusion d’un certain pouvoir.
La prière est un temps d’unification avec le Tout-Autre, mais aussi avec tous les autres.
Sur ce chemin de carême, nous irons avec le Christ au désert. Là, il entendit le ‘diabolos’ lui demander d’être plus Dieu qu’homme. Jésus fit le choix, celui-là même d’être avec nous, parmi nous. Au diable, les fossoyeurs de l’incarnation !
Et nous, pendant ces quarante jours, qu’enverrons-nous au diable ? La misère pour la mettre en cendres.
Donner un toit à ceux qui ne l’ont pas afin de quitter la violence de la rue ou accéder à un logement abordable pour construire un foyer, n’est-ce pas une Pâques à faire vivre, un passage pour habiter un « autrement ».
N’oublions pas, au cœur des villes, des centaines de milliers d’appartements sont inoccupés ; les portes sont bien fermées, jamais de lumière – et pour cause – mais plus bas, les tentes jonchent les trottoirs. Quel désastre de voir cette fraternité fracturée.
Quand les cœurs de pierre se lézardent, s’éveille une lumière diaphane, c’est Pâques.
Bernard Devert
Février 2026
La fraternité, rempart contre la déshumanisation
Depuis des mois, Habitat et Humanisme met l’accent sur ces espaces inoccupés qui, s’ils l’étaient, éloigneraient bien des personnes de la rue.
Les mots s’usent. Parler des sans-abris évoque une misère apparemment acceptée, d’aucuns pensant que c’est la faute de ceux qui la vivent et que pour d’autres évitant le cynisme, sinistre de la pensée, considèrent que cette situation n’est pas gérable, tant elle s’est, au fil de cette dernière décennie, accrue.
Etonnant d’observer que plus une cause devient massive, moins elle soulève la détermination de la faire reculer, comme si finalement elle nous paralysait, jusqu’à fermer les yeux sur ce que nous ne voudrions pas voir. Le déni qui s’installe fait le lit de l’irresponsabilité.
Or, des moyens de lutter contre le sans-abrisme ou l’indignité du logement existent. La vacance des logements est évaluée, au sein de l’Ile-de-France et des grandes métropoles, à près de 400 000 appartements.
Comme il serait judicieux que cette maman congolaise, en région parisienne, puisse en bénéficier d’un avec ses trois enfants, 7,10 et 12 ans, tous scolarisés, elle-même suivant un parcours de formation à la Croix-Rouge pour valider en France son diplôme d’infirmière, tout en assurant un accompagnement de personnes à domicile, isolées et malades.
Cette famille monoparentale était à la rue alors qu’elle est en situation régulière. Actuellement, de façon éphémère, elle dispose d’un hébergement au sein d’une location Airbnb, naturellement hors de ses ressources, sans l’aide momentanée qui lui est témoignée.
En lien avec l’association pour sa recherche de toit, qui, à date, est encore en cours, je reviens vers cette maman pour la sécuriser. N’ayez crainte, me dit-elle : « l’attention qui m’a été réservée a été pour moi si inattendue que cela m’aide dans l’épreuve » ; quelle magnifique qualité humaine !
Comment cette mère « à bout » et ses enfants vont se retrouver à la rue, évoque le Parisien dans son article. Il n’y a donc pas en Ile-de-France un seul appartement vacant qui pourrait être proposé, sachant qu’Habitat et Humanisme accepte de participer aux financements des travaux de réhabilitation.
Il n’y a pas de réponse…
Attention, notre Société est dans une mauvaise pente, celle d’un repli sur soi, s’éloignant de cette grande et si juste interrogation : « et les autres » …
Ces « autres » sont oubliés, ils dérangent, sauf lorsque nous avons besoin d’eux dans l’exercice de leurs activités dites essentielles. Cette infirmière prendra soin de l’un de vos proches, peut-être de nous-mêmes. Qui s’inquiète du soin vital que nous devrions lui apporter en lui proposant un logement. Ne serait-ce pas justice ?
Comment ne pas s’inquiéter lorsque des candidats aux élections municipales se targuent qu’ils n’ont pas respecté la loi Solidarité et Renouvellement Urbains qui impose aux communes de bâtir pour que les plus fragiles de notre Société puissent trouver leur place.
Ces élus n’ont que faire de la loi en s’en dédouanant par le paiement d’importantes pénalités qui finalement ont comme conséquences d’emmurer leur territoire pour se protéger des autres, au motif qu’ils n’ont pas les mêmes ressources. Ne sont-ils pas des humains comme nous.
Un possible candidat, dont le nom est bien placé dans les sondages pour envisager d’assumer une fonction présidentielle, souligne que les valeurs qu’il défend rejoignent le cœur des français. Leur cœur, dans l’histoire, ne traduit-il pas le refus des situations d’injustice et d’iniquité. N’est-ce pas cela la France.
L’humanisme n’est pas mort, il donne courage et audace pour résister et prendre des chemins de fraternité qui, seuls, ouvrent ces « lumineuses initiatives fraternelles éclairant la nuit », pour reprendre les mots d’un grand serviteur de l’Etat ; heureusement, ils sont plus nombreux qu’on ne le pense. Avec eux les valeurs de notre civilisation demeurent.
Bernard Devert
Février 2026
Les Sœurs, ces religieuses ne sont-elles pas des « mères courage »
Les religieuses ont beaucoup apporté à la Société de par leur présence dans les hôpitaux, les écoles, comme auprès des personnes assignées à ces cités sans âme, sachant avec ardeur et dévouement silencieux éviter bien des drames. Qui s’en souviendra.
Femmes de la Parole, elles savent entendre les murmures qui, lorsqu’ils sont compris et accueillis, lézardent les murs.
Adolescent, sur le chemin de l’école, il me fut donné de voir régulièrement ces Sœurs hospitalières avec une petite valise en carton, rentrant au matin dans leur Communauté après avoir veillé la nuit auprès de malades. Je ne les apercevais souvent que de dos, mais dans la mémoire de ce qu’elles ont rendu possible, elles m’ont permis plus tard de faire face, à mon tour, au service du frère.
Au sein d’Habitat et Humanisme, que de religieuses nous ont aidés et nous aident encore, même si elles sont moins nombreuses – et pour cause. Ainsi à l’Hospitalité de Béthanie, des patients, au sortir de leur hospitalisation, ont bénéficié du savoir-être et du savoir-faire des Sœurs du Rosaire et des Sœurs Hospitalières, toujours en veille ; leurs nuits étaient courtes pour être disponibles. Jamais une plainte, le service les portait.
Je n’oublie pas davantage la Maison Christophe Mérieux où sont accueillies des mamans après leur accouchement. Là, les Sœurs Franciscaines, puis les Petites Sœurs de l’Assomption leur témoignent une tendresse, venant atténuer pour autant que cela soit possible l’irresponsabilité des pères ayant déserté leur responsabilité.
Dans nos maisons, où nous recevons des personnes en rupture et en souffrance sociale, ce sont ces Sœurs, des « mères courage » qui, avec l’intelligence du cœur, suscitent maintes et maintes ouvertures, porteuses d’avenir.
Ces mots, je les écris en revenant d’une cérémonie d’ouverture d’un beau programme au cœur du vieux quartier de Lille. L’immeuble, qui abritait une école, nous a été donné par la Communauté des Filles de l’Enfant Jésus pour la transformer en une grande école d’humanité. Au soir de son existence, cette Congrégation demeure magnifiquement ouverte à la vie pour avoir le sens de l’Autre, des autres.
Sur ce site, s’édifient des logements très abordables et d’autres qui relèveront du prix du marché, vigilants à faire naître une réelle mixité sociale, enrichie d’un tiers-lieu, d’une crèche et d’une médiathèque en concertation avec la mairie.
L’esprit de fraternité ouvre le champ des possibles. Les Sœurs en ont l’audace malgré l’âge et une Société qui ne sait pas les reconnaître. Le désirent-elles, non, tant elles sont effacées pour n’avoir d’autre désir que de donner à voir cet essentiel qui ne disparaîtra jamais comme le rappelait Sœur Emmanuelle lors de cette pose symbolique de première pierre, citant Saint-Paul : « ce qui se voit est provisoire, mais ce qui ne se voit pas est éternel ».
Lors de cette cérémonie, personne n’a cherché à faire prévaloir ce qu’il avait apporté ; tous étaient réunis dans une même attention aux valeurs de notre civilisation. Les Actes des Apôtres ont été cités, le philosophe des lumières, Diderot, le fut aussi. Un souffle, souligna le Préfet dans sa belle allocution.
Je n’ai pu m’empêcher de faire une analogie avec la Pentecôte, chacun entendait la parole dans sa langue, sa culture, saisissant intérieurement ce qu’il était appelé à vivre de par ce souffle paradoxal qui nous transporte et nous transforme.
Sœurs, appelées si justement, souvent avec tendresse, les « bonnes Sœurs », vous n’attendez pas de reconnaissance ; votre préoccupation est de donner naissance à un monde meilleur. Acceptez, cependant, que l’on puisse vous dire de tout cœur, merci.
Sans vous, Habitat et Humanisme n’aurait pu se développer et encore moins son pôle médico-social. Vous en restez à jamais, vous les « mères courage » les vraies fondatrices.
Bernard Devert
Janvier 2026
