En ce 2 novembre, commémoration des défunts, le Collectif « Les Morts de la Rue », publie son 14ème rapport, soulignant combien l’absence d’un chez-soi entraîne une mort prématurée qui, année après année, se fait plus nombreuse.
1041 décès recensés en 2025, ce n’est pas un bilan, souligne ce Collectif, c’est un réquisitoire contre l’indifférence qui fait que la mort frappe 30 ans plus tôt et trop tôt les personnes à la rue que celles qui disposent d’un logement.
Cette mortalité traduit une violence qui doit nous conduire, dans l’urgence, à la faire cesser. Elle est l’un de ces drames qu’il convient de faire cesser.
Il y a presqu’un an, le 16 novembre 2025, le Docteur Xavier Emmanuelli nous quittait. Il fut entre autres le fondateur du Samu Social, concevant que le logement est un soin qui, lorsqu’il manque, en traduit le refus, ce mépris de ceux qui n’ont rien, même pas un toit.
Quand un véhicule du SAMU se déplace, la première réaction, comme signe de compassion partagée, est de faciliter son passage. Pourquoi cette attitude est-elle absente à l’égard de ces frères ou de ces soeurs qui, dans la rue, n’ont d’autre avenir que d’y rester. Au lieu de nous déplacer pour donner une priorité aux soins, à un hébergement ou un logement, nous laissons les accidentés de la vie à la rue, laquelle cristallise toutes les violences, tous les risques.
Une mort annoncée et quelle mort !
Cette absence de solidarité, de fraternité à l’égard des plus pauvres, signe le chemin avancé de la déshumanisation de la Société.
Personne n’est déchu de sa condition humaine, personne ne peut l’être. Aucun pouvoir, aucun évènement n’a le pouvoir de nous faire déchoir, écrit Xavier Emmanuelli dans son livre « Au seuil de l’éternité ».
L’importance de la dette de l’Etat et des Collectivités locales ne peut justifier que nous nous éloignions de l’assistance à la personne en danger ou alors c’est que notre engagement sociétal s’est amenuisé pour n’avoir d’autres réactions que de passer dans la vie sans vouloir voir l’inacceptable.
Vaine est la recherche de la cohésion sociale si elle n’est pas accompagnée de ce minimum de « prendre soin » que représentent un hébergement humanisé et un logement abordable.
Déjà se préparent « les plans froids ». Saurons-nous trouver des projets pour que toute personne, quelle que soit son histoire, soit mise à l’abri. Recueillerons-nous l’approbation des riverains et le soutien des élus, ou bien nous faudra-t-il toujours lutter contre l’indifférence, forte des statistiques occultant les visages que chacune d’elles représente, pactisant ainsi avec l’intolérable.
Ce réquisitoire est un jugement. Il ne nous épargne pas, conscients que nous avons notre place sur le banc des accusés pour ne pas faire assez. Ces dernières semaines, nous avons des défenseurs, Joachim, Solange qui, après des années et des années dans la rue, ont trouvé leur place dans nos maisons de soins. Douze autres le seront bientôt dans nos établissements et 70 ont pu bénéficier du dispositif « Passerelle », offrant un hébergement aux patients qui, au sortir de leur hospitalisation, ne peuvent bénéficier de soins à domicile pour n’avoir point de chez soi.
Pardon à ceux qui meurent pour n’avoir pas su leur offrir ce minimum de respect qu’est le toit, quittant une terre inhospitalière dans un dénuement que voile leur silence dans lequel ils se situent, ne sachant ni vraiment l’entendre, ni le comprendre.
Cette chronique, je la partage à la famille du Docteur Xavier Emmanuelli, la remerciant de la confiance qu’elle nous témoigne, au Docteur François Pernin qui, à Ajaccio, se bat avec son association « La Clé » et à tous ceux qui s’inquiètent sur ce scandale, avec une mention toute particulière au Collectif des Morts de la Rue.
Bernard Devert
Novembre 2026
