La rentrée, une chance pour faire du neuf

En cette rentrée qui peut se révéler difficile, sachant que ce caractère est annoncé à chacune d’elles depuis bien des années, si nous faisions nôtres ces mots de Lamartine, « le réel est étroit, le possible est immense ».

A ce possible, nous sommes appelés. Si nous ne l’habitons pas en cette rentrée quand s’actualisera-t-il ; il ne se construit souvent que dans le silence et le désintéressement, signe de la grâce toujours discrète, permettant de rejeter vilénies et facilités qui désertent toute fertilité.

Ce possible doit rendre ce monde moins sombre, lequel s’agite, tourne en rond, malade de vouloir toujours plus et plus vite, sans s’inquiéter de ceux qui n’ont rien ou si peu.

Il n’est pas indifférent de rappeler que le mot hébreu qui signifie malade, veut dire aussi tourner en rond.

Quelle souffrance d’entendre des jeunes dire : « je ne veux pas donner la vie », le monde leur apparaissant clos, fini, sans avenir. La jeunesse n’est pas une question d’âge, mais d’un optimisme de volonté pour refuser de pactiser avec les cultures de mort.

L’urgence est de se lever, se relever pour que cette lumière qu’est l’espérance éclaire notre chemin ; c’est à ce prix qu’il devient chemin de sens nous permettant de quitter ce qui ferme et enferme.

La Présidente de la Fédération des conseils de parents d’élèves précisait ce 30 août qu’il y a 1 600 enfants scolarisés qui dorment dans la rue. Quel drame pour ces enfants et leurs parents et quelle humiliation pour notre Société !

Bernanos dit justement que les grandes humiliations, les humiliations capitales ne sont pas à la mesure de beaucoup d’âmes. Notre vocation de baptisés ne peut laisser nos cœurs indifférents à une telle information.

N’acceptons pas la déshumanisation qui rampe et s’étale avec l’aisance que nourrissent ces réseaux qui martèlent le doute, se moquent du bien, ouvrant les vannes d’un complotisme déferlant.

Ce drame, conjurons-le en conjuguant nos efforts. Il va bien se trouver des justes dans nos villes pour que s’ouvrent des portes d’appartements vacants.

Il va bien se trouver des justes pour entrer dans un partage aux fins de participer à ce qui est nécessaire pour éloigner des abimes les plus fragiles.

Des propriétaires souvent âgés ne savent pas comment mettre leurs biens aux normes, ou se trouvent confrontés à des difficultés financières pour faire des travaux. Qu’ils s’adressent à nous, nous les aiderons.

D’aucuns d’entre vous, en fonction de la localisation de ces logements, accepteront aussi d’offrir un peu de temps pour accompagner ces familles.

La rentrée, c’est l’heure d’un réveil pour donner à voir l’espérance qui ne transparaît que là où l’on donne, se donne.

N’hésitez pas à me joindre au 06 73 68 28 58.

Bernard Devert

Août 2022

Risquer un « oui » pour ne point brûler l’espérance

Cet été chaud, par trois fois caniculaire, invite notre monde à prendre la mesure d’une urgence pour qu’il ne sombre point dans un état crépusculaire et nos Sociétés dans l’accablement d’un défaitisme. Il s’agit moins de notre avenir que de celui de nos enfants.

Ce « oui » à la vie ne me semble pas indifférent au fiat de Marie.

La planète souffre, les personnes vulnérables plus encore, tant la crise écologique et environnementale blesse le corps social.

Il nous souvient, lors de l’Assemblée Plénière du 4ème Sommet de la Terre, tenue le 2 septembre 2002 à Johannesburg, de l’allocution prononcée par Jacques Chirac : « la Maison brûle et nous regardons ailleurs ».

Au cours de ces 20 ans, les regards ont quelque peu changé, d’où des avancées avec notamment les accords de Paris. Toutefois, les changements programmés ont pris du retard, les intérêts particuliers des Nations l’emportant sur les soins à apporter pour résoudre un drame brûlant, annoncé et avéré.

L’Encyclique « Laudato Si » du pape François s’est révélée dès sa publication le 24 mai 2015, une chance pour la mise en œuvre d’un nouvel équilibre sociétal. Le cri de la terre et celui des pauvres, un même cri dont la clameur est recueillie comme le mal-logement, à l’aune du thermomètre !

Finalement, un grand absent, le Petit Prince ! Ne nous a-t-il pas ouvert un chemin, en visitant les planètes, telle la cinquième. Toute petite, elle fut pour lui infiniment grande, la regardant avec son cœur illuminé par l’allumeur de réverbère, l’être le plus intéressant, dira-t-il, de tous ceux jusque-là rencontrés pour s’occuper « d’autre chose que de soi-même » ; il ajouta : « il est le seul dont j’eusse pu faire mon ami ».

Notre « planète terre » a besoin d’allumeurs de réverbères qui savent éclairer et réveiller l’infini qui habite chaque être. Seulement, un tel regard suppose de voir avec le cœur, ou un cœur mis à nu (Baudelaire).

Encombrés, nous privilégions ce qui est fort sans nous soucier de ce qui est juste ; c’est ainsi que nous passons à côté d’une créativité, fruit du cœur et de l’Esprit, pour ne pas voir les choses avec la sagesse et de la justesse du poète : « Le réel est étroit, le possible est immense » (Lamartine).

Ce réel étroit s’avère toxique. Il nous habitue aux médiocrités qui anesthésient l’humiliation quand nous saisissons furtivement que, trop installés, nous sommes peu décidés à risquer l’immensité des possibles.

Bernanos dit justement que les grandes humiliations, les humiliations capitales ne sont pas à la mesure de beaucoup d’âmes. Sans doute !  Cependant, nous n’échappons pas à la tristesse née de la culture de mort qui rampe et s’étale avec l’aisance que nourrissent ces réseaux qui martèlent le doute, se moquent du bien, ouvrant les vannes d’un complotisme déferlant.

Le possible est-il absent, non. Il se construit dans le silence et le désintéressement, signe de la grâce toujours discrète d’une assomption qui, seule, permet de rejeter les vilénies et les facilités.

Quel est dans l’histoire l’être qui a vécu cette assomption ; une femme, une mère, infiniment mère ; d’aucuns la célébreront ce 15 août.

Marie, Myriam, une mère, vers qui, croyants ou pas se tournent dans les heures de grande épreuve et de tourmente.

Qui est-elle ? Une mère qui, entre toutes, a risqué ce « oui » en réponse à une Parole déroutante par rapport au réel pour introduire l’infini d’un possible, donner la vie à l’auteur de la vie.

Ce « oui » transforme les relations pour mettre au plus haut ceux que le réel désigne comme étant rien, pour n’avoir rien ou si peu.

Ce « oui » est renversant. Le fort n’est plus ce que l’on pense, il est enfin ce qui est juste. L’arrogance de la puissance perd de son acuité, fut-elle accompagnée pas des discours et images qui tournent en boucle pour manipuler les esprits.

Ce monde s’agite, tourne en rond, malade de vouloir toujours plus et plus vite, sans s’inquiéter de ceux qui n’ont rien ou si peu.

Il n’est pas indifférent de rappeler que le mot hébreux « Choliy » signifie maladie, et aussi tourner en rond.

Prononcer ce ‘oui’, c’est dire non au défaitisme pour rechercher ce qui soigne et guérit d’une lèpre contagieuse.

Quelle souffrance d’entendre des jeunes dire je ne veux pas donner la vie, ce monde leur apparaissant clos, fini, sans avenir.

L’urgence n’est-elle pas de se relever. Aurions-nous peur d’entendre ce « oui » et de le faire nôtre avec tous les affamés de justice pour rechercher l’immensité de ce possible qui actualise la promesse faite à nos pères.

Que de « oui » s’exprimeront le 15 août

Hervé, un membre de la famille d’Antoine de Saint-Exupéry, écrit : « la sainteté est dans l’air ». Oui, elle est celle d’une multitude qui, avec un cœur d’enfant, comprend qu’un changement de paradigme s’impose.

Qui n’entend pas cette recherche du sens, sésame de l’avenir, ce « oui » à prononcer pour habiter la Parole nous détournant de ce qui ferme, nous enferme.

Belle fête de l’Assomption.

Bernard Devert

La longévité de la vie, une chance trop souvent blessée par la solitude.

Le grand âge fait peur, perçu parfois comme un naufrage. Qui n’entend pas les SOS exprimés avec une telle pudeur qu’ils sont silencieux ou par ces visages dont les rides laissent entrevoir l’inquiétude de ces rives qui s’approchent.

Toute vie n’est-elle pas confrontée à ce risque. L’accepter est une aventure, faite de tempêtes à affronter, accompagnées dans les jours difficiles d’inévitables angoisses.

Je pense à ces personnes entrées dans ces maisons qu’on nomme EHPAD, un établissement, alors qu’il s’agit d’un lieu qui dit la fragilité appelant des relations de tendresse.

Au cours de ces derniers mois, tout a été dit sur ces maisons qui appellent, sans aucun doute, des transformations ; réalisées, elles permettront d’être mieux acceptées. Jamais, personne ne fera le choix de l’Ehpad ; il est subi en raison de la dépendance physique, psychique et des situations affectives, assombries pas le deuil et la solitude, cette faucheuse de la qualité de la vie.

Tout a été également dit et bien dit sur l’urgence d’un plus grand nombre de soignants dans chacune de ces maisons de soins ; la réponse a été donnée : 5 à 6 personnes supplémentaires, d’ici à 5 ans, pour chacune d’elles.

Est-il vraiment possible de demander chaque jour et au fil du temps, la même qualité de soins sans que jamais ces acteurs d’humanité ne bénéficient d’un prendre-soin. La rémunération devrait y contribuer mais pas seulement. Une autre attente se fait jour.

Le taylorisme ne devrait avoir de place nulle part ; il est intolérable dans les espaces de soins.

Une des critiques faites aux Ehpad est un coût en rupture avec le montant des retraites. Aussi, s’impose une maîtrise des charges. Une des clés qui ne sera pas non plus étrangère au mieux-être des soignés et des soignants est le bénévolat. Il n’est pas la réponse mais n’y sera pas indifférent.

Il apparaît nécessaire aux soignants, aux familles de libérer du temps pour écouter ceux qui, au soir de leur existence, sont enfermés dans un silence pesant et oppressant. Ils ne disent rien, non parce qu’ils n’ont rien à dire, mais parce qu’ils ne savent pas comment le dire, s’évaluant déjà dans un temps que ceux du ‘dehors’ peinent à comprendre.

L’histoire de nos aînés a figure de ces hautes vagues ; elles sont porteuses de ce qu’il leur a fallu vivre avec les deuils, solitudes, heurts de la vie qui les submergent. Comment s’en sortir si ce n’est par un travail de libération, par là même d’expression ; il doit donner la place à ce qui a été fécond, grand, fût-il tragique. Le fait d’avoir surmonté les épreuves n’est pas sans donner, redonner de l’estime de soi et par là même d’émerveillement : l’être plus grand que ce qu’il pense.

Quand la mémoire donne à habiter ces heures, un autrement se fait jour.

A dessein, est retenu le mot ‘travail’, s’agissant de bâtir pour faire du neuf en synergie avec les soignants. Il s’agit d’écouter, d’entendre, d’apprendre et de comprendre. Une charge difficile mais passionnante. Les soignants sont demandeurs d’une telle approche s’ils y participent.

Ceux qui voudront bien me lire, m’entendre, mais aussi me comprendre, accepteraient-ils, quels que soient leur âge, leur situation, de s’investir dans cette mission ; elle conduit à s’approcher du ‘porche du mystère’ auquel on n’accède que si on se fait proche de ceux qui se taisent, vivant intérieurement, parfois avec souffrance, la grande énigme de la vie qui en interroge le sens.

Il faut être sourd pour ne pas entendre cette interrogation : pourquoi suis-je là, encore là ?.

Quelle réponse ; j’ai la faiblesse de penser qu’elle n’est pas étrangère à l’écoute pour apprendre à accepter, dans un silence partagé, l’inachevé de toute vie. Ce manque, mieux accueilli, se révèle alors source d’un inattendu.

Si cette proposition vous parle, accepteriez-vous d’entrer dans cette aventure qui construit du sens.

Bernard Devert

Quand l’hospitalité interroge l’acte de bâtir

Evangéline Masson-Diez, enseignante en sociologie à l’Université Paris-Est Créteil, souligne que l’hospitalité est susceptible de déresponsabiliser l’Etat pour laisser croire – et je la cite – qu’il est normal, presque romantique, d’accorder une faveur à une personne privée de ses droits.

L’hospitalité n’est-elle pas une juste et nécessaire réparation à l’égard de personne qui a subi de graves privations, telle l’absence d’un chez soi, signe d’une mort sociale.

L’hébergement est un droit absolu ; l’accompagner d’une attention ne relève pas du romantisme, mais d’une fraternité introduisant la recherche d’une équité. L’autre devient un hôte, il existe et nous fait exister autrement.

Quand les valeurs fondatrices de la République sont mises à mal, l’Etat de droit perd de sa légitimité ; pour le moins, il laisse place à un soupçon d’irresponsabilité, d’incapacité, dont les premières victimes sont les plus fragiles. La démocratie s’en trouve immanquablement affectée.

Le droit à l’hébergement et au logement est depuis 15 ans un droit opposable qui, de par la volonté du législateur, met à la charge de l’Etat non pas une simple obligation de moyens, mais de résultat ; une formidable avancée dans l’énoncé de la protection de la personne.

Or, le résultat attendu n’est pas là. Si l’opposabilité du droit au logement ou à l’hébergement est une belle architecture juridique, sa mise en œuvre dans les territoires tendus reste difficile, souvent chaotique.

L’opposabilité de ce droit nécessite de bâtir. Poser ce postulat, c’est nécessairement revisiter une économie qui s’est emparée de la maîtrise foncière, notamment dans les métropoles, laissant peu de place à ceux dont les conditions de vie sont fracturées par la vulnérabilité.

L’urgence est un soin. Elle s’impose pour ne pas laisser le corps social se déliter, faute d’équité, d’où une hospitalité qui construit anthropologiquement la fraternité sans laquelle la Société s’assèche.

Quelle aridité pour les plus fragiles !

Emmanuel Lévinas précise que les Hommes pleinement hommes sont ceux pour qui la spiritualité est fondamentalement une hospitalité exigeante. Il ajoute dans son ouvrage l’éthique et transcendance que l’humain commence dans la sainteté, avec comme première valeur de ne pas laisser le prochain à sa solitude, à sa mort.

Ces mots de Lévinas ne sont pas étrangers à Camus. Le Dr Rieux, dans la Peste, dit à l’Abbé Paneloux : « ce que je hais c’est la mort et le mal, vous le savez bien et, que vous le vouliez ou non, nous sommes ensemble pour les souffrir et les combattre ». N’est-ce pas cela l’hospitalité.

Ce combat inspire un monde meilleur.

Etre humaniste, écrit Edgar Morin dans les conclusions qu’il tire du coronavirus, ce n’est pas seulement penser que nous faisons partie de cette communauté de destin, que nous sommes tous humains, tout en étant tous différents, ce n’est pas seulement échapper à la catastrophe, c’est aussi ressentir au plus profond de soi que chacun d’entre nous est un moment éphémère, une partie minuscule d’une aventure incroyable qui, en poursuivant l’aventure de la vie effectue l’aventure hominisante commencée il y a 7 millions d’années.

Notre monde vacille, hésite, s’agite. Ces signes ne sont-ils pas ceux d’une naissance, d’où ces balbutiements. Que sera l’avenir ? Notre responsabilité, dit Saint-Exupéry, est de le rendre possible.

Ce possible, les architectes et constructeurs doivent davantage s’en saisir pour mieux habiter le fait que le logement, partie intégrante de l’environnement, concourt à la politique de santé dans sa dimension préventive. L’espérance de vie des plus pauvres est de 13 années inférieure à celle des populations aisées. L’habitat n’y est pas étranger.

Oui, bâtir est un acte de soin et du prendre-soin pour introduire les conditions d’une hospitalité.

Bernard Devert

Juin 2022

Exil, exode, quelle convergence.

Plus de 100 millions de la population mondiale est ‘déplacée’ ; c’est dire combien nombre de réfugiés et de migrants connaissent un avenir incertain et un présent marqué par une multiplicité d’absences, non seulement du toit au travail, mais aussi du manque de relations affectives à celles sociales.

Ce déplacement ne relève pas d’un voyage ; il est la prise en compte d’une situation souvent tragique conduisant à fuir une terre devenue inhospitalière en raison du climat (cf. la Somalie plus d’un million d’exilés en mois d’un an), ou de conflits géopolitiques et de cette misère, violence larvée, si destructrice.

La date du 20 juin, journée mondiale des réfugiés, n’est-elle pas une invitation à nous interroger sur le drame de ces populations ; comment l’atténuer, à défaut de pouvoir l’éradiquer.

Que d’organisations caritatives et d’ONG se mobilisent, mais aussi de particuliers qui, habitées par la fraternité, font place à ceux qui ne l’ont plus.

Il convient de rechercher davantage de convergences entre ces deux réalités, l’exil et l’exode

L’exil est une fuite rarement préparée comme celle que connaissent les Ukrainiens. Plus de 7,5 millions ont quitté leur pays, observant l’accueil que leur a réservé la Pologne, via une hospitalité pour 3,5 millions d’entre eux.

Seulement l’hospitalité, quand elle dure, perdure, sans possibilité d’en déterminer la fin, suscite immanquablement des tensions.

Quel chemin alors possible pour se libérer des multiples esclavages qui rendent difficile l’accueil de l’autre. Il est celui de l’exode ; il nous délivre de ces idées toutes faites, résumées, martelées à corps et à cris qu’il n’est pas possible de porter toute la misère du monde. Certes, mais la question n’est pas là ; la seule qui vaille est comment prendre sa part.

L’élan que procure l’exode ouvre de nouveaux possibles qui lézardent ces crispations où, par facilité, nous nous réfugions. L’exode est un éveil de relations.

L’exil et l’exode, une convergence vers ces possibles qui sont autant d’atouts pour un monde plus humain.

Je pense à ces mineurs non accompagnés auxquels furent proposées des formations, via l’apprentissage. D’aucuns ont rejoint des maisons de soins. Entre soignés et soignants – passée, la surprise, à commencer par ces idées toutes faites qui nous vieillissent – se font jour des regards inattendus, porteurs d’avenir.

Une vie nouvelle pour tous.

Comment s’en étonner ; dans chacun, sommeille une part de réfugié. Partagée, elle donne naissance à une volonté de se comprendre, de faire un bout de chemin, ensemble pour aller plus loin, plus haut.

Rien de mieux pour y parvenir que de pousser la porte de ces refuges ; là, les différences s’estompent. Les corps et les esprits sont tendus vers ces sommets où la solidarité n’est jamais absente, comme en témoigne le livre écrit par France Vergely et Wahabou Tarama, Mot par mot, gravir le monde.

Ne nous retournons pas pour entendre les critiques, les à quoi bon, les sommets approchent ; ne nous détournons pas de la clarté de ces essentiels.

Bernard Devert

20 juin 2022

L’équité, cette exigence pour redonner force et sens à la démocratie

Ils ont oublié de voter ! Une abstention record qui, inexorablement, s’installe élection après élection.

« Ils », qui sont-ils ? Essentiellement les plus vulnérables qui pensent que le pouvoir politique les oublie ou qu’il ne peut rien faire pour eux. Au soir du premier tour, nombre d’acteurs ou de commentateurs parlaient d’un vote censitaire ; l’expression n’est pas juridiquement juste, mais elle traduit les ruptures et les fractures que subit la Société.

Le vote est là pour défendre l’unité et l’indivisibilité de la République.

Or, l’unité est pour le moins en souffrance. Qui peut contester qu’il y a des territoires perdus, éloignés. Un reportage récent sur les cités soulignait qu’à 18 km du centre de Paris, des ghettos se faisaient jour.

L’indivisibilité ne se construit que si tous les membres du corps social sont respectés. Qui ne voit pas ou ne perçoit pas la souffrance des « décrochés » et de ceux qui, mis en retrait, ont le ressenti amer et délétère de ne compter pour rien.

Le corps social est violenté. Trop de nos concitoyens jugent qu’ils n’ont rien à signifier à la Res Publica se pensant, à tort ou à raison, comme peu de chose pour les édiles.

Le Docteur Albert Schweitzer demandait que chacun s’efforce, dans le milieu où il se trouve, de témoigner à l’autre qu’il compte, c’est-à-dire lui offrir une véritable humanité. C’est de cela, ajoutait-il, que dépend l’avenir du monde. Il en va de même de celui notre démocratie.

Une telle approche ne saurait être remise à demain, tant l’urgence s’impose de bâtir une Société plus cohérente, par-là même plus humanisée.

Les élections législatives sont marquées par la question du pouvoir d’achat ; une peur légitime s’est emparée de ceux qui connaissent la cruauté des fins de mois.

Les détresses sont réelles. Que de mamans, par exemple isolées, luttent pour que leurs enfants aient un toit. Elles le trouvent dans les périphéries, éloignées de leur lieu de travail. Qui se soucie des difficultés qu’elles rencontrent au regard de la mobilité, alors qu’elles exercent des fonctions indispensables à la vie, comme celles d’auxiliaires de vie ou d’aides-soignants.

L’urgence est de repenser l’économie.

Il est nécessaire d’offrir à la finance le rôle de servante qu’offre l’économie sociale et solidaire. Elle fait ses preuves pour concourir à remettre debout des concitoyens au bord du chemin, blessés par la vie.

Le baromètre de la finance solidaire, publié le 7 juin par La Croix et l’association Fair (Label finansol), marque un nouveau record pour cette forme d’économie, permettant aux épargnants de prendre conscience de leur pouvoir, suivant l’expression du Professeur François Gemenne.

Il en va aussi de ce pouvoir d’achat érodé par un coût du logement insupportable avec l’explosion des charges foncières. Quelle injustice de voir que là où les Collectivités s’investissent au titre des infrastructures pour faciliter les transports, les équipements culturels, le foncier explose, mettant à distance ceux qui en auraient le plus besoin.

La mémoire est source d’avenir ; elle permet de corriger les erreurs, de redresser des situations dommageables. N’oublions pas que ces élections se tiennent dans un contexte où il était espéré ces « jours d’après » ; l’espoir sera effacé s’ils n’offrent pas une solidarité prioritaire à l’égard des plus fragiles.

Cette solidarité, quelles que soient les sensibilités, il convient de la bâtir urgemment pour que le corps social retrouve son unité et son indivisibilité.

Bernard Devert

Juin 2022