2021, habitons la promesse de ce que nous sommes appelés à devenir.

Une année nouvelle ! Une chance pour être une invitation à regarder l’horizon en ne le mettant pas sous surveillance par pessimisme ou à raison de ces déterminismes qui en brisent la lumière.

Quelle lumière ? La liberté, un appel à construire, à créer.

Thérèse d’Avila disait qu’elle n’avait fait que commencer et que ceux qui suivront devraient apprendre à commencer. L’expression est juste pour ne point se laisser enfermer dans des certitudes qui restreignent les espaces de vie, laissant des angles morts habités par des mots destructeurs : rien de nouveau sous le soleil, tous pareils, quand il n’est pas ajouté des qualificatifs plus dommageables encore.

Etre libre, c’est faire du neuf.

Ce neuf confère aux convictions qui nous habitent, une place privilégiée. N’est-ce pas cela l’espoir, plus encore l’espérance, loin d’être une projection du futur mais le « ici et maintenant » de ce que nous croyons comme meilleur.

René Char disait : « va vers ton risque, à te regarder, ils s’habitueront ».

Qui ne se souvient pas de ces mots de Barack Obama, Premier Président noir Américain, qui osait cette parole ouvrant le champ des possibles : « Yes, we can ». Nous le pouvons. Sans doute, nous le devons à nous-mêmes et aux autres.

Etre libre, c’est choisir la vie, par-là même, s’éloigner des médiocrités qui concourent à de telles ombres que, non seulement, elles mettent sous surveillance la lumière, mais assignent l’esprit à la captivité.

La liberté est inhérente à la vie. Exister, c’est être créateur de sens, privilégiant l’infini sur le fini, la capacité de faire changer pour saisir que le premier changement à opérer est en nous-mêmes. L’homme n’est vraiment homme que s’il est source de liberté.

Choisir la vie, ce n’est pas être dans l’attente d’un espace de retraite, fût-il céleste. Le ciel n’est pas cela. Il est un cœur qui vit. L’acte d’aimer n’est pas un sentiment qui passe, mais une détermination jaillissante du partage. Le don n’est pas un abandon mais la semence qui fertilise la vie, lui conférant le dynamisme de la joie.

Vivre, c’est partager. Alors la fraternité ne sera pas une valeur oubliée, sombrant dans un écho lugubre et répétitif, mais s’exprimera comme un chœur où les voix différentes concourent à une symphonie, jamais achevée, toujours reprise et enrichie se révélant ce qu’elle est, l’inouï d’une attente, née de ce passage du soi à l’entre soi.

Faire du neuf dans l’économie répond à de réelles attentes avec déjà des innovations inespérées, tels l’investissement socialement responsable ou encore l’entreprise à mission. Que de nouveautés ! Hier, des utopies, aujourd’hui, elles sont le signe d’une Société qui commence à privilégier un avenir pour tous, tant lui sont insupportables ces abimes contre lesquels se fracasse la fraternité.

Oui, se dessine un réel espoir de voir la confiance mettre hors de nuire la délétère défiance.

Quelle fierté de vivre pour se situer résolument du côté de la promesse de ce que nous sommes appelés à devenir.

Dans cette perspective, comment ne pas souhaiter une belle année, non pas d’abord des vœux, mais ce « je veux » engagé et partagé d’un monde plus humain.

Les mages, ces savants qui ont la sagesse de la simplicité

Les mages, ausculteurs de la voûte céleste, ont un tel sens de l’immensité du ciel que leurs cœurs sont préparés à la rencontre de l’infini.

L’étoile les accompagnera jusqu’à la crèche. Hommes habitués à regarder vers le haut, ils vont découvrir qu’il est de ces moments si essentiels dans l’histoire que la seule posture authentique est de se lever, puis de se mettre à genoux.

Tout Jérusalem, nous dit Matthieu, est troublé, plus encore celui qui a les clés de la cité, Hérode, qui s’émeut à la question des sages : « mais où est le roi des Juifs qui vient de naître ? »

Cette naissance ne devrait-elle pas réjouir s’agissant de la vie, et quelle vie !

Or, elle assombrit Hérode, atterré, tremblant à l’idée qu’un enfant pourrait le détrôner. N’est-ce pas le propre des tyrans qui, toujours, tirent tout à eux-mêmes, ne voulant en aucune façon se confronter à un possible partage tant leur pouvoir absolu les rend absolument ivres de leur puissance, fût-elle illusoire et précaire.

Où est le roi des Juifs ?

Les mages ont découvert l’Enfant Dieu dans l’incognito et dans un lieu inacceptable, une étable, où naît l’impensable.

A leurs questions, ces sages ont trouvé la réponse : la confiance ; elle les accompagnera quand bien même leur histoire serait traversée par le doute et les inquiétudes qui jonchent le parcours de toute vie.

Cette lumière de la foi n’a aucune comparaison avec l’or qui ne brille que pour ceux qui veulent se protéger, privilégiant les coffres forts plutôt que la fragilité. La myrrhe et l’encens, pour quoi faire ? Ces deux symboliques du divin sont devenues sans objet pour ces astrophysiciens qui ont découvert une nouvelle planète, celle du cœur.

Il nous souvient de l’échange si décevant pour Le Petit Prince avec l’homme tout affairé et encombré de ses richesses :

  • que fais-tu de ces étoiles .
  • ce que j’en fais ?
  • rien je les possède.
  • tu possèdes les étoiles ?
  • oui.
  • et à quoi cela te sert-il de posséder les étoiles ?
  • ça me sert à être riche.
  • et à quoi cela te sert-il d’être riche ?
  • à acheter d’autres étoiles, si quelqu’un en trouve.

Les mages ont trouvé une nouvelle étoile qui ne s’éteindra pas. Plus encore, ils se sont laissé habiter à Bethléem par cette maison du pain, partage du pain de vie.

Ce pain – qui a le goût de l’infini, de l’éternité – les hommes de bonne volonté, comme ces mages, savent qu’il ne manquera plus.

La route peut être plus longue mais, comme le Petit Prince, ils savent qu’à aller droit devant soi on ne peut pas aller bien loin. Aussi, se détournent-ils de tous ces palais abritant les angles morts, occupés par ces Hérode qui érodent l’essentiel pour posséder encore toujours plus de biens qui font que trop de nos planètes sont captives de liberté et de sens.

Heureusement, il y a ces femmes et ces hommes qui refusent la cupidité, mère de la violence, pour prendre les chemins de liberté et de générosité, étoilés par la fraternité.

Bernard Devert

31 décembre 2020

L’économie solidaire, un nouvel équilibre pour un demain plus humain

Le tsunami sanitaire a provoqué un choc, tant il était inattendu. Soudain, il a fallu s’arrêter, se mettre à l’abri de la Covid 19, ennemi invisible et funeste. Où est l’homme augmenté se masquant et se cachant pour se protéger. L’humilité, parfois oubliée, a pris une place inattendue.

Comme dans toute crise, l’intelligence a suscité des avancées en termes de solidarité et du prendre-soin de l’autre. Que de mesures, hier, jugées impensables ou irréalistes, se sont imposées.

L’Europe en crise, une solidarité s’est fait jour, lui redonnant sa raison d’être et par-là même un avenir.

La crise fit sortir de l’ombre les invisibles, mettant en évidence l’abîme entre eux et nous. Les soignants surent prendre des risques ; ils laissent une ‘pierre blanche,’ à partir de laquelle la Société du prendre-soin se bâtit.

Que de créativité dans le champ économique, témoignant de l’intelligence de l’autre avec la loi PACTE, et des dispositifs comme le livret de développement durable et solidaire, l’épargne salariale et les retraites solidaires ou des initiatives, comme l’Entreprise des Possibles.

L’économie solidaire, attentive aux impacts sociaux, apporte un soin à la cohésion sociale en souffrance. Je relève deux mesures, l’une déjà engagée et l’autre en balbutiement qui toutes deux reposent sur l’idée d’un moins pour un plus, recherche d’un nouvel équilibre.

  1. Moins de charges énergétiques pour libérer un pouvoir d’achat

Le Mouvement Habitat et Humanisme est déjà très engagé, bénéficiant du soutien appuyé de M. Philippe Pelletier, Président du Plan Bâtiment Durable, créé il y a 10 ans sous l’égide de M. Jean-Louis Borloo.

La diminution des charges énergétiques, outre qu’elle protège la planète, augmente ipso facto le reste pour vivre, ô combien important pour les personnes vulnérables, à l’heure où la grave crise sociale corrélée à la crise sanitaire, les touche durement.

Le plan de relance de l’Etat prend en compte cette absolue nécessité, une chance pour mettre en œuvre un partenariat public/privé pour aller plus vite et plus loin. La mobilisation des crédits n’est pas une charge mais un investissement.

  • Moins d’impacts fonciers sur le logement social pour plus de financements des mesures d’accompagnement

La crise du logement s’aggrave. Les charges foncières augmentent au sein des grandes métropoles, d’où un coût du logement – fût-il social – qui fait que les plus pauvres en sont souvent éloignés. Un comble !

Le foncier est une barrière au logement très social, le démembrement, seul, la lèvera en apportant une avancée sur deux plans :

  • L’un, pour refuser de considérer la pauvreté comme une fatalité. Si l’acte de bâtir est compris comme un acte du prendre-soin, alors il participera à remettre l’homme debout. Là où s’établit la confiance, les relations sont transformées ; s’éveille alors l’estime de soi, condition nécessaire pour quitter le champ de l’assistance, non pour la supprimer mais la réserver là où il y a des périls. Le sans-abrisme est de ceux-là.
  • L’autre, pour entrevoir le logement social, non comme une fin mais un moyen. La variable de l’occupation est le temps nécessaire pour que l’occupant parvienne à l’autonomie, dès lors que lui est assurée une formation adaptée à ses potentialités, en vue d’une intégration réussie.

Assez de ces programmes sociaux qui nécrosent l’avenir pour ajouter de la pauvreté à la pauvreté. Un échec quasiment assuré pour les exilés vers ces logements mais aussi pour la démocratie. Terrible, cette observation que les territoires sont perdus pour la République. Ce constat ne relève pas d’un traitement palliatif, mais d’un traitement de choc. L’habitat en est la clé et l’usufruit le remède.

Alors des foyers fragilisés pourront trouver place dans des quartiers socialement équilibrés. Beaucoup ne demandent pas un logement social définitif mais un logement accompagné, témoin d’un réveil des talents.

L’homme passe l’homme, le croyons-nous vraiment.

La priorité est moins de charges foncières (d’où l’usufruit) pour plus d’investissements au bénéfice de la personne.

Créativité et partage sont les chemins d’avenir.

Bernard Devert

décembre 2020

Ces jours qui nous appellent à être des veilleurs

« Veillez ».

Cet appel trouve une singulière acuité en ces temps chahutés par de tels désordres sanitaires et sociaux que bien des données sont bouleversées et bouleversantes pour ceux confrontés à la pauvreté.

L’avenir est incertain. Il n’est pas inexorablement sombre. Voyons dans cette crise des brèches qui sont comme des fenêtres. A les ouvrir, peut-être notre regard se modifiera-t-il si nous voulons bien l’aiguiser par une posture de veille.  

Que de crises conduisent les veilleurs à susciter de nouveaux possibles !

Veiller, ce n’est point avoir un regard nostalgique sur ce qui fut et s’efface progressivement, mais concourir à faire du neuf. Qu’en est-il en ces heures ? Il existe, avec, par exemple, l’attention portée aux investissements durables venant soutenir la transition écologique.

Au cours des deux premiers mois de l’année – qui n’étaient pas encore marqués par la trace d’un funeste virus – que de demandes sociales sont restées sans écho. Une veille bruyante qui s’est terminée par un mutisme qui a abimé le climat social.

La pandémie installée, s’est éveillé un inespéré se traduisant par ce ‘quoi qu’il en coûte’, le primat de la vie l’emportant sur toute autre considération.

Une veille s’est fait jour. A celle des soignants, s’est ajoutée une avancée sur le plan éthique et géopolitique conférant à l’Europe une solidarité qui n’est pas sans lui redonner sa raison d’être.

Ainsi a surgi un réveil marqué par un espoir partagé. Ces jours de l’après, disions-nous. La frugalité s’est imposée. L’avidité est mise au pas pour être reconnue comme l’un des excès, dans ce désir de puissance du ‘tout’ et du ‘tout de suite’, imputables pour partie à la crise sanitaire.

Veiller, c’est prendre le temps du discernement. N’offre-t’il pas la surprise d’une intériorité, jamais indifférente à un réveil, d’où des déplacements inattendus intervenant alors que le coronavirus nous mettait tous à l’arrêt.

De ce voyage intérieur, nous comprîmes mieux que nos citadelles, refuge de nos peurs et de nos crispations, se lézardaient ; une lumineuse fragilité a réveillé le passage des certitudes aux convictions.

Veiller pour apprendre à tenir dans l’épreuve, à recueillir ce qui est juste pour ne point confondre sincérité et vérité, et débusquer le relativisme dans ce qui est présenté comme un absolu alors qu’il n’est qu’annonciateur, au mieux, de fidélités successives.

Dans cette veille est apparue la folie de ces heures de tranquillité illusoire, nous éloignant du réel au lieu de donner la préférence au virtuel glacé qui voudrait faire oublier les souffrances de tant de nos frères aux prises avec la misère. Nous n’aimons pas ce qui peut nous faire douter de nous-mêmes.

Comment ne pas entendre ici Nietzsche : « ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou ».

L’avenir ne serait-il pas à imaginer dans l’émerveillement qui envahit le cœur lorsque nous regardons un petit enfant dormir. Qui n’a pas été saisi par l’innocence du visage. Le dur alors craque. Vient la question, que va devenir cet enfant et quelle société lui laisserons- nous. Les certitudes se dissipent ; quelque chose en nous mouille à la grâce, pour reprendre le mot de Péguy.

Un réveil inouï !

Kant a cette suggestion qui n’est pas indifférente à la veille : « agis de manière à toujours traiter l’humanité, soit dans ta personne, soit dans celle de l’autre comme une fin, jamais comme un moyen ».

Cette fin n’est pas un terme, elle est un appel à saisir la dynamique d’une fraternité. Là, s’éveille une ouverture née du rayonnement diaphane d’une présence infinie, présence de l’autre, reconnue parfois comme celle du Tout Autre.

Il s’agit de quitter ce que nous croyons être qui, finalement, se révèle un paraître. Alors, nous pouvons sortir de nos torpeurs, lit de bien des erreurs et parfois des horreurs pour ne point s’être laissé réveiller par l’inacceptable.

Veiller, une belle aventure pour une humanité transformée et suffisamment humble pour ne point se penser comme augmentée.

Bernard Devert

30 novembre 2020

Le sombre n’obscurcira pas la lumière.

L’avenir incertain en raison de la crise sanitaire, assombrit le climat social. Inutile de rappeler les autres risques qui s’ajoutent avec un obscurantisme brutal dont le seul but est de créer peur et division. La Nation reste unie même si, ici et là, s’esquissent quelques tentatives visant l’instrumentalisation politique des crimes commis sur notre sol.

Le vivre-ensemble est mis à mal.

Si les ombres sont bien présentes, puissent-elles ne point nous détourner des lumières dont notre Pays est le berceau. Quoi qu’il advienne – malgré ou à cause des obstacles – à chaque génération, se lèvent des femmes et des hommes déterminés à porter au zénith les valeurs de notre civilisation.

Il ne s’agit pas de se rassurer, mais d’assurer ceux qui font face à ces crises que leurs engagements sont décisifs et entendus comme tels. N’éclairent-ils pas pudiquement une fraternité vive, plus prégnante qu’on ne l’imagine.

Souvenons-nous, la forêt qui pousse fait toujours moins de bruit que l’arbre qui tombe.

Applaudis lors du premier confinement, tels les sauveurs contre un ennemi inconnu, les soignants connaissent au cours de la 2ème vague, un silence. Le Pays semble retenir son souffle : vont-ils tenir attendu les risques qu’ils courent, alors qu’ils sont épuisés. La pandémie dure depuis plus de 10 mois et a déjà causé la mort de 40 000 personnes.

Les soignants veillent alors que nombre d’entre eux – notamment les auxiliaires de vie et les aides-soignants – n’ont pas de reconnaissance sociale ou si peu. Si ce n’est pas de la grandeur d’âme, alors, qu’est-ce que c’est ?

Dans cette attention à protéger, nombre d’acteurs publics et privés se mobilisent également pour que des personnes à la rue – qui ont pu en être arrachées le temps du confinement – trouvent un habitat pour répondre à cette obligation morale : zéro retour à la rue.

Que d’engagements, derrière ces mesures de protection. Personne ne se souviendra de ceux qui les mettent en œuvre, ou si peu ; ils savent que leur mission ne les conduit pas à se faire connaître mais que, face à un mal qui détruit, leur devoir est de faire surgir un autrement.

Que d’intelligences créatrices ouvrent l’avenir. Ne nous en étonnons pas. Si deux pouvoirs nous assaillent : le mal qui fait mal et conduit parfois à faire mal ; le temps qui use avec les lassitudes et les défections que cela entraîne, il y a un troisième pouvoir, celui du cœur. Il est bien là, d’où ces riches inattendus venant déminer ce qui semble perdu.

Ces lumières ne se voient pas encore mais préparent avec patience, parfois dans l’incompréhension ou l’agacement des attentes, un avenir plus serein, plus humain.

Un couple turc, dont les parents ont émigré en Allemagne, est porteur des clés de la vaccination contre la Covid-19.

Avec le virus, nos idées de puissance ont cédé, laissant place à une fragilité imposée. Où est l’homme augmenté pour se voir condamné à porter des masques et à limiter tous ses déplacements.

L’engagement de deux chercheurs issus de l’immigration crée un réel espoir pour sortir de cette pandémie qui, partie de très loin et circulant de toute part, devrait trouver la fin de sa course folle grâce à ceux-là mêmes qui ne sont pas toujours les plus reconnus.

Une fois encore, la fraternité, cette belle lumière, crée la surprise et fait céder les barrières.

Bernard Devert

Parabole des talents.

Je vous le déclare, dit Jésus, on donnera à celui qui a mais, à celui qui n’a rien, on enlèvera ce qu’il a.

Ai-je bien lu ou entendu ? La parole dans une première lecture est surprenante, choquante même, d’autant que Matthieu ajoute que celui qui n’est bon à rien sera jeté dans les ténèbres extérieurs. Le bon à rien serait-il celui qui n’a rien, ce qui, tragiquement, est souvent le propos de ce monde !

Qui plus est, le Maître exige que ce qui est enlevé soit donné à celui qui a le plus, d’où le propos étonné et justement scandalisé des disciples : « mais, Seigneur, il a dix fois plus » ! La Bonne Nouvelle n’a jamais été j’ai, je possède mais plutôt je donne, je me donne.

Le Général de Gaulle, dont on vient de célébrer le 50ème anniversaire de la mort, dira dans une de ses conférences : « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille ». Celle du Royaume moins encore ! Et si corbeille il y a, n’est-elle pas celle de la trace heureuse de notre nouvelle naissance, s’agissant de devenir un enfant pour entrer dans la vie nouvelle !

L’Evangile jamais ne s’est présenté – et pas davantage ici, bien au contraire – comme l’éloge de l’accumulation des biens, ce toboggan risquant de jeter celui qui a dans un tohu-bohu. Là précisément, des alternatives se font jour avec l’entrepreneuriat comme ‘l’Entreprise des Possibles’, Habitat et Humanisme et bien des acteurs ouvrant des perspectives créatrices de solidarité pour conférer à l’argent sa place de serviteur.

Gardons, comme clé de lecture, les Béatitudes : Heureux les pauvres ! Qu’est-ce qu’être pauvre, sinon être désencombré de soi.

La perspective de la parabole est de montrer que celui qui n’a rien est celui qui est en rupture d’amitié avec lui-même et souvent les autres. Il est perdu, il a perdu ses moyens et ne peut ni recevoir, ni donner. Qui ne l’éprouve pas quand le cœur est lourd, troublé par la trahison ou simplement l’absence de confiance, mais aussi le doute qui assaille jusqu’à plonger dans la nuit.

Christ opère ici un renversement. A celui qui a – au sens évangélique – Il demande qu’on donne ce que l’autre ne peut ni porter, ni supporter, jusqu’à ne pouvoir se supporter.

Cette parabole est l’éloge de la fraternité.

« Enlevez-lui ce qui le mine ». Dans la bible, ce mot fait référence à une somme d’argent et à un poids (300g). Christ vient ‘déminer’ la situation de celui qui ne peut plus porter. Enlevez-lui ce qui le ruine parce que trop, c’est trop. Une mine (300g) ce n’est rien, mais ne dit-on pas que c’est la goutte qui fait déborder le vase !

A ces mamans à la rue, riches de leur maternité, l’Entreprise des Possibles et Habitat et Humanisme enlèvent le poids de la souffrance- qui les mine – : ne point pouvoir protéger leurs enfants. Accueillant leur vie qui n’a pas de prix – comme toute vie- leur est offert un espace inattendu leur permettant de se reconstruire.

Que de situations de cet ordre avec la crise sanitaire où des soignants n’en peuvent plus – non parce qu’ils ne sont pas capables – mais parce que le poids excessif de leur engagement a dépassé les limites.

Qui n’a pas connu – ou connaît – un burn-out sur le plan humain, voire spirituel. Alors, les blessures sont telles qu’elles ne permettent plus d’avancer. Entendons ici la Parole de Jésus : « Venez à moi, vous tous qui ployez sous le poids du fardeau ».

La Bonne Nouvelle jamais n’écrase, toujours elle relève pour être une invitation à vivre autrement. N’est-ce pas cela recommencer pour éviter, et l’usure du temps, et même l’usure de la foi.

Deux pouvoirs sont dominants, le mal qui fait mal, le temps qui use et nous use. Quel avenir alors ? Le pouvoir du cœur qui, souvent, ouvre sur des inattendus venant déminer ce qui jusque-là semblait justement perdu.

Voilà l’Evangile, tout l’Evangile

Qui d’entre nous ne découvre pas la joie d’une libération, pour se voir appelé à se reconstruire et à bâtir sa vie autrement. Il y a ces dettes morales qui écrasent. Or, qu’est-ce que le pardon si ce n’est ce qui vient ‘déminer’ le mur, au moins le lézarder, ouvrant une fissure, un passage qui n’est autre qu’une pâque.

Heureux, sommes-nous quand les culpabilités s’estompent, quand les dettes s’effacent pour s’appuyer, non pas sur ce que l’on a, ni même sur ce que l’on est, mais sur ce que l’on devient, forts d’un amour qui fait de nous des êtres libres.

Bernard Devert