En préparation du 40ème anniversaire d’H&H

Il y a 40 ans naissait à Lyon l’association Habitat et Humanisme. Son nom n’est pas étranger à l’histoire de la ville, Lyon l’humaniste, capitale de la résistance.

Quelle résistance ! Une attention à la financiarisation de l’économie, d’où la recherche d’une nouvelle approche, aujourd’hui reconnue sous le nom de l’économie sociale et solidaire qui fut et demeure un levier pour bâtir l’habitat de la fraternité.

Si la France est une et indivisible, reconnaissons que l’acte de construire met à mal cette unité. Ne parle-t-on pas, sans pouvoir être démentis, de quartiers perdus pour la République. Un constat qui appelle un combat permanent, celui de la mixité sociale.

Ce mot « mixité » est juste sur le plan technique, mais il ne donne pas la mesure de l’engagement : une vigilante attention à la fraternité en référence à la charte des droits de l’homme dont l’article premier rappelle que tous les êtres naissent libres et égaux en dignité et en droits.

Si le droit au logement trouve sa source dans cette charte, il y a loin entre l’esprit qui l’a fait naître et les programmes qu’elle devrait susciter. Cette prise de conscience nous tient en éveil, refusant de s’habituer à un droit bafoué pour tenter de l’habiter et le faire respecter.

Résister, ce n’est pas seulement dire non, ou encore dénoncer, mais plutôt énoncer des propositions concrètes nous conduisant à relier l’économique et le social, l’humain et l’urbain. Le tiraillement est fort entre ces deux pôles pour ne s’atténuer que si l’objectif du primat social s’impose comme ce possible à atteindre.

L’économie sociale et solidaire, dont nous sommes parmi les pionniers, traduit cette mission ; elle prend le pas, fort heureusement, sur l’idée du ruissellement, laquelle justifie trop souvent le fait de gagner plus pour atténuer les fragilités au prix d’un voile sur les iniquités.

L’envie du vivre-ensemble est désormais moins prégnante en raison d’un avenir incertain qui, sans anesthésier la question du sens, paralyse le passage vers l’autre. Le prochain est le proche dans une immédiateté que traduit bien notre Société, moins encline à s’approcher du lointain d’où des murs derrière lesquels les incompréhensions s’accumulent, parfois les haines.

La mixité sociale, toujours difficile, quand elle est mise en œuvre, lézarde ces murs. Alors, les regards changent et font changer aussi les relations. Souvenons-nous des mots du Président John F Kennedy : nous respirons tous le même air, nous chérissons tous l’avenir de nos enfants, tous nous sommes mortels.

S’approcher de cette réalité n’est pas sans susciter un humanisme incarné dans le réel. Il est étroit, disait Lamartine, ajoutant que le possible est immense. Ce possible oriente nos engagements, non pour créer un groupe, mais constituer un groupement de femmes et d’hommes, bien décidés à valoriser dans le champ non lucratif un réseau d’activité au sein duquel sont prises en compte les situations de fragilité.

L’éloge du fragile est chemin d’humanité. Là, est l’intuition fondatrice d’Habitat et Humanisme.

Aussi, ce 40ème anniversaire ne sera pas d’abord une fête, mais un moment pour remettre le chantier sur l’ouvrage, gardant à l’esprit et au cœur cette même volonté de résister, pour ne point céder au découragement ; les détresses sont trop grandes pour que nous les désertions.

Bernard Devert

Agir pour bâtir un monde plus humain

Prendre soin, c’est toujours s’approcher de ce réel que parfois nous ne voudrions pas voir. Chacun d’entre nous ne s’est-il pas un jour écrié : « ce n’est pas possible », un réel qui cogne et fait mal. Il n’est plus envisageable de reculer, il faut agir.

Le secret de l’action, dit le philosophe Alain, est de s’y mettre. Nos aînés avaient aussi cet adage de la même veine, « remettre l’ouvrage sur le métier », ô combien essentiel pour refuser la banalisation du mal qui assaille plus que nous ne le pensons. Ne s’est-elle pas installée pour constater que désormais l’absence ou l’indécence d’un logement mobilise si peu.

Les chiffres, nous les connaissons mais ils n’accrochent plus, alors qu’il s’agit de personnes en souffrance, confrontées à de graves ruptures qui, si nous n’y prenons pas garde, conduisent vers des abîmes, loin d’être étrangers à la mort sociale.

L’habitat est un bien, un droit mais aussi une protection qui, lorsqu’elle manque, met en échec ce prendre-soin si nécessaire pour se relever, en d’autres termes retrouver l’estime de soi.

Stéphane Hessel, dans son petit livre « Indignez-vous », dit que la pire des attitudes est l’indifférence ; dire je n’y peux rien, c’est perdre l’une des composantes essentielles qui fait l’humain, l’indignation ; l’engagement en est la conséquence.

Comme acteur du prendre-soin, nous avons besoin d’un soutien appuyé de votre part. Ne nous le refusez pas.

De nombreuses personnes en situation de précarité ne peuvent pas vivre la période de convalescence à l’issue de leur hospitalisation :

  • parce qu’elles n’ont pas de domicile fixe,
  • ou parce que leur domicile est inadapté à leurs conditions physiques ou psychiques,

De ce fait, les hôpitaux voient nombre de leurs lits occupés au-delà de ce qui serait nécessaire par des patients qui ne peuvent pas sortir, faute d’endroits où les orienter. Ce phénomène des « bed-blockers » est bien connu.

Aussi, mettons-nous en place, en lien avec les hôpitaux, un dispositif qui soulage à la fois les personnes convalescentes et les Services chirurgicaux.

Ce dispositif novateur n’est pas seulement onéreux, il demande un bénévolat afin que ces personnes isolées, parfois en détresses, se sentent estimées pour être visitées. Souvenons-nous reconnaître, c’est faire naître.

La réussite de ce projet impose de rechercher des logements. Vous savez notre combat pour en réduire la vacance.

Une des clés pour sortir de l’indifférence est l’attention témoignée à ceux qui sont en difficulté. Ils ne sont plus alors une statistique anonyme mais des êtres qui, reconnus, nous invitent à entrer dans des relations nouvelles. Une citoyenneté responsable s’éveille, là commence le chemin de la fraternité.

L’ouverture des cœurs, seule, permet de lutter avec efficacité pour entrevoir que la créativité ne se développe qu’en agissant. Les iniquités et les atrocités parfois qui en résultent, alors reculent.

Vivre, n’est-ce pas partager.

Bernard Devert
Mai 2025

La fraternité, un combat contre l’indifférence

Lutter contre la lèpre, cette misère qui défigure et souvent détruit la cohésion sociale est un des combats permanent d’Habitat et Humanisme.

Au fil de ses quatre décennies, l’association a évolué apprenant des personnes dont elle s’est approchée à devenir – j’ose l’expression ‑ des soignants. L’acte de bâtir se présente, davantage que par le passé, comme un acte de soin. Il s’agit de concevoir des espaces de vie facilitant la réparation des fractures sociales et des dommages qu’ils causent.

Cette réparation est liée à l’accompagnement qui s’impose pour écouter et comprendre. Que de relations, au cours de ces 40 ans, ont suscité des fraternités inattendues. Là où nous en sommes de nos engagements, sans forcer le trait, Habitat et Humanisme se révèle un « urgentiste social ».

Face à la grande fragilité, l’urgence nous mobilise refusant que des femmes, des enfants et des hommes voient leur dignité bafouée pour ne point disposer d’une hospitalité ; elle commence par un toit, singulièrement manquant. Difficile de ne pas être touchés par les désespoirs dont nous sommes témoins.

Les causes sont plurielles mais l’une d’elles, qui fait le plus de mal, est l’indifférence, cancer de l’âme.

Nos 59 associations qui participent cette année au 40ème anniversaire de la création du Mouvement se rencontrent, pas d’abord pour un moment de fête mais de reconnaissance à l’égard de ceux qui ont rendu possible l’aventure et la poursuivent. Il s’agit d’un temps de réflexion visant à désarmer ces forces qui paralysent l’acte de construction.

Ces forces font du mal. Observons combien l’opinion publique s’est habituée au constat du mal-logement, paralysée alors que des centaines de milliers de ménages ou de personnes isolées sont en attente d’un logement décent.

Quand la désespérance se tait, se prépare l’éclatement d’une Société dont les signes avant-coureurs sont déjà installés.

Aider les êtres à moins souffrir et à mieux vivre, voici la mission qui nous est impartie ; elle n’est pas étrangère à l’amitié spirituelle que le Pape François nous partagea, soulignant dans sa dernière encyclique les conséquences fraternelles et sociales qu’elles suscitent, celles-là mêmes que nous souhaitons développer.

Ensemble, nous percevons combien l’humanisme dévoile l’inacceptable. Il est essentiellement un regard, non pas habitué, mais habité par le refus de l’endormissement. Alors s’invite l’audace de rechercher ce que nous devons changer en nous-mêmes pour faire changer ce qui doit l’être. Là, commence l’idée de résistance, mot-clé du vocabulaire d’H&H.

L’esprit de résistance donne naissance à la solidarité dont vous êtes les acteurs, source de ces liens avec ceux qui n’en avaient plus ou pas ; vos mains ouvertes ont donné naissance à des lendemains inattendus, traces d’une réparation du tissu social.

Il nous faut redoubler d’efforts. Le sujet n’est pas de geindre mais de se mobiliser plus encore pour mieux répondre aux SOS que nous recevons.

A chaque fois, il faut se lever pour relever. Nous n’y parvenons pas toujours, tant s’en faut, mais nous devons au moins écouter le craquement des cœurs, là surgit aussi l’énergie pour que ne s’éteigne pas le souffle de la fraternité, lumière d’un monde plus humain.

Bernard Devert
Avril 2025

Ces passages d’humanité où le divin s’éveille

Le Pape François, en ce lundi de Pâques, a rejoint la Maison du Père.

Pâques est le mot-clé de l’expression de la foi chrétienne, fête de ce grand passage ne laissant à la mort aucun avenir. Certes, nous la connaîtrons, mais nous n’y resterons pas.

Que « de Pâques » dans la vie de François ! Il fut ce passeur, nous invitant à quitter l’entre soi pour aller vers les périphéries, non seulement les rejoindre mais les aimer, pour vivre une fraternité, celle-là même qu’il nous laisse en héritage.

Comment oublier « Fratelli Tutti », cet appel à sortir de l’indifférence, terrible cancer de l’âme !

Tout passage est risque. Il s’agit de sortir de soi, quitter ce qui nous sécurise pour aller vers des espaces dont l’inattendu n’est pas sans susciter cette métamorphose de l’être ou, d’habitués, nous devenons des êtres habités pour refuser l’inacceptable. L’indifférence sombre, tout bascule alors vers une fraternité concrète.

L’être humain, seul, de par sa destination éternelle, est appelé à rejoindre ce passage que Simone Weil, la philosophe, définit comme l’espace permettant de satisfaire les besoins du corps et de l’âme, une orientation, dit-elle, décisive vers le bien.

L’acte de s’orienter emporte l’acceptation d’assumer des décisions, pour le moins de consentir à ne point rester étranger aux situations si déshumanisantes qu’elles causent ces morts sociales.

François, dans sa dernière Encyclique « Dilexit Nos », (Il nous a aimés), note combien l’égoïsme et l’indifférence sont des aliénations sociales, rendant difficile la solidarité entre les hommes.

Le fait de désirer vivre ce passage confère un statut de passeur, d’où une responsabilité et une liberté, source de cette inspiration à changer et faire changer. Les regards alors sont transformés.

François Cheng dans son ouvrage « Une nuit au cap de la chèvre », dit que la mort ne nous sépare point de nos morts, elle nous envoie à leur transformation. Entrons en échange avec eux en vue du change. Toute inspiration montante participe de l’indivisible Souffle qui, sans relâche, meut la Voie.

Il s’agit de penser, plus encore d’imaginer, les passages comme des conditions d’existence, permettant de s’orienter vers ce qui nous grandit.

Dans le continuum de Pâques et la mémoire de François, quels passages accepterions-nous de risquer pour rejoindre ceux qui, ayant perdu beaucoup de leur autonomie, se demandent si des passeurs s’approcheront d’eux, ou bien devront-ils attendre et attendre ces regards qui, s’ils croisaient les leurs, plongeraient chacun dans cette lumière diaphane de l’infini.

Puis-je évoquer, avec vous, nos grands anciens, ayant trouvé une place dans des lieux dont ils savent qu’ils ne sortiront que lorsque la mort surgira. Les rejoindre, c’est ouvrir un passage qui restaure le mystère de la vie en la libérant de la nuit.

Aucune serrure, ou si peu, ne résiste à la fraternité proposée tant elle se révèle un « pass » où l’échange se fait sans monnaie, le cœur seul y suffit.

Bernard Devert
Avril 2025

Pâques, victoire de la vie

Que de finitudes nous entourent, parfois même, nous enferment ; de là à penser qu’elles nous sont extérieures, il y a un pas que, vite, nous franchissons. Or, Pâques nous invite à une aventure de l’intériorité aux fins d’entendre un appel qui, si nous lui prêtons l’oreille, fait de nous, ici et maintenant, des passeurs de vie, la mort étant traversée.

Cette traversée ne nous conduit pas à attendre ; loin d’être un simple espoir pour demain, elle nous interroge dans l’aujourd’hui de nos existences à partir de la question qui ouvre le livre de la Genèse, qu’as-tu fait de ton frère ?

Ecrivant ces quelques lignes, j’ai à l’esprit et dans le cœur ces enfants qu’on nomme les MNA ; ils ont perdu leurs parents sur des territoires inhospitaliers et violents, cherchant un refuge pour tenter de bâtir un avenir déjà bien altéré, laissant à jamais les cicatrices d’une enfance volée, parfois violée.

Je pense, en ces heures où s’est levée la précaire barrière de la trève hivernale, à ces ménages expulsés, où qui le seront prochainement. Plus de 70 000 devront quitter leur logement en raison d’une extrême précarité qui fait sauter ce dernier verrou de ce toit les protégeant encore quelque peu. Désormais, ils se retrouvent démunis sur des trottoirs où dans des hébergements provisoires, non sans avoir perdu l’estime d’eux-mêmes.

Comment passer sous silence la solitude et la pauvreté touchant 20% de notre population, l’exclusion et le grand âge, la vulnérabilité des liens familiaux et ce dans un contexte où le défi légitime de se défendre se dispute avec celui de protéger les victimes sociales.

La mort sociale ne peut pas être acceptée. Le Fils de l’homme ne s’est jamais mépris sur le fait que la dimension spirituelle était un alibi pour se mettre à distance de ceux qui souffrent, brisés par l’usure de la misère. A relire les Béatitudes, s’ouvre une convergence de relations entre le divin et l’humain. Le Royaume des Cieux s’inscrit dans le présent de l’histoire de ceux qui luttent pour la justice et la paix.

Sans doute n’est-il pas innocent de rappeler que l’homme de Nazareth a quitté, après bien des années, son établi de charpentier afin d’établir des liens impensés et impensables, loin d’être étrangers à sa mise à mort, le crucifié a été jugé coupable de créer un désordre pour ne plus séparer terre et ciel.

L’espérance nous plonge, non dans le déni de la mort, mais dans la conviction que là où nous sommes confrontés à des situations mortifères, il nous faut risquer la création d’espaces de générosité, suscitant le possible d’un autrement face à la violence.

Hölderlin dit que Dieu a créé l’homme, comme la mer a révélé les continents, en se retirant.

Si l’amour jamais ne s’impose, toujours, il ouvre le champ des possibles, rarement ceux des eaux tranquilles où l’on a pied. Pâques nous donne à voir cet être, vrai Dieu et vrai Homme, qui perd pied sans perdre cœur, ouvrant un tel espace de miséricorde que ses bourreaux, obéissant à leurs maîtres stupides et cupides, s’écrient étonnés : oui, vraiment il est le Fils de Dieu.

Ne trouvons-nous pas ici la juste colère de Péguy nous invitant à se réveiller, ankylosés que nous sommes pour retenir son mot le plus euphémiste évoquant le catéchisme. La foi ne relève pas d’un jeu de questions et de réponses, mais d’un consentement à se laisser interroger sur ce qui donne sens à la vie, jusqu’à entrevoir cette relation où Dieu se risque pour et avec l’homme.

Le drame c’est que Dieu nous espère plus que nous l’espérons, d’où sa souffrance indemne de tout jugement, tant est infinie sa miséricorde.

François Cheng dans son dernier ouvrage, Une nuit au cap de la Chèvre, écrit « Au sein de l’humanité, un jour, Quelqu’un a accompli le geste absolu, indépassable, le geste décisif qui a changé la nature et le sens de la Mort ». Il ajoute : « nous sommes les héritiers à qui incombe le devoir d’assurer la marche de la Vie ».

Cette marche n’est-elle pas celle qui nous met déjà hors des tombeaux.

Bernard Devert
Avril 2025

Une voix pour une troisième voie

Cette troisième voie, insuffisamment recherchée, il s’ensuit des relations économiques, sociales et politiques qui s’altèrent, pour le moins se durcissent. Ne parle-t-on pas de communautarismes rampants ou encore de groupes formant des blocs, chacun étant sûr de sa vérité, d’où bien des violences et cette interrogation aussi lasse qu’amère, où allons-nous ?

Notre Société souffre ; il lui manque des espaces d’écoute, de bienveillance et de compréhension.

Vous vous souvenez de cette apostrophe : « et la tendresse, bordel », reprise dans le film de Patrick Schulmann.

Les évènements, non sans péril que nous traversons, sont des affrontements entre des géants aux petits pieds, enfermés dans leur certitude que la force est la condition de l’avenir et de la survie de leurs empires.

Il appartient aux hommes de bonne volonté – et ils ne manquent pas ‑ d’instaurer une troisième voie mettant à distance ces idéologies et dominations destructrices de l’humanisme.

Puis-je, ici, rappeler le récit de la femme adultère. Quel lien avec mon propos, me direz-vous.

Rappelons-nous, cette femme prise en flagrant délit d’adultère est immédiatement arrêtée par des hommes et amenée vers Jésus lui disant qu’au nom de la loi, elle mérite d’être lapidée. Ils ajoutent, ces gens-là méritent la mort.

Ces gens-là, quel mépris, observons tristement que l’expression est courante.

Jésus est confronté à un dilemme, sauver cette femme en transgressant la loi, la prendre en compte, c’est alors consentir à sa condamnation à mort.

C’est là qu’une troisième voie intervient faisant surgir de nouveaux possibles qui naissent dès lors qu’on s’éloigne des tyrans pour donner le primat à la miséricorde et à l’amour qui, seuls, sauvent.

Alors que ces hommes sont déterminés à rouer de coups cette femme jusqu’à la mort en donnant libre court à la « roue du diable », Jésus leur propose de s’interroger sur leur fragilité. Prise en compte, voici qu’autant de petits cailloux blancs enrayent cette roue.

La loi est renversée, pour le moins traversée, par la compréhension de l’autre. Souvenons-nous des mots de Lao Tseu, le dur est compagnon de la mort, le fragile est compagnon de la vie.

Le cercle de la violence brisé, cette femme s’entend dire par Jésus : « ils ne t’ont pas condamnée » ; un étonnement lumineux qui ouvre un espace d’émerveillement auquel s’associe le Fils de l’Homme : moi non plus, lui dit-il.

Il y a ici un « nous » qui s’opère entre Jésus et ces hommes. Un chemin partagé de vie et de liberté se fait jour, l’impensable a surgi et se poursuit par ce mot : « va », une confiance qui transfigure les relations.

N’est-ce pas cela la fraternité ; elle se construit dans des déplacements intérieurs, alors la tendresse de la voix du cœur fait naître cette troisième voie.

Bernard Devert
Avril 2025