La « Semaine Bleue »

8 jours à l’attention de nos aînés dans le cadre de cette « Semaine Bleue ».

Bleue, je ne sais ; sans doute pour mettre le cap vers des ciels éclairés par la tendresse et la reconnaissance trop souvent oubliée à l’égard de ceux qui nous précédent. Ne nous laissent-ils pas une histoire riche d’avancées avec naturellement ses immanquables balbutiements et inachèvements. Ils ont ouvert un chemin que nous poursuivons.

Nous sommes des héritiers.

Cette semaine commença au début des années 50. Il s’agissait d’une journée au cours de laquelle était organisée une quête à leur intention.

L’heure est désormais de veiller à lutter contre la solitude, ce piège jette ces captifs dans la détresse, quand ce n’est point le désespoir.

Toutefois, une bonne nouvelle, puisse-t’elle réchauffer nos cœurs, à savoir que la jeunesse fait notamment son entrée dans les Ehpad.

Dans ces lieux feutrés, trop souvent fermés, quelle bonne surprise de voir des jeunes filles et jeunes gens qui en franchissent la porte pour vivre d’inattendues rencontres.

Or, s’il y a une surprise, c’est de voir l’enthousiasme de ces jeunes venus rencontrer non pas des vieux mais des aînés riches d’une histoire qui enjambe deux siècles. Incroyable !

Que de bouleversements traversés et d’audaces vécues ! Les visages de nos grands aînés, sillonnés par la noblesse de leurs rides, en soulignent et éclairent le combat.

Quand à nos grands aînés, ils accueillent ces jeunes à l’aube de leur vie d’adulte en recevant leurs interrogations, leur recherche de sens si créatrice d’espoir et d’espérance. Nos anciens sont des experts en humanité. Comment s’en étonner au regard de ce qu’ils ont vécu.

Ces rencontres sont largement facilitées par le Service Civique Solidarité Seniors. Il nous est agréable de vous faire part que nous recevrons sa Présidente, Mme Marie Trellu-Kane, le 18 octobre dans l’une de nos maisons à Lyon, en vue de signer une convention dont l’objectif est de développer des liens faisant perdre l’acuité de l’adage : « si vieillesse pouvait et si jeunesse savait ».

Tous saisissent que, quel que soit l’âge, la clé pour s’entendre et se comprendre est d’aimer.

Quel magnifique horizon alors, les frustrations et les crispations s’éloignent. La vie, fut-elle au grand âge, ne fait pas échec au grand large, comme le rappelle si justement Lamartine dans son poème Le Lac :

« Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,

Dans la nuit éternelle emportés sans retour,

Ne pourrons-nous jamais, sur l’océan des âges, jeter l’ancre un seul jour ? »

Une traversée se dessine, ne serait-elle pas celle de l’infini. Alors surgit l’interrogation : ce n’est pas comment aller plus loin qui importe, mais avec qui aller plus loin.

Dans cette brèche de l’âme naît cette vigilance à l’accompagnement où les compagnons de route entrevoient ce qu’ils n’osaient pas risquer.

Eteindre en nous ce feu qui mord, qui dévore. Que faire d’autre, sinon rallumer un feu autrement, plus puissant, plus libre.

« A l’image qui de la flamme initiale, ne trahissons rien, ne réduisons rien, mais transformons tout », pour reprendre ce beau poème de François Cheng.

Bernard Devert
Octobre 2023

Envol

Ce matin, chers amis, je vous propose un envol non pas pour prendre de la distance avec le réel, surtout pas, mais pour se situer dans un horizon appelant à mieux comprendre les lignes qu’il nous faut faire bouger pour être des acteurs d’humanité.

L’espérance, si nous ne voulons pas la déserter ou simplement la rêver, conduit à créer des lieux qui favorisent les liens. La fraternité n’a pas besoin de discours mais d’actes, traduisant le soin de la cohésion sociale. Ainsi, nous devenons plus tendres et moins prisonniers de nous-mêmes.

Nous venons d’inaugurer un programme de logements auquel nous avons donné le nom « d’Envol » pour être un lieu attentif à la solidarité.

Notre métier est de construire, notre vocation est de bâtir des lieux honorant la fraternité.

Saint Exupéry dans son livre « Terre des hommes » ou « Pilote de guerre » rappelle que l’important est de décoller. Pour se faire, Habitat et Humanisme réalise des tiers-lieux, appelés encore escales solidaires ; une préparation à l’envol.

Souvenons-nous du Petit Prince qui fit escale sur la 5ème planète. Cette terre infiniment petite qui, pour être constamment éclairée par l’allumeur de réverbères, offre un infini à tous ceux qui savent regarder avec le cœur.

Un envol inattendu pour découvrir des terres nouvelles où l’étrangeté s’intériorise jusqu’à saisir qu’elle nous habite plus que nous ne l’imaginions.

Tout envol ouvre un espace de lumière, un écrin d’amitié facilitant les voyages intérieurs, le partage de confidences libérant des idées toutes faites pour faire place à un ‘autrement’ des relations.

Il n’y a pas d’envol si l’on ne franchit pas la porte des escales, où déjà s’éveille l’étonnement en rencontrant celui ou celle qu’on n’imaginait pas voir et que, sans doute, on n’aurait jamais vu sans cet espace d’apprivoisement où le lointain, pourtant si proche, prend enfin visage.

Un lieu où l’on parle, se parle ; le sujet n’est plus d’où on vient mais où on va. Un envol ! La conscience des différences brise les indifférences, laissant place à un fanatisme destructeur de la cohésion sociale, pour reprendre les mots du Pape François, il y a 8 jours à Marseille.

Prendre de la hauteur, c’est décider de ne pas se contenter de survoler les choses pour mettre le cap vers les cimes, ces lieux où le désir d’habiter l’infini s’offre à nos regards.

Bernard Devert

Septembre 2023

Belloc, un passage de témoin, l’aventure d’une fraternité

En juillet se tenaient pour la deuxième année « les Beaux jours de Belloc ». Un festival culturel apprécié par la qualité des intervenants et l’attention à la transversalité des cultures.

Belloc, un lieu séculaire, d’ouverture qui le demeure.

Au début de ce même mois, il y eût aussi un moment important qui signe notre recherche concernant le prendre-soin avec la participation du Professeur François Tison et de M Stéphane Faure. Ce séminaire doit être renouvelé à la demande des participants.

En ces premiers jours de septembre, ce sont aussi des jours de sérénité et même d’enthousiasme au regard des orientations qui viennent d’être prises quant à la programmation de petits logements sociaux à destination de soignants et d’une attention aux aidants.

L’heure n’est plus celle des discussions mais d’une décision afin que Belloc soit reconnu et vécu comme un humanisme au service du prendre-soin.

L’architecte, le cabinet Acta, a été retenu sur appel d’offre. Le contrat du maître d’œuvre, régularisé, la demande du permis de construire sera présentée aux autorités ad hoc, au plus tard le 20 janvier prochain.

Des rumeurs, sans doute un peu d’humeur, circulaient, à savoir qu’Habitat et Humanisme s’emparait des bâtiments de l’Abbaye pour réaliser un programme immobilier ambitieux et audacieux.

L’audace revêt, ici, un caractère de sobriété, s’agissant de logements dont la surface totale sera inférieure à celle qui a pu être annoncée.

Il n’est pas inutile de rappeler qu’Habitat et Humanisme n’est pas d’abord un acteur immobilier, mais un bâtisseur de liens à l’égard de ceux qui peinent à trouver un habitat décent. Or, sur ce magnifique territoire du Pays Basque, très prisé par les touristes, nombre de salariés ne parviennent pas à se loger, le coût du loyer s’avérant en rupture par rapport à leurs ressources. A cette situation sont confrontés nombre d’aides-soignants et d’auxiliaires de vie.

Inutile de rappeler la crise que traversent le sanitaire et le médico-social. Que de soignants ne poursuivent plus leur activité, faute de reconnaissance sociale ; l’une des premières que nous leur devons n’est-elle pas que leur mission leur permette de trouver une digne hospitalité.

Telle est l’ambition de ce programme à Belloc, dont le nom – rappelons-le ‑ signifie : « un beau lieu ». Or, n’est beau que ce qui est réducteur du mal. Lutter contre ce mal-logement est d’une impérieuse acuité. Quand les victimes en sont les soignants, alors que leur combat – un comble ‑ est de faire reculer la douleur, la souffrance, nous en saisissons l’iniquité et l’injustice qui leur sont faites.

Quelle dramatique tristesse de savoir qu’un certain nombre d’entre eux, lorsqu’ils quittent l’hôpital, n’ont pas de chez eux ou doivent se contenter d’un espace indécent.

Cette opération confère une continuité avec l’engagement des moines qui, dans la fidélité à la Règle de Saint-Benoît, ont constamment veillé à l’hospitalité ; elle fut parfois difficile, au point que fut décerné à ce monastère, non sans justesse et noblesse, ce beau titre d’être un lieu de résistance.

La longue route des moines est jalonnée de cet humanisme, soulignant combien pour eux la cause de l’homme est la cause de Dieu.

François Cheng, dans son ouvrage : ‘une longue route’ dit que la vraie intelligence ne se limite pas à la raison, elle est dans l’amour. N’est-elle pas là aussi notre raison d’être.

Il ne suffit pas simplement de bâtir, il nous faut susciter une fraternité réparatrice des ruptures parfois abyssales, tel l’apartheid se présentant comme un mépris de ceux qui sont différents, jusqu’à être insultés pour ne point leur donner de place.

Cette fraternité nous invite à créer un laboratoire où, sans se départir d’un silence intérieur, s’éveille la recherche de relations créatrices d’un nouvel horizon pour les plus fragiles.

Saint-Exupéry, dans Pilote de Guerre : ma civilisation, héritière de Dieu, a fait des hommes égaux en l’Homme.

Quel souffle ! Nous le trouvons à Belloc. Les murs de l’Abbaye ne sont pas des enceintes, des murailles, mais pour reprendre en substance les mots de ce poète qu’est François Cheng : il est de ces clôtures nécessaires pour que le lieu devienne lien et le temps attente, ajoutant : le lieu devient alors appel.

Cet appel, ensemble, nous ne le déserterons pas.

Il est de ces instants, que je n’ai pas à qualifier, mais qui, partagés, deviennent signe de cet ‘autrement’ qui nous relève, trouvant l’énergie nécessaire pour répondre aux urgences quand des frères nous font comprendre par un regard leur attente, leur espérance.

Cette confiance désarmante ne peut être ni ignorée, ni bafouée. Belloc sera l’une de nos sources.

Bernard Devert

11 septembre 2023

La rentrée

La rentrée est là. Sera-t-elle un temps d’ouverture dans le continuum de ce qui a pu être réfléchi, entrevu au cours des vacances, du moins pour ceux qui ont pu se laisser habiter par des heures libératrices, traversées par la joie des découvertes, ou simplement la convivialité resserrant les liens familiaux ou amicaux.

Il est coutume de dire que la rentrée est un moment où l’on prend des décisions avec la ferme volonté de les tenir. Il s’agit bien de faire du neuf. Tout est ouvert, telles les pages des cahiers encore vierges laissant sourdre un espoir, parfois une inquiétude : qu’allons-nous écrire. Le vertige des feuilles blanches !

Le vertige surgit là où l’on prend de la hauteur ; la rentrée doit bien s’inscrire dans cette perspective où refusant de répéter des rengaines, nous nous laisserions habiter par ce désir de participer au ré-enchantement de la Société. Très concrètement :  remplaçons la crispation et le gémissement de la cohésion sociale en souffrance par la recherche d’une fraternité authentiquement actée.

Qui n’entend pas, depuis la crise sanitaire, ces soupirs suivis de ces mots : je suis épuisé. Ne nous serions-nous pas éloignés de la source qui donne fraîcheur pour refaire nos forces.

Avec la rentrée, nous pourrions reprendre les mots du Petit Prince : « tout est prêt: la poulie, le seau et la corde… Il rit, toucha la corde, fit jouer la poulie. Et la poulie gémit comme gémit une vieille girouette quand le vent a longtemps dormi. Tu entends, dit émerveillé le Petit Prince, nous réveillons ce puits et il chante ».

Le puits est intérieur. Saint Exupéry, dans Pilote de guerre, dit : quiconque porte dans le cœur une cathédrale à bâtir est déjà vainqueur. La victoire est fruit de l’amour. L’intelligence ne vaut qu’au service de l’amour.

Plaçons la rentrée dans cette lumière diaphane. Loin d’éblouir, elle permet de s’orienter vers des cimes qui, seules, nous éloignent de ces accablements et épuisements mortifères.

La source, c’est l’autre, les autres. La différence est toujours une richesse. La vraie qui met en distance de l’écoute assommante de ces « moi, je », pour conférer une possible écoute à l’égard de ceux qui, dans cette rentrée, se demandent avec inquiétude : comment vais-je m’en sortir ?

Je pense à cet étudiant dont les parents habitent Lille qui, appelé à suivre des études à Paris, n’est pas parvenu à trouver un hébergement – et ce n’est pas faute de l’avoir cherché ‑ au point de n’avoir d’autres recours que de retourner chaque jour chez les siens. Ou encore, cette famille accueillie dans un immeuble précaire que nous n’arrivons pas à loger décemment alors que le chef de famille a un revenu égal au smic dans le cadre d’un CDI ; leurs trois enfants, de 9 à 14 ans, suivent une belle scolarité, mais les conditions de vie sont toutes réunies pour briser leur avenir.

Les exemples sont légion ; je veux garder l’espoir qu’un « autrement » est possible. Il ne s’agit pas de le demander, mais de le bâtir.

Une responsabilité. Partageons-la dans le cadre d’un bénévolat ; il se heurte, parfois, à des peurs, pour le moins des craintes : je ne saurais pas faire, ou encore, j’ai tant de choses à faire. Ainsi, progressivement, l’entre soi se construit, l’identitaire nécrose générosité et fraternité. La source s’éloigne et avec elle souffle de l’Esprit avec un grand « e » ou un petit « e », le sujet n’est pas là, il est de se demander où suis-je quand tant de frères coulent à pic, sombrent dans un désespoir.

Bernanos a ces mots: « pour être prêt à espérer en ce qui ne trompe pas, il faut d’abord désespérer de ce qui trompe, à commencer, dit-il, par l’illusion.

Ensemble, essayons de vivre la rentrée pour qu’elle soit pour tous un chemin d’avenir. Une utopie. Non, la volonté de ne pas se laisser envahir par ces désordres éthiques qui s’immiscent subrepticement dans les cœurs et les esprits, asséchant la source au point de se dire à quoi bon. Alors, les replis sur soi deviennent assurément le lit de nos épuisements.

Pour remonter vers la source, ne faudrait-il pas prendre le risque d’aller à contre-courant. Folie, mais sommes-nous si sûrs d’être des sages pour consentir à des situations que nous appelons « marcher sur la tête » dans un éclair de lucidité.

Belle rentrée.

Bernard Devert

Septembre 2023

Les vacances

Ces vacances, quelles belles heures ; elles nous mettent en congés de ces trois mots, et parfois de ces maux, métro, boulot, dodo qui assaillent et assignent à ces longs jours de l’année.

Mon édito sera court ; je ne l’ai pas rédigé comme un devoir de vacances, mais comme le déjà-là d’un billet de voyage qui transporte vers des horizons inconnus et attendus.

Les vacances, un envol vers des terres qui ne sont pas nécessairement lointaines, mais qui se présentent comme des espaces qui nous permettent de quitter la rive du quotidien pour s’approcher de la fraîcheur d’une source.

Qui n’en exprime pas le désir. Il vient de ce plus profond de soi, alors quittant la monotonie qui durcit les habitudes, se réveille l’essentiel : rêver et se laisser apprivoiser par la simplicité libérante permettant d’être soi, pleinement soi.

Souvenons-nous du Petit Prince : « tout est prêt: la poulie, le seau et la corde… Il rit, toucha la corde, fit jouer la poulie. Et la poulie gémit comme gémit une vieille girouette quand le vent a longtemps dormi. Tu entends, dit émerveillé le Petit Prince, nous réveillons ce puits et il chante ».

Oui, les vacances, le temps d’une écoute intérieure, d’un réveil.

Trop de nos concitoyens ne connaissent pas cette chance pour 40% d’entre eux. Les vacances, un droit encore trop oublié ! Nous pouvons imaginer les conséquences de cette inégalité stigmatisante.

A la rentrée, d’aucuns auront le bonheur de partager la joie de leurs découvertes alors que les autres, ceux qui sont restés, n’auront d’autres choix que de se taire et pour cause. Être pauvre, c’est n’avoir rien à dire ; quelle injustice et quelle blessure pour ceux qui les subissent.

Le monde associatif, fort heureusement, se mobilise pour qu’au moins les enfants puissent partir. Les dépaysements sont, ô combien opportuns et nécessaires, pour la santé physique et mentale.

Les vacances suscitent et rythment des changements, élargissant l’horizon. Qui n’a pas été touché par ces amitiés, parfois de ces amours de vacances qui transforment la vie pour entendre ce bruissement du cœur où, sans vague à l’âme, surgit la clarté du grand large.

Partir, ce n’est pas fuir. Ce temps où l’on se retrouve, ouvrant les yeux et le cœur. Ne donne-t-il pas la possibilité d’entrevoir ce qui peut être dépassé. Alors à ces mots répétitifs et inquiétants qui accablent chacune des rentrées, annonçant qu’elle sera difficile, s’éveillent l’audace et le courage de voir ce qui peut être changé pour mettre en congé ce qui détruit l’espoir.

Heureuses ces vacances, où habités par la recherche d’un « autrement », se dissipent les aveuglements qui paralysent. Un chemin de sens se dessine sur nos sentiers ; il ne disparaîtra pas pour autant que nous lui demeurions fidèles en le poursuivant en homme libre.

Bernard Devert

Août 2023

La fraternité au secours d’un nouvel ordre

Dans une récente chronique, je présentais la fraternité comme un rempart contre la misère dans ses dimensions, notamment sociales et spirituelles

Les événements que nous venons de traverser disent combien cette valeur fondatrice de notre République est mise à mal. Tout a commencé par un drame, la mort d’un adolescent pour aviur refusé d’obtempérer. Le policier qui a tiré a fait l’objet d’une garde à vue immédiate, suivie d’une détention provisoire pour homicide volontaire.

La justice n’a pas tremblé, mais la juste émotion qu’a suscitée cette tragédie a suscité la colère des jeunes des cités, puis d’éléments très troubles qui n’ont d’autre désir que de mettre à feu et à sang la société. Des maires ont fait l’objet d’agressions ; l’un d’eux d’une tentative d’assassinat.

Des symboles de la Nation ‘mis à sac’ furent incendiés, mairies, écoles, postes de police, établissements du Service public. Il a encore fallu que s’ajoute un pillage éhonté.

Quand la barbarie – cette lèpre sociale – s’empare des esprits, la fraternité est ébranlée.

Nous avons vu dans ce brouhaha surgir des risques majeurs, instrumentalisés par des partis politiques, tentés d’ajouter de la violence à la violence. La haine est bien entretenue…

La fierté d’une démocratie est de parvenir dans un contexte quasi insurrectionnel, pour le moins d’émeute, à trouver une voie pacifiante. La force n’est pas la réponse. Seule, l’adhésion à un projet de cohésion sociale est de nature à réduire l’enfièvrement ; il couve depuis si longtemps.

La fraternité, un sentiment, non, un discernement pour mobiliser énergie et audace aux fins de sortir par le haut de ces troubles qui font le jeu des minorités, décidées à imposer leur volonté de pouvoir.

Le chaos recule quand la fraternité et l’éthique se conjuguent.

Nul doute qu’il faille travailler à une société plus juste. L’habitat a une part importante pour refuser le communautarisme déjà bien avancé. Ne parle-t-on pas depuis quelques années des quartiers perdus pour la République. Quand les chaînes télévisées renvoient les images de ces jeunes enfants mettant le feu, comment ne pas éprouver le nihilisme dans lequel ils sont jetés pour n’avoir d’autre but que de saccager, de frapper et de voler

La politique de la ville, dont il est difficile de dire qu’elle n’a pas existé, s’est révélée insuffisante. Les responsabilités sont largement partagées. Il ne suffit pas seulement de déverser de l’argent pour que s’éteignent les feux de la haine, il faut du soin et du prendre-soin. Là, est notre défi.

Habitat et Humanisme s’investit sur ce soin, en mettant en œuvre la mixité sociale, reconnaissant que son engagement est insuffisant pour trop s’inscrire dans le palliatif.

Que de logements dans les cités sont humiliants pour se présenter comme des ‘machines à loger’ où sont assignés les plus pauvres.

Le sursaut qui s’impose est de prendre en compte ces misères concentrées sur les mêmes lieux, brisant l’avenir de beaucoup. Les causes sont multifactorielles : l’insécurité, le chômage, l’éducation, l’économie parallèle avec ce triste commerce de la drogue aux mains d’infâmes tyrans qui se servent d’adolescents – et même d’enfants – pour leur sale besogne.

L’heure est celle de la responsabilité ; ce mot trop oublié, prononcé à l’envi pendant ces jours de crise, s’adressait aux parents ; encore faut-il avoir à l’esprit que plus de 3 millions de familles, dites mono parentales, sont confrontées à un isolement ; il n’est pas étranger au lâcher-prise, source de tant de drames.

S’ouvre ici un grand chantier, une co-responsabilité qui n’est autre que la fraternité bien comprise.

Bernard Devert

Juillet 2023