Vivre

Dans la vie, n’est-on pas tous un peu des « bleus », mais plus encore devant nos grands aînés qui souffrent, « les diables bleus », au sens où l’expression signifie mélancolique, désabusé.

S’ouvre chaque année, à pareille époque, la « Semaine Bleue » réservée aux personne âgées. Ce moment remonte à 1951, nommé alors la « Semaine des vieillards ».

Ce changement de nom, fort heureux, dit aussi que nos aînés trouvent mieux leur place dans la Société, sachant qu’au cours de ces 70 ans, le vieillissement n’est plus le même aujourd’hui, l’espérance de vie ayant augmenté sur cette période de près de 20 ans.

Pourquoi ce nom de « Semaine Bleue » ? L’horizon qui s’éclaire, sans doute, mais cette couleur est signe de sagesse et de plénitude.

Dans son livre « Vivre », Robert Badinter dit, au soir de son existence, de ne rien regretter. Seulement que l’avenir ne soit plus devant lui, qu’il se soit transformé en passé derrière moi. Ce retour, ajoute-t-il, dans mes souvenirs a été douloureux. Joyeux aussi, parfois, mais douloureux souvent.

Rencontrer nos aînés, c’est aussi leur permettre d’exprimer le souvenir de ceux avec lesquels ils ont vécu, désormais disparus de par la mort, les séparations affectives, notamment, mais pas seulement. En les écoutant, ne sommes-nous pas appelés à susciter ce passage où le souvenir devient mémoire de vie.

Les relations qui construisent comportent souvent, fort heureusement, des moments à partir desquels on a été portés, transportés. En habitant leur mémoire, c’est retrouver la source d’un émerveillement et d’élans radieux qui font vivre, plus encore, vibrer.

Il y a quelques semaines, j’ai eu la joie – permettez-moi de vous la partager – d’entendre cet homme qui, au sortir de l’hôpital, attendu son isolement affectif et sa santé, ne pouvait pas revenir à son domicile. Aussi, accepta-t-il d’entrer dans ce qui est tristement nommé, l’Ehpad.

Effaçons cet acronyme pour lui préférer celui de maison de vie et de soins. Accompagnant cet ami, il me dit très simplement, sans amertume : « je suis entré pour mourir ». Voici que quelques jours plus tard, reprenant contact avec lui, son visage était comme éclairé, pacifié. Il n’était plus question de l’attente de la mort. J’ai compris, me dit-il, que j’étais entré pour vivre ma mort. Naturellement, tout était changé, bouleversé.

L’attente avait une actualité, mais plus d’acuité pour ne pas vouloir se dérober, la mort partie intégrante de la vie, il entendait la vivre… debout.

Ces derniers mots, j’osais les risquer auprès de lui. C’est cela me dit-il, se lever, faire se lever ; n’est-ce pas précisément les mots mêmes de la Résurrection. Se lever, c’est refuser de se laisser enfermer. La mort vécue comme un temps de vie ne libèrerait-elle pas de cette idée de possession de soi, se révélant un enfer pour alors quitter toute relation. L’enfer, c’est se posséder.

« Si vieillesse pouvait et si jeunesse savait ». Ce proverbe n’est pas juste. Que sait-on quand le savoir, ou ce que l’on croit savoir, n’est pas passé au crible de l’expérience. De même que la question de pouvoir n’est pas liée seulement à la force de l’âge, mais à cette capacité de sauver ce qui doit et peut l’être, ce possible de la liberté qui, seul, ouvre sur une Présence nous faisant naître à un autrement.

La vie est une aventure et une ouverture. Mère Teresa disait : ose-là.

Oser, risquer, c’est vivre ; là, il n’y a pas d’âge.

Bernard Devert
Octobre 2025

Ce droit d’asile peut-il être évoqué à la lumière du cœur

Ce 8 octobre, la ville de Millau se mobilisait sur la question de l’asile pour en souligner les méandres et l’urgence. L’un de nos centres d’accueil de demandeurs d’asile, par abréviation CADA, ouvrait ses portes.

L’asile est un droit, plus encore, une responsabilité des hommes libres à l’égard de ceux dont la vie est en danger, victimes de violences morales, physiques en raison de leurs convictions, leurs engagements politiques, sociaux, culturels, ou religieux.

Cette journée des portes ouvertes du Cada de Millau fut un éveil pour mieux comprendre le sens de l’asile à un moment où tant de voix se lèvent contre l’hospitalité inconditionnelle.

L’individualisme prégnant de nos Sociétés n’est pas sans causer une indifférence à l’égard de ceux qui sont en souffrance. N’entendons-nous pas : « ce n’est pas mon problème » ; l’expression, loin d’être anodine, se révèle cruelle, n’est-elle pas celle d’une non-assistance à personne en danger.

Que de traversées de frontières et de mers sont loin d’être un voyage programmé, mais un déracinement d’hommes et de femmes essayant de fuir la violence. Difficile ce refus de l’hospitalité au motif que leurs souffrances ne sont pas les nôtres. C’est alors toute notre humanité qui pâtit de ce manque de solidarité.

Que d’alibis pour se mettre à distance ; l’un d’eux est constamment énoncé : « nous ne saurions accueillir toute la misère du monde ». Certes, mais nous pouvons et devons prendre notre part.

Accepter d’ouvrir les portes du cœur, c’est refuser de s’installer dans un confort protégé par une ligne de défense via deux expressions qui se présentent comme un bouclier : « trop nombreux, qu’ils aillent ailleurs ».

Ces portes ouvertes ont offert une chance de mieux habiter le tragique de la situation des réfugiés afin de se laisser interroger par l’éthique de l’hospitalité qui, sacrifiée, altère les valeurs de notre civilisation.

Ces portes ouvertes doivent rappeler que tant de mains des lointains sont celles qui construisent ces lieux que nous habitons ; nombre de leurs mains sont aussi celles qui soignent pour nous offrir des lendemains plus sereins.

Comment oublier tous ceux qui travaillent dans les hôpitaux et les maisons de soins. Nombre d’entre eux viennent d’Afrique et du Maghreb ; s’ils n’étaient pas là, ces hauts lieux d’humanité fermeraient leurs portes. Qui peut le contester.

Permettez-moi d’évoquer Simone que la vie avait chéri de talents, de ressources. Au soir de sa vie, une dépendance physique lui imposa d’entrer dans une maison médicalisée accessible, en raison des coûts, qu’à des personnes aisées. Surprise, bien des soignants se trouvaient être des étrangers ; elle n’avait pas beaucoup d’empathie à leur égard. Vite, elle comprit que, sans eux, rien n’était possible. Elle me confia alors, quelques jours avant de mourir, combien elle avait manqué de discernement pour leur être restée si longtemps indifférente et même opposée.

Or, ces lointains furent des mains expertes qui prirent soin, jusqu’à s’approcher au plus intime d’elle-même avec délicatesse et respect.

Se souvenant de Péguy, Simone me glissa ces mots dans ses derniers souffles : « j’avais les mains propres, mais je n’avais pas de mains », ajoutant, tout doucement, la fraternité est sœur de la fragilité.

Millau est le lieu d’un grand et magnifique viaduc. Puisse-t-il nous inviter à vivre cette traversée intérieure pour que le cœur parle quand il est question d’asile, jusqu’à découvrir l’urgence d’y prendre part, simplement notre part, toute notre part.

Oui, merci à tous ceux qui ont préparé et participé à ces portes ouvertes du Cada de Millau ; elles ouvrirent grand la fraternité, chemin d’un vivre-ensemble, souvent difficile, controversé, mais qui mène vers plus d’humanité.

Sur ce chemin, le Christ ne cesse de nous dire : « j’étais étranger et vous m’avez accueilli. Ne me tirez pas dessus, je suis à découvert, comme chacun l’est quand l’Evangile devient sa boussole de vie.

Bernard Devert
8 octobre 2025

Fraternité et Espérance, sources du respect dû aux plus fragiles

Que de discussions, de réunions, sur l’enjeu sociétal de ce mal logement toujours évoqué, jamais réglé. Un drame qui s’aggrave encore dans l’indifférence, alors que près de 400 000 logements sont inoccupés en Île-de-France et dans les grandes métropoles. Ce chiffre ne fait pas l’objet de contestations.

Depuis quelques mois Habitat & Humanisme, mais pas seulement, appelle les pouvoirs publics et les bailleurs sur cette « vacance », un mépris vis à vis de nos concitoyens galérant pour trouver un toit.

Certes, l’instabilité politique n’est pas étrangère au silence opposé aux propositions formulées au mois de juin, lors de la tenue de l’Université de la ville de demain placée sous l’égide de la Fondation Palladio. Experts et professionnels ont marqué un intérêt sur les orientations préconisées. A ce jour, elles restent peu audibles, les représentants de la Nation s’inquiétant davantage de leurs pouvoirs que de rechercher une trajectoire mettant fin à des situations intolérables qui n’accrochent même plus les regards.  La société s’est habituée.

Voici, disait Saint-Exupéry, qu’aujourd’hui le respect de l’homme, condition de notre ascension, est en péril. Les craquements du monde moderne nous ont engagés dans les ténèbres. A nous diviser sur les méthodes nous risquons de ne plus reconnaître que nous nous hâtons vers le même but. 

Cette observation ne présente aucune ride.

Le but quand il n’est pas éclairé par une espérance partagée s’estompe. Il nous faut entendre les vers d’Aragon « Dans la Rose et le Réséda »

« Quand les blés sont sous la grêle,

Fou qui fait le délicat,

Fou qui songe à ses querelles.

Au cœur du même combat, celui qui croyait au ciel, celui qui n’y croyait pas. »

Ce combat doit conduire préalablement à un discernement sur les vrais prophètes. Non ceux qui prédisent l’avenir mais veillent à le rendre possible, rappelait Saint-Exupéry. Comment mieux les reconnaitre que de se tourner résolument vers les bâtisseurs de sens sachant s’oublier pour être présents à ceux qui peinent et doutent d’eux-mêmes.

Les lambris des pouvoirs et leurs illusions sont si éblouissants qu’ils déroutent de l’essentiel. Le but ne se découvre que dans la recherche passionnée d’un vivre ensemble éclairé par le respect et la fidélité à nos raisons de vivre et d’espérer.

Alors, et alors seulement, se joue le déploiement des responsabilités qui portent haut le respect jusqu’à devenir source de la fraternité.

Personne n’est le père de lui-même, il est l’enfant appelé à reconnaitre cette source qui fait exister et qui conduit à faire exister.

Voyant la paralysie face à l’urgence de bâtir, la source ne serait-elle pas asséchée, pour rester étrangers à ces femmes et enfants à la recherche d’un toit, ou encore ces foyers en attente, depuis des années, de lieux donnant lieu au respect de la vie.

Quelle humanité possible quand les trottoirs se font les lits des pauvres.

Le respect, toujours, fait se lever des hommes et des femmes, témoignant que nul n’est source de ce qu’il a ou de ce qu’il est. S’éveille alors un avenir ouvert à la fragilité, fermé aux jugements hâtifs et aux fausses tranquillités de ces replis sur soi. Là, enfin, peut naitre l’enfant qu’est la Fraternité.

A cette communauté, ensemble nous appartenons, bien décidés à la faire vivre.

Bernard Devert
Octobre 2025

La retraite un âge à vivre, au diable les idées de retrait

Les maisons de retraite médicalisées doivent imaginer de nouveaux modèles pour devenir des lieux d’accompagnement.

Ces maisons, en l’état des propositions et des textes qui se préparent, ne sont pas appelées à être des structures autonomes pour se présenter comme « des établissements tampons » qui s’intégreront aux Ehpad afin d’éviter des hospitalisations dans les services d’urgence qui, pour nos grands aînés, sont des moments souvent traumatisants, parfois inutiles.

La Société est appelée à regarder en face la mort pour en faire un acte lié à la vie. L’aide à mourir, si elle recueille tant d’adhésion traduit – me semble-t-il – la volonté d’en découdre avec un interdit. Or, de par l’attention des soignants, nous relevons combien la poursuite de la vie est choisie par les patients à l’heure de la grande épreuve, pour autant que soit apporté un soulagement aux souffrances physiques et/ou psychiques.

Entendons l’hymne à la vie de nos soignants. Nos mains qui soignent ne sauraient être celles qui donnent la mort.

L’enjeu pour nous est de susciter des lieux de vie et comment mieux y parvenir que de s’investir sur l’enjeu des relations. J’entends ce mot d’un grand aîné, j’étais déjà mort socialement ; voici que maintenant, il me faut entrer en Ehpad pour mourir.

Vivre, c’est s’inscrire dans des relations. L’ouverture doit se bâtir en intégrant cette exigence tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos maisons.

A l’intérieur, il nous faut s’assurer que nos résidents entendent et voient ; un enjeu majeur ! Il est parfois oublié.

Que de soignés ne parlent plus, y compris lors des repas, alors que la table est le lieu des liens. On ne vit pas seulement de pain, mais d’échanges.

La relation n’est jamais étrangère au service, joie pour celui qui l’offre, saisissant qu’il fait exister, comme celui qui le reçoit, comprenant qu’il compte. N’en privons pas nos aînés au risque, parfois avéré, de se sentir inutiles.

Dans son film « A feu doux », la cinéaste américaine, Sarah Friedland, met en exergue le fait que la vieillesse est une prison, un enfermement, par le fait, précisément, de ne plus avoir d’utilité sociale, au point de se penser comme un objet de soins.

Dans ce film nous voyons cette femme privilégiée par la vie à qui est imposée, par son fils, l’entrée en Ehpad. Surprise des membres du personnel de la voir s’installer à leurs côtés pour participer à la préparation des repas, d’où des relations de quasi-complicité qui vont naître entre eux.

Ouverture sur l’extérieur : pourquoi ne pas imaginer l’Ehpad comme un lieu d’une solidarité intergénérationnelle, accueillant par exemple des étudiants qui doivent se priver de repas, faute de ressources. A cette invitation, ils répondraient en participant à la vie sociale. La fragilité des uns, des autres se révèle un humanisme qui change la donne.

Il s’agit de suggestions ; d’autres sont à rechercher.

Le grand âge ne doit pas mettre au pilori la personne. Il est un temps pour apprendre et un autre temps pour entreprendre. Aucun des deux n’est enfermé dans des limites, si nous voulons bien considérer que vivre, commence par accueillir un sourire ou le donner, alors s’éveille une clarté indicible. Un horizon se fait jour.

Le prophète des pauvres qu’est Victor Hugo, dit fort justement, la vieillesse n’est ni l’âge d’or, ni les années de plomb. Si l’on regarde des jeunes on voit de la flamme et dans le regard des vieux, on voit de la lumière. Flamme de l’enthousiasme, lumière d’une sérénité, toutes deux donnent sens à la vie.

Bernard Devert
Septembre 2025

L’humanisme, l’exigence d’un pouvoir d’agir à donner à nos grands aînés

L’espérance de vie au sein des pays développés conduit à saluer les chercheurs, soignants, observant cependant que cette espérance est amputée de 13 années pour les personnes les plus vulnérables par rapport à celles plus aisées.

Ce constat souligne que les publics en difficultés demeurent souvent éloignés de la prévention, à telle enseigne qu’à l’âge de 60 ans, 45% de nos concitoyens sont en bonne santé alors que ce pourcentage est supérieur de près de 10 points dans les pays scandinaves, comme le rappelle le Docteur Georges Képénékian, membre du Conseil d’Administration d’H&H Soin.

Sans remonter à Mathusalem, souvenons-nous qu’en 1950 cette espérance était de 69 ans pour les femmes, 62 pour les hommes. Aujourd’hui, la probabilité est respectivement de 85 ans et de 80 ans.

Pour la première fois dans l’histoire, nous voici confrontés à un vieillissement massif. Il introduit une vigilante attention au bien vieillir pour tous. Il en va du respect de la dignité de chacun, personne n’ayant trouvé d’autres possibilités de vivre plus longtemps que d’accepter les contraintes qui en résultent sachant que, pour les plus fragiles, elles sont plus lourdes ne pouvant oublier le lien entre pauvreté et solitude.

Quelle Société voulons-nous ?

Habitat et Humanisme s’est engagée, il y a 40 ans, dans une aventure qui n’est pas seulement celle du logement pour tous, mais d’un habitat qui rapproche les uns des autres pour retisser le tissu social.

Une utopie pour beaucoup, une urgence heureusement pour d’autres, afin de lutter contre ces dérives. N’entendons-nous pas monter le cri de ceux qui perdent pieds, de nos aînés, mais pas seulement, évaluant combien la solitude s’installe pour eux.

Or, nos aînés sont une chance. En se rapprochant d’eux dont nous sommes les héritiers, nous pouvons mieux prendre conscience que, là où nous veillons à leur qualité de vie, s’éveille ce désir du prendre-soin qui, pour la Société toute entière, est une avancée si nous voulons faire reculer ces situations décourageantes, parfois désespérantes, que supportent les plus pauvres.

En préservant l’accès à la santé et en le développant, ce qui exige une attention à ce que les logements soient adaptés au vieillissement, nous rendons possible le bien vieillir chez soi qui est attendu. Il s’impose au regard de ces deux chiffres : 2,3 millions de nos concitoyens ont plus de 85 ans, 4,6 millions en 2040.

Or, l’Etat a prévu d’augmenter, d’ici à 2050, 100 000 places d’Ehpad qui en comportent aujourd’hui 762 000.

Ni les Ehpad, ni le domicile ne sont une réponse suffisante à l’isolement. Aussi, H&H Soin s’investit avec sa foncière, Entreprendre pour Humaniser la Dépendance, à bâtir des programmes où les Seniors sont considérés comme une force vive à solliciter pour, qu’avec eux, soit mise à distance cette idée destructrice des relations ; l’âge se révèle synonyme de retrait.

Donnons à nos aînés le pouvoir d’agir.

A Moulins, dans l’Allier, nous venons d’achever une maison de vie et de soins, sous statut Ehpad. Dans l’enceinte, se trouvent des logements, sans critères liés à l’âge. Ne sommes-nous pas là au cœur de la mixité ; elle est difficile, attendu la hausse vertigineuse des charges foncières aggravant les ruptures dont souffre notre Société ; il nous faut désormais lui ajouter la mixité des âges.

Cette diversité se révèle une aide à vivre.

Notre « fil rouge », l’humanisme, appelle soins et prendre-soin ; ils ne sont pas sans donner du sens aux valeurs qu’avec vous nous portons.

Bernard Devert
Septembre 2025

La cohésion sociale ne se construira pas sans compromis

Un appel est lancé pour bloquer le Pays le 10 septembre. Plus grave, sans doute, est la paralysie qui déjà le touche tant les relations au niveau politique l’enferment. La Nation serait-elle nostalgique des révolutions pour s’interdire les évolutions nécessaires, afin d’éteindre l’incendie qui brûle le tissu social.

Hier, deux blocs, aujourd’hui trois, durablement installés dans l’hémicycle, où chacun d’eux, campés dans leurs respectives certitudes, sont sourds à cette conviction que l’heure serait de rechercher des compromis.

Cette culture n’est pas seulement rejetée, elle n’effleure pas les esprits de nos gouvernants préférant donner le triste spectacle des invectives et le mépris de l’autre. Quelle indécence !

La sagesse a dressé une table. Voici qu’elle est désertée. Qu’est-ce que cette sagesse pour nombre de nos élus, une valeur d’un autre temps. Or la souveraineté nationale, dont ils sont porteurs, induit la recherche du bien commun ; sa construction n’est pas étrangère aux compromis. Il est des provisoires qui ouvrent la trajectoire de l’avenir.

A cette table des négociations, si des compromis pouvaient être enfin trouvés, fussent des petits-pas, il s’ensuivrait des améliorations sensibles à destination de ceux qui souffrent. Ne sont-ils pas les oubliés dans ces débats où les chantres des partis se drapent dans leur vérité, remettant à demain des décisions concrètes, rejoignant l’attente de ceux dont le combat est de lutter contre les détresses.

L’esprit du compromis marque une attention au réel et aux fragilités prenant en compte l’urgence. Les propositions ne seront pas parfaites, mais meilleures que ces longs discours qui se résument par des « il faut que » aussi illusoires que vains.

Apprendre à se défaire des illusions, c’est entreprendre ce qui est possible pour améliorer les conditions de vie de ceux qui peinent et désespèrent. Si la démocratie a mal et perd du terrain, c’est pour être en rupture avec les attentes de nos concitoyens.

Agir, c’est moins renverser les pouvoirs sans pouvoir de ceux en responsabilité, que de trouver enfin des consensus éclairant quelque peu l’horizon en rejoignant l’engagement des acteurs des possibles.

Peut-on espérer que sur les bancs de l’hémicycle nos élus puissent se mettre à l’école du compromis. Que de changements alors surgiraient, mettant fin à une indifférence délétère.

Le compromis est un acte de confiance, un éveil de la reconnaissance de l’autre, permettant de s’allier pour entreprendre ensemble. La démocratie trouverait, ici, bien des raisons d’être.

Retenons les mots du poète, Philippe Jacottet : « Ce qui fait un lieu, c’est la présence d’une source et le sentiment obscur d’y trouver un centre… alors on peut entendre la voix de la conscience et le lieu de la libre décision ».

Peut-on espérer le sursaut d’une sagesse pour l’entendre.

Bernard Devert

Septembre 2025