Guerre et paix

L’Union Européenne depuis 80 ans a bénéficié de la paix. Soudain, en quelques semaines, l’avenir s’est assombri au point d’entendre un leitmotiv funeste visant à entrer dans une économie de guerre. Certes, elle n’est pas la guerre, elle la prépare pour sauver la paix.

Il aura suffi à deux hommes, placés à la tête de deux grandes puissances, de s’entendre pour mettre à genoux l’Ukraine alors même qu’elle était soutenue par l’une d’elles ! Quel retournement et quelle fragilité dans les décisions !

L’élection incontestable et incontestée du Président des Etats-Unis renverse les alliances. Qui s’est inquiété de lui demander comment il y parviendrait, alors qu’il jurait de mettre fin au conflit ukrainien en quelques jours, oubliant de dire qu’il se placerait du côté du maître du Kremlin, épousant ses mensonges et sa cupidité.

A date, les aides des Etats-Unis sont suspendues dans l’attente de la signature d’un contrat commercial visant la prise de possession des terres riches de minerais que possède ce pays assiégé, ensanglanté par la guerre. Une spoliation !

La guerre n’est jamais propre. Seulement lorsque les valeurs sont à ce point bafouées, l’inquiétude peut naître quant au devenir de ce monde qui se dit libre. Quelle liberté quand on s’en remet sans combattre à un agresseur sans foi, ni loi.

Une telle violence met à mal les valeurs de notre civilisation et il est heureux que la Communauté Européenne se rassemble pour s’opposer à un tel drame. L’espérance naît toujours du désespoir surmonté. Déjà, nous entendons des orientations impensables, il y a quelques semaines, pour envisager des financements possibles en vue de mettre en œuvre cette économie de guerre, 800 Mds€.

La peur serait-elle l’aiguillon de la raison pour concevoir des avancées en termes de rapprochement qui ne furent jamais imaginés pour susciter une économie de paix aux fins de mener ensemble une guerre contre la misère et la pauvreté.

Les dividendes de la paix de ces 80 ans furent ceux de l’insouciance.

Quand il s’agit de se défendre et de défendre ses biens, une intelligence créatrice se dessine, singulièrement anesthésiée lorsque l’enjeu est de défendre les plus vulnérables.

Les plus fragiles sont souvent victimes des décisions des puissants. Il est difficile de soutenir et même moralement inacceptable de dire que nous avons été à leurs côtés, au cours de ces décennies, alors que, dans un effort collectif, il eût été possible de leur apporter une aide significative. N’est-elle pas aujourd’hui à l’ordre du jour… pour se réarmer.

Au risque d’apparaître utopique ‑ mais une authentique sagesse peut-elle s’en affranchir ‑ l’économie de paix ne se construit que si elle est habitée d’un sens de l’humain, quasiment une transcendance conférant au discernement cette attention indispensable à nos démocraties pour qu’elles demeurent l’espace vital du respect de l’autre, des autres.

Les démocraties sont par essence vulnérables – et c’est une de leur première qualité leur permettant de se mettre à distance des illusions mortifères de la puissance – se rappelant cette formule si juste : « le pouvoir absolu corrompt absolument ». Le droit se tait quand la force parle.

Les élections des Etats-Unis soulignent combien ce discernement a manqué à cette grande démocratie pour avoir voté très majoritairement pour un homme brutal, avide de puissance. L’Europe, avec l’Allemagne, n’a-t-elle pas connu cette tragédie, quand bien même elle fut la Nation de Goethe, Rilke, Bach, Beethoven, Haendel.

L’Europe ne saurait se mettre à distance de l’économie de guerre. Puisse-t-elle ne pas oublier la guerre qu’elle doit aussi mener contre les causes de la pauvreté et la misère. Son armement ne sera pas seulement celui des chars, des avions de combat, mais l’amitié des peuples, j’ose dire l’amour, non pas un dividende mais le fruit d’une paix à rechercher inlassablement.

Bernard Devert
Mars 2025

La paix ne s’arrache pas au prix de la puissance mais de celui du respect

De nombreuses chaînes de télévision, LCI, BFM, CNEWS, ont diffusé cette semaine ce temps de prière réunissant des membres du Gouvernement de Donald Trump invoquant Dieu, sûr du caractère messianique de leur engagement.

Dieu est de leur côté, jugeant leur réussite accompagnée de la toute-puissance et du pouvoir comme une bénédiction. Rien ne peut leur échapper, pas davantage la relation au Très-Haut !

Ne manque-t-il pas à cette équipe un prophète, pour le moins un exégète, leur rappelant que la cause de Dieu est la cause des pauvres. Si leur pouvoir est en genèse, ils occultent d’emblée ce premier moment du Grand Livre d’Humanité où l’assassin d’Abel est interrogé sur ce qu’il a fait de son frère pour avoir refusé d’en être le gardien.

Comme est bon d’entendre la Parole de Yahvé s’adressant depuis l’origine des temps aux tenants de la puissance : Et les autres ?

Ce cri déchire le mensonge habillé par les feux d’un aveuglement au point que l’agressé est nommé l’agresseur, coupable de l’invasion inique et sinistre du maître du Kremlin devenu l’ami de celui de la Maison Blanche ! Il est des amitiés suspectes quand elles sont guidées par l’intérêt.

Ces deux amis n’ont que faire de la vérité et de l’attention au droit international, n’éprouvant aucun désir de se laisser habiter par la question morale de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas, de ce qui est bien et de ce qui est mal. Ils se mettent à part, pour être à part, se plaçant non sous l’égide du droit mais d’un deal, des dealers, maîtres du jeu.

Ce jeu s’établit sur une terre jusque-là inconnue, au moins sur le plan médiatique, appelée une terre rare, riche de métaux précieux, ô combien nécessaires, au développement de l’économie ; l’armement n’est pas étranger à cette course

Cette terre, objet de toutes les convoitises, se présente comme la condition d’une paix arrachée au prix d’une occupation, susceptible de se révéler une spoliation de l’Ukraine alors qu’elle est dévastée par les bombes, mutilée physiquement.

Le pire n’est jamais sûr. De là à penser que cette terre se révèle ce jardin perdu retrouvé, pour ne point être piétiné par la soif des pouvoirs demeure une inconnue. L’espoir est singulièrement fragile, une ouverture cependant est possible.

Ce possible, pour reprendre les mots de Lamartine, est immense, encore faut-il sortir de l’étroitesse et de la petitesse des idées de puissance qui conduisent à dévaluer ceux que l’on ne veut pas voir, tel ce mot de Donald Trump considérant que l’Europe a été imaginé pour « entuber » les Etats-Unis.

Quelle ignorance des pères de l’Europe !

Les européens ont une part de responsabilité pour en avoir fait un marché, commun sans doute, sans parvenir à se réunir. Certes, une économie monétaire s’est mise en place, salutaire au regard des crises traversées.

Allons plus loin, l’heure n’est-elle pas de dépasser nos enfermements pour susciter une Europe décidée non seulement à se défendre mais à poser des actes défendant ces valeurs justes qui reposent sur le droit et non point des deals.

La paix ne s’arrache pas, elle se construit dans le respect de l’autre, des autres, aux fins d’obtenir ce consentement qui participe à détruire la haine.

Bernard Devert
28 février 2025

L’Ukraine, ou la petite fille espérance oubliée

Il y aura trois ans, ce 24 février, Vladimir Poutine lançait, suivant ses mots, une « opération spéciale » qui n’était autre qu’une agression contre l’Ukraine aussi brutale qu’ignoble.

Le maître du Kremlin, assoiffé de pouvoir pensait, qu’en trois jours, il mettrait à genoux les ukrainiens. Trois ans plus tard, l’envahisseur, malgré toute sa puissance de feu, n’est pas parvenu à s’imposer. L’Ukraine a résisté au prix de pertes très sévères sur le plan humain et l’effacement de nombreuses contrées.

Déchirée par le nombre de ses morts et des blessés, plus d’un demi-million, l’Ukraine a su garder, peut-être trouver dans cette grande épreuve, une unité et une réelle force intérieure qui ne sont pas sans lui donner le courage d’exister malgré la barbarie qui l’assaille.

Cette guerre nous a mobilisés pour avoir accueilli de très nombreux ukrainiens, notamment des mamans et leurs enfants qui ont fui de peur d’être physiquement ou mentalement mutilés.

La souffrance de ce peuple envahi par un agresseur tortionnaire viendrait-elle à ne pas être respectée. Quand la fragilité est bafouée par la force, l’humanisme meurt.

En quelques jours tout a basculé, Donald Trump accusant Zelensky d’avoir initié la guerre, le qualifiant de dictateur. Un mensonge éhonté. Si ces mots peuvent être retenus, ils ne peuvent l’être qu’à l’adresse de Vladimir Poutine que Donald Trump épargne. Pourquoi… ?

Comment aussi ne pas comprendre l’inquiétude des ukrainiens de voir qu’ils ne sont pas invités à la table des négociations, pas davantage, à ce jour, ses alliés européens. Tout se prépare dans leur dos, quel mépris pour les absents ! Un scandale.

Donald Trump n’a qu’une volonté faire valoir sa force et sa puissance, tout comme Vladimir Poutine. Que peuvent-ils imposer de durable ?

Faute du respect de ce peuple sauvagement attaqué, les armes peut-être se tairont un moment. Il ne s’agira alors que d’un cessez-le-feu. La paix durable ne s’arrache pas, elle se construit.

Il appartient aux alliés et à ceux qui se sont reliés aux ukrainiens de veiller à ce que la petite fille espérance ne soit pas assassinée.

L’idée européenne s’est forgée au sortir d’un drame. L’idéal de ses pionniers a parfois été mis en brèche au risque d’une Institution technocratique mal aimée pour être mal comprise. En cette heure où les valeurs de notre civilisation peuvent soudainement basculer pour être substituées par la force, n’abandons pas les idéaux qui ont donné naissance à l’Europe : s’unir et servir pour ne point se laisser asservir.

Cet idéal appelle un sursaut moral et c’est bien ici que la petite fille espérance a toute sa place.

Dans ce temps de désarroi, d’interrogations, un grand chantier s’ouvre : donner vie à l’Europe, non pas seulement sur un plan économique, financier, mais aussi et surtout, en étant attentifs à ce qui nous rassemble et par là même nous enracine vers ce meilleur, chance d’un réveil pour privilégier les valeurs des pères fondateurs.

Cet enjeu qui n’est pas sans noblesse rejoint Saint-Exupéry dans « Pilote de guerre », souvenons-nous, la grandeur de ma civilisation c’est que cent mineurs s’y doivent de risquer leur vie pour le sauvetage d’un seul mineur enseveli. Ils sauvent l’Homme.

Qu’allons-nous sauver : des parts de marché, des territoires ou des hommes ?

Puissions-nous avoir la force de caractère de nos amis ukrainiens pour résister afin de ne pas assister à une défaite de l’esprit qui serait alors celle de l’Europe.

Bernard Devert
Février 2025

Pèlerins d’espérance

« Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance ». Et je n’en reviens pas !

Nous nous souvenons de ces mots de Péguy qui compare l’espérance à une petite fille qui n’a l’air de rien du tout, ajoutant… c’est elle qui entraîne tout.

Notre Société ne sait plus s’étonner, elle tonne !

Comment ne pas comprendre devant tant de violences, de drames, d’indifférences, de mépris de l’autre et des autres que d’aucuns s’interrogent, inquiets, la vie n’est donc rien ou si peu ?

Impossible d’espérer quand les cœurs et les esprits sont désabusés. Quand cette petite fille est oubliée, parfois assassinée, l’arrogance s’installe, blessant les valeurs de notre civilisation. Apparaît une ghettoïsation, née d’un communautarisme avancé qui, déjà, dessine des clans, destructeurs de la cohésion sociale.

Les responsabilités sont plurielles ; elles concourent toutes à un ressenti de déclassement consommé. Tout se vaut, aggravant un relativisme rampant d’autant que le langage qui se permute en cris et outrances, corrompt toute idée de vérité et de recherches de justes compromis pour vivre ensemble.

Quand le langage distille la haine, quand les images ne sont plus respectueuses de la dignité des personnes, prises comme sujet des pulsions mortifères, la pensée s’altère.

Le risque n’est pas probable, il est avéré.

Comment ne pas relever que non seulement l’espoir d’un monde meilleur s’est dissipé mais, plus grave, l’espérance s’est brisée. Quand la petite fille espérance s’éloigne, la puissance s’impose avec ses mensonges et illusions.

Ainsi, quand François, attentif aux périphéries, s’inquiète de la situation réservée aux réfugiés, ces hommes et ces femmes en grande vulnérabilité, immédiatement le principal conseiller de Donald Trump en matière de politique migratoire déclare que le Pape doit « se concentrer sur l’Église catholique et nous laisser nous occuper des frontières ».

Quand on ne veut plus voir la petite fille de rien du tout qu’est l’espérance, alors surgit ce qu’on ne voudrait justement plus voir, condamnés à répéter à l’envi ces mots tardifs et finalement insignifiants : « plus jamais ça ». Ce « ça » est le fruit amer de la perte de « l’attention » aux minorités.

N’espèrent vraiment que ceux qui sont des vigiles de la fragilité ; désertée, les hommes deviennent des êtres habitués et non plus habités. Là commence l’irresponsabilité avec immanquablement la conséquence de devenir les jouets de la force.

Espérer, c’est résister, en d’autres termes, quitter ce qui est inacceptable, non pour déserter le monde mais pour rejoindre cette « autre réalité », si justement soulignée par la philosophe, Simone Weil, précisant qu’on n’y accède, ni par la volonté, ni par l’intelligence mais seulement par l’attention et l’amour, ce consentement qu’elle nomme prière.

Femmes et Hommes de bonne volonté, il nous appartient de vivre ce consentement, clé du respect infini de chacun ; il introduit une solidarité créatrice de relations, un appel à être des pèlerins non pour fuir le tragique, mais pour espérer foncièrement qu’au bout de la nuit, il n’y a pas encore la nuit mais l’aurore, rejoignant ainsi Bernanos, l’espérance, dit-il, ce désespoir surmonté.

Bernard Devert

Février 2025

Allons à l’essentiel avec la participation active de nos aînés

Avec Camus nous savons que mal nommer les choses, c’est contribuer au malheur du monde, mais c’est aussi l’aggraver que de ne pas voir la souffrance de ceux qui se sentent abandonnés, oubliés.

Il me fut donné de rencontrer, il y a quelques jours, une personne ayant exercé des fonctions importantes sur le plan culturel et qui, en raison de l’âge, alors qu’elle bénéficie de toutes ses facultés intellectuelles, a le sentiment d’être désormais inutile comme beaucoup de nos grands aînés.

La solitude construit des murs qui, pour être invisibles, n’en sont pas moins réels. Le drame est que la Société non seulement les laisse surgir, mais participe à leur consolidation via ces lieux finalement étrangers à une hospitalité holistique des corps et de l’âme, d’où les questions qui fusent : « pourquoi suis-je encore là, quel sens a encore ma vie ».

Une écoute attentive de ceux dont nous sommes les héritiers laisse entendre une angoisse prégnante ; comment ne pas entendre l’invitation à ouvrir de nouvelles perspectives à nos aînés.

La réflexion de cet ami rencontré me touche : nous ne voulons pas, dit-il, être « objet de soins » mais participer à la vie commune ajoutant, pourquoi l’âge ferait-il de nous des citoyens à part, appelés et même condamnés à se taire.

Observons le hiatus, plus encore l’abîme, entre l’espérance de vie et la qualité de vie.

Si les chercheurs, médecins et acteurs de politique de santé sont parvenus, non sans énergie à ce que les très nombreuses années gagnées, plus de 20 ans d’espérance de vie entre 1950 et aujourd’hui, la Société n’a pas su prendre en compte cette donnée, la mort sociale anticipant désormais trop souvent la mort biologique.

La Société serait-elle moins vivante que nous ne le pensons pour être repliée dans un consumérisme déployé qui donne parfois le vertige, mettant à distance ceux qu’elle juge ne pas pouvoir être utiles à cette course de l’efficience, voire même l’entrave.

Rappelons les deux interrogations quasiment semblables de la part de nos aînés et de la jeunesse : les premiers, pourquoi suis-je encore là si je dois participer à rien et les seconds : quel sens donner à la vie dans une Société privilégiant l’utilitarisme et le virtuel sans en faire un passage vers l’idéal.

Ces deux moments de la vie ne pourraient-ils pas mieux se rencontrer pour susciter une plus grande harmonie qui manque singulièrement à notre Société.

Pourquoi se priver de la floraison de l’expérience de ceux qui ont traversé les doutes, surmonté les échecs, revisité les réussites. Méritent-ils d’être considérés comme ringards pour être mis dans un placard.

L’actualité politique montre que le Premier Ministre, fort de sa longue expérience, a pu enfin offrir au Pays un budget introuvable suscitant des rapprochements susceptibles de faire taire ces vociférations dans un Hémicycle ayant perdu le sens de la sagesse.

Cette sagesse, ne la boudons pas ; elle traduit une vie intérieure à laquelle est portée peu d’attention dans un monde pressé, affairé, qui ne veut pas perdre de temps pour n’avoir pas compris que c’est précisément ce temps jugé comme perdu qui éveille à l’essentiel.

Bernard Devert

Février 2025

Quand l’espérance interroge la solidarité

J’observe que si dans mes chroniques les engagements du Mouvement Habitat et Humanisme vous sont partagés, j’oublie peut-être – et vous prie de m’en excuser – de vous remercier pour l’accompagnement que vous nous réservez.

Merci, ce mot juste et sobre trouve, ici, toute sa place.

La lutte contre la pauvreté, parfois la misère, vous en êtes des acteurs, même les premiers, pour nous donner les moyens d’agir.

Sur le terrain, nous voyons des situations dommageables et même inacceptables tant elles sont blessantes et irrespectueuses de la dignité des personnes qui en sont victimes.

Si vous n’étiez pas là, que ferions-nous, rien ou si peu, sauf à tenir des discours répétés à l’envi qui ne changent rien et qui, parfois pire, ne font que banaliser le mal avec pour conséquence le malheur auquel la Société s’habitue.

Seulement et heureusement, vous êtes là.

Je mesure combien votre engagement est une chance à un moment où l’Etat providence s’éloigne de par les déficits budgétaires abyssaux auxquels il est confronté. L’heure ne saurait être celle de l’indifférence, elle ne rôde que trop, jetant dans l’ombre quand ce ne sont pas les abîmes, trop de nos concitoyens touchés par la vulnérabilité.

L’unité de la Société se lézarde, le tissu social se déchire, si bien que des ménages, des foyers, passent de notre rive à une dérive.

L’humanisme est un soin traduisant une espérance dont conjointement nous sommes des semeurs.

Challenges, un hebdomadaire économique, titre cette semaine dans un de ses suppléments : « crise du logement, un scandale français ». L’article rappelle ce que nous évoquons depuis plusieurs semaines que près d’un logement sur cinq à Paris est inoccupé.

Dénoncer ce scandale est nécessaire, mais énoncer des réponses qui l’atténuent est ô combien plus important.

Notre mission est de faire naître de nouveaux possibles, suffisamment crédibles pour que les politiques et grands acteurs chargés de l’urbanisme et de l’habitat prennent à « bras le corps » les mesures susceptibles de passer de l’indignation à des actions transformatrices et régulatrices du marché.

Si, avec vous et grâce à vous, nous sommes des semeurs d’espérance, la question qui se pose est sa germination, en d’autres termes, son impact.

Le résultat de cette semence appelle l’acceptation d’une attente ; l’espérance, pour reprendre les mots de Bernanos, est celle du désespoir surmonté.

Pour ce faire, il nous faut bâtir des passerelles afin de joindre et nous laisser rejoindre par ceux qui précisément désespèrent, d’où notre mobilisation incessante, depuis 40 ans, de veiller à ce que l’acte de construire soit un acte de fraternité pour l’inscrire dans le cadre de la mixité sociale.

Les résultats ne sont pas instantanés, mais sans patience, traduisant une bienveillance, il n’y a aucune possibilité de changer et de faire changer ce qui doit l’être.

Il convient de prendre en compte les différences culturelles, sociales qui séparent ; il faut du temps pour comprendre, se comprendre. Impossible d’en faire l’économie, sauf à sombrer dans un fatalisme et dans ces jugements tout faits qui concourent aux incompréhensions.

Dans la Bible, ce grand livre d’humanité, il est précisé qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil ! Faudrait-il en tirer la conclusion que rien ne peut changer, naturellement, non ! Il s’agit de s’interroger : sous le soleil peut-être, mais au-dessus, qu’en est-il ?

Nous voici au cœur d’un appel à vivre un déplacement. Si, là, commençait l’espérance, une folie, chemin de la sagesse.

Bernard Devert

Janvier 2025