Célébrer Pâques, c’est entrer en responsabilité pour refuser les situations mortifères

Le film « Les innocentes » est l’histoire vraie de Bénédictines violées en Pologne, au cours de la deuxième guerre mondiale.

La supérieure et les membres de la Communauté vivent ce drame comme un déshonneur, d’où la ferme tentation d’occulter les faits jusqu’au déni.

Un médecin français, agnostique, aide la Communauté à s’éveiller à la vie. Un rapide et décisif dialogue intervient entre une des Sœurs qui parle du ciel et le docteur, de la vie. Deux réalités qui vont se conjuguer pour ouvrir des espaces jusque-là improbables. Un passage, une pâque.

Les naissances, tenues secrètes dans le monastère, se révéleront pour les Sœurs un accouchement à une vie nouvelle : la parole se délie, libérant une relation créatrice avec Dieu dans l’intelligence de l’effacement. La philosophe Simone Weil ne rappelait-elle pas dans la pesanteur et la grâce que Dieu s’efface pour nous permettre d’être.

Ciel et vie ne se présentent plus comme une opposition. Souvenons-nous de l’expression de Maurice Zundel, le ciel c’est le cœur. Ces femmes vont passer de l’innocence à la responsabilité.

Le film se termine sur une grande joie, la Communauté accueille d’autres enfants pauvres et l’une des Sœurs écrira au médecin : « sans doute sourirez-vous puisque vous n’êtes pas croyante, mais puis-je vous dire que vous avez été pour nous la présence de Dieu ».

Les tombeaux s’ouvrent, n’est-ce-pas cela le temps de Pâques.

Nos respectifs engagements participent à ces ouvertures qui ne sont pas seulement matérielles. Que de personnes entrent dans une parole libérante, signe d’une construction intérieure qui n’est pas étrangère à l’estime de soi-même.

Dans quelques jours, se termine la trêve hivernale. C’est un appel à la mobilisation pour refuser la misère avec comme corollaire les inquiétudes et angoisses pour des familles déjà bien fragilisées, sans avenir.

Les expulsions témoignent de l’insuffisance d’une trêve qui certes a suspendu les procédures sans permettre le passage de l’arrêt des hostilités à une hospitalité active.

La perte du logement s’accompagne de celle des relations et, plus grave encore, du déficit de l’estime de soi : Qui suis-je pour ne point parvenir à loger les miens, à permettre à mes enfants une stabilité déjà bien compromise.
Gardons en mémoire que la très grande majorité des expulsions est consécutive à une rupture entre les ressources et le coût de l’habitat :
•    plus d’un million de personnes qui travaillent ont un salaire mensuel égal ou inférieur à 800 €, en raison du temps partiel concernant plus particulièrement les familles monoparentales,
•    13 % de la population française est touchée par la pauvreté.

Comment s’en étonner dans un moment où un grand nombre de foyers se trouvent confrontés à la fin de l’indemnisation du chômage.

L’hospitalité est une responsabilité que nous ne pouvons pas déserter si nous ne voulons pas ajouter à la pauvreté l’indifférence qui assigne à l’errance.

Les constats de la précarité sont connus. Il est inutile de s’y attarder. L’urgence est de poursuivre la trêve, les cœurs ne pouvant hiberner devant la détresse et le désarroi de trop de familles. J’entends que bien des propriétaires ont besoin de recevoir leur loyer. Il ne s’agit surtout pas d’opposer bailleurs et preneurs.
La question est d’agir dans l’intérêt de tous ; trois moyens :
•    Devenir « propriétaire solidaire » en louant un appartement au prix du loyer très social. Un avantage fiscal important atténue l’effort financier réalisé. En contrepartie, Habitat et Humanisme offre une garantie de loyer.
•    Investir au sein de nos Foncières « Habitat et Humanisme » ou « Entreprendre pour Humaniser la Dépendance » pour développer un habitat à vocation d’insertion pour des foyers en souffrance sociale ou de personnes qui, avec la retraite   notamment de réversion   ne peuvent conserver leur logement. Ce placement éligible aux dispositifs TEPA et Madelin le rend très attractif pour bâtir des biens au service des liens.
•    Offrir une libéralité au fonds de dotation « Acteurs d’Humanité » qui aide des familles à se maintenir dans leur logement le temps nécessaire à retrouver un équilibre financier, parfois psychique pour ces mamans qui, confrontées aux ruptures affectives, se trouvent seules avec leurs enfants.

Trois dispositions concrètes qui changent la donne pour s’inscrire dans le refus de fermer les yeux et le cœur devant les inégalités créatrices de fractures mettant à mal la fraternité, l’un des socles de notre Nation.

Ensemble, donnons du sens à la vie en permettant aux plus fragiles de mieux vivre, c’est aussi cela faire la Pâque, susciter des passages.

Bernard Devert

L’écologie, ou l’attention aux discriminés

« Vivement dans trois ans. Qu’ils s’en aillent »  nous écrit une opposante à la création d’un village d’insertion  au bénéfice de Roms ; elle termine sa lettre par
« bon courage », oubliant celui de la signer !

Pourquoi cette hospitalité est-elle traversée par une hostilité alors que ces 16 familles sont à la joie d’apprendre à lire, – pour les enfants, voire les parents -, de s’éveiller à un autrement de leur histoire via ce village d’insertion qui n’aurait jamais vu le jour sans la détermination du Préfet de Région et du Préfet à l’Egalité des Chances.

Il est des valeurs qui sont si fondatrices d’une Nation qu’elles exigent de la fermeté pour ne point sombrer dans des dérives perverses. L’article 1er de la Déclaration des Droits de l’Homme rappelle que tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.

Cette fraternité est un appel à la bâtir, tel ce village d’insertion placé dans le cadre du dispositif innovant ou école et formation s’embrassent pour que les plus rejetés de nos sociétés trouvent enfin une place.

Ce village est une ouverture mettant hors-jeu des conditions de vie, si dégradantes qu’elles auraient dû nous révolter pour ne point pactiser avec l’inacceptable. En éradiquer les causes, c’est faire œuvre de paix.

Il y a deux mois, les familles roms de ce village s’éveillaient à l’inattendu d’un avenir.

Dommage que certains soient en attente de faux pas de la part de ces Roms, notamment des enfants. Ne les voyant pas arriver, ils s’énervent et montent en épingle de faux méfaits, confiant à la rumeur le soin de tout assombrir : elle est experte pour nourrir la haine.

L’un des habitants m’envoie un SMS : voyez, ils ne peuvent vivre que de vols. Seulement, le scénario grossier et mensonger ne résiste pas à l’examen : l’enfant présenté comme voleur aurait été suivi en voiture par le propriétaire de la bicyclette jusqu’à l’entrée du village. Après audition, la gendarmerie dément cette version des faits. La rumeur est partie : les Roms ne peuvent pas s’intégrer.

D’autres accusent les enfants de mendier devant une boulangerie. L’artisan a le courage d’infirmer ces propos.

Ce village d’insertion est un enfantement du respect de ceux qui, accablés par la vie, s’interrogent ; pourquoi suis-je si discriminé, quelle faute ai-je commise ?

Frère Rom, la faute est celle de la culture de mort, celle du déchet pour reprendre l’expression du Pape François, rappelant que là où l’homme n’a pas d’utilité, il est dramatiquement jeté.

Ce village d’insertion, laboratoire pour dire non à ce rejet, est rejoint par des chercheurs d’humanité qui donnent de leur temps pour faire naître une autre culture. D’aucuns diront que c’est un temps perdu, mais n’est-il pas celui-là même qui s’avère un temps gagné pour être celui de l’espérance.

Bernard Devert
27 février 2016