Habitat et Humanisme, pour demeurer fidèle à ce qu’elle est, doit se développer dans un contexte difficile qu’il est inutile de souligner, tant il se rappelle à nous quotidiennement. Le pouvoir d’agir que nous entendons promouvoir appelle plus que jamais à être des résistants pour refuser que les plus fragiles, déjà des victimes, se révèlent la variable d’ajustement des équilibres financiers.
La tentation est qu’au nom d’une sécurité se lèvent des gardiens du temple. Or, L’heure pour le protéger est de garder l’enthousiasme des débuts, plus encore d’en raviver la flamme pour qu’elle monte plus haut, éclairant les consciences.
Il est des moments où nous pouvons nous sentir un peu accablés, mais jamais nous ne serons écrasés pour habiter cette conviction si chère à Bernanos, que l’espérance est un risque à courir ; elle est la nôtre.
Alors que des milliards de dollars et d’euros sont investis dans la guerre, quelle tristesse d’observer que les injustices, alors qu’elles causent tant de conflits, ne trouvent pas de manne pour les éradiquer. Il s’ensuit des liens qui se délitent pour se liguer sans retenue sur des théâtres d’opérations où l’autre est un ennemi pour n’avoir pu bâtir la paix, faute d’attention à l’équité.
Les idées extrémistes et populistes prennent une place importante dans la vie politique, non pas que tous les sondages ou votes qui s’expriment, n’émanent de personnes qui foncièrement les partagent ; mais lassées, déçues de trop de promesses sans lendemain et de ces fossés qui se creusent entre ceux qui disposent de ressources et ceux qui n’ont rien ou peu, la tentation est de se placer dans l’orbite de ces partis promettant un avenir en mettant le focus des coupables sur l’autre pour être différent, étrange ou étranger.
L’hospitalité est un bien auquel il nous faut tenir, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne doive pas être régulée. N’oublions pas le nombre de ces personnes venues de terres inhospitalières nous offrant, dans le quotidien de nos vies, un soin et un prendre-soin dans les hôpitaux ou le maisons d’accueil de nos grands ainés, confrontés à la dépendance.
Que d’activités leur sont confiées, à commencer par la vie de ceux dont nous sommes les héritiers. Ne pas le reconnaître est injuste et cruel. Disposant de peu de reconnaissance sociale, ils portent ces missions essentielles, si bien qualifiées lors de la crise sanitaire.
Aurait-on oublié que nos conditions de vie ont été sauvegardées parce qu’il y eut des femmes et des hommes, restés des vigies, pour que nous ne sombrions pas dans un chaos.
Aussi, Habitat et Humanisme doit être, par priorité, à leur côté et, à ce titre, elle s’investit désormais dans trois directions :
- L’urgence :
Cette troisième branche du Mouvement entend offrir de façon déterminante des conditions de vie acceptable, c’est-à-dire humanisantes, pour ceux qui, venus de loin, n’ont d’autres hospitalités que le macadam ou l’insalubrité d’un toit.
Cette urgence se veut aussi attentive aux violences qui entraînent pour trop de femmes des situations insupportables, venant s’ajouter au mépris qu’elles ont parfois enduré avec patience, espérant contre toute espérance un changement, jusqu’à laisser à ces coupables le champ libre pour poursuivre leur ignominie.
En France plus de 3 000 enfants sont à la rue, soit 20 % de plus qu’en 2022. Cette situation est une déchirure sociale. Si d’aventure, elle ne venait pas créer en nous une déchirure, par là même une ouverture pour agir, quelle honte, notre esprit de résistance serait alors comme muselé.
Non, il ne l’est heureusement pas.
- Le soin
Désormais H&H Soin offre plus de 4 300 places à des personnes confrontées au grand âge, en veillant à ce que ce moment de la vie soit celui d’une reconnaissance et par-là même du respect.
Sans ces 2 300 soignants qui participent au sein d’H&H Soin à cette mission, rien ne serait possible, d’où notre recherche de leur proposer des conditions de travail aux termes desquelles ils saisiraient qu’ils ne sont pas simplement des serviteurs, mais qu’ils sont aussi de véritables acteurs, des maîtres en humanité, qui justifient que nous soyons aussi à leur service.
2024 sera pour ce pôle la création d’un dispositif d’aval au sein des hôpitaux pour faciliter la fluidité de la sortie des hospitalisations pour les patients vulnérables sur le plan social en raison de leur isolement ou d’un habitat indigne ne permettant pas les soins à domicile.
Quelle satisfaction de voir que cette approche est mobilisatrice d’énergie, de soutiens et d’un développement du bénévolat.
- L’habitat d’insertion
Il est ce pôle historique, créé il y a 39 ans, qui introduit le soin de la cohésion sociale, laquelle est en souffrance, d’où la nécessité d’aller plus loin, tant elle est un prendre-soin de notre Société qui, dans les transformations qu’elle connaît, s’agite et hésite, d’où des tentations de replis identitaires qui sont autant de plis amères et délétères.
Inutile de les dénoncer, la seule voie crédible est d’énoncer des propositions, fussent-elles jugées utopiques ; elles préparent un avenir plus équilibré en brisant ces déterminismes de destins mettant les plus fragiles dans des arrière-mondes.
Il y a quelques semaines, je rencontrais Jean-Jacques, un des Présidents de nos associations, atteint d’un cancer. Il multiplie les démarches pour lutter contre ce cancer social qu’est l’absence et l’indécence de ces logements qui rongent le tissu social.
Oui, gardons cette méditation d’Hölderlin : « là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve ».
Bernard Devert
Janvier 2024
