Ce 21 mai, 30ème anniversaire d’Habitat et Humanisme Loiret

Cher-e-s Ami-e-s,

Vous avez su prendre des risques pour déloger des situations de misère mettant à mal la dignité des personnes condamnées à attendre, attendre encore, aux fins de disposer d’un toit décent.

Cette attente, parfois si longue, qu’elle détruit tout avenir, mettant à mal l’estime de soi. Les vaincus de la Société, parce que leur histoire est trop difficile, perdent parfois l’estime de l’autre. Comment ne pas comprendre.

Si vous êtes là, parfois depuis des années c’est pour être habités par ce cri du Livre de l’humanité : « et les autres » !

Ces autres ne sont pas un fardeau mais un cadeau : des frères et des sœurs.

Il y a 30 ans, l’association Habitat et Humanisme Loiret voyait le jour, forte de l’engagement de ceux considérant que l’heure était de penser autrement, non point pour dénoncer mais pour énoncer des propositions crédibles relevant d’une audace qui n’est pas sans signer l’esprit de résistance qui vous et nous rassemble.

D’aucuns ont pu juger notre mission comme une utopie ; qu’est-ce qu’une utopie, un lieu qui n’existe pas mais qui est à faire naître. Vous y êtes non seulement parvenus, mais vous avez su le faire reconnaître comme une ouverture, née de l’aventure de la solidarité ; elle ne sera jamais finie puisque précisément, elle est chemin d’infini.

Habitat et Humanisme est un Mouvement de résistance ; il ne rassemble pas des « grandes gueules », si vous me permettez et me pardonnez l’expression triviale. Il relève de cette dimension du cœur de ces femmes et de ces hommes qui ont toujours su mener, de tout temps et par tous les temps, un combat dans l’ombre et le silence pour faire tomber les situations déshumanisantes.

L’esprit de résistance traduit toujours une jeunesse du cœur. Qu’importe les années. Chacun vient avec son enthousiasme, son expérience, son désir de faire surgir plus d’humanité quand la cause – comme celle qui nous réunit ‑ mérite de se lever, permettant aux personnes vulnérables de se relever.

Vous avez été au rendez-vous et vous le demeurez parce la cause est juste, parce qu’elle est noble, parce qu’elle met à distance bien des incompréhensions, quand ce n’est pas la haine.

Cette cause que vous défendez ‑ que nous défendrons toujours ‑ est la fraternité. Certains voudraient nous faire croire que c’est un leurre. Ils n’altèreront pas ‑ bien au contraire ‑ notre volonté, non pas de réagir mais d’agir pour que le meilleur trouve sa place, sachant avec Voltaire que les absurdités répétées à l’envi blessent la pensée et le cœur.

Cette blessure, nous la connaissons. Loin de faire couler en nous du fiel, elle nous ouvre à la fragilité, induisant compréhension et compassion. Désarmés, face à la violence, nos cœurs et nos pensées sont riches de l’amitié et de la fraternité qui ne sont pas sans éclairer l’espoir, plus encore l’espérance.

Cette lumière ne nous aveugle pas ; diaphane, elle nous permet de voir, comme l’exprimait si bien le Petit Prince.

En ce jour d’anniversaire, vous avez invité des petits-princes ; ils vous ont remis leurs desseins, nous invitant à rêver ce qu’est vraiment une maison.

Comme il est bien que des cœurs d’enfants, de petits-enfants, nous invitent à nous souvenir de nos idéaux. C’est en en gardant la mémoire que nous ne les déserterons pas.

La vie est sacrée, alors ensemble devenons de sacrés acteurs pour abriter – que dis-je – pour que chaque être, quelle que soit son histoire, fut-elle difficile, puisse éprouver le soir, rentrant enfin chez soi, une certaine émotion : qui suis-je pour n’avoir pas été abandonné.

Là où le don trouve sa place, quelle que soit son expression, l’humanisme éclaire les consciences.

Joyeux anniversaire.

Bernard Devert
Mai 2025

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