Dans ma précédente chronique, j’évoquais ces chemins à prendre pour plus d’humanité faisant référence à l’Epiphanie, manifestation de responsabilité que suscite la rencontre avec les situations de fragilités. Ainsi, les Mages comprennent la nécessité de ne pas aller ‑ plus encore de s’en détourner ‑ vers ces lieux où ne sont recherchés que des liens mettant en exergue ce qui brille pour s’éblouir aux fins d’en mettre plein la vue.
A notre tour, ne devrions-nous pas partir par des sentiers fréquentés par les oubliés de nos Sociétés ne trouvant pas de toit, au bord des chemins, telle cette maman, seule avec trois enfants, 7, 10 et 12 ans, scolarisés qui, il y a près de 15 jours, me téléphonait un dimanche soir à 20 h, désespérée : « nous sommes à la rue ».
Or, cette maman, qui dispose d’un diplôme d’infirmière obtenu au Congo, s’investit pour obtenir l’équivalence en France et même plus encore pour bénéficier de la qualification d’infirmière avancée.
Que lui est-il arrivé ; elle n’a pu conserver son logement en raison de difficultés de paiement dues au non renouvellement de son titre de séjour, supprimant toute aide sociale. Cette régularisation a demandé du temps, entraînant toute perte de ressources avec pour conséquence la perte de son toit. Quelle injustice !
Ce mercredi, elle a été sollicitée pour intervenir dans un hôpital parisien en raison d’une insuffisance de soignants. S’il lui est marqué une reconnaissance professionnelle, rien sur le plan social ; elle doit se débattre seule pour trouver ce toit inaccessible, en l’état inabordable.
Prendre soin des soignants, une urgence !
A ce jour, un logement provisoire dans le cadre du Airbnb a pu lui être trouvé pour quelques jours, grâce au soutien d’un ami d’Habitat et Humanisme. Cette généreuse réponse précaire et onéreuse ne peut pas perdurer.
Il doit bien se trouver dans le Val-d’Oise, si possible à Argenteuil, là où sont scolarisés les trois enfants de cette maman, un appartement vacant que notre fonds de dotation Acteurs d’Humanité prendrait en charge, assumant si nécessaire les travaux qui s’imposent.
Aussi, j’ose lancer un SOS ; puisse-t-il ne pas rester sans réponse. Quelle déshumanisation si nous fermions les cœurs et les yeux sur une telle situation loin d’être exceptionnelle. Aussi, ce qui vaut pour ce foyer, vaut pour des milliers d’autres.
L’actualité de cette semaine, malheureusement bien tragique, soulignait le faible taux de la natalité en France. J’entendais cette jeune femme s’exprimer : « donner la vie et se retrouver seule, oubliée de l’homme par qui elle a été donnée, un risque que je ne veux pas prendre ».
Il est un chemin qui s’impose, celui de la responsabilité et par-là même de la fraternité.
Depuis des mois, j’évoque la question de la vacance de logements alors que des centaines de milliers sont inoccupés. Que de mamans ne trouvent de protection qu’avec le collège ou le lycée où sont scolarisés leurs enfants !
L’Epiphanie ne serait-elle pas celle de ces moments de partage où, autour de la table, tous, réunis, la fraternité est reine.
Bernard Devert
Janvier 2026
