Saint-Joseph, l’homme qui fait naître des possibles

Nous célébrions ce jeudi la fête de Saint-Joseph. Une grande figure spirituelle, audacieuse, dont le silence nous plonge vers l’essentiel ; sa mission : servir et protéger, ce qu’il sut pleinement assumer.

Que de bouleversements dans la vie de cet homme si juste que, précisément, il s’ajusta à des situations difficiles, sachant « ajouter » ‑ c’est la signification de son prénom ‑ la bonté transformatrice des relations.

Joseph se tait. Son engagement parle, nous parle. Il prit Marie chez lui et avec l’Enfant, ils partirent en exil afin de protéger le nouveau-né déjà menacé de mort par les puissants.

A Nazareth, il exerça sa noble profession de charpentier que « son Fils » poursuivra pendant de longues années.

De l’atelier de charpentier à la vie messianique que de différences. Est-ce si sûr. D’aucuns, certes, s’étant rapprochés de Jésus s’en éloigneront au motif qu’il n’était que le fils du charpentier.

Jésus rejoint ceux qui s’imaginent n’être rien pour leur faire découvrir qu’ils sont plus qu’ils ne le pensent ou qu’ils ne le croient.

Le Fils de l’homme n’aura de cesse de prêcher, sans oublier les planches qu’il a portées, transportées. Il en fait des planches de salut pour que, dans ce bourbier déshumanisé dans lequel le monde est plongé, s’ouvre un chemin, celui-là même de l’Amour ; Dieu est Amour, Il n’est qu’Amour.

Aimer, c’est bâtir des relations ; davantage, elles sont solidaires, plus elles participent au soin et au prendre-soin de ce care nous reliant au Royaume.

Sans doute n’est-il pas inutile de rappeler que les premiers disciples de Jésus ne se faisaient pas appeler chrétiens mais « le chemin ». Loin d’être une autoroute pour être fait de ces planches qui permettent de quitter la cupidité pour s’ouvrir au partage ; de celles où l’on marche pour se libérer du jugement privilégiant le pardon, ou encore de ces mêmes planches étroites où l’équilibre est toujours à rechercher afin de lutter contre la violence pour bâtir la paix.

Comment ne pas entendre, ici, la méditation de la philosophe Simone Weil : « le difficile est le chemin ».

Puis-je dire, sans être irrévérencieux, que Joseph « a charpenté son Fils ». Tous deux, habités corps et âme, ont construit ces toits qui mettent hors d’eau, reprenant les mots des hommes de l’art.

Là où il n’y a pas de toit, il n’y a pas de soi. Pour exister et faire exister, il faut des lieux sans lesquels il n’y a pas de liens.

Jésus saura parler de la demeure, non comme un espoir mais une espérance, s’ouvrant pour chacun, tous étant les enfants d’un même Père.

Les clous utilisés par le fils du charpentier et charpentier Lui-même pour bâtir, d’aucuns s’en serviront pour le crucifier sur des planches afin de le faire disparaître. Son crime : avoir ouvert un chemin vers le Royaume plutôt que de marcher sur ces tapis rouges qui ne font rougir personne, quand bien même ils se révèlent parfois des parcours de la honte, souvent ceux des illusions mortifères.

Joseph, un sage, un être d’ouverture, qui sut faire naître des possibles, alors ne nous étonnons pas qu’il soit un descendant d’Abraham, ce patriarche reconnu comme le père d’une multitude des nations.

Bernard Devert
Mars 2026

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