Conjuguons essentiel et existentiel, deux clés pour s’ouvrir à la solidarité

Les chiffres parlent, 102 000 foyers reconnus éligibles au DALO sont depuis 2008 en attente d’un logement. 16 années !

Que peut-on bâtir lorsque l’espoir est constamment déçu, d’où un ressenti amer de n’être rien ou si peu. A la perte de confiance de soi s’ajoute celle à l’égard des Institutions pour être sourdes à la détresse des plus vulnérables.

Le Haut Comité pour le Logement met l’accent sur la situation des « travailleurs essentiels » qui constituent en grande partie – et je cite – dans la population, les ménages reconnus au titre du DALO et des publics prioritaires.

Qui sont ces « travailleurs essentiels » : des acteurs de soins et de l’hygiène dans nos villes et tous ceux qui veillent et concourent à mettre en œuvre ce qui est nécessaire aux besoins de la population.

Lors de la crise sanitaire, alors que sonnait l’appel à rester chez soi aux fins de se protéger de ce virus, jusque-là inconnu, les « travailleurs essentiels » ont assumé avec panache leur engagement. Que de fenêtres s’ouvrirent pour une fête inattendue, ô combien justifiée, témoignant d’une reconnaissance authentique, accompagnée de la promesse que, désormais, ils ne seront plus oubliés.

Dans ce moment difficile, l’exigence de justice et de fraternité s’est emparée des esprits.

La crise passée, il y eut bien ici-et-là quelques améliorations, prenant conscience qu’il était difficile de demander à ceux qui avaient pris soin de nous, de ne point prendre soin d’eux.

Le point sur la situation du DALO marque combien ces « acteurs essentiels » sont encore sur le pavé, en attente d’un toit en raison d’une économie du logement, essentiellement orientée et encadrée par la logique du marché.

Allons-nous continuer à lui laisser la main, bride abattue. Certes, le marché l’est actuellement même si les prix demeurent élevés au point que le coût du logement vient empiéter, pour les plus fragiles, sur une part essentielle de leur budget, d’où un reste pour vivre trop souvent indécent.

Loger ou habiter, tel est le choix ; il est interdit pour les plus vulnérables qui doivent se contenter de ces lieux où rien n’a lieu pour être privés de cette source qu’est l’intimité, ce chez soi sans lequel il est difficile d’être soi.

Les chiffres parlent ; ils disent la souffrance des uns, l’indifférence des autres et, sans nul doute, l’urgente nécessité de repenser l’économie du logement en l’arrachant à la dimension spéculative si blessante pour la cohésion sociale.

Dans ces moments où la maladie s’approche, qui ne regrette pas de voir les soignants, ces « travailleurs essentiels », n’ayant d’autres possibilités que de se loger loin de là où ils s’investissent professionnellement. S’éveille, en ces heures, la lucidité d’une perte de la fraternité si nécessaire pour faire société laquelle, ne nous payons pas de mots, ne surgit que si nous acceptons de nous reconnaître dépendants de l’autre, des autres.

Cette dépendance est au cœur du soin et du prendre soin, cette approche du care, de ce meilleur qui, seul, converge vers l’essentiel. Si nous le retenions dans l’acte de construire, nul doute que la Cité en serait transformée.

Le DALO, ce droit opposable, vient s’opposer à ces inessentiels si encombrants ne nous interrogerait-il pas, de par ses résultats, à nous demander, comment aller plus loin pour être plus humain. Là, s’éveille l’inattendu d’une recherche existentielle qui a sa part d’essentiel ; ne la désertons pas.

Bernard Devert

Et si nous acceptions d’interroger nos engagements à la lumière de la solidarité.

J’ai le sentiment d’avancer comme un âne, pour ne point parvenir à faire bouger quelques lignes qui aligneraient deux planètes, celle des propriétaires de logements vacants et celle des personnes à la recherche d’un toit.

D’aucuns diront que, sans être à mille lieues, elles restent très éloignées. Est-ce si sûr ? Il nous appartient de ne point nous enfermer dans ce que nous nommons trop facilement le réel, cette chape permettant de prendre la tangente. Aussi, donnons-nous les moyens de rapprocher des lieux pour qu’ils donnent lieu à un autrement. Une utopie ? Si oui, faisons-là exister.

Ce possible, je l’ai évoqué dans de précédentes chroniques. Puis-je rappeler ma disponibilité pour m’en entretenir de vive voix ou par courriel. Quel intérêt de laisser un appartement vacant, toutes portes verrouillées. Inquiétude de prendre des risques ou peur de se trouver en difficulté en raison des travaux à supporter, attendu les normes à respecter, lesquelles effectivement ne sauraient être sous-estimées.

Je ne suis pas de ceux qui pensent que la solidarité c’est l’affaire des autres. Elle est la nôtre, celle d’Habitat et Humanisme. L’association se donne comme exigence éthique de ne pas dénoncer – c’est tellement facile –mais d’énoncer des propositions concrètes qui changent la donne.

En un mot, comme en cent, nous participerons, comme nous le faisons déjà, mais insuffisamment, en prenant en charge les travaux. Vous, propriétaires de ces biens qui s’abiment physiquement, confiez-nous-en la gestion. Vous n’avez aucun intérêt à ce que cette vacance perdure.

Pour quelle durée cette mise à disposition ? Celle nécessaire et suffisante aux fins de retrouver les fonds propres investis. Le loyer sera celui du logement social, nous pouvons aussi être votre locataire.

Une condition, ce bien doit être situé en ville ou dans une métropole.

Il y a huit jours nous célébrions la Pentecôte qui annihile le mythe de Babel où les mêmes restaient entre eux, se mettant à distance des plus fragiles, rejetés dans un ailleurs. Il prend désormais figure de ces tentes par milliers qui jonchent les trottoirs de nos villes alors que des logements, 320 000, sont vacants au sein des grandes agglomérations.

Ce constat est terrifiant. Insuffisantes, les indignations ; avec vous réduisons cette iniquité et même cette aberration.  

Ensemble, agissons au cœur de ce programme sachant que vous pouvez décider de vendre votre bien vacant, ou mieux de faire un apport à titre onéreux à notre foncière solidaire. Vous bénéficierez d’un avantage fiscal de 25% de sa valeur en gardant la propriété sous forme de parts solidaires, libérés ainsi de nombreuses contraintes. 

Conjointement, prenons la main sur le marché pour qu’il y ait un demain plus humain. Mon propos n’est pas celui du don qui trouve toute sa place, mais il s’agit ici d’un investissement où l’intérêt se laisse interroger par celui de l’autre, des autres.

Je me permettrai de citer le Pape François. Il note son inquiétude face à l’augmentation de l’indifférence égoïste qui fait que chacun ne s’intéresse qu’à ce qui est bon pour lui. Tout va bien, si cela va bien pour moi et quand quelque chose ne va pas, ajoute-t-il, c’est un déchaînement de colère.

L’encyclopédiste Denis Diderot ne disait-il pas : je veux être heureux mais je veux que les autres le soient aussi. Quelle sagesse et quelle ouverture, ensemble partageons les.

Au début de cette chronique, j’évoquais l’âne, symbolique de l’humilité. Peut-être serez-vous peu nombreux à répondre à cette proposition, mais si vous la retenez, elle permettra d’avancer.

Bernard Devert

Mai 2024

Attention, la mixité sociale est en danger

Il nous souvient de la réflexion de Jean Jaurès : partir du réel pour aller vers l’idéal. A l’écoute de certaines propositions et de projets de loi, la prise en compte du réel ne conduirait–elle pas à aggraver l’accablement d’une société qui n’a cure de cette exigence, alors qu’elle seule peut déchirer les ombres de l’horizon.

L’actualité politique met de nouveau en question la loi Solidarité et Renouvellement Urbains, bien connue par son acronyme SRU. Le nouveau ministre délégué au logement juge nécessaire de l’assouplir pour atténuer la grave crise du logement que nous traversons.

Une crise pour les plus précaires qui en sont les premières victimes. Cette loi du 13 décembre 2000, obtenue de haute lutte est un rempart. Insuffisant certes, mais ce n’est pas en le lézardant que la situation s’améliorera sauf à considérer que les plus vulnérables peuvent être laissés pour compte.

Quel drame, où allons-nous !

Puissions-nous entendre Paul Ricœur rappeler que l’objet de la responsabilité est le fragile, pour être confié à notre garde, à notre soin.

Quel soin offre ce projet de loi intégrant des logements intermédiaires dans le quota des logements sociaux. Le monde associatif, mais pas seulement, relève deux conséquences dommageables et iniques, le mépris des plus pauvres et une reconnaissance des élus qui se sont affranchis de la loi, préférant payer des pénalités plutôt que de construire un habitat social. Quelle iniquité ?

Auraient-ils eu raison, plus vraisemblablement la raison a déserté les cœurs.

Ce projet de loi, une mesure électoraliste qui se présente comme une attention aux classes moyennes. Si elles peinent effectivement à se loger dans les villes et les Métropoles, elles ont trop le respect de l’égalité et de la fraternité pour applaudir à cette orientation, blessante pour les valeurs de notre civilisation. Ne serait-ce pas entrer dans l’avenir à reculons pour reprendre les mots de Valéry.

Qui peut consentir sur un plan éthique que la reconnaissance du droit au logement pour tous se réalise au préjudice de ceux qui attendent longtemps, très longtemps, parfois des années un appartement décent. Quelle faute d’imaginer que ceux qui comptent déjà si peu dans la Société puissent être perçus comme une variable d’ajustement pour résorber ou atténuer la crise, alors qu’elle l’aggraverait en lui ajoutant de honteuses discriminations.

Au regard de tant d’abîmes, l’urgence est de bâtir des passerelles. La loi SRU est de celles-là pour faire exister, depuis près d’un quart de siècle, la mixité sociale, un des piliers de la fraternité.

Le 27 octobre 2023, lors du Conseil Interministériel des Villes, Mme Elisabeth Borne, alors Première Ministre, fit une annonce qui aurait mérité plus d’attention, s’inquiétant de la situation des quartiers dits prioritaires qui se meurent socialement, pour être les lieux d’assignation des plus pauvres.

La mixité sociale trouvait ce jour-là un soutien, mais en ces jours, elle est de nouveau mise à mal alors qu’elle est la condition nécessaire pour retisser des liens singulièrement déchirés.

Peut-être, sera-t-il objecté, quelle place pour les classes moyennes.

Il convient de rappeler que plus de 70 % de nos concitoyens sont éligibles aux financements aidés. Cette observation devrait se présenter comme l’aiguillon d’un marché immobilier à des coûts maîtrisés, d’où une vigilance sur les charges foncières, notamment dans les grandes villes.

Le logement représente une telle charge au sein des ménages qu’il participe à ce sentiment d’accablement.

Lutter contre la spéculation et l’enrichissement nés de l’investissement de l’Etat et des Collectivités Locales via les équipements publics, devrait trouver un consensus participant à cette prise en compte du réel, non pour le recevoir comme une fatalité, mais comme un défi à surmonter pour aller vers cet idéal souligné par Jaurès.

Cet idéal a ici pour nom, la fraternité.

Bernard Devert

9 mai 2024

L’économie sociale et solidaire doit se réveiller.

Si nos finances publiques font l’objet de déficits abyssaux, plus de 3 000 Mds €, soit plus de 115% du PIB, deux importantes agences de notation confirment la capacité de notre Pays à faire face à son endettement, l’invitant cependant à prendre des mesures pour le réduire.

Cette bonne nouvelle n’est pas étrangère à l’importance et à la qualité du patrimoine, non plus qu’au montant de l’encours de l’épargne des ménages, plus de 3 600 Mds €.

Nos gouvernants bénéficient d’un délai pour réagir, mieux agir, afin de revenir vers un équilibre à rechercher. Puisse la déchirure du corps social être prise en compte. La Nation saura-t-elle consentir à faire l’effort nécessaire pour que les plus vulnérables n’aient pas à en pâtir.

A observer non sans tristesse les tentes qui s’étalent dans nos villes et métropoles, comment ne pas voir l’urgence de mettre fin à la violence faite aux plus fragiles qui ne trouvent, quelle barbarie, d’autres places que la rue.

Quand le droit au logement est si bafoué, dans un silence inquiétant, les valeurs de la République sont singulièrement mises à mal.

Il convient de réveiller l’Economie Sociale et Solidaire. L’ESS est un des leviers pour faire reculer la pauvreté. Son encours atteint 30 Mds €, mais il ne représente désormais que 0,45% de la richesse circulante des Français, au lieu de près d’1% il y a quelques années.

Ce constat souligne une angoisse sociale, d’où une épargne de précaution, en hausse. Toutefois, la finalité de l’ESS est-elle suffisamment appréciée alors qu’elle combat les causes de la pauvreté, sans s’affranchir des intérêts légitimes, à moyen et long terme, de ceux qui, refusant d’être spectateurs du désordre social, décident d’ériger une alliance entre économie et solidarité.

Si plus de10 000 logements sont portés par Habitat et Humanisme, ils le sont par une mobilisation de l’épargne qui n’appartient pas à l’association, mais aux milliers de porteurs de parts.

Cet investissement est aussi celui de l’Etat.

Nous ne saurions oublier que les souscriptions au capital des foncières solidaires, signataires du mandat SIEG – délégation du service public – donnent droit à une réduction d’impôt de 25 % sur l’IRPP. Une aide juste, la mobilisation de cette épargne éradique l’errance aux conséquences mortifères sur le plan humain et onéreuses pour les comptes de la Nation.

Si l’ESS avait maintenu le cap des 1% des actifs circulants, 66 Mds € seraient mobilisés au lieu des 30 Mds actuels, soit 1% de la capitalisation d’Apple, ou encore un montant égal à 10 jours des actifs investis au sein des marchés boursiers.

Un réveil s’impose. Faisons découvrir l’impact social que suscite l’ESS, conférant à la fraternité une acuité nous éloignant des abîmes de la pensée déjà bien avancés.

Quelle Société pour demain. L’ESS ne peut pas être absente de la réponse.

Bernard Devert

28 avril 2024

L’accompagnement, chemin de fraternité

La richesse d’Habitat et Humanisme, toutes branches confondues, est celle de l’accompagnement. Vous agissez non seulement pour bâtir, mais pour que cet acte de construction vienne corréler les biens avec les liens.

Le mot accompagnement est ambigu, il ne saurait naturellement traduire une volonté de pouvoir sur l’autre mais une attention à l’autre, et ce quelle que soit son histoire.

Briser l’indifférence est une des conditions pour ensemble se lever, se relever.

Le devenir de l’autre fait surgir une intranquillité, sauf à ne rien voir ni entendre ? restant dans un entre-soi pour mettre hors-jeu l’idée de la différence. Il n’y a pas de plus sûr moyen pour envoyer les plus fragiles dans l’errance.

Oscar Wilde, qui après avoir connu les honneurs, fut condamné à des travaux forcés. Personne n’était venu à son procès, aucun des siens, seulement un ami, lequel lui exprima un signe si respectueux et chaleureux qu’il en garda une présence qui lui permit de tenir tout le temps de sa privation de liberté.

La mémoire de ce geste fut pour lui un accompagnement qui le mit à distance de l’abîme du désespoir.

L’accompagnement, un travail – à dessein je retiens ce mot – pour inviter celui qui l’assume à être un passeur d’espérance, comme l’ami d’Oscar Wilde, vigilant à la fragilité dans cette attention à plonger dans sa propre fragilité.

L’accompagnement, c’est risquer un détour par ce qui interroge. La vie fait des signes dans l’humilité de ceux qui savent s’incliner. La rencontre n’a lieu que si l’on se baisse.

L’approche de l’autre ne se fait pas sans un minimum d’empathie. Alors surgissent des possibles à commencer par ceux de l’échange. Eclaireront-t-ils l’avenir pour l’un ou pour l’autre ? Là se présente un inconnu dans un passage introduisant le dévoilement d’une certaine reconnaissance de l’autre et plus encore de la reconnaissance de soi.

Le chemin est parfois long, jonché d’inévitables lassitudes et incompréhensions qui conduisent chacun à des croisées ; ici on se quitte, ou bien on poursuit, mais dans ces deux approches, rupture ou continuation, quelque chose a déjà changé.

Oui, l’accompagnement est une aventure autant qu’une ouverture d’où la nécessité d’un discernement. Le passeur est parfois submergé par ce qu’il saisit de l’autre ou de lui-même pour être renvoyé à ses propres limites. Alors se dessine un appel à être, un appel de l’Etre qui, inévitablement, transforme et transfigure.

L’association Habitat et Humanisme s’est créée à partir de la rencontre d’une personne vulnérable, handicapée en raison de l’âge, qui tenta de mettre fin à sa vie faute d’obtenir un logement décent dans le quartier qu’elle habita pendant plus de 75 ans dans un vieil immeuble, frappé un jour d’un arrêté de péril.

Ce péril n’était pas seulement celui des pierres, mais le sien pour se voir oubliée ; elle avait vécu seule, personne ne lui manifestait de l’attention. Pourquoi alors vivre …

Quittant le service d’urgence où elle était hospitalisée, je me libérais dans le même temps de toute idée de gagner de l’argent via l’acte de construction, pour donner naissance à Habitat et Humanisme.

Cette rencontre fut celle d’un passage dont le passeur était celui qui était le plus fragile se révélant paradoxalement le plus créateur.

Nombreux, avons été marqués par ce téléfilm qui introduit le drame de l’autisme : tu ne tueras pas, avec Samuel Le Bihan diffusé par France 2. Magnifique plaidoirie de cet avocat qui se termine en se tournant vers l’accusé sans se détourner des jurés leur disant : vous la condamnerez à la compassion.

Tout accompagnement est recherche d’un équilibre entre justice et compassion. Justice, pour rétablir dans leurs droits ceux qui les ont perdus jusqu’à perdre l’estime de soi mais aussi compassion, ce supplément d’âme qui ne repose ni sur le juridique, ni même sur l’équité stricto sensu, mais sur une relation sans calcul ouvrant sur des espaces intérieurs protégés par la tendresse.

Ces espaces n’ont pas à être définis. Ils sont au cœur de l’accompagnement culturel, social, du soin. Peut-être avons-nous observé que la Ministre de la Santé en annonçant un financement d’1 Md € pour la fin de vie ne parle pas de soins palliatifs, mais d’accompagnement et même de maisons d’accompagnement, espaces d’hospitalité.

Qui peut vivre sans être aidé. L’interrogation fait surgir le sens profond et vital de l’accompagnement, une source de vie.

Bernard Devert
Avril 2024

La fin de la trêve hivernale, ou le début d’un drame qui s’annonce

La trêve hivernale s’achève ; elle est loin de s’ouvrir sur un printemps pour les locataires qui, confrontés à la pauvreté quand ce n’est pas la misère, risquent une expulsion accompagnée d’une angoisse lancinante : où vais-je trouver un toit.

Certes, le Droit au Logement Opposable (DALO) conduit à proposer un hébergement, mais la crise du logement que nous traversons rend pour le moins difficile l’accès à ceux qui n’ont rien ou si peu.

Je pense à ces familles monoparentales, entendez ces mamans abandonnées avec leurs enfants qui, devant déménager, s’éloignent de relations amicales souvent peu nombreuses ; dans de telles conditions, la perte du logement entraîne celle de la confiance et de l’estime de soi.

Le phénomène de l’expulsion s’aggrave puisqu’au cours de cette dernière décennie, il a augmenté de plus de 50 % ; cette année 140 000 foyers sont menacés, l’équivalent d’une ville comme Clermont-Ferrand.

En 2022, 17 500 ménages furent expulsés. Le coût du logement devient de plus en plus élevé attendu la diminution très sensible de l’APL, outre le fait que les charges énergétiques se sont aggravées ; les logements très sociaux sont trop souvent des espaces de vie onéreux, faute d’isolation. Il nous souvient du livre de Martin Hirsch : « cela devient cher d’être pauvre ».

L’expulsion est une violence susceptible d’en causer une plus grave encore avec la rue qui se profile ou des squats. Comment ne pas observer que les enfants ne sont pas épargnés : 2 800 demandes d’hébergement concernant un enfant chaque soir en octobre 2023, contre 1 700 en 2022 et 920 à l’automne 2020.

En Ile-de-France 30% du parc hôtelier est utilisé à destination de personnes sans-domicile.

Le sujet n’est pas de commenter cette sombre situation, mais de voir comment apporter des réponses d’humanité pour s’opposer à une inhumanité que rien ne semble arrêter.

Rappelons que plus de 300 000 logements sont vacants dans les villes et les métropoles, là où l’attente d’un logement est la plus forte. Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre sur quiconque, conscients que des bailleurs ont renoncé à la location pour éviter tout contentieux, n’ayant pas les moyens, ni le savoir-faire pour recueillir les subventions facilitant les travaux de réhabilitation.

Il me semble difficile de penser que nous ne trouverons pas au moins 5 % de ces bailleurs qui, aidés et sécurisés quant au remboursement de leur investissement, n’accepteraient pas d’ouvrir la porte de leur bien inoccupé.

Habitat et Humanisme s’engage auprès de l’Agence Nationale de l’Amélioration de l’Habitat (ANAH) à instruire les dossiers nécessaires à cette recherche de financement sollicitant des Services de l’Etat un concours spécifique pour faciliter le déblocage des fonds, les logements étant affectés à des familles ou des personnes isolées de bonne foi qui bénéficieraient d’un loyer relevant du Prêt Locatif Aidé d’Insertion (PLAI – 6 € du m² avant APL).

Deux garanties seraient offertes aux bailleurs dans le cadre du dispositif « Propriétaire Solidaire » : un accompagnement des locataires et une prise en charge des loyers en cas d’impayés.

Ce Temps Pascal rappelle que la mort est vaincue. Ne nous invite-t-il pas à voir comment les morts sociales peuvent être atténuées, voire effacées de par une attention à la solidarité en se laissant habiter par ce souffle de la vie, jamais étranger au goût de l’autre.

Bernard Devert
Mars 2024