Le mal-logement, une violence faite aux pauvres

Le langage parle d’un malheur, le mal-logement ; n’esquive-t-il pas facilement la violence que vivent des familles ou personnes isolées, confrontées à l’absence, à l’indécence du logement. Il est aussi de ces loyers qui, en rupture avec les ressources, suscitent des conditions de vie chaotiques.

La grande pauvreté est l’adversaire de l’accès au logement très social se révélant pour les plus fragiles un « boulevard » vers les quartiers perdus pour la République. Que de personnes n’ont d’autres choix que d’accepter des lieux qui marginalisent et ghettoïsent.

Les banlieues, quand elles sont ce lieu du ban, confèrent à ceux qui les rejoignent le statut de lointains. E-loignés, leurs habitants se pensent comme abandonnés par la Société, éprouvés par des plaies ouvertes qui fracturent la République dans son rapport aux plus faibles, alors qu’elle est une et indivisible.

Les murailles se sont installées avec des tours. Nous n’avons pas su prendre garde aux risques que faisaient courir ces constructions répétitives où les laissés pour compte sont rassemblés et entassés.

A l’ennui, né d’un chômage massif et d’un avenir manquant singulièrement d’espace, s’est ajoutée la laideur d’une « architecture-barrière » bâtie sur une idéologie, si sûre d’elle-même qu’elle a oublié qu’il n’y a d’humanité que là où l’hospitalité introduit un rapport à l’autre, notamment aux plus faibles.

Inutile d’appeler à la barre les auteurs de ces non-lieux qui ont fané l’espoir. Les jugements sont ceux de ces séparations consommées que des esprits vils et cupides se sont empressés d’exploiter au préjudice avéré de l’équilibre de la Société.

Il est tard, certes, mais ce ne saurait être l’alibi de différer plus encore l’ouverture d’un grand chantier ayant comme finalité première de se rapprocher de ceux que l’on a éloignés. La même citoyenneté n’est-elle pas la proximité fondatrice du bien commun. La fraternité ne pourrait-elle pas en être la source.

Il faut s’en approcher, d’où une politique de l’aménagement qui doit introduire des signes concrets d’un ménagement de ceux que la vie bouscule quand elle ne les dévaste pas. Ce chantier ne surgira pas par enchantement, mais à partir d’une décision de faire cesser la violence de ces iniquités et de ces éloignements qui mettent à mal la Nation.

Impensable, ou encore folie que d’imaginer ce chantier tant il est considérable. Folie plus encore que de s’inscrire dans un fatalisme qui, à coup sûr, sera le fossoyeur de l’intérêt général. A trop le gommer, la démocratie s’abime et les valeurs de notre civilisation s’érodent.

Edgar Morin écrit très justement : je n’ai vécu que dans l’inattendu et l’habitude des crises. En ce sens, je vis une nouvelle crise, énorme, qui en a toutes les caractéristiques … D’un côté, elles suscitent l’imagination créative et de l’autre côté, des peurs et des régressions mentales. Il nous faut apprendre à vivre, ajoute-t-il, avec l’incertitude, c’est-à-dire avoir le courage d’affronter, d’être prêts à résister aux forces négatives.

Le Petit Prince peut nous aider : « je cherche les hommes ». « Que signifie apprivoiser ». C’est une chose trop oubliée. Ça signifie, créer des liens.

Ces liens percent les murailles, font tomber les indifférences. C’est là, que se jouent vraiment les « jours de l’après’ » ; ils surgiront si nous avons le courage de donner le primat à l’intelligence du cœur.

Cette perspective, quelles que soient nos sensibilités, nos philosophies, il faut la rendre possible. Nous l’évoquerons dans nos prochaines chroniques.

Merci pour votre attention.

Bernard Devert

Février 2021

2021, une ouverture, non pas une réécriture

Tournons la page.

Celle de 2020 sans regret s’efface. Aux vaccins mobilisés dans un temps jamais obtenu dans l’histoire, s’ajoutent maintenant d’autres soins pour se défaire des dommages collatéraux que le virus a causés sur le plan économique et social.

Ouvrons la page.

Quelle page, celle de la fin de ces attentes que vivent trop de personnes en souffrance, suspendues à un appel, un écrit pour trouver un toit, un travail. Que d’espoirs sans lendemain ! Ils usent et font que le temps semble s’arrêter, alors que pour d’autres, il court sans trop savoir si c’est lui ou si c’est nous qui le précédons.

Ouvrons une page.

Une page blanche, un vide, non, l’espérance que notre écriture sera nouvelle pour renouveler les perspectives. Vous allez me dire : un vœu. Non, une détermination à chasser l’ennemi qu’est la misère, un inacceptable si facilement toléré.

L’écriture serait celle d’un enfant. J’entends votre propos : soyons sérieux. Oui, mais comme l’est le Petit Prince. 2021 sera alors le rendez-vous de ces fameux jours de l’après-crise, annoncés urbi et orbi comme devant être différents de ceux d’avant. Qui nous en empêche, personne. Ne sommes-nous pas les uns, les autres, des acteurs, mieux, les créateurs d’un possible ‘autrement’.

Qu’allons-nous décider. A cette première page blanche, donnons un titre : « vers la fraternité ». Il ne nous est pas demandé de parvenir au sommet, plus simplement de nous mettre en marche.

Ouvrons la page.

Il ne s’agit surtout pas de répéter. Alors discernons entre ce qu’il faut poursuivre et abandonner pour changer et faire changer.

Gardons en mémoire la réelle solidarité qu’a suscitée la crise sanitaire avec les soignants. Ils sont las, mais ils tiennent ; ils sont debout pour que nous le demeurions.

A notre tour, veillons à ce que cette nouvelle page soit celle d’un soin partagé. N’est-ce pas cela se faire proches de ceux touchés par le mal, l’isolement, le chômage, l’absence ou l’indécence du logement, ou encore la barbarie, mettant tant de femmes et d’hommes sur les chemins de l’exil.

Que de maux à soigner dans l’urgence plutôt que de risquer la non-assistance à personne en danger en prenant le temps de se laisser interroger sur le pourquoi de ces situations. L’heure n’est pas tant de s’asseoir à une table de travail, réfléchir, lire alors que, pendant tout ce temps, des femmes et des hommes souffrent et parfois meurent désespérés.

Ouvrons la page.

La page qui va nous conduire comme le Petit Prince à dessiner. Quel dessin, celui de passerelles, de ponts, d’aqueducs pour aller vers ceux qui manquent de cet essentiel, qui n’est pas seulement un bien, un toit, mais un manque de respect, cet autre virus destructeur qui fait peu parler de lui pour nous avoir bâillonnés.

Cette autre épidémie ne s’attaque qu’aux invisibles. Aussi, les soignants restent dans l’ombre, se glissant dans la nuit avec les maraudes, signes d’une humanité qui refuse de s’endormir devant le malheur innocent.

Quand viendra l’heure de tourner cette dernière page, nous garderons dans le cœur ce qui ne se voit pas, ou si peu mais qui, seul, compte. Non pas ce grand livre qui voudrait tout comptabiliser mais ce petit livre immense, un écrin de tous les récits de vie, se révélant la parole du cœur. Secrètement, elle nous apprend à parler autrement.

Ainsi, progressivement nous deviendrons des analphabètes de la langue de bois qui n’a plus sa place devant des situations qui n’ont que faire des jugements qui tombent, la seule décision qui importe étant de relever les défis qui nous élèvent vers cette humanité recherchée.

Bernard Devert
Janvier 2021

2021, habitons la promesse de ce que nous sommes appelés à devenir.

Une année nouvelle ! Une chance pour être une invitation à regarder l’horizon en ne le mettant pas sous surveillance par pessimisme ou à raison de ces déterminismes qui en brisent la lumière.

Quelle lumière ? La liberté, un appel à construire, à créer.

Thérèse d’Avila disait qu’elle n’avait fait que commencer et que ceux qui suivront devraient apprendre à commencer. L’expression est juste pour ne point se laisser enfermer dans des certitudes qui restreignent les espaces de vie, laissant des angles morts habités par des mots destructeurs : rien de nouveau sous le soleil, tous pareils, quand il n’est pas ajouté des qualificatifs plus dommageables encore.

Etre libre, c’est faire du neuf.

Ce neuf confère aux convictions qui nous habitent, une place privilégiée. N’est-ce pas cela l’espoir, plus encore l’espérance, loin d’être une projection du futur mais le « ici et maintenant » de ce que nous croyons comme meilleur.

René Char disait : « va vers ton risque, à te regarder, ils s’habitueront ».

Qui ne se souvient pas de ces mots de Barack Obama, Premier Président noir Américain, qui osait cette parole ouvrant le champ des possibles : « Yes, we can ». Nous le pouvons. Sans doute, nous le devons à nous-mêmes et aux autres.

Etre libre, c’est choisir la vie, par-là même, s’éloigner des médiocrités qui concourent à de telles ombres que, non seulement, elles mettent sous surveillance la lumière, mais assignent l’esprit à la captivité.

La liberté est inhérente à la vie. Exister, c’est être créateur de sens, privilégiant l’infini sur le fini, la capacité de faire changer pour saisir que le premier changement à opérer est en nous-mêmes. L’homme n’est vraiment homme que s’il est source de liberté.

Choisir la vie, ce n’est pas être dans l’attente d’un espace de retraite, fût-il céleste. Le ciel n’est pas cela. Il est un cœur qui vit. L’acte d’aimer n’est pas un sentiment qui passe, mais une détermination jaillissante du partage. Le don n’est pas un abandon mais la semence qui fertilise la vie, lui conférant le dynamisme de la joie.

Vivre, c’est partager. Alors la fraternité ne sera pas une valeur oubliée, sombrant dans un écho lugubre et répétitif, mais s’exprimera comme un chœur où les voix différentes concourent à une symphonie, jamais achevée, toujours reprise et enrichie se révélant ce qu’elle est, l’inouï d’une attente, née de ce passage du soi à l’entre soi.

Faire du neuf dans l’économie répond à de réelles attentes avec déjà des innovations inespérées, tels l’investissement socialement responsable ou encore l’entreprise à mission. Que de nouveautés ! Hier, des utopies, aujourd’hui, elles sont le signe d’une Société qui commence à privilégier un avenir pour tous, tant lui sont insupportables ces abimes contre lesquels se fracasse la fraternité.

Oui, se dessine un réel espoir de voir la confiance mettre hors de nuire la délétère défiance.

Quelle fierté de vivre pour se situer résolument du côté de la promesse de ce que nous sommes appelés à devenir.

Dans cette perspective, comment ne pas souhaiter une belle année, non pas d’abord des vœux, mais ce « je veux » engagé et partagé d’un monde plus humain.

Les mages, ces savants qui ont la sagesse de la simplicité

Les mages, ausculteurs de la voûte céleste, ont un tel sens de l’immensité du ciel que leurs cœurs sont préparés à la rencontre de l’infini.

L’étoile les accompagnera jusqu’à la crèche. Hommes habitués à regarder vers le haut, ils vont découvrir qu’il est de ces moments si essentiels dans l’histoire que la seule posture authentique est de se lever, puis de se mettre à genoux.

Tout Jérusalem, nous dit Matthieu, est troublé, plus encore celui qui a les clés de la cité, Hérode, qui s’émeut à la question des sages : « mais où est le roi des Juifs qui vient de naître ? »

Cette naissance ne devrait-elle pas réjouir s’agissant de la vie, et quelle vie !

Or, elle assombrit Hérode, atterré, tremblant à l’idée qu’un enfant pourrait le détrôner. N’est-ce pas le propre des tyrans qui, toujours, tirent tout à eux-mêmes, ne voulant en aucune façon se confronter à un possible partage tant leur pouvoir absolu les rend absolument ivres de leur puissance, fût-elle illusoire et précaire.

Où est le roi des Juifs ?

Les mages ont découvert l’Enfant Dieu dans l’incognito et dans un lieu inacceptable, une étable, où naît l’impensable.

A leurs questions, ces sages ont trouvé la réponse : la confiance ; elle les accompagnera quand bien même leur histoire serait traversée par le doute et les inquiétudes qui jonchent le parcours de toute vie.

Cette lumière de la foi n’a aucune comparaison avec l’or qui ne brille que pour ceux qui veulent se protéger, privilégiant les coffres forts plutôt que la fragilité. La myrrhe et l’encens, pour quoi faire ? Ces deux symboliques du divin sont devenues sans objet pour ces astrophysiciens qui ont découvert une nouvelle planète, celle du cœur.

Il nous souvient de l’échange si décevant pour Le Petit Prince avec l’homme tout affairé et encombré de ses richesses :

  • que fais-tu de ces étoiles .
  • ce que j’en fais ?
  • rien je les possède.
  • tu possèdes les étoiles ?
  • oui.
  • et à quoi cela te sert-il de posséder les étoiles ?
  • ça me sert à être riche.
  • et à quoi cela te sert-il d’être riche ?
  • à acheter d’autres étoiles, si quelqu’un en trouve.

Les mages ont trouvé une nouvelle étoile qui ne s’éteindra pas. Plus encore, ils se sont laissé habiter à Bethléem par cette maison du pain, partage du pain de vie.

Ce pain – qui a le goût de l’infini, de l’éternité – les hommes de bonne volonté, comme ces mages, savent qu’il ne manquera plus.

La route peut être plus longue mais, comme le Petit Prince, ils savent qu’à aller droit devant soi on ne peut pas aller bien loin. Aussi, se détournent-ils de tous ces palais abritant les angles morts, occupés par ces Hérode qui érodent l’essentiel pour posséder encore toujours plus de biens qui font que trop de nos planètes sont captives de liberté et de sens.

Heureusement, il y a ces femmes et ces hommes qui refusent la cupidité, mère de la violence, pour prendre les chemins de liberté et de générosité, étoilés par la fraternité.

Bernard Devert

31 décembre 2020

L’économie solidaire, un nouvel équilibre pour un demain plus humain

Le tsunami sanitaire a provoqué un choc, tant il était inattendu. Soudain, il a fallu s’arrêter, se mettre à l’abri de la Covid 19, ennemi invisible et funeste. Où est l’homme augmenté se masquant et se cachant pour se protéger. L’humilité, parfois oubliée, a pris une place inattendue.

Comme dans toute crise, l’intelligence a suscité des avancées en termes de solidarité et du prendre-soin de l’autre. Que de mesures, hier, jugées impensables ou irréalistes, se sont imposées.

L’Europe en crise, une solidarité s’est fait jour, lui redonnant sa raison d’être et par-là même un avenir.

La crise fit sortir de l’ombre les invisibles, mettant en évidence l’abîme entre eux et nous. Les soignants surent prendre des risques ; ils laissent une ‘pierre blanche,’ à partir de laquelle la Société du prendre-soin se bâtit.

Que de créativité dans le champ économique, témoignant de l’intelligence de l’autre avec la loi PACTE, et des dispositifs comme le livret de développement durable et solidaire, l’épargne salariale et les retraites solidaires ou des initiatives, comme l’Entreprise des Possibles.

L’économie solidaire, attentive aux impacts sociaux, apporte un soin à la cohésion sociale en souffrance. Je relève deux mesures, l’une déjà engagée et l’autre en balbutiement qui toutes deux reposent sur l’idée d’un moins pour un plus, recherche d’un nouvel équilibre.

  1. Moins de charges énergétiques pour libérer un pouvoir d’achat

Le Mouvement Habitat et Humanisme est déjà très engagé, bénéficiant du soutien appuyé de M. Philippe Pelletier, Président du Plan Bâtiment Durable, créé il y a 10 ans sous l’égide de M. Jean-Louis Borloo.

La diminution des charges énergétiques, outre qu’elle protège la planète, augmente ipso facto le reste pour vivre, ô combien important pour les personnes vulnérables, à l’heure où la grave crise sociale corrélée à la crise sanitaire, les touche durement.

Le plan de relance de l’Etat prend en compte cette absolue nécessité, une chance pour mettre en œuvre un partenariat public/privé pour aller plus vite et plus loin. La mobilisation des crédits n’est pas une charge mais un investissement.

  • Moins d’impacts fonciers sur le logement social pour plus de financements des mesures d’accompagnement

La crise du logement s’aggrave. Les charges foncières augmentent au sein des grandes métropoles, d’où un coût du logement – fût-il social – qui fait que les plus pauvres en sont souvent éloignés. Un comble !

Le foncier est une barrière au logement très social, le démembrement, seul, la lèvera en apportant une avancée sur deux plans :

  • L’un, pour refuser de considérer la pauvreté comme une fatalité. Si l’acte de bâtir est compris comme un acte du prendre-soin, alors il participera à remettre l’homme debout. Là où s’établit la confiance, les relations sont transformées ; s’éveille alors l’estime de soi, condition nécessaire pour quitter le champ de l’assistance, non pour la supprimer mais la réserver là où il y a des périls. Le sans-abrisme est de ceux-là.
  • L’autre, pour entrevoir le logement social, non comme une fin mais un moyen. La variable de l’occupation est le temps nécessaire pour que l’occupant parvienne à l’autonomie, dès lors que lui est assurée une formation adaptée à ses potentialités, en vue d’une intégration réussie.

Assez de ces programmes sociaux qui nécrosent l’avenir pour ajouter de la pauvreté à la pauvreté. Un échec quasiment assuré pour les exilés vers ces logements mais aussi pour la démocratie. Terrible, cette observation que les territoires sont perdus pour la République. Ce constat ne relève pas d’un traitement palliatif, mais d’un traitement de choc. L’habitat en est la clé et l’usufruit le remède.

Alors des foyers fragilisés pourront trouver place dans des quartiers socialement équilibrés. Beaucoup ne demandent pas un logement social définitif mais un logement accompagné, témoin d’un réveil des talents.

L’homme passe l’homme, le croyons-nous vraiment.

La priorité est moins de charges foncières (d’où l’usufruit) pour plus d’investissements au bénéfice de la personne.

Créativité et partage sont les chemins d’avenir.

Bernard Devert

décembre 2020

Ces jours qui nous appellent à être des veilleurs

« Veillez ».

Cet appel trouve une singulière acuité en ces temps chahutés par de tels désordres sanitaires et sociaux que bien des données sont bouleversées et bouleversantes pour ceux confrontés à la pauvreté.

L’avenir est incertain. Il n’est pas inexorablement sombre. Voyons dans cette crise des brèches qui sont comme des fenêtres. A les ouvrir, peut-être notre regard se modifiera-t-il si nous voulons bien l’aiguiser par une posture de veille.  

Que de crises conduisent les veilleurs à susciter de nouveaux possibles !

Veiller, ce n’est point avoir un regard nostalgique sur ce qui fut et s’efface progressivement, mais concourir à faire du neuf. Qu’en est-il en ces heures ? Il existe, avec, par exemple, l’attention portée aux investissements durables venant soutenir la transition écologique.

Au cours des deux premiers mois de l’année – qui n’étaient pas encore marqués par la trace d’un funeste virus – que de demandes sociales sont restées sans écho. Une veille bruyante qui s’est terminée par un mutisme qui a abimé le climat social.

La pandémie installée, s’est éveillé un inespéré se traduisant par ce ‘quoi qu’il en coûte’, le primat de la vie l’emportant sur toute autre considération.

Une veille s’est fait jour. A celle des soignants, s’est ajoutée une avancée sur le plan éthique et géopolitique conférant à l’Europe une solidarité qui n’est pas sans lui redonner sa raison d’être.

Ainsi a surgi un réveil marqué par un espoir partagé. Ces jours de l’après, disions-nous. La frugalité s’est imposée. L’avidité est mise au pas pour être reconnue comme l’un des excès, dans ce désir de puissance du ‘tout’ et du ‘tout de suite’, imputables pour partie à la crise sanitaire.

Veiller, c’est prendre le temps du discernement. N’offre-t’il pas la surprise d’une intériorité, jamais indifférente à un réveil, d’où des déplacements inattendus intervenant alors que le coronavirus nous mettait tous à l’arrêt.

De ce voyage intérieur, nous comprîmes mieux que nos citadelles, refuge de nos peurs et de nos crispations, se lézardaient ; une lumineuse fragilité a réveillé le passage des certitudes aux convictions.

Veiller pour apprendre à tenir dans l’épreuve, à recueillir ce qui est juste pour ne point confondre sincérité et vérité, et débusquer le relativisme dans ce qui est présenté comme un absolu alors qu’il n’est qu’annonciateur, au mieux, de fidélités successives.

Dans cette veille est apparue la folie de ces heures de tranquillité illusoire, nous éloignant du réel au lieu de donner la préférence au virtuel glacé qui voudrait faire oublier les souffrances de tant de nos frères aux prises avec la misère. Nous n’aimons pas ce qui peut nous faire douter de nous-mêmes.

Comment ne pas entendre ici Nietzsche : « ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou ».

L’avenir ne serait-il pas à imaginer dans l’émerveillement qui envahit le cœur lorsque nous regardons un petit enfant dormir. Qui n’a pas été saisi par l’innocence du visage. Le dur alors craque. Vient la question, que va devenir cet enfant et quelle société lui laisserons- nous. Les certitudes se dissipent ; quelque chose en nous mouille à la grâce, pour reprendre le mot de Péguy.

Un réveil inouï !

Kant a cette suggestion qui n’est pas indifférente à la veille : « agis de manière à toujours traiter l’humanité, soit dans ta personne, soit dans celle de l’autre comme une fin, jamais comme un moyen ».

Cette fin n’est pas un terme, elle est un appel à saisir la dynamique d’une fraternité. Là, s’éveille une ouverture née du rayonnement diaphane d’une présence infinie, présence de l’autre, reconnue parfois comme celle du Tout Autre.

Il s’agit de quitter ce que nous croyons être qui, finalement, se révèle un paraître. Alors, nous pouvons sortir de nos torpeurs, lit de bien des erreurs et parfois des horreurs pour ne point s’être laissé réveiller par l’inacceptable.

Veiller, une belle aventure pour une humanité transformée et suffisamment humble pour ne point se penser comme augmentée.

Bernard Devert

30 novembre 2020