Le Plan Bâtiment Durable, un instrument vital pour combattre la précarité énergétique

Un comité stratégique, constitué d’une petite équipe ayant une grande vision de l’habitat durable, mène un combat depuis 10 ans pour lutter contre ces ‘passoires énergétiques’ que sont les immeubles hébergeant les plus fragiles.

Les actuels mouvements sociaux rappellent les inégalités dont l’une d’entre elles concerne le logement inabordable pour les plus pauvres, souvent pénalisés par le fait que leurs logements n’ont aucune protection contre le gaspillage de l’énergie.

L’observation n’est pas marginale : 12,5 millions de nos concitoyens sont touchés par la précarité énergétique ; plus de 500 000 foyers, dans l’impossibilité de régler leur facture énergétique, subissent des coupures de gaz ou d’électricité ; 5,5 millions de nos concitoyens dépensent plus de 10 % de leurs revenus pour se chauffer.

Philippe Pelletier, qui préside depuis son origine le Plan Bâtiment Durable, anime une équipe déterminée à atténuer la fracture sociale en réduisant la facture énergétique.

Ce sont les bâtiments les plus anciens et vétustes construits avant 1975 qui hébergent les plus fragiles, ceux-là mêmes dont le reste pour vivre est inexistant à compter du 20 du mois, parfois plus tôt encore. Quand on sait que les plus vulnérables sont souvent des mamans isolées avec des jeunes enfants, le constat fait froid dans le dos !

Or, la réduction des charges entraîne mécaniquement une augmentation du minimum vital. C’est dire l’importance sociale de cet engagement contributif à la réduction des émissions de carbone dont l’habitat est le 1er responsable.

Les logements représentent 42% des consommations d’énergie ; aussi, est-il vital, pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et améliorer la qualité de vie des citoyens, de faire de cette maîtrise énergétique un enjeu majeur et prioritaire.

Il convient de se rappeler que, si le loyer est soutenu par des aides au logement – qui, malheureusement ne sont pas à la hauteur espérée en faveur des plus vulnérables – les charges sont supportées intégralement par les occupants.

Réduire la fracture sociale, c’est œuvrer pour une politique instaurant la mixité facilitant le vivre-ensemble ; encore faut-il que le coût du logement, à l’épreuve des charges, rende caduque une telle perspective.

Philippe Pelletier, pour le 10ème anniversaire du Plan Durable, a présenté un ouvrage collectif, écrit par des acteurs construisant des bâtiments responsables pour une ville responsable. La préface de Jean-Louis Borloo traduit bien les enjeux.

Le grand débat national doit prendre en compte cette urgence. Il en va du respect de ceux qui, confrontés à des difficultés majeures, luttent pour ne pas sombrer.

La maîtrise de l’énergie, une double urgence pour réduire les gaz à effets de serre et réchauffer la planète cœur.

 

Bernard Devert

Février 2019

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Du mal-logement au ‘mal-vivre’

Le mal-logement s’invite dans l’actualité avec le rapport de la Fondation Abbé Pierre, présenté ce 1er février.

Ce mal serait-il inguérissable pour devoir le dénoncer constamment depuis 65 ans, à la suite du célèbre appel de l’insoumis de Dieu en 1954. Le sujet n’est pas le mal-logement, mais les personnes qui ont mal. Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’un toit décent n’est pas au rendez-vous de l’existence, ou qu’il faille attendre 10 ans pour l’obtenir !

Des milliards au niveau de l’Etat et des millions par les Collectivités locales sont investis dans le logement social, alors que la crise perdure et même s’aggrave. La Ville de Paris en 2018 a fait un effort important (500 M€) comme les métropoles. Qui gagne, la spéculation immobilière.

Il n’est pas raisonnable de poursuivre ainsi ; les experts sont plutôt pessimistes quant à l’avenir. Le mal serait-il endémique ? Non, le diagnostic est mal posé, faute d’une réelle politique de l’aménagement du territoire avec, pour conséquence, un exode dévitalisant les petites et moyennes villes qui n’ont d’autres défenses que de mettre des panneaux à vendre ou à louer. En d’autres termes, c’est fini.

Ce triste exode enrichit-il la capitale et les grandes métropoles ; en tout cas, il participe largement à une capitulation que traduit le vocabulaire d’une fraction des classes moyennes ; elle ne parle plus de ses revenus mais de son reste à vivre, reprenant l’expression des plus fragiles, lesquels sont encore plus invisibles, absents du ‘grand débat national’.

Quelle que soit la qualité de la politique du logement d’abord, le logement social est inabordable. Un comble ! Aurions-nous perdu le sens des réalités pour ne pas nous laisser interroger par des alternatives possibles.

Il nous souvient que la ‘Dame de fer’, Madame Thatcher, disait qu’elle ne voyait rien entre les individus et la Nation, sauf le marché, là où les forts gagnent et les faibles disparaissent. Une quasi-unanimité d’entre nous ne veut pas de cette approche et pourtant que voyons-nous, un marché de l’immobilier qui abandonne 15% de la population. Insupportable !

Ce constat souligne la difficulté de faire société, d’où une solitude qui augmente, participant à la société du vide.

L’urgence est de mettre en œuvre un pacte d’urbanisme avec les maires des moyennes et petites villes, en concertation avec les représentants de l’Etat, les présidents des métropoles et les partenaires sociaux avec un impératif, une industrialisation bénéficiant aux villes trop longtemps délaissées.

Cette semaine, une des grandes figures du monde économique, M. Alain Mérieux, a lancé un appel pour lutter contre la pauvreté, via l’entreprise des possibles. Il a reçu un écho favorable. Les énergies qui se font jour pour plus d’équité doivent être accompagnées de la recherche d’une plus grande harmonie au sein des territoires, observant par exemple que le Président de la Métropole du Grand Lyon s’inquiète de cette nécessaire régulation.

La distance entre Lyon et Saint Etienne est seulement de 60 km mais, dans cette dernière ville au beau passé industriel, que de logements vides ! Le marché s’est effondré. Le coût d’acquisition d’un logement en centre-ville est inférieur de plus de 3 fois à celui pratiqué dans la capitale des Gaules.

Certes, le transport est essentiel à la réussite de ce pacte. Il coûtera infiniment moins cher que les investissements projetés dans les métropoles. Les temps et les conditions de déplacements ne sont pas étrangers au mal-vivre. Ne pas le reconnaître, c’est être sourds à la plainte de bien des habitants des banlieues qui s’interrogent sur le respect qui leur est réservé

Le ‘grand débat’ a remis au centre de la vie politique les maires qui ont une connaissance fine de leurs territoires, de leurs potentialités.

Naturellement il faudra du temps, mais rester indifférents à cet exode, c’est fermer les yeux sur une violence faite à ceux qui n’en peuvent plus du métro-boulot-dodo. L’heureuse quête de sens, qui transparaît dans les attentes, doit être suivie d’une meilleure attention au bien–être. Seule, une réelle politique de l’aménagement du territoire y concourra. En aurons-nous l’audace et la volonté.

 

Bernard Devert

Février 2019

Le grand débat national, une chance pour revisiter la finance solidaire

Les iniquités sociales s’invitant avec force dans l’actualité, le Président de la République a suscité un grand débat national. L’objectif est de rechercher une participation plus directe à la vie politique et une atténuation de disparités insupportables.

Il serait judicieux que dans ce débat soit revisitée la finance solidaire pour lui donner la place qui devrait être la sienne.

L’argent facilite l’entraide immédiate mais il est un moyen et une chance de transformer la société ; la finance solidaire est un des leviers du changement.

Certes, la difficulté est qu’il ne change pas de main et que même il a une propension à rester dans les mêmes mains. L’année 2017 a connu un « boum » du nombre de milliardaires : un nouveau tous les deux jours. Est-ce le signe d’une économie prospère, s’interroge l’ONG Britannique Oxfam, non répond-elle, le symptôme de l’échec du système économique, du moins de sa répartition.

80% de la richesse mondiale est entre les mains du 1% des plus riches. L’argent circule mal, d’où cette iniquité, même si le nombre des plus pauvres a été divisé par deux entre 1990 et 2010 ; il décroît encore, mais plus lentement. En revanche, les revenus des salariés ‑ au cours des 10 dernières années ‑ ont augmenté en moyenne de 2% par an, alors que la fortune des milliardaires s’est accrue de 13 %, 6 fois plus !

L’urgence est celle d’une meilleure répartition. C’est là que la finance solidaire a un rôle à jouer pour bâtir des ponts entre ceux qui n’ont rien et ceux qui, ayant beaucoup, pressentent que cela ne peut pas durer.

La première force dans le monde, c’est l’habitude ; pour s’y opposer, il convient de se laisser habiter par un discernement aux fins de briser les servitudes.

Il est clair que la fonction de l’épargne, lorsqu’elle est autocentrée sur elle-même, suscite des fractures sociales béantes dont les plus riches se protègent par des murs. Il n’y a pas que Wall-Street, il y a aussi les paradis fiscaux et des fiscalités impropres auxquels sont assujettis les Gafa, l’acronyme désignant les 4 entreprises les plus puissantes du monde.

Le Gouvernement français s’inquiète de cette inégalité sans être suivi, comme on pourrait le souhaiter, par d’autres membres de la Communauté européenne, notamment l’Allemagne.

Les excès n’ont pas d’avenir, d’autant que la réflexion sur l’éthique progressant – réjouissons-nous – il apparaît nécessaire de trouver une plus grande régulation, telles par exemple les rémunérations : qu’est-ce qu’un salaire juste ?

La connaissance, condition d’un meilleur partage, suscite bien des interrogations : que devons-nous faire ; qu’est-il possible de changer. Là intervient comme réponse possible le développement de la finance solidaire, créatrice de sens, réunissant des acteurs qui ne veulent pas simplement gagner pour leur propre maison mais participer à la construction de la « maison commune » ; ils sont plus nombreux qu’on ne le croit.

Il est toujours possible de dénoncer les riches, mais ne serait-il pas plus réaliste de mieux faire connaître la finance solidaire qui, dans sa part de gratuité, prend en compte celle de la pauvreté.

Que représente la finance solidaire : 0,23% du patrimoine des français. Un passage à 5 % changerait la donne pour combattre les iniquités. Ce demain de l’économie doit être avancé à aujourd’hui.

La génération qui monte n’est pas matérialiste, elle veut créer du sens. Des chaires de l’économie sociale sont désormais existantes dans les Grandes Ecoles et Universités.

Une grande banque Swisslife et le Cabinet d’Ingénierie Cedrus viennent de mettre en place un fonds où 20 % des sommes collectées sont investies dans l’acquisition de logements mis gratuitement à disposition pendant 15 ans d’associations, le Samu Social et Habitat et Humanisme.

Une telle perspective n’était pas imaginable, il y a seulement 5 ans. Une économie ‑ pas toute bien sûr ‑ mais une forme d’entre elle, et pas des moindres, s’implique désormais dans le champ de la fraternité.

Habitat et Humanisme a créé deux Foncières qui, promouvant la finance solidaire, logent des familles qui n’auraient jamais pu envisager habiter les quartiers où elles résident. Quel bénéfice ? la disparition à terme des ghettos de pauvres. Il faut poursuivre.

Oui, la finance solidaire est un vecteur de transformation sociale, l’heure est d’y participer.

 

 

 

Bernard Devert

Janvier 2019

 

Donner cœur et voir avec cœur, les conditions du changement

Au moment où est projeté sur les écrans, Les Invisibles, la Mairie de Paris, dans son programme réinventer Paris, met en lumière l’attention aux personnes fragilisées, en cohérence avec l’ouverture de la maison commune à des femmes victimes de l’indifférence jusqu’à n’avoir point de toit.

Habitat et Humanisme a l’honneur de se voir attribuer la réhabilitation de logements sociaux sur la place des Vosges, un site magnifique, accessible aux personnes aisées, influentes sur le plan économique, politique et médiatique.

Des invisibles trouveront une place dans un espace qui demeurait jusque-là impensable pour eux.

La Société a besoin de symboles. Cette opération met en exergue une avancée de la fraternité ; l’heure n’est pas de la bouder.

Le ‘grand débat national’, dès la première rencontre, fit remonter combien était insupportée la fracture sociale et son violent ressenti d’iniquité. Jacques Chirac, déjà en 1995, promettait d’en découdre avec cette déchirure qui ne fut pas étrangère à son élection.

L’eau a coulé sous les ponts. Combien de naufragés sont emportés par cette fracture sociale, une colossale facture pour la Nation et un gâchis inestimable sur le plan humain.

Il serait injuste de penser que le législateur n’a rien fait. La loi SRU du 13 décembre 2000, notamment son article 55, la loi Egalité et Citoyenneté du 27 janvier 2017, la loi ELAN du 13 décembre 2018 concourent à réduire des inégalités. Force est de constater que le législatif a des effets, pour le moins relatifs face à la peur du changement et aux crispations. La place des Vosges est à cet égard une petite lumière d’ouverture.

Le plan pauvreté de M. Emmanuel Macron met une priorité sur l’enfant afin que son avenir ne soit pas détruit. Cependant, si cette juste attention n’est pas suivie d’une politique de l’aménagement du territoire, les quartiers pauvres abriteront longtemps encore les ‘invisibles’, observant leur absence dans ce mouvement secouant le Pays.

Le film « Les Invisibles » de Louis-Julien Petit se termine par l’évacuation de ces femmes au motif que l’accompagnement proposé ne correspond pas aux normes administratives. Quand comprendra-t-on que, seul, le cœur suscite le champ de nouveaux possibles.

Les forces de l’ordre venues accompagner l’expulsion regardent, médusées, ces femmes quitter joyeusement l’espace où elles ont retrouvé la fierté d’exister, l’estime de soi ; rien ne pourra leur enlever ce trésor qu’elles ont recueilli de haute lutte. Le désordre a changé de côté.

« Ô fraternité, quand tu nous tiens, l’audace nous étreint ».

Bernard Devert

Janvier 2019

Le débat qui s’annonce, une possible chance pour la cohésion sociale.

Alors que les actifs financiers s’agrègent entre de mêmes mains, le bien commun se délite. Nous assistons à une montée des individualismes consécutive, pour partie, aux ruptures d’équité favorisant la poussée des populismes.

Le coût du logement dans la capitale et les grandes métropoles a augmenté ; il devient inaccessible aux classes moyennes. Que de dépenses incompressibles font que le revenu médian, au cours de ces huit dernières années, n’a pas progressé (20 370 € en 2008 contre 20 500 € en 2016) alors que les charges ont explosé.

Le chômage massif a tétanisé le marché de l’emploi. Si la croissance a eu des embellies, force est de constater qu’elles n’ont pas duré.  Vaclav Havel s’interrogea : « Pourquoi tout doit-il augmenter constamment ? pourquoi l’économie, l’industrie, la production doivent-elles croître ? »

L’idée de cette croissance fait de nous des captifs. Comment aborder cette question sans qu’elle se présente comme une injure à l’égard de ceux que la misère gifle, engloutis par la fracture sociale dénoncée depuis 30 ans sans que le sujet, maintes fois abordé, n’ait reçu de réponse satisfaisante.

Des politiques se sont défendus, prétextant que tout ce qui pouvait être entrepris l’avait été. De tels propos signent un découragement, destructeur d’un avenir plus juste. A qui alors s’adresser. Ne nous étonnons pas de la crise de la représentativité conduisant une partie de l’opinion à demander une participation plus directe à la vie de la Nation.

Les risques d’un tout, ‘tout, de suite’ peuvent être patents pour ne pas donner au temps la chance d’un recul facilitant la réflexion. Les référendums ne sont pas sans danger de manipulations.

Le sentiment avéré que l’ascenseur social ne fonctionne plus, que les chances de vivre mieux se détériorent a suscité ce mouvement des Gilets jaunes, un cri d’angoisse accompagné d’une libération de la parole.

Le procès intenté par la Parole libérée au motif du silence de l’Eglise, est un refus du mutisme des Institutions. A trop se protéger, elles n’entendent pas ou peu le cri des pauvres, d’où le surgissement d’une parole pour le respect des plus fragiles.

La fin du procès s’est terminée par un inattendu. Il mérite d’être salué. L’Evêque auxiliaire, premier collaborateur du Cardinal Philippe Barbarin, Monseigneur Emmanuel Gobilliard s’est adressé aux deux cofondateurs de l’association « La Parole libérée », Alexandre Dussot-Hezez et François Devaux. Merci, leur a-t-il dit, d’avoir secoué l’Eglise car il y a des dysfonctionnements, des difficultés. Il faut que l’on change. Une grande émotion a étreint ces hommes. Quand la parole se libère, une guérison s’opère.

Victor Hugo aimait à dire à propos des morts « ils m’entendent et je les entends ». Ce que nous croyons aujourd’hui mort ne devrait-il pas nous conduire à entendre un appel à vivre autrement. Il me souvient de ce chef d’entreprise touché par un cancer qui entre à l’hôpital pour ses soins. Il manifeste son exaspération pour devoir partager sa chambre avec un autre malade, qui plus est, pauvre ; aussi recule-t-il. L’oncologue lui rappelle que combattre le cancer est une lutte avec cet autre ennemi, le temps.

Quelques jours plus tard, il me dira qu’il lui a fallu être confronté à cette situation de vulnérabilité pour entrer en sympathie avec celui devenu un compagnon. Les barrières tombent quand les illusoires protections s’effacent.

A quelques jours de ce grand débat qui ne saurait être un combat, il convient de se rappeler qu’il est une ouverture qui porte le nom de résilience, de réconciliation transformant le cœur et l’esprit. Certes, un effort est à entreprendre ; il est celui d’une écoute en vue d’un partage.

Le rechercher est déjà une libération, une victoire sur le défaitisme.

 

Bernard Devert

14 janvier 2019

Assez, la violence, l’heure est celle d’une relance du dialogue

La réussite des « Gilets jaunes », soutenue par une opinion jusque-là favorable, met cependant en échec les corps intermédiaires qui n’ont pas trouvé auprès du Gouvernement l’attention qu’ils espéraient. La violence a payé !

L’expression de cette crise sociale s’exprime chaque samedi depuis 8 semaines ; elle traduit la lassitude mais aussi la détresse de ceux qui n’en peuvent plus de n’avoir comme ressources que ce fameux « reste à vivre », avec comme corollaire des fins de mois qui commencent très tôt, laissant le goût amer de se sentir délaissés ou de ne compter pour rien au sein de la Société.

La pauvreté est une violence mettant en berne l’avenir de ceux qui la subissent.

Monsieur Emmanuel Macron, lors de ses vœux, rappela que chaque personne est nécessaire à la Nation. Cette reconnaissance devrait s’inscrire dans le continuum des engagements présentés par le Chef de l’Etat le 13 septembre 2018 pour lutter contre la pauvreté, non point seulement l’atténuer mais d’abord et surtout l’éradiquer tant elle est destructrice des personnes.

Dehors la misère ! Qui ne se mobiliserait pas pour en finir avec un malheur récurrent qui, avec le mal-logement, le chômage, s’inscrit dans un paysage auquel on s’habitue pour ne point se laisser habiter par cette pressante question : qu’en est-il du respect des personnes fragilisées ?

Il y a ici une responsabilité qui offre à la Nation un enjeu décisif et déterminant pour construire la cohésion sociale dont le ciment est l’équité.

La fraternité, troisième et dernier terme de notre devise républicaine, est restée longtemps l’oubliée ; elle pourrait bien s’imposer comme première. Souvenons-nous qu’à un moment de l’histoire, elle fut placée entre liberté et égalité.

La crise de représentativité qui se fait jour entraînera-t-elle une démocratie plus participative. D’aucuns la souhaitent. Encore faut-il que les échanges ne soient pas vains pour ne pas susciter de plus grandes frustrations avec les risques qui s’ensuivraient pour l’équilibre de la Société.

Germaine Tillion, cette grande résistante, aimait à dire « en matière de vérité, il n’y a pas de frontière ».

L’heure est celle de l’innovation plutôt que de s’arc-bouter sur des certitudes en termes de défenses et d’intérêts jusqu’à feindre d’ignorer un autrement.

Plutôt que d’avoir en boucle des scènes de violences, il conviendrait que soient proposés par des experts des moments de réflexion, accompagnés de scenarii, afin que chaque citoyen soit plus au clair avec les marges de manœuvre possibles pour se prononcer quant aux changements attendus pour une Société moins fracturée.

La sagesse, loin d’être fille de la passivité, est une chance pour trouver un modus operandi aux fins de parvenir à reconnaître ce qui est possible en posant de façon intangible l’impossible de tolérer misère et pauvreté.

Certes, le Pays est confronté à un surendettement et à une économie mondialisée qui doit faire face à des règles sévères de concurrence mais, pour autant, la profitabilité des entreprises n’est pas en baisse.

Un pessimisme ambiant laisse penser que l’économie se détériore, mais d’autres experts évaluent que ce propos manque de mesure et de nuance. A imaginer le pire comme proche, on le crée.

Une attente se fait jour de recueillir des analyses contradictoires présentées avec pédagogie et tempérance pour mieux évaluer les difficultés, mais aussi le champ des nouveaux possibles. Les concitoyens se sentiraient alors respectés, disposant enfin des éléments d’analyse pour mieux comprendre et par-là même s’entendre.

Bernard Devert

Janvier 2019

Des vœux un peu étranges pour mieux goûter le sel de la vie

L’heure est celle des vœux, que de souhaits sous toutes les formes et sous tous les cieux sont formulés au seuil de cette nouvelle année.

Il s’agit de promesses ; elles témoignent d’une attention à l’autre, une chance aussi pour que les relations se nourrissent de ces signes qui les relient et les pérennisent.

A mon tour ‑ non point pour satisfaire un rite ‑ il m’est agréable de vous présenter mes vœux chaleureux pour une année traversée par la solidarité, la fraternité, sans oublier l’attente de la réalisation des promesses que chacun peut formuler.

Nos vœux, largement partagés, sont de bâtir un monde plus pacifié pour être plus humain. La prière de Saint François d’Assise peut nous aider : « Seigneur fais de moi un instrument de ta paix ».

Il s’agit de faire entendre une musique. D’aucuns peuvent penser que les discordances sont tellement importantes que cette perspective relève d’une utopie. Est-ce si sûr. L’harmonie se réalise en écrivant une partition jouant sur les différences, chacune d’elles concourant à l’œuvre.

François invite à ce que là où sont les ténèbres, nous mettions de la lumière ; elle est là où les jugements sont moins sévères pour être traversés par la bienveillance. Laxisme, disent ceux qui se protègent dans des certitudes, mais ouverture du cœur pour ceux qui entendent se laisser habiter par cette conviction que tout homme est plus que ce qu’il pense.

Alors, là où il y a la discorde, une union peut naître.

Le monde ne sait pas pleurer, dit le Pape François. Tristesse d’oublier les larmes de joie pour ne pas savoir consoler.

Il s’agit de comprendre ce frère, cette sœur en situation de fragilité en cherchant moins à être aimé qu’à aimer. Seule, la vie est éternelle. La mort n’a pas d’avenir, alors pourquoi vouloir lui en offrir un en restant crispés ou enfermés dans des culpabilisations qui fermentent les relations.

C’est en pardonnant que l’on obtient le pardon.

Ce don ‑ ce par-don ‑ au-delà de l’imaginable vient polir ce joyau qu’est le cœur de l’homme, effaçant les rayures et les brèches. L’artisan n’est autre que le Tout-Amour, celui-là même qui ne voulant rien posséder consent à mourir pour que sa vie de Ressuscité devienne la nôtre.

Le temps de la foi devient promesse de la joie.

Ces promesses, quand elles s’inscrivent dans nos vœux, obligent à un certain lâcher-prise. N’est-ce pas cela la confiance, une source de liberté nous mettant à distance de ces vœux de réussite, de pouvoirs illusoires sans trop de contenus, sauf qu’ils dessinent des limites assombrissant nos jours.

Comment ne pas se souhaiter l’ouverture de cœur de François d’Assise qui comprend que vivre, c’est risquer cette aventure de la vie où, en se donnant l’on reçoit, riche du seul partage.

Très belle Année.

 

 

Bernard Devert

Janvier 2019