Sortir de ces crises annoncées pour que tous s’en sortent.

Sortir, enfin ! Le confinement a imposé bien des ruptures avec l’arrêt brutal de l’activité économique et mis à mal nos idées de puissance. Où était-il l’homme augmenté, comme il aime à se présenter.  

Quelle que soit notre condition sociale, il a fallu ‘se cacher’ pour échapper à la grave crise sanitaire surgie sans crier gare. Ne fut-elle pas associée à une guerre – l’expression peut être discutée – mais elle a mis en terre bien des victimes et par terre une économie qui, sans le soutien de l’Etat, ne parviendrait pas, ou difficilement, à se redresser.

En 15 jours, aux Etats-Unis, plus de 10 millions d’Américains ont perdu leur emploi ; 900 000 Espagnols ont perdu le leur. La France bénéficie « d’amortisseurs sociaux » lui permettant encore une fois d’éviter une tel choc. La Ministre du travail, Muriel Penicaud, ne cache cependant pas son inquiétude.

Au cours de ces 8 semaines, l’humilité progressant, un chemin d’humanité s’est esquissé.

Des inégalités criantes ont été mises en exergue : l’impossibilité pour les plus vulnérables de se protéger du virus, faute d’un toit, et un confinement difficile pour nos concitoyens habitant des machines à loger.

Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve, dit Hölderlin. Attachons-nous à cette croissance, elle est celle de l’esprit si nécessaire pour relever au moins deux défis : une meilleure prise en compte des risques environnementaux et une attention drastique à la cohésion sociale, si déchirée que l’avenir est insécurisé.  

Lyon comme Place Financière et Tertiaire a un rôle majeur à tenir. La Ville, capitale de l’humanisme, a largement contribué dans l’histoire aux transformations sociales. N’a-t-elle pas soutenu l’économie solidaire, hier une illusion, aujourd’hui une utopie réaliste, prémices de cette corrélation recherchée entre l’acte d’entreprendre et les missions d’intérêt général.

Dans le monde de l’économie, que de personnalités éclairées ouvrent le champ d’inespérés comme le dispositif de l’Entreprise des Possibles initié par M. Alain Mérieux.

Si ces 8 semaines ont été difficiles, elles furent l’éloge du soin et du prendre-soin (faites attention à vous, aux autres) ; loin de nous plonger dans un coma sociétal, elles furent un sommeil, si riche de rêves qu’il éveille à un autrement.

La sortie progressive de ce tsunami sanitaire a des effets collatéraux immédiats, une crise financière et sociale à aborder avec réalisme, sans perdre la mémoire de ces songes qui nous ont habités pour faire advenir un monde plus humain.

Quittons torpeurs et peurs ; l’heure est de risquer un renouveau sociétal. Il ne manquera pas de faire naître de fortes adhésions, tant il est souhaité. 

Bernard Devert

Mai 2020

Le prendre-soin signe la sagesse

Nous courions, nous courions après quoi ? Le temps, sans trop s’inquiéter des ruptures et des abîmes alors que la Société se parcellisait.

Soudain, l’inimaginable a surgi : tout s’est arrêté brusquement ; la « grande faucheuse » était là, d’où ce confinement d’urgence pour se protéger. Les villes sont devenues silencieuses comme figées et quelque peu hébétées par un virus invisible et destructeur.

Si les usines, magasins et bureaux ont fermés, les cœurs se sont ouverts. Qui n’a pas partagé à son voisin, à ses proches, des expressions qui n’avaient pas cours comme celles « prenez soin de vous », « faites attention à vous, mais aussi aux autres ».

La civilisation du soin dans ce contexte si difficile jaillirait-elle.

Toujours, dans les épreuves de nouvelles priorités naissent. Celle qui s’impose est le respect de la vie ; l’humain l’a emporté sur l’économisme.

Lors de sa première allocution annonçant le confinement, le Président de la République en appelle à l’essentiel à rechercher personnellement et collectivement. Quel est-il, si ce n’est apprendre à se défaire de l’inutile, de l’indifférence, sources d’iniquité et de conflits.

Aller vers l’essentiel est toujours un combat qui finalement est celui du prendre-soin.

Cette lutte conduit à s’intéresser aux plus vulnérables en les rejoignant sur le champ de leurs décombres que nous ne voulions pas voir, le manque de temps se révélant l’alibi de nos barrières intérieures.

Le sans-abrisme est apparu enfin pour ce qu’il est : une gangrène du corps social.

Permettez-moi de vous partager l’engagement de cet enseignant offrant une formation pédagogique aux enfants venant de la rue, hébergés dans un hôtel avec leurs mamans, pour le temps du confinement.

Les riverains se sont aussi beaucoup mobilisés, prenant le temps de rencontres chaleureuses.  Que deviendront-elles, je ne sais mais elles laisseront le goût de l’autre.

Si les barrières de protection sont visibles, la rupture de l’indifférence l’est plus encore.

La crise sanitaire fera date ; elle marquera l’essai d’une cohérence et de cohésion dans les relations.  Nul doute que ce traitement confèrera au corps social tout entier la chance de se guérir d’un mal qui, s’il accable les plus vulnérables, dessèche aussi l’unité de la Nation.

Tout s’est arrêté. Une chance pour que se lève une lumière permettant de voir que le soin, le prendre-soin de l’autre sont chemins d’humanité.

Bernard Devert

30/04/2020

Nous avons vu le Seigneur

Nous avons vu le Seigneur, disent les disciples à Thomas. Et alors, les interroge-il, qu’est-ce-que cela change, les portes ne sont-elles pas toujours verrouillées, votre peur ne vous confine-t-elle pas dans un espace qui fait barrière au monde.

Les disciples parlent du Seigneur, mais pas du Ressuscité, comme si la perspective de la résurrection était inimaginable, impensable.

Thomas veut être au clair avec cette nouvelle pour éviter toute méprise, d’où sa demande de lier l’acte du croire à celui de pouvoir toucher la marque des clous sur le corps du Seigneur.

Quand le Ressuscité, huit jours plus tard revient, le sujet pour Thomas n’est plus de toucher ; il a vécu un tel déplacement intérieur qu’il est touché.

Un de mes amis, diacre, Bernard Baudry, commente cet évangile à partir d’un événement que nous avons vécu conjointement pour offrir un confinement à des personnes à la rue afin de les protéger du Covid-19.

Le responsable d’une chaîne hôtelière, saisi par le tragique de la situation, notamment pour ces mamans et de leurs enfants à la rue, envisage de mettre à disposition, avec générosité, un de ses établissements.

Finalement, bien que confronté à une réalité humaine difficile, il n’est pas suffisamment touché par cette détresse pour prendre le risque de dépasser les obstacles (assurances, risque d’un maintien dans les lieux…). L’opération est finalement annulée.

Il n’y a pas de jugement à avoir. Chacun de nous, à commencer par moi-même, peut être enclin à parler de la Résurrection ; de là à être témoin du Ressuscité, il y a un pas à  franchir en acceptant que nos vies soient confrontées à l’intranquillité liée aux risques.

Or, croire, c’est risquer, se risquer.

Le Ressuscité fait de nous des vivants. L’acte du croire nous appelle, non point à être spectateurs de situations déshumanisantes, mais acteurs pour transformer ce qui peut et doit l’être. Ne nous envoie-t-Il pas comme le Père l’a envoyé. La mission confiée est un risque pour Dieu, pour l’homme.

Cette perspective, constitutive de la foi n’est pas une option mais une urgente priorité sauf à considérer que nous n’avons pas de défi à relever pour humaniser ce monde. Mais alors, que veut dire l’espérance, un vague espoir, ce qui contredit ce qu’elle est : le déjà-là de l’éternité commencée.

La foi suppose la prise d’un risque. Dieu ne s’impose pas, ni ne se prouve, mais s’éprouve.

Il nous souvient des mots de Péguy sur le catéchisme ; croire, ce n’est pas répondre à des questions ou encore ânonner les dogmes, mais consentir à se laisser interroger sur ce qui donne sens à la vie, dans une communion avec Dieu qui se risque pour l’homme.

Le Pape François ne cache pas que croire, c’est vivre bouleversé par un amour mettant nos vies ‘en pagaille’. Comment pourrait-il en être autrement, puisque croire, c’est quitter des certitudes pour habiter une conviction.

Cher frère Thomas, tu fais de nous des émules, pressentant qu’il faut nous avancer pour être touchés ; n’est-ce pas ce voir qui t’habite comme Jean l’exprima devant le tombeau vide. Il nous faut taire nos réponses trop rapides, pour mettre le doigt sur l’essentiel.

Oui, vraiment, Thomas, quelle chance d’être ton jumeau.

Bernard Devert

19 avril 2020

Pour que ce jour de l’après ne plonge pas les plus fragiles dans le chaos

Le monde aura changé, dit-on à l’envi, après cette grave crise sanitaire. N’est-ce pas se rassurer facilement. Demain ne deviendra plus humain que si nous acceptons de l’être davantage.

Contraints de vivre un confinement, nous sommes restés longtemps sourds et aveugles à des signes avant-coureurs ; le désordre, comme toujours, a fini par éclater.

Une nouvelle fois, les hommes sont arrêtés dans leur course folle. L’histoire ne se répète pas, certes, mais les évènements que nous vivons sont-ils si différents de ceux qui ont été enregistrés au temps de Noé ? Notre monde s’est installé dans une forme de tranquillité, comme le rappelait la Genèse.

Où est-il l’homo sapiens, « augmenté » comme il se pense. Le premier changement, c’est d’en découdre avec la suffisance. L’humilité, mère de la générosité et de l’équité, est la condition première pour que la terre soit habitable.

Le confinement, comme vient de le rappeler le Président de la République met en évidence de façon très aigüe les graves iniquités que vivent les populations. Le comble de l’injustice est que les plus vulnérables, les invisibles, sont sans protection pour n’avoir pas de toit.

Une des urgences du changement est de vivre des réconciliations en bâtissant des liens avec ceux qui n’en ont plus. Les soignants, que notre Société avait oubliés malgré leurs alertes, sont montés au front. Leur détermination et leur dévouement seront vecteurs des changements que nous voulons voir apparaître dans les jours de « l’après-crise ».

Changer, c’est prendre soin.

Habitat et Humanisme met à l’abri 506 personnes sur 5 sites à Paris et à Lyon. J’ose demander à ceux qui le peuvent un soutien pour le prix de ces nuitées.

Nous recevons une aide de l’Etat, mais chaque personne hébergée coûte à l’association 10 €/jour (soit 5 000 €/jour), il nous faut aussi ajouter les dépenses relatives à l’hygiène, outre des missions nécessaires pour aider ces personnes à trouver enfin un statut. Il en va de leur respect.

Si vous voulez nous aider, allez sur notre site habitat-humanisme.org

Nous accueillons des personnes qu’on ne voyait pas. Exemple, des asiatiques qui travaillaient dans des restaurants, aujourd’hui fermés, logés dans des sous-pentes. Ils se retrouvent sans droit et sans toit !

Puis-je vous partager mon inquiétude : si d’aventure, dès les premiers matins du dé-confinement, nous devions remettre des personnes à la rue, notamment des femmes et des enfants, alors cet acte barbare soulignerait tragiquement que rien n’a changé.

Les heures pascales que nous vivons sont celles d’un déplacement ; il nous faut sur ce point très précis, sans attendre, refuser que l’inacceptable ne revoie pas le jour.

Trouvons des solutions. A ceux qui acceptent de participer, rejoignez-nous.

Bernard Devert

Avril 2020

La résurrection, ce jour de l’après si espéré, une pâque plus partagée qu’on ne le croit.

Les crises suscitent des inquiétudes et même de l’angoisse mais aussi éveillent des perspectives nouvelles. Claude Alphandéry, ce grand résistant contre les nazis, resté profondément un homme libre pour avoir notamment initié l’économie solidaire, dit que les crises comme hier la guerre, ne doivent pas se dénouer par l’identique, mais faire naître l’exigence de valeurs et de pratiques profondément transformées, de modes de production, d’échanges, de gestion radicalement nouveaux.

La Pâque, annonciatrice d’un renouveau, commence par une incompréhension pour apparaître impensable.

Voyant que la pierre a été enlevée, la résurrection n’effleure pas l’esprit de ceux qui se rendent au tombeau, étreints par l’accablement. Le deuil est aggravé par une infamie, ils ont enlevé le Seigneur du sépulcre et nous ne savons pas où ils l’ont mis.

Soudain, tout s’accélère, Pierre et Jean courent au tombeau. Ils constatent l’absence. Alors que Pierre, d’habitude si prolixe, se tait, Jean vit et crut.

Vivre, c’est prendre des décisions pour ne point rester dans la révolte ou l’incompréhension. Croire, c’est entrer dans des relations qui, empreintes de convictions, suscitent un autrement.

L’événement de la résurrection se déroule dans une atmosphère matinale ; le jour pointe, celui d’un monde nouveau et d’une création nouvelle. Tout commence ; tout recommence.

Avec Pâques, se profile ce jour de l’après, lumière diaphane, laissant entrevoir l’inattendu.

Il m’a été donné à l’hôpital de visiter des frères qui, au soir de leur vie, consentaient dans l’accompagnement à ce que la pierre du tombeau soit déplacée. L’Infini – j’ose dire avec une infinie discrétion – se distillait dans l’âme, laissant un bruissement que seul le cœur pouvait reconnaître comme le déjà-là d’une vie nouvelle.

L’imprévisibilité ne cesse d’étonner. Or, la vie n’est-elle pas faite d’événements qui nous changent et sans lesquels, sans doute, nous n’accéderions pas au meilleur de nous-mêmes. Les crises sont paradoxalement nécessaires pour y parvenir.

Ce tsunami sanitaire fait surgir des résistants, des soignants – et pas seulement – qui donnent une actualité à la générosité, me conduisant à être plus attentif au fait que l’Homme de Nazareth invita ses disciples, lors du dernier repas, à vivre le service marqué par le lavement des pieds.

Christ prend soin de dire que, partager le pain et servir le frère, c’est faire mémoire de Lui.

Jean, le disciple que Jésus aimait, est représenté par le symbole du calice. Or,, il ne parle pas de l’Eucharistie, seulement du service. Celui-ci aurait-il été oublié par les premières communautés à l’heure de la publication du dernier évangile.

Ne serions-nous pas tour à tour ce disciple aimé quand nous sommes vigilants au service de l’autre. Pâques propose, sans imposer, une lumière, celle de l’altruisme qui, si vous me permettez ce mot, ‘crève’ aujourd’hui les écrans. Que de soignants s’oublient pour sauver les vies au risque de perdre la leur.

Dans ce confinement quasiment mondial, que de pierres déplacées pour lutter contre la pandémie du Covid-19. Le meilleur de l’homme surgit. Qui peut le contester.

Cette crise humanitaire fait incontestablement bouger. Ainsi, naît une profonde attente que le jour d’après ne sera pas comme avant. Cette espérance traverse les relations et les transforme, signe que ce monde est plus ressuscité qu’il ne le croit.

Pâque 2020 est une invitation à mettre l’accent sur le service. J’entends des réserves, voire les oppositions, considérant que la messe ne saurait ouvrir un espace social, politique ; mais l’heure ne serait-elle pas de lui offrir une mystique.

Cette perspective en souffrance, ne laisse-t-elle pas sur le seuil bien des pratiquants alors que pour le Christ, ils sont aussi ses frères pour comprendre ce qu’Il fit (Jn 13 ; 12).

Teilhard de Chardin dit que c’est au cœur de l’homme que se réalise la présence immanente du Dieu vivant. Comment s’en étonner, l’Homme de Nazareth n’a jamais cessé de nous rappeler que la cause de Dieu est celle de l’homme. De l’incarnation à la résurrection, un même mouvement, une même attention à l’homme pour qu’il ne reste point confiné dans des enlisements et ses enfermements.

Si cette perspective pouvait être mieux appréhendée, quelle magnifique ouverture se dessinerait. Pâques 2020 pourrait en être les prémices en rassemblant, pour reprendre l’expression de Claude Alphandéry, les initiatives remarquables qui se font jour, mais fragmentées.

Relier est une mission qui conduit à sortir de soi pour s’éveiller à l’autre-soi. Un réveil, une ouverture, finalement une résurrection nous invitant à créer toutes choses nouvelles

Bernard Devert

12 avril 2020

Le jour d’après

L’attente du jour d’après est chargée d’un immense espoir, demain pourrait ne pas être comme avant.

Le ciel n’est pas accusé de nos malheurs ; notre humanité n’aurait-elle pas gagné en maturité, reconnaissant que la cause de la crise sanitaire qui touche le monde relève de sa responsabilité, liée à une volonté de puissance caractérisée par un toujours plus, sans limite aucune.

La jouissance est peut-être donnée à ceux qui participent à cette course folle, le bonheur en est absent ; les addictions sont trompeuses des vraies soifs.

Ne nous berçons pas d’illusions, ce plus est tellement ancré dans les habitudes qu’il tentera de revenir au galop. En ce moment de veille et de réflexion, interrogeons-nous sur le confinement à mettre en œuvre pour que ce tsunami sanitaire ne revienne pas. La réponse n’est pas seulement médicale, elle relève d’une prise de conscience de la Société. Assez d’user et d’abuser de la nature, des hommes, pour des objectifs quantitatifs qui finalement se retrouvent dans quelques mains. Et les autres …

Les masques ont manqué au début de cette crise pour se protéger mais, le jour d’après, il faudra avancer sans se masquer la vérité.

Il est bien des raisons de penser qu’un regard libéré peut surgir. Le confinement auquel nous assistons conforte l’idée que la vie a prévalu sur la bourse et ce, quoi qu’il en coûte, pour reprendre les mots justes du Président de la République.

Les milliards puis les trillards déferlent. L’urgence est de respecter la vie. La Société progresse dans l’aventure de l’éthique. Les soignants et les chercheurs sont désormais les premiers de cordée. L’exemplarité de leur engagement n’est pas étrangère à une solidarité qui nous tire tous vers le haut.

Camus dans La Peste dit que dans chacun de nous, il y a plus d’admirable que de méprisable. Que de raisons de s’émerveiller ! «  la peur était dans la ville » ; le cloisonnement provoque un changement d’habitude chez les habitants pris de panique. Les gens se renferment et perdent goût dans la vie.

Que voyons-nous dans nos villes, des signes d’humanité, de solidarité. A 20h, le rendez-vous est aux fenêtres, aux balcons. La vie, mieux prise en compte pour en percevoir la fragilité, fait naître cette interrogation riche de promesses : et après ?

La question est là ; que voulons-nous vivre d’essentiel ?

Cette crise peut être considérée comme une parenthèse. Alors, nous repartirions comme avant, aiguisés et aiguillés par la crise financière si considérable qu’elle peut occulter le diagnostic actuellement posé : une fièvre du corps social, signe qu’il faut changer.

Le corps hurle : cela suffit !

La crise révèle que les iniquités sont si graves qu’elles fracturent tout, mettant sens dessus dessous la question du sens. Regardons le confinement vécu par ceux qui bénéficient de l’espace et d’un confort et ceux qui le vivent dans des machines à loger ; le monde n’est pas le même.

Les plus fragiles n’ont pas de barrière de protection contre le virus ; leur conscience est vive et douloureuse de constater que, dans cette lutte pour la vie, ils sont vraiment les invisibles comme si leur disparition n’avait pas le même prix que celle des autres.

Les crises rendent encore plus insupportables les hostilités passives. Il est vrai qu’une hospitalité se construit. Autant de réponses nécessaires mais palliatives qui, le jour d’après, devront être examinées pour un traitement de la pauvreté à la hauteur du respect de la vie pour tous.

Durant ce temps de confinement, il est rappelé que pour garder la vie et protéger l’autre, il convient d’être attentifs aux distances. Le jour d’après, il faudra les réduire, sauf à se laisser emporter par un virus sectaire. Alors, l’ennemi visible sera plus terrible.