En cette fête du 15 août, l’été au zénith, vite déclinera, laissant entrevoir le déjà-là de la rentrée, laquelle ne pourrait-elle pas être différente de celle que nous imaginions, après les évènements liés au changement climatique et les drames qu’il a suscités.
L’été brûlant a mis en cendres des milliers d’hectares de nos forêts, incendiant des maisons, des voitures devenues des carcasses, outre un déplacement de populations considérable en raison de ces murs de feux infranchissables déclarés parfois accidentellement, plus souvent – semble-t-il – par des gestes inconscients ou criminels.
Ces feux, pendant de nombreuses semaines, ont été combattus et le sont encore par des pompiers qui, au péril de leur vie – quatre d’entre eux sont morts – n’ont eu de cesse de protéger les personnes et autant que possible la nature et les biens.
Les soldats du feu ont suscité dans le Pays fort justement une grande admiration. Que de cœurs se sont enflammés, habités par la reconnaissance due à ces combattants dont nombre sont bénévoles ; ils ont été rejoints par des agriculteurs, viticulteurs venus avec leurs tracteurs apporter de l’eau.
La fatigue se lisait sur les visages des pompiers. Les soignants se sont rapidement mobilisés apportant soins et prendre soin, constatant combien ces soldats se battaient au-delà du raisonnable. A leur lutte difficile et dangereuse, il leur fallait encore supporter la privation de sommeil pour être tendus vers l’urgence de sauvegarder ce qui pouvait et devait l’être. Ils ont réussi.
Des entreprises ont dû fermer. Nombre de salariés, de vacanciers se sont investis aux côtés des pompiers.
Dans un contexte meurtri de par ces guerres qui n’en finissent pas et qui n’ont aucun sens, sauf de satisfaire l’ego insatiable de leurs dirigeants aveugles, voici que dans l’opinion, secouée, bouleversée, une brûlure de l’absence s’est imposée, une exigence de solidarité à l’égard de ceux qui ne demandaient rien et qui, dans le silence, jours et nuits, tentaient d’éteindre les flammes.
Tout un mouvement de résistance qui, soudainement a réenchanté l’opinion, brûlant le pessimisme mortifère qui, trop souvent, l’envahit.
En ce 15 août, nous fêterons Marie, son élévation, ce que signifie ce mot « assomption », une montée. Cet été ne restera-t-il pas une « assomption » de la générosité.
Ces feux, après des semaines de lutte, ont été fixés, heureusement maîtrisés et si, à date, ils ne le sont pas encore pleinement, ils laissent la trace d’un combat, honorant tous ceux qui se sont donnés et ont donné. Un grand feu s’est allumé, celui de l’énergie, chacun comprenant qu’il est des moments où le repli sur soi n’est plus possible.
Cet été, nous avons vécu une assomption de la fraternité.
Alors que le feu dans son tragique passage noircissait les paysages, les visages aux traits tirés donnaient à voir une force intérieure, un dépassement. L’homme est plus grand qu’il ne le pense. Il était difficile de ne pas percevoir dans ce combat inégal, qu’il était gagné par l’expérience, le courage et l’intelligence au sein de laquelle le cœur a trouvé toute sa place.
Les déplacés auraient pu se plaindre, se trouvant par milliers, sans préparation, dans des espaces créés de toute hâte. Là, des bénévoles se sont mobilisés, les marchands apportant leur concours sans compter. Ces lieux resteront signes de liens de solidarité et d’abnégation, une assomption d’humanité.
En cette fête du 15 août, d’aucuns méditeront le Magnificat, prière d’ouverture, parce que tout, absolument tout, peut commencer, recommencer. Ensemble, gardons en mémoire le mot de Dante : « Marie ennoblit notre humanité ».
Vous tous qui avez participé à ces épreuves et vécu à l’unisson de ce combat et du formidable dévouement qu’il a suscité, vous avez fait naître un nouvel horizon pour avoir contribué à cet ennoblissement.
Marie, Miroir de l’éternel et de l’essentiel, ne serait-elle pas celle qui vous dit : « Magnificat », Magnifique Humanité.
Bernard Devert
Août 2026
