« Pentecôte, une proclamation de la Parole qui pourrait faire du bruit dans nos vie ».

La Pentecôte que nous célébrons n’est pas un anniversaire   des bougies à souffler   mais un évènement majeur qui pourrait bien souffler quelques-unes de nos certitudes pour laisser place aux convictions.

Le Livre des Actes des Apôtres présente cette manifestation de l’Esprit comme un jour qui fit un tel bruit que l’’histoire n’a pu la passer sous silence.

Pentecôte 2017 vient après une longue campagne électorale partagée entre inquiétude et espoir. La Société, lasse de ces débats, éprouve le désir d’un calme quasiment palpable. Assurément, le corps social veut souffler.

Cette aspiration ne saurait être un alibi pour ne point faire bouger ce qui est de l’ordre de l’inacceptable, faute de quoi la paix ne sera jamais au rendez-vous.

Pentecôte est le jour de la proclamation de la Parole, où l’homme entend celle du frère. Cette reconnaissance est une naissance au Tout Autre et aux autres. « Ils étaient unis et mettaient tout en commun, vendaient leur propriété, leurs biens pour partager entre tous, selon les besoins de chacun » (Ac 2-45).

Quel changement, celui que l’on peine à espérer.

Un jour qui fit grand bruit, la Pentecôte est un évènement mais aussi un avènement. Dieu est enfin reconnu pour ce qu’Il est, non pas à part ou dans un ailleurs, mais vivant passionnément au cœur de l’homme. L’éveil des cœurs est toujours un cri de vie pour la vie.

Ce bruit est celui de la déchirure de nos enfermements, nos tombeaux s’ouvrent. La Résurrection est enfin comprise comme une vie nouvelle où l’acte du croire implique résolument la décision de changer et de faire changer.

Albert Camus écrit : « pour qui est seul, sans dieu, ni maître, le poids du jour est terrible ».

A la Pentecôte, la solitude est traversée par une présence ; la foule est réunie pour mettre le cap sur une espérance non pas éthérée, mais réelle, les fruits de la fraternité ne sont ni interdits, ni inaccessibles, ils sont partagés.

A la Pentecôte, Dieu révèle notre humanité qui fait de nous des êtres de relation. Le mutisme est brisé, d’où ce grand bruit. Les questions surgissent, fusent ; la vie est là et chacun s’entend pour comprendre qu’il est aimé d’un même amour. Incroyable et pourtant…

En cette Pentecôte 2017, comment allons-nous donner chair au souffle l’Esprit. Il est l’heure d’acter ce que la Parole propose pour passer du doute, de l’étonnement à l’émerveillement.

Un grand bruit, pareil à un événement inattendu ; il laisse sans voix mais pas sans une joie intérieure que rien ne peut étouffer. Tout alors est changé.

Bernard Devert
Mai 2017

Ces petits pas insuffisants qui pourtant font bouger les lignes

Chaque semaine, 10 foyers trouvent enfin un toit, grâce à la finance solidaire qui s’investit au sein de la foncière Habitat et Humanisme.

Une famille entre, le malheur sort.

Certes, tout n’est pas gagné, mais les portes qui s’ouvrent sont celles de l’espoir.

Le combat est permanent ; il s’inscrit dans la durée : plus de 30 ans. Le temps aurait pu nous user, il nous a confortés dans le fait que l’action n’avait qu’un défaut, l’insuffisance.

Confrontés à bien des discussions, parfois des oppositions, d’aucuns nous invitent à bâtir ailleurs. Comme vous, la ségrégation nous insupporte. Avec vous, nous croyons que « la rébellion d’aujourd’hui, c’est l’ouverture à l’autre » pour reprendre la belle formulation d’Alexandre Jollien.

Nos petits pas parfois nous blessent. Il faudrait parcourir le chemin de la solidarité à grandes enjambées. Seulement le recul de la pauvreté et de la précarité nécessite – ne nous payons pas de mots – non seulement une mobilisation de l’épargne mais aussi des compagnons de route pour que, là où l’on construit, les personnes se reconstruisent.

Je pense à ce chef d’entreprise d’une PME de 42 salariés. Il a sombré, tout a craqué, y compris la santé physique et psychique. Le temps d’errance s’est arrêté avec la remise d’une clé qui a ouvert bien des serrures qui s’étaient grippées. Il ne dispose pas seulement aujourd’hui d’un toit ; il se sait reconnu, alors tout peut recommencer.

N’est-ce pas cela l’espérance, non pas un mot creux, mais qui nous creuse pour découvrir cet espace inviolable, si nécessaire pour l’estime de soi afin de l’offrir à celui qui ne l’a pas ou plus.

Souvenons-nous de l’hymne à l’homme de Sophocle : « il est bien des merveilles en ce monde, il n’en est pas de plus grande que l’homme ».

Aller vers les oubliés de la Société c’est aussi les transporter vers des lieux qu’ils n’osent point rêver. Quand ils en franchissent le seuil, ils ont souvent les larmes aux yeux, s’interrogeant avec émerveillement : qui suis-je pour être ainsi respecté ; entendez : aimé.

La dignité n’a pas de prix, la mettre en œuvre est le chemin royal de l’insertion.

Au sein des associations ne sommes-nous pas des Petit Poucet qui déposant des cailloux dans des mains ouvertes et expertes, bâtissent des murs étonnants. Jamais ils n’emmurent pour être ceux qui, désirés avec cœur, se révèlent des espaces où l’improbable se fait jour.

Bernard Devert
Mai 2017

La rencontre de nos aînés, école de spiritualité et de l’éthique

Que de personnes confrontées au grand âge sont en deuil au regard du vivre-ensemble, considérant qu’elles sont inutiles, jusqu’à se penser comme une charge.
J’aimerais leur dire qu’elles sont une chance nous appelant à mieux nous investir sur les 3 valeurs de la République, socle de notre démocratie :
•    Liberté pour imaginer des espaces qui protègent mais restent ouverts,
•    Égalité : le prendre soin conduit à atténuer les inégalités physiques, psychiques, sociales. Les postures de surplomb sont insupportables pour comprendre que vous nous offrez la possibilité de dépasser nos propres enfermements,
•    Fraternité : s’agissant d’entrer dans une relation où le mystère de l’être est éveil à l’Infini.

Qui n’éprouve pas la joie de dire à nos aînés qu’ils sont une chance.

•    Chance, pour nous aider à sortir de l’idée mortifère de la puissance conduisant à évaluer la personne à l’aune de son utilité, de sa capacité à produire.

Faut-il attendre les drames pour s’apercevoir qu’ils sont, pour partie, liés au refus d’accueillir la vulnérabilité.

•    Chance, pour reconnaître qu’à l’école de l’humanité, nos aînés sont des maîtres. Ils n’ont nul besoin de ces ouvrages qui encombrent et permettent de se cacher derrière un savoir académique. Leur parole est libérée et épurée de par les épreuves qu’ils ont su surmonter pour offrir à la vie l’intelligence du courage et de la bienveillance.

•    Chance, d’être les héritiers d’une histoire, jamais indifférente à l’avenir de ceux qui la reçoivent.

•    Chance, de les rencontrer. Leurs rides ne sont-elles pas trace des aridités traversées. Leurs visages livrent avec pudeur les combats dont ils sont sortis vainqueurs dans ce passage de la possession à la libération, si bien exprimé par cet explorateur de l’esprit qu’est René Daumal, dans le Mont Analogue :

« Je suis mort parce que je n’ai pas de désir ; je n’ai pas de désir, car je crois posséder. Je crois posséder parce que je n’essaie pas de donner. Essayant de donner, on voit qu’on n’a rien. Voyant qu’on n’a rien, on essaie de se donner. Essayant de se donner, on voit qu’on n’est rien. Voyant qu’on n’est rien, on désire devenir.
Désirant devenir, on vit ».

Ce trésor de vie naît de l’accumulation de la perte des idées toutes faites laissant jaillir des cœurs – non point lézardés mais creusés – une espérance que le temps patine.

A la prétention des savoirs, vous offrez, chers aînés, une richesse inattendue : le temps n’est pas l’ennemi, il est le dévoilement de ce qui, enfoui, s’avère l’essentiel, déjà l’éternel que seule, la fragilité révèle.

Bernard Devert
Mai 2017

Le temps des déclarations ou celui de se déclarer pour plus d’équité

La déclaration de revenus peut conduire à déclarer nos engagements pour des causes humanitaires ou culturelles.

Qui d’entre nous ne souhaite pas réduire les fractures de la Société ? La mission relève du pouvoir régalien, mais aussi de notre décision de construire des ponts pour ne pas rester à distance des blessés de la vie.

Le législateur encourage la philanthropie et les investissements relevant de l’intérêt général avec les dispositifs TEPA et Madelin. Des niches fiscales, disent certains ; le terme n’est ni heureux, ni juste, s’agissant non pas d’un abri mais d’un élan possible vers les laissés pour compte.

Les réductions d’impôt relatives aux investissements concernent ceux dont l’impact est la réduction des situations de précarité.

En économie, la niche se définit comme un segment d’activité qui a peu de concurrence. L’agir contre la misère justifierait qu’il y ait beaucoup d’émulation pour susciter cette charité inventive comme aimait à le dire Jean-Paul II.

L’économie sociale et solidaire en est la trace insuffisante encore, même si avec bonheur elle progresse constamment. N’est-elle pas une réponse concrète à une montée des consciences interrogative du sens de ce qui nous fait vivre jusqu’à interpeller notre relation à l’argent pour le flécher vers des programmes donnant place à ceux qui ne l’ont pas ou plus.

En médecine, la niche est une cavité, en lien avec les ulcères. Ici, elle est un creuset réunissant des épargnants qui, ulcérés de voir cette pauvreté si destructrice des personnes que l’espoir est métastasé.

Intolérable de consentir à ce que des frères n’aient pas de toit ; mais quel drame lorsqu’il s’agit de malades qui, au soir de leur vie, se trouvent à la rue. Aussi, travaillons-nous sur un projet mobilisant des bénévoles – dont des soignants qui déjà se manifestent – pour que la fin de vie de ceux qui ont déjà éprouvé tant de dureté soit traversée par la tendresse.

Ces feuilles d’impôt rébarbatives, ne pourrait-on pas les lire comme une déclaration d’espérance pour ce qui est entrepris et à entreprendre au sein de l’espace public comme volonté d’humanisation des relations sociales, retenant le bien commun comme boussole de nos engagements.

Bernard Devert
Mai 2017

 

En marche… pour une société plus juste

La campagne, trop longue en raison notamment des primaires, s’achève dans l’essoufflement et l’inquiétude ; elle aurait pu s’apparenter à « un hôpital de campagne » pour mieux diagnostiquer les lèpres de notre société et s’attacher à les guérir.

Nombre de nos concitoyens, blessés par la vie, ont le sentiment d’être oubliés. Il en résulte une désespérance aggravant le mal, d’où la tentation de se tourner vers des extrêmes.

Cette campagne a brisé les partis de Gouvernement au pouvoir depuis des décennies. D’une certaine façon, ‘l’effet Trump’ s’est propagé.

Le politique est plus habile à utiliser le ‘bistouri’ des mots qui touchent l’adversaire que d’opérer les transformations qui s’imposent. Le corps social enfiévré perd ses repères et s’interroge sur la capacité des édiles à faire changer, mais alors quelle est leur mission ?

Le repli sur soi est proposé comme un traitement. Quelle erreur que de ne pas comprendre que ce qui est fermé toujours fermente, d’où ces replis amers et défaits par les plis de l’amertume pour avoir perdu le sens de l’autre, conduisant sur les chemins de l’espoir.

Il nous faut nous mettre en marche.

En marche, pour s’éloigner des promesses successives et contradictoires d’un court-termisme qui assassine l’avenir.

L’attention à la cohérence offre à la société la cohésion recherchée.

En marche, pour refuser résolument ces politiques de régression, stigmatisant celui qui est autre, différent, ou encore étranger, laissant entendre qu’il est coupable de nos difficultés. L’hétérogénéité n’est-elle pas source de la vie.

En marche, pour se laisser habiter par le souffle de ceux qui ont su se lever pour faire tomber des frontières jusqu’à susciter une espérance qui a pour nom, l’Europe. Le dessein de cette heureuse construction, au lendemain de la guerre, était de bâtir durablement la paix ; elle mérite que nous lui apportions le meilleur de nous-mêmes. Au diable ces velléités et pratiques qui la mettent en accusation pour mieux occulter nos erreurs et faire oublier nos insuffisances.

Que de signes d’espérance l’Europe a fait, et continue à faire, naître. La crise financière traversée aurait-elle pu l’être sans la monnaie unique. Que de solidarités se bâtissent au cœur des échanges, comme Erasmus, souhaitant que ce dispositif soit étendu aux jeunes en apprentissage.

En marche, pour entreprendre afin de réduire les inégalités et les injustices. Les 40 % de la population, selon les sondages, attirés par les extrêmes, loin d’être des extrémistes, n’éprouvent-ils pas un rejet se traduisant par un S.O.S pour être entendus.

En marche, pour mieux comprendre les situations de vulnérabilité.

Notre Pays est en attente d’un ‘prendre soin’. Dimanche, refusant l’extrémisme ou l’abstention, veillons à dynamiser cette marche vers une plus grande humanité.

Bernard Devert
Mai 2017

Laïcité et religion, clés pour ouvrir la cohésion sociale

Dans ma lettre aux candidats à l’élection présidentielle, il me semblait urgent de rappeler que la réconciliation de la Nation avec ses quartiers difficiles devait être une des préoccupations majeures de celui qui serait élu à la magistrature suprême.

Que d’incompréhensions au regard des différences de cultures et sur la mise en œuvre de la laïcité, pierre d’angle de la cohésion sociale.

Être laïc, ce n’est point être ‘a-religieux’ mais s’inscrire dans le tissu social comme un facilitateur de relations constructives et apaisées. La Société a besoin de tisseurs.

Habitat et Humanisme n’occulte pas ses liens avec l’Eglise, consciente que la catholicité est l’expression de l’ouverture à l’autre. L’entre-soi n’est pas chrétien.

Se laisser interroger par l’Evangile, c’est identifier le pauvre avec le Christ : « Ce que tu as fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que tu l’as fait » (cf. Mt 25).

Dans cette perspective, refusant les séparations réductrices, la laïcité bien comprise est appelée à prendre en compte l’homme reconnu dans ses convictions au sein de la Société dans laquelle il évolue.

La laïcité est trop souvent entendue comme une pressante obligation à refuser dans l’espace public toute référence aux courants spirituels et religieux, pour les enfermer dans le champ privatif.

Seulement, le spirituel ne peut pas être mis de côté ou à côté, sauf à nier l’homme dans sa dimension ontologique ; mais alors comment lui demander de se situer comme un acteur du bien commun. Le bien commun l’emporte sur les intérêts particuliers.

La démocratie – c’est sa difficulté, mais aussi sa noblesse – ne se présente pas comme un simple acte de gestion mais comme une vision de l’homme à qui il est reconnu une pleine capacité à faire surgir l’intérêt général.

Les convergences entre croyants et incroyants sont à mettre en exergue. Dans les situations de crise elles s’imposent naturellement pour faire naître un humanisme qui rassemble.

L’heure est de créer des carrefours de liberté.

La liberté fait peur, tant du côté du croyant que de l’incroyant. Pourtant, elle est la condition pour entrer dans une libération de l’être pour rejoindre en soi-même l’homme universel.

Mère Teresa, Sœur Emmanuelle, mais aussi Gandhi, Nelson Mandela et bien d’autres encore ont fait surgir dans leur humanité un tel dépassement que bien des incompréhensions et des conflits ont pu être dépassés.

Souvenons-nous de la prière de Salomon à l’Eternel : « donne-moi un cœur intelligent ».