Le logement ou la mise à découvert des exclus de l’économie

Les médias sont unanimes pour dénoncer la flambée des prix du logement. Les plumes fussent-elles de droite ou de gauche la stigmatisent, non sans justesse, comme « folie » ou « sommet du délire ».

De nouveaux records : au 3ème trimestre la hausse est en 2010 de 8,6 %, 12,6% en Ile de France et 13,6% dans Paris intra-muros où le prix moyen dépasse désormais les 7000 €/m². L’inquiétude étreint bien des familles. Les pauvres déjà largement exclus, voici que les classes moyennes connaissent une angoisse plus prégnante que nous le pensons. Selon un sondage, 60% des Français estiment qu’eux-mêmes ou un de leur proche peuvent devenir SDF.

Cette inquiétude, certes excessive, n’en est pas moins exprimée. Difficile de ne pas l’entendre pour mieux comprendre. Nous assistons à une dictature des prix pour ne plus être corrélés avec les revenus du travail. Une telle situation est littéralement inacceptable. Interrogeons-nous sur l’attention portée aux jeunes et à ces couples qui se forment sans parvenir à trouver de logement, ou encore à ceux qui à l’heure de la retraite n’ont plus les ressources nécessaires
pour garder leur appartement.

Dominique Versini, Défenseure des enfants, ancienne Secrétaire d’Etat chargée de la précarité et de l’exclusion, souligne que la pauvreté des enfants et de leurs familles n’intéresse guère l’Etat français : les naufragés de la vie ne trouvent pas assistance, ditelle.

L’Etat a sa responsabilité mais nos comportements individuels ont aussi la leur. Cette tyrannie des prix est cause d’un mal profond né d’un individualisme en dérive pour ne s’inquiéter que du « tout, tout de suite » ; aveuglement qui fait que l’on ne sait plus regarder pour ne voir que soi. Où va-t-on ? Comment savoir alors que l’arrogance de la possession délite les liens sociaux ?

Que d’élus, responsables d’association, citoyens, sont inquiets, constatant que les logements neufs, fussent-ils construits par les bailleurs sociaux, ne sont plus accessibles à ceux qui ont de faibles ressources. Ne serions-nous pas tombés sur la tête ? Sûrement, mais le drame c’est que chaque jour des personnes tombent.

Cette cime des prix nécessite des refuges en raison des abîmes qu’elle entraîne. En montagne, ces refuges suscitent un sentiment de sécurité ; en ville, ils traduisent un monde de réfugiés de plus en plus nombreux pour être les condamnés d’un « court termisme » financier.

Toute dictature entraîne des exils ; celle des prix ne fait pas exception. Une telle situation est semence d’une révolte qui parfois, déjà, gronde.

Trois orientations devraient me semble-t-il être examinées en urgence :

• modifier, pour son 10e anniversaire (13 décembre 2000), la Loi Solidarité et Renouvellement Urbains (S.R.U). Il convient de saluer son auteur Louis Besson pour être un grand maitre d’oeuvre de la mixité sociale. Cette loi a porté des fruits ; l’heure vient où elle doit être applicable à toutes les communes sans dérogation.

• Intensifier la ville. Les plans locaux d’Urbanisme (P.L.U.) dans le continuum des dispositions de Christine Boutin et Jean Louis Borloo devraient augmenter de 25% à 30% les droits à construire en les affectant d’une charge foncière strictement éligible aux financements très sociaux.,

• maintenir les aides fiscales pour le seul logement abordable aux personnes fragilisées, (familles monoparentales, jeunes et personnes âgées en vue d’un habitat adapté facilitant leur maintien à domicile). L’avantage fiscal doit impérativement avoir une contrepartie sociale.

De telles perspectives n’offriraient elles pas que les chances des cimes l’emportent sur les risques de l’abîme qu’entraîne inexorablement ce sommet des prix.

Refuser les stigmatisations pour mieux devenir des passeurs de solidarité

Les Roms, depuis un mois, se sont invités bien malgré eux dans le débat public et politique.

Victimes, ils le sont depuis des temps séculaires pour être des mal-aimés en raison de malentendus ; l’urgence est de les dissiper dans une juste attention à cette Communauté qui souffre pour qu’elle trouve pleinement sa place. Les décisions retenues auront valeur de test d’humanité pour notre société. Il ne m’apparaît pas inutile dans cette recherche de sérénité et de justice, de rappeler l’expérience d’Habitat et Humanisme, partagée par bien d’autres Organisations.

Depuis 25 ans, nous nous heurtons à des oppositions de la part de populations bien établies qui refusent la proximité de personnes au motif qu’elles leur apparaissent comme étrangères, non seulement parce qu’elles viennent d’autres pays, mais pour être différentes par la culture, les appartenances religieuses ou encore les disparités de ressources.

L’étrangeté pour être peu partagée se présente comme un mur. Toutefois, nous observons que les dures oppositions enregistrées dans l’élaboration de la mixité reculent assez rapidement dès lors que les personnes trouvent droit de cité. La peur des différences réelles ou supposées ne cède pas avec les discours ; elle exige une parole actée. Un nouveau regard alors se fait jour, l’autre n’est plus considéré comme une menace, d’aucuns reconnaissant qu’ils furent parfois menaçants bien inutilement.

La loi de Louis Besson de 1990 prévoyait des aires d’accueil pour toutes les catégories des gens du voyage. Cette loi n’est pas respectée. Aucun homme n’est « illégal », mais il faut en revanche refuser les situations injustes qui devraient avoir rang d’illégalité.

L’histoire est marquée par des témoins qui privilégient l’harmonie sur toute autre considération. Cette estime de l’autre n’est-elle pas nécessaire à l’estime de soi. Ce monde meilleur auquel beaucoup aspirent ne peut pas se construire avec le refus des minorités, fut-il implicite.

La cohésion sociale si elle impose de revisiter la législation, appelle à substituer la musique de l’âme à ces refus de l’autre qui abîment et entraînent des abîmes. Souvenons-nous de cette magnifique décision de Daniel Baremboim qui, dans le concert des insultes, sut fonder un orchestre composé d’israélites et de palestiniens. Impensable et pourtant !

Si certains pensent que cette création procède d’un angélisme, alors il nous faut nous y résoudre, seuls ceux qui le vivent offrent un avenir.