Le Petit Chose, ou le drame de l’indifférence.

« Hé ! vous là-bas », s’écriait l’instituteur à l’égard du Petit Chose qui n’était pour lui qu’une petite chose. Qui ne se souvient du roman d’Alphonse Daudet, largement autobiographique.

Un enfant perdu, éperdu d’affection, rejeté à cause de sa pauvreté.

Il y a tant de « Petits Choses », victimes d’indifférences meurtrières qui touchent en France des centaines de milliers d’enfants ; ils n’ont point d’avenir pour vivre un présent accablant.

Avec le concours de l’Etat, en décembre 2015, 150 enfants et adultes roms sont sortis de leurs bidonvilles, bénéficiant d’un accompagnement par l’éducation et l’emploi.

Les difficultés n’ont pas manqué mais, au fil du temps, les discriminations s’estompent, chance pour ces familles, plus sûrement pour les enfants d’envisager un autre demain que celui qu’ils entrevoyaient dans leurs territoires infâmes.

Ces enfants se sont vu refuser l’accès à l’école. L’Education Nationale missionna alors des professeurs des écoles sur les deux villages d’insertion, l’un situé sur une commune résidentielle, l’autre dans une ville à connotation ouvrière de la Région Lyonnaise.

A la rentrée scolaire de septembre 2016, tous les enfants sont accueillis dans des classes sur 5 communes.

La pauvreté de ces enfants se donne encore à voir. Les vêtements qu’ils portent identifient chacun d’eux à ce « Petit Chose ». Il leur faut entendre des quolibets peu amènes, blessants, souvent méchants.

Dans son livre, « Le grain sous la neige », le romancier italien, Ignatio Silone, raconte l’histoire d’un fils de grande famille qui rêve de réconcilier socialisme et christianisme.

L’histoire se passe en Italie en 1936, en pleine période fasciste. Cet homme, Pietro, vit en situation de résistance. Traqué par la police, il se réfugie dans une étable immonde où il va partager un temps l’existence d’un âne.

Or, le hasard fait qu’un sourd-muet, enfant du village, découvre sa cachette mais en garde le secret et vient seulement lui tenir compagnie. A vrai dire l’enfant, Infante, n’est sourd qu’à demi et, s’il n’a pas appris à parler, c’est que personne ne l’a aimé.

A la mort de sa mère, les villageois le maltraitèrent et s’en servirent comme d’un mulet.

Chaque soir, raconte Pietro, je l’attendais. Quand tout le village dormait, je l’entendais traverser la ruelle, s’approcher, s’arrêter, se retourner, retirer la porte branlante de l’étable et entrer. Il s’étendait sur la paille entre l’âne et moi et me murmurait à l’oreille des monosyllabes incompréhensibles. J’avais en somme trouvé des compagnons ; ‘Compagnie’ fut du reste le premier mot qu’Infante apprit de ma bouche. Il savait déjà dire pain ; je lui appris alors, par gestes, que des êtres humains qui mangent le même pain deviennent co-pains. Le lendemain même, Infante me donna une preuve d’intelligence et son plein accord avec ma façon de sentir en me murmurant à l’oreille « copain » et, à partir de ce moment-là, il se mit à offrir chaque jour à l’âne, un croûton de pain pour qu’il fît partie de notre compagnie.

En compagnie ! Tout un programme, n’est-il pas celui à mettre en œuvre pour susciter un vivre et faire ensemble. L’exercice est difficile mais enthousiasmant s’agissant d’offrir à des gosses un horizon qui éclairera leur vie, mais aussi la nôtre pour répondre – et avec quelle densité – à l’appel du sens.

Agir : le logement en est une des conditions majeures, réserve faite qu’il soit éloigné des traces de ghettoïsation, mais aussi que ceux qui l’habiteront, injustement habitués à l’opprobre, découvrent le signe d’un partage, « être co-pains » au sens où l’évoque Ignatio Silone.

Nous sommes au cœur de l’accompagnement, entreprendre pour apprendre à tisser des liens.

Bernard Devert
Octobre 2016

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