De bonnes nouvelles qui nous viennent de Rome

Il nous souvient de cette belle expression du Pape François dans son Encyclique « La joie de l’Evangile » : « Comme elles sont belles les villes qui sont remplies d’espaces qui regroupent, mettent en relation et favorisent la reconnaissance de l’autre ! Comme elles sont belles les villes qui dépassent la méfiance malsaine et intègrent ceux qui sont différents ».

Ne sommes-nous pas là au cœur de l’action d’Habitat et Humanisme, magnifiquement définie.

François, avec son talent de communiquant, pour reconnaître notre association lui confère tout son sens : quitter les enfermements du repli sur soi.

Exprimant au Saint Père ma gratitude, son Assesseur, Monseigneur Paolo Borgia, dans une lettre du 31 janvier, demande à ce que nos chantiers conjuguent accueil, protection, promotion et intégration des plus fragiles, notamment des réfugiés et des migrants.

Il est précieux de se savoir soutenus par le Saint-Père. Il nous demande de prier pour lui et sa mission, bénissant « de grand cœur » les personnes aidées, tous les proches et membres de l’association.

Quelle est l’attente du Pape ? Une participation à la création pour aplanir les frontières, s’enrichir des différences dans ce regard de foi transfigurant les relations. Loin de s’évader du réel, il s’agit d’aller plus loin pour que chacun ait un avenir.

Quelle bénédiction que de quitter les crispations, le pessimisme, pour entrer dans une spiritualité de la traversée.

Le monde chrétien est un monde ressuscité ; la lumière pascale introduit l’espérance qui, lorsqu’elle est vécue, anticipe un monde nouveau.

N’ayons pas peur. Les limites se brisent devant l’infini proposé ; alors, surgit l’éclatement de la confiance, cet autre nom du passage de l’ombre à la lumière.

Bernard Devert
Février 2018

 

L’entreprise, vecteur d’ouvertures

Il est des cracs financiers qui font peur. Mon propos ne relève pas de ceux-là, mais d’un craquement, né d’une prise de conscience assaillant des forteresses que l’on croyait intouchables comme celle de l’argent qui, sans encore tomber, perd de sa hautaine assurance.

Cette observation laisse présager un avenir plus humain.

La question du sens est prégnante : se propage une onde de choc que rien ne peut arrêter. Apparemment, la visibilité de ce qui s’est lézardé est ténue, mais les forces assaillies dans le tréfonds de leurs fondations ont bougé.

Le monde de l’entreprise donne une certaine vision de ce changement.

Tout a commencé avec l’éthique, il y a déjà bien longtemps. Une approche déontologique mais plus largement morale a gagné du terrain. Certaines des pratiques, hier acceptées, ne sont plus que tolérées. Il y a tout lieu de penser que, pour être haïssables, elles seront punissables.

Ainsi l’optimisation fiscale, considérée comme une bonne gestion, est désormais analysée comme une pratique affectant le bien commun. Les profits, oui, mais pas au prix d’aggraver l’iniquité.

L’entreprise confrontée à la question du sens a mis en œuvre le concept de la Responsabilité Sociale et Environnementale (R.S.E.) ; elle a pu, ici et là, décevoir mais, progressivement, elle affiche une cohérence entre promesse et résultats.

Une économie est née avec l’économie sociale et solidaire. Une nouvelle école d’entrepreneurs se dessine avec « l’entreprise à mission ». Le sujet n’est plus seulement de se réunir en vue de partager les bénéfices, mais de les affecter en partie à une cause d’intérêt général.

Le temps de la réflexion quant aux engagements suscite une sagesse, une dynamique pour faire place à des valeurs essentielles, parfois oubliées, ou que l’on considérait comme ne relevant pas de l’entreprise dont le but est le profit. L’éthique ne le diabolise pas, elle intervient comme régulateur.

Est-il prématuré d’affirmer que l’économie se laisse toucher par une spiritualité de l’action ? Non, soyons cependant vigilants à ces mots terribles de Péguy : « tout commence en mystique et finit en politique ».

L’éthique surgit incontestablement dans le monde de l’entreprise. Ecrivant cette chronique, je reçois un courriel d’un cadre supérieur d’une multinationale précisant combien la brutalité de la finance est incompatible avec un management respectueux des hommes.

Cette brutalité n’a pas disparu, mais elle est davantage insupportée, l’élévation de la conscience n’est pas étrangère à un refus plus partagé de l’insupportable.

Le XXème siècle fut la civilisation de la consommation ; l’expression, pour la première fois, fut employée en 1946 par Georges Bernanos. Le XXIème siècle, espérait Jean-Paul II, serait celui de l’amour. Reconnaissons que, depuis la chute du mur de Berlin, des ouvertures s’opèrent, insuffisantes certes, mais impossible de les nier.

Je n’oublie pas que les richesses sont concentrées dans les mêmes mains, mais constatons que beaucoup, à deux mains, s’emploient à reprendre la main sur ce qui relevait de l’opacité. A cet égard, des changements notables sont intervenus.

Suis-je dans l’optimisme. Bernanos dit : « une fausse espérance à l’usage des lâches et des imbéciles ». La plus haute – disait-il ‑ c’est le désespoir surmonté » (Mouchette).

Là, où il y a ce sursaut, là il y a un chemin. Il me semble juste de rappeler qu’il n’est pas déserté par les entrepreneurs eux-mêmes.

Bernard Devert
Février 2018

 

Saint Valentin ouvre le Carême, tout un programme.

Saint Valentin, patron des amoureux, s’invite le jour où les chrétiens entrent en Carême. Hasard du calendrier ou de l’incognito de Dieu qui nous demande de faire de ce temps celui de la joie.

La joie. L’expression ne serait-elle pas antinomique avec le Carême. Non, ce temps est un don pour se préparer à un évènement inouï, incroyable, permettant à l’homme d’entrer dans son infini.

Ces 40 jours, pour être une préparation à la Résurrection, traduisent un enthousiasme que connaissent bien les fiancés se préparant à célébrer leur amour.

Au diable les enfermements.

Les amoureux savent l’étreinte du temps avec comme corollaire le risque de l’usure et cette interrogation inquiète : ‘m’aimes-tu encore’ ? L’angoisse est heureusement traversée par la conviction que l’amour met en cendres les scories qui l’attaquent.

Au diable les limites qui mettent en doute le possible de la fidélité.

Seuls les amoureux – et ils ont raison de penser qu’ils sont bien isolés – comprennent que l’amour est le signe d’un feu brûlant à l’image de celui de Dieu, tellement amoureux de l’homme qu’Il lui donne sa vie.

L’amour plus fort que la mort, plus fort que la vie. Il ne s’agit pas d’une formule mais bien d’une reconnaissance de ce que vivent les êtres qui s’aiment jusqu’à se dire l’un à l’autre : « sans toi, je suis pauvre, sans toi, la vie n’a pas de sens ».

Au diable cette présupposée sagesse laissant croire que l’amour passe. Non, il change pour s’élever plus encore jusqu’à devenir ce passage, une pâque, une flamme qui brûle les doutes et les peurs d’aimer et de se laisser aimer.

En disant cela, je pense à ce couple qui, après plus de 70 ans de mariage, regarde l’avenir avec un magnifique optimisme, plus encore une espérance. Les difficultés de l’âge n’ont en rien affecté la joie d’être ensemble et de se dire encore ce : « je t’aime ».

L’amour met tout sens dessus-dessous. Ce qui était fragile devient l’essentiel, l’immortel, alors que ce qui était de l’ordre de la rationalité, parfois de l’illusion de la force, perd de sa flamme pour finalement s’évanouir dans des cendres.

Au diable les petits bonheurs pour être remplacés par un amour authentique allumant ces braises qui nous consument intérieurement. Alors, et alors seulement, s’éloignent ces semblants d’aimer sans lendemain, marchandisant les corps dans un délire et un désir enfiévrés de consommation, ne laissant que le souvenir de la tristesse des cendres.

Valentin, ta sainteté est un bonheur pour faire danser les corps en union avec les cœurs dans un « anima mea », témoignant d’une liberté brûlante et vibrante, parce que l’amour, tout simplement, vit.

Bernard Devert
14 Février 2018

 

Ne laissons pas migrer que les réfugiés ou demandeurs d’asile sont violents !

Calais, ville blessée par la violence qui continue de sévir alors, que la « jungle » fut démantelée dans des délais et conditions honorant ceux qui s’en sont inquiétés.

L’opinion pense que la barbarie est celle des migrants alors qu’ils sont violentés par de tristes et fourbes passeurs, laissant miroiter à des êtres, au bout du bout de l’espoir, qu’il leur suffisait d’atteindre Calais pour rejoindre le nouveau monde : l’Angleterre.migrants

Seulement le Chanel n’est pas la chance d’une terre promise, la promesse s’avérant aussi tragiquement vaine qu’onéreuse.

Quatre jeunes migrants venus de pays lointains et inhospitaliers se trouvent depuis quelques jours dans un pôle de réanimation entre la vie et la mort.

Les armes à feu ont parlé. Les passeurs jouent la division et la terreur pour faire passer la responsabilité à des êtres démunis, confrontés au désarroi d’un avenir qui s’effondre.

Face à cette petite horde que sont ces passeurs ne laissons pas croire que les migrants sont coupables avec comme complices ceux qui les protègent. Un comble d’iniquité.

Inacceptable de laisser une telle injustice se perpétuer ; il faut mettre dehors ces réseaux mafieux sans foi, ni loi, qui utilisent la plus grande misère pour s’enrichir.

La crise migratoire connaît déjà trop d’incompréhensions, de calomnies pour qu’elle soit encore entachée du sordide.

Bernard Devert

Février 2018

La crise migratoire, et si elle venait transformer les relations entre les pays riches et les pays pauvres…

 

Que de lieux en Europe où débarquent des femmes et des hommes violentés par la guerre et la misère. Venus jusque-là, ils ne désespèrent pourtant pas. Quelle énergie les habite pour ne point capituler, consentant à endurer de nouvelles souffrances sur leur chemin d’exil.

Tout a été dit, et souvent bien dit, sur l’inacceptable de ces drames. Reconnaissons, sans culpabilisation destructrice, qu’il reste beaucoup à faire pour que les demandeurs d’asile ou réfugiés ne soient pas rejetés après avoir été jetés.

Comment rester étrangers au fait que les déplacés ne trouvent pas de place ; déjà condamnés à des situations insupportables, nous ne pouvons pas demeurer indifférents, citant, de façon d’ailleurs tronquée, la fameuse formule de Michel Rocard : « l’Europe ne peut pas accueillir toute la misère du monde » il ajoutait : « elle peut prendre sa part».

Le sujet n’est pas d’accueillir la misère mais de lutter contre elle, de se battre contre l’inacceptable d’un malheur tragique qui n’est pas sans abimer notre civilisation. La protéger, c’est lui donner du sens, une des conditions pour sortir de la crise migratoire

Souvenons de ces mots de Primo Levi : « Toi, homme, tu as été capable de faire cela ; la civilisation que tu te vantes d’incarner n’est qu’un vernis, un habit ».

L’heure est justement de ne point se laisser habiter par une passivité mortifère. Assez de ces illusions qui banalisent le mal pour pouvoir dire plus facilement : « nous ne savions pas ».

Qui est en danger, eux ou nous ? L’assistance à personne en danger, de façon multi séculaire, évalue la conscience du degré de notre humanité.

Les exilés quittent leur territoire pour se voir chassés, expulsés, laissant souvent derrière eux la mort des proches. Toute vie menacée doit être défendue. La tentation de garder notre tranquillité est une injustice et une blessure faites aux damnés de la terre.

Il ne s’agit pas de prendre les armes, mais de désarmer pour gagner la paix. Comment mieux le faire que d’entrer dans une attitude bienveillante et audacieuse aux fins d’imaginer une résistance créatrice de liens.

Que de demandeurs d’asile le sont en raison d’une fracture abyssale entre les pays riches et les pays pauvres pillés deux fois par la corruption de trop de leurs dirigeants – mais les corrupteurs ont leur part de responsabilité –  et la spoliation de leurs richesses.

L’urgence est de faire cesser ces trafics et de mettre en œuvre une formation à l’attention des exilés pour les aider à devenir des bâtisseurs, via un engagement des Etats et des acteurs économiques, sociaux et culturels.

A cet horizon, bien des jeunes participeraient dans le cadre d’un « Erasmus ».

Lutter contre les passeurs qui font de la misère leur fonds de commerce s’impose. Un beau renversement est à opérer pour que ces migrants, abusés, deviennent les passeurs d’un monde plus équilibré. Considérés souvent comme une charge, ils seront une chance, notre chance, une victoire pour la paix, un rebond pour l’Europe et un souffle pour notre civilisation.

Les crises, toujours, sont des moments pour réfléchir et pour agir. Ne nous laissons pas tromper par des voix qui plaident la protection en élevant des murs, alors que la seule sécurité qui se révèle noble et sure, est la justice.

Un rêve ? Peut-être ; ne point le vivre, c’est assurément piétiner l’amitié entre les peuples.

Bernard Devert
Février 2018

Le respect, une des clés qui suscite et facilite les réformes

Le mouvement social du 30 janvier avait pour objectif de mettre en lumière le désarroi de bien des personnes âgées dépendantes, fragilisées socialement, mais aussi celui des soignants.

L’action ne s’est pas présentée comme une revendication catégorielle, s’agissant d’alerter les Pouvoirs Publics et l’opinion quant à l’isolement que connaissent trop de personnes, confrontées à l’âge et à la dépendance, se considérant comme inutiles ; le personnel soignant a le sentiment de n’être rien ou peu, pour ne pas être reconnu.

Comment en est-on arrivé à ce que la vie ne soit protégée que là où elle crée du profit. Quelle mémoire avons-nous de ceux qui ont donné la vie, donné de leur vie. Serions-nous tombés dans un productivisme aliénant la mémoire pour ne valoriser que l’espace « temps », où la personne jouit de sa pleine capacité physique ou psychique.

Viendra peut-être un jour où l’intelligence artificielle, pour nous dépasser, fera comprendre que nous sommes peu utiles, quel que soit l’âge.

Il faut tenir au fait que l’humanisme est indépassable et qu’il ne saurait s’évaluer à l’aune de la performance. Au jeu de la puissance, tous, absolument tous, sommes certains de perdre.

Ce 29 janvier, les résidents et le personnel de la Maison Lépine-Versailles, sous l’égide du Maire de Versailles, de la Présidente de la Caisse Nationale de Solidarité et d’Autonomie, du Directeur Délégué de l’Agence Régionale de Santé et de la Vice-présidente du Conseil Départemental des Yvelines, inauguraient non pas d’abord leur nouveau bâtiment, mais une nouvelle approche de leur lieu de vie et de travail.

Une belle aventure commencée, il y a 4 ans, dans la détermination partagée de tous les acteurs à bâtir un « autrement » offrant aux aînés un lieu de vie qui les honore.

L’engagement de tous les acteurs fut le respect, pas seulement une sagesse mais l’expression d’une dynamique offrant à la vie son caractère indépassable, quels que soient les troubles qui l’assaillent.

L’innovation est trace de ce respect, s’agissant de refuser les fatalités qui flirtent avec le découragement, chemin de déshumanisation altérant le sens de la vie.

Respecter, c’est grandir, faire grandir, s’approcher des sommets là où l’essentiel toujours converge.

L’opération obligea à une avancée juridique et financière qui n’est pas restée étrangère à des chercheurs au sein d’Universités, ni au Conseil de l’Europe.

Juridique avec la création ‑ une première en France ‑ d’une société coopérative d’intérêt collectif, gestionnaire de la maison. A dessein il n’est pas parlé d’EHPAD, s’agissant du domicile de la personne. Le ‘chez-soi’, ce lieu de l’intime n’est pas compatible avec l’anonymat et l’indifférenciation d’un établissement.

Cette entité fait place aux résidents, soignants, familles, bénévoles, via leurs Collèges respectifs, concourant à la vitalité de l’espace, école d’humanité.

Innovation financière avec la mobilisation d’une importante épargne privée, à vocation solidaire. La SCIC fut portée non par des personnes qui se réunissaient en vue de partager des bénéfices, mais pour favoriser une économie répondant à une mission, le bien commun.

Toute gestion nécessite un arbitrage. Des différences ont surgi, sans être des divergences, d’où constamment la volonté de trouver des accords, une chance pour la finalité recherchée, l’harmonie.

Quelle joie ce 29 janvier ! Tous éprouvèrent une heureuse fierté qui n’avait rien d’orgueilleuse, relevant de ce supplément d’âme que fait naître le sens du service, traversé par la gratuité.

Bernard Devert
31 janvier 2018