L’entreprise, vecteur d’ouvertures

Il est des cracs financiers qui font peur. Mon propos ne relève pas de ceux-là, mais d’un craquement, né d’une prise de conscience assaillant des forteresses que l’on croyait intouchables comme celle de l’argent qui, sans encore tomber, perd de sa hautaine assurance.

Cette observation laisse présager un avenir plus humain.

La question du sens est prégnante : se propage une onde de choc que rien ne peut arrêter. Apparemment, la visibilité de ce qui s’est lézardé est ténue, mais les forces assaillies dans le tréfonds de leurs fondations ont bougé.

Le monde de l’entreprise donne une certaine vision de ce changement.

Tout a commencé avec l’éthique, il y a déjà bien longtemps. Une approche déontologique mais plus largement morale a gagné du terrain. Certaines des pratiques, hier acceptées, ne sont plus que tolérées. Il y a tout lieu de penser que, pour être haïssables, elles seront punissables.

Ainsi l’optimisation fiscale, considérée comme une bonne gestion, est désormais analysée comme une pratique affectant le bien commun. Les profits, oui, mais pas au prix d’aggraver l’iniquité.

L’entreprise confrontée à la question du sens a mis en œuvre le concept de la Responsabilité Sociale et Environnementale (R.S.E.) ; elle a pu, ici et là, décevoir mais, progressivement, elle affiche une cohérence entre promesse et résultats.

Une économie est née avec l’économie sociale et solidaire. Une nouvelle école d’entrepreneurs se dessine avec « l’entreprise à mission ». Le sujet n’est plus seulement de se réunir en vue de partager les bénéfices, mais de les affecter en partie à une cause d’intérêt général.

Le temps de la réflexion quant aux engagements suscite une sagesse, une dynamique pour faire place à des valeurs essentielles, parfois oubliées, ou que l’on considérait comme ne relevant pas de l’entreprise dont le but est le profit. L’éthique ne le diabolise pas, elle intervient comme régulateur.

Est-il prématuré d’affirmer que l’économie se laisse toucher par une spiritualité de l’action ? Non, soyons cependant vigilants à ces mots terribles de Péguy : « tout commence en mystique et finit en politique ».

L’éthique surgit incontestablement dans le monde de l’entreprise. Ecrivant cette chronique, je reçois un courriel d’un cadre supérieur d’une multinationale précisant combien la brutalité de la finance est incompatible avec un management respectueux des hommes.

Cette brutalité n’a pas disparu, mais elle est davantage insupportée, l’élévation de la conscience n’est pas étrangère à un refus plus partagé de l’insupportable.

Le XXème siècle fut la civilisation de la consommation ; l’expression, pour la première fois, fut employée en 1946 par Georges Bernanos. Le XXIème siècle, espérait Jean-Paul II, serait celui de l’amour. Reconnaissons que, depuis la chute du mur de Berlin, des ouvertures s’opèrent, insuffisantes certes, mais impossible de les nier.

Je n’oublie pas que les richesses sont concentrées dans les mêmes mains, mais constatons que beaucoup, à deux mains, s’emploient à reprendre la main sur ce qui relevait de l’opacité. A cet égard, des changements notables sont intervenus.

Suis-je dans l’optimisme. Bernanos dit : « une fausse espérance à l’usage des lâches et des imbéciles ». La plus haute – disait-il ‑ c’est le désespoir surmonté » (Mouchette).

Là, où il y a ce sursaut, là il y a un chemin. Il me semble juste de rappeler qu’il n’est pas déserté par les entrepreneurs eux-mêmes.

Bernard Devert
Février 2018

 

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