La lutte contre les violences est un combat contre la haine

Toute violence met en échec le respect de la vie. Que de pauvretés et d’exils doivent supporter ces frères meurtris par les forces du mal, ne disposant d’autre protection que de fuir, d’où les traversées incertaines de ces mers. « Eau sourcilleuse, œil qui gardes en toi, tant de sommeil sous un voile de flamme », suivant les vers de Paul Valéry.

Quand l’accostage surgit, commence alors une longue attente sur des trottoirs, au mieux sous des tentes. Que de voiles jetés pour cacher les détresses de la vie.

Il n’y a de respect de la vie que là où une hospitalité se fait jour et quelle est-elle si ce n’est de ne point laisser un humain, seul, face à sa mort.

Que de tragédies disent l’insupportable légèreté de l’être. Aux portes des auberges, d’innocents enfants naissent encore sans toit dans la nuit glacée sous les yeux étrangers des gens civilisés (Jacques Mellot).

Un des mots les plus utilisés, les plus partagés est celui du sens devenu la grande référence d’un sésame… mais pour quelle ouverture. Ne serait-ce pas les trois coups d’une parodie cachant un tohu-bohu où tout est sens dessus-dessous.

Ce monde s’agite, hésite et finalement n’existe qu’à travers des discours dont il se gargarise, oubliant ce qu’il faudrait vivre pour s’opposer à ce qui abime l’homme.

Souvenons-nous d’Enée consultant la sibylle de Cumes ; elle ne lui cache pas les difficultés qui l’attendent : « Pour toi, ne cède pas à l’adversité mais apporte toute l’audace dont tu seras capable ».

Une parole de plus de 2000 ans qui n’a pas pris une ride. A l’accueillir, comme notre monde trouverait le sens qu’il recherche.

Oui, quand l’audace faillit, le mal envahit et gangrène les relations mettant à genoux les plus vulnérables.

Heureusement, cette audace, ici et là, n’est pas absente. Ne se présente-t-elle pas pour nous comme une boussole pour prendre les chemins éloignés de ces autoroutes du ‘prêt à penser’.

Dans une sombre actualité où la violence ne connaît plus d’écrans à force de les crever, il est de ces inattendus se révélant des écrins de la vie.

Cet homme jeune, papa d’un enfant d’un an, tue son patron et son collègue pour un désaccord sur les heures supplémentaires. Folie ! Voici que le père lance à ce fils indigne un message qui n’est qu’amour. Il est son fils et il le restera à jamais. Conscient qu’il ne le verra plus libre, il lui adresse pourtant ces mots : « nous avons besoin de toi ». Le cœur brisé de ce père reste un cœur de chair. Rien, ni personne, ne pourra assassiner la filiation de la paternité.

Ce message a touché l’opinion. Elle fut comme une brise légère dans une atmosphère lourde de drames.

Ce meurtrier, après s’être caché 4 jours dans la forêt, s’est rendu aux forces de police dans un état si pitoyable que les gendarmes ayant pitié de lui eurent comme premier mouvement de lui donner à boire et à manger.

Ces moments n’enlèvent rien au tragique mais sans doute nous laissent-ils saisir que dans les situations les plus abjectes, demeurent des traces d’humanité qui ne sont pas étrangères au fait que dans notre Société qui a su abolir la peine de mort, des veilleurs sont attentifs à abolir la haine.

Le combat est rude, il n’est pas sans grandeur.

Bernard Devert

Mai 2021

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