L’urgence d’une Pentecôte pour un monde plus juste

Pentecôte, ce jour qui fit grand bruit, pour reprendre les mots des Actes des Apôtres. Que s’est-il donc passé, les portes se sont ouvertes au sens propre, comme au sens figuré.

La Société semble comme paralysée, figée, consentant à ce que des personnes n’aient rien ou si peu. Un grand voile est jeté sur les situations d’iniquité pour ne point voir qu’elles sont la cause de désespérance d’un grand nombre de nos concitoyens qui ne s’en sortent plus.

Les peurs sont ainsi masquées au prix de la violence que d’aucuns justifient au nom de la sécurité, ce sésame actuel de notre Société, invivable pour les plus fragiles, devant entendre ce cri sans pudeur, rabâché quotidiennement : qu’ils s’en aillent, comme si leur départ allait tout régler ; quelle cécité !

Heureusement des femmes et des hommes, soudain, se mettent debout trouvant l’audace d’exprimer ce qu’ils pensent, ce qu’ils croient. La peur, de soi, des autres, du monde, des évènements, quitte les cœurs et les esprits. Surgit alors un inespéré ! Que s’est-il donc passé, la confiance habite les relations.

Pentecôte, un temps de liberté où chacun, quelque peu étonné de ce qu’il entend et comprend, saisit que l’autre n’est pas un danger, mais une chance. Le Vivant n’est plus perçu dans un ailleurs ou comme un vague espoir, il se reçoit dans un émerveillement qui désarme.

Pentecôte, un moment étrange ; il n’y a plus d’étrangers, que des frères. Comment un tel jour ne ferait pas grand bruit, celui du bruissement des cœurs s’éveillant dans leur déploiement.

En cette fête de Pentecôte, heure de liberté, puis-je rappeler que si nous regardions avec le cœur, nous verrions les possibles qui sont à notre portée. Nous nous interrogerions sur ces logements vacants situés souvent en centre-ville qui permettraient à des soignants de trouver leur place, ainsi qu’à des étudiants ou à ces travailleurs engagés dans des métiers dits essentiels, dont les activités sont appréciées parce que nécessaires à notre santé et notre hygiène de vie, sans que pour autant leurs acteurs trouvent une reconnaissance.

Hier, je me suis rendu auprès de Jacques ; il a 70 ans, il a trouvé refuge à proximité du métro Dupleix de la ligne 6. Une soignante lui assure chaque jour des soins vitaux, une de ses jambes étant nécrosée. Il est sous morphine… et sans toit, protégé par une simple couverture. Nous allons l’accueillir dans les tous prochains jours dans un Ehpad. Si vous aviez vu son sourire lorsque je lui ai annoncé cette perspective Une Pentecôte partagée ! Une joie m’a envahi, accompagnée de cette conviction qu’il faut ouvrir les cœurs pour libérer les liens.

Je vous partage cette rencontre, conscient que ce que nous entreprenons est le fruit de l’engagement d’un grand nombre d’entre vous. Il faut poursuivre, plus encore aller plus loin.

Une autre situation difficile pour laquelle nous n’avons pas de réponse alors qu’il y a urgence. Il s’agit d’une maman séparée de son mari, lequel a perdu son emploi, confronté à des dettes importantes, il s’est éloigné de son épouse, restant présent à ses six enfants scolarisés dans le 15ème arrondissement de Paris. La naissance d’un 7ème enfant est annoncée pour septembre.

Actuellement, cette maman, auxiliaire de vie et ses enfants n’ont comme abri qu’une voiture.

Il doit bien se trouver dans la Région parisienne un cinq pièces qui pourrait être proposé au prix d’un loyer social, sachant que le fonds de dotation d’Habitat et Humanisme, dénommé Acteurs d’Humanité, sécurisera le loyer vis-à-vis du propriétaire, ou prendra à sa charge les travaux de réhabilitation nécessaires pour être loué.

Quelle belle Pentecôte si devant une telle situation, l’esprit de solidarité conduisait à faire du neuf, à créer un monde nouveau, une humanité plus belle, non pas en rêvant des grands projets, mais très concrètement en répondant à cet SOS, nous souvenant ces mots du Pasteur Dietrich Bonhoeffer : « ce ne sont pas les tâches infinies et inaccessibles qui sont transcendantes, mais le prochain placé sur notre chemin ».

« Va vers ton risque, à te regarder ils s’habitueront », dit René Char ; c’est aussi cela Pentecôte.

Bien fraternellement.

Bernard Devert
Mai 2026

Laisser un commentaire