Vivre, c’est échanger ; nos grands aînés souhaiteraient ne pas être laissés pour compte

La loi sur l’aide à mourir fait naturellement débat ; Les soignants ne lui sont pas favorables pour avoir exprimé, très majoritairement, que la main qui soigne ne peut être celle qui donne la mort. La formule est aussi brève qu’heureuse.

J’entends les questions anthropologiques que suscite cette loi, laquelle laisse entendre le possible d’une clause de conscience, laquelle devrait faire l’objet d’un apport du Conseil Constitutionnel.

Si l’aide à mourir relève d’une loi, nous devons nous élever jusqu’à faire surgir une prise de conscience que l’heure n’est pas tant de dénoncer que d’énoncer les conditions d’une « aide à vivre », en veillant – il y a urgence – à ce que nos Ehpad, notamment, soient ouverts aux soins palliatifs dans cette recherche de solutions à partir desquelles un « autrement » s’éveille.

Le film « Soudain », actuellement sur les écrans, trouve une singulière acuité. Il présente la directrice d’un Ehpad, anthropologue de formation, bien décidée à mettre en œuvre des relations de plus grande humanité dans ce dispositif nommé « humanitude », né non pas d’une loi mais de pratiques visant une plus grande attention aux personnes confrontées à la maladie et à la dépendance.

Cette « aide à vivre » manque cruellement. Il n’est pas d’Ehpad – y compris les nôtres – où nous n’entendons pas une certaine détresse des résidents ; ils expriment souvent pudiquement, parlant de leur insatisfaction, l’ennui, ou un sentiment d’inutilité sociale, conduisant à s’interroger : « pourquoi donc suis-je encore en vie puisqu’elle n’a plus de sens » ?

Le sujet pour nous, humanistes, croyants, c’est de penser autrement les relations avec les résidents de nos maisons pour que ce moment de la vie qu’est le vieillissement ne soit pas seulement supporté, mais vécu différemment pour rester ce qu’il doit être, un temps de vie et il ne l’est, que si le sujet du sens demeure.

Cette directrice dit pourquoi elle est là : « je veux créer des liens ». L’écoutant, je pensais au Petit Prince, étonné et émerveillé de ce qui lui est proposé, un apprivoisement, la création de liens.

Ces liens précisément vont mettre debout les soignés, au propre comme au figuré.

La vie est vie, tant qu’elle élève et relève.

Ce film « Soudain » montre la volonté inflexible de cette directrice, traversée par une bienveillance à l’égard des soignants et soignés, alors qu’elle est fort isolée pour être en difficulté, avec les dirigeants de son Groupe, lesquels s’inquiètent des charges susceptibles de diminuer les dividendes !

L’humain a un coût, mais il n’a pas de prix.

Des oppositions naissent également avec ses équipes soignantes, loin de vouloir entrer dans une relation nouvelle avec les soignés, outre les tutelles qui, focalisées sur la sécurité, ne veulent prendre aucun risque si bien que la Directrice s’entendra reprocher : vous avez beaucoup de chutes. Certes, répondra-t-elle, mais les fauteuils roulants sont moins nombreux !

Et si soudain, nous acceptions de reconnaître que nous avons peur du vieillissement ; toute peur, outre la colère qu’elle peut entraîner, cause une forme d’anesthésie, suivie d’un fatalisme : c’est la vie, mais n’est-ce pas la déserter.

Ce que notre Société a besoin, c’est d’ouvrir un chantier éminemment spirituel où l’heure n’est pas tant de se battre contre la loi que de chercher des solutions pour que ce temps de l’existence demeure vital.

Nul doute que pour y parvenir, il faut cesser de considérer que nos grands aînés sont une charge. Ils l’éprouvent et en souffrent.

Au nom d’une certaine sûreté, trop de portes de nos maisons ne s’ouvrent que le temps de l’entrée du résident, mais qu’en est-il de son possible va-et-vient. Refusé, pour le moins peu favorisé, il nous prive de leurs expériences et d’une prise en compte d’un recul, dont la Société aurait bien besoin qui, pour être habitée par l’agitation, ne sait plus prendre le temps de se penser autrement.

En cette rentrée 2026-2027, puisque le calendrier universitaire régit le temps, pourquoi ne pas nous demander soudainement si nous ne devrions pas rechercher les solutions à faire naître dans le champ sociétal pour un humanisme plus prégnant qui, en l’état, est mis à mal et le sera, aussi longtemps qu’une fraction de la population sera mise à distance, nos grands aînés.

Ensemble travaillons sur ce possible pour qu’il se laisse interroger par ce que nous jugeons impossible, trop souvent par facilité ou par peur de penser différemment.

Bernard Devert
Août 2026

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