L’or, l’encens et la myrrhe

Quel bonheur que de partager sa joie fut-elle surprenante pour être vécue dans un lieu recevant les oubliés de nos sociétés.

Pourtant…

Dans le cadre du dispositif hivernal, 50 personnes essentiellement des familles, condamnées à faire le 115 pour trouver un abri, sont accueillies.

Elles viennent souvent de pays lointains mais la fraternité ne saurait avoir de frontières ; inquiètes et comment ne le seraient-elles pas pour ne disposer d’aucun lien social, logement, travail, statut, amis. Quel avenir ? Grande est leur solitude mais pour autant elles ne sombrent pas. Quel est leur secret ?

Je n’ai pu m’empêcher ce dimanche de l’Epiphanie de les comparer à ces mages qui, venant d’ailleurs, acceptent de prendre un autre chemin pour déserter les allées de la facilité, celles parfois du pouvoir.

Nombre d’entre eux auraient pu de par leur culture être proches des lieux de puissance ; ils ont refusé de cautionner des politiques bafouant la liberté et la dignité de l’homme jusqu’à devoir s’exiler, leur engagement les mettant en danger ; d’autres sont venus non sans audace et espérance, rechercher les conditions d’un « mieux vivre ».

Ils ont laissé bien des présents :

  • l’affection et l’amitié des leurs; n’est-ce pas de l’or ?
  •  le pays natal avec ce parfum du mystère signifié par l’encens.
  •  La sécurité, déposant la myrrhe, l’huile pour soigner les blessures que révèle la vie risquée.

Sans trop se préoccuper d’eux-mêmes, ils consentent douloureusement à cet inconnu qui tranche avec nos peurs et nos crispations naissantes en ces temps difficiles. Ne nous nous invitent-ils pas à prendre un autre chemin, celui d’une plus grande liberté pour être celui de la confiance.

Les Mages étaient des riches par leur savoir. Puissions-nous ne pas les croiser mais bien les rencontrer pour recevoir d’eux une richesse inespérée, celle d’un cœur de pauvre.

Une étoile à scruter qui pourrait bien nous faire découvrir des inattendus.

Noël

Difficile de dire Joyeux Noël à une famille qui se trouve dans l’inquiétude pour être touchée par le chômage, ou encore dans l’angoisse pour ne plus percevoir que les minima sociaux. Difficile de dire Joyeux Noël à une famille en recherche d’un toit pour mettre « à l’abri » les siens, rappelant que plus de 400 000 enfants sont victimes du mal logement. Difficile de dire Joyeux Noël à une famille touchée par les accidents de la vie et le malheur innocent.

Difficile.

Un enfant nous est né. Cette naissance ne change rien à cette dramatique réalité et pourtant déjà, elle en modifie bien les perspectives.

Les puissants ne le savent pas, mais les pauvres que sont les bergers de tous les temps viennent à Bethléem pour s’approcher d’une famille « condamnée » à n’offrir pour berceau qu’une simple mangeoire à son enfant.

L’enfant-Dieu n’est pas l’enfant-roi.

« Le difficile est le chemin », suivant l’expression de la philosophe Simone Weil, celui d’une espérance contre toute espérance.

Difficile combat.

L’enfant-Dieu réveille en nous l’enfant éternel pour ne point sombrer dans le cynisme ou simplement l’indifférence qui créent des ‘bulles’. Le miracle de Noël c’est précisément de les faire exploser.

Désarmés comme un enfant, nous voici surpris de rejoindre nos Bethléem, lieux où des hommes souffrent, luttent, vivent pour croire qu’il y a justement un autrement.

Loin d’être un souvenir, Noël nous invite à naître : ne nous étonnons pas si tant de retournements se sont produits en cette nuit. Des hommes découvrent que la vie n’est pas ce qu’ils pensaient ou ce qu’ils croyaient, pour être une relation suscitant une étrange lumière dans le clair-obscur de l’histoire.

Difficile, l’accouchement à la vie. Ne nous faut-il pas quitter un peu nos certitudes, nos partis pris, tels les bergers qui ont su lire des signes pour devenir semeurs d’étoiles.

Sur ce difficile chemin, nous découvrons une lumière qui rend visibles ceux-là mêmes qui sont invisibles à nos sociétés : c’est Noël ! Alors seulement en vérité, pour être plus en humanité, nous pouvons dire : Joyeux Noël.

 

Une voix crie dans le désert, préparez le chemin du Seigneur

Cette voix nous invite à changer et à échanger pour sortir de nos déserts ; l’échange n’est-il pas un oasis.

Une voix crie – c’est celle de cet enfant de 11 ans, David, et il y a beaucoup de David. Son enfance lui est volée par trop d’épreuves. Il a connu la rue. Ecoutez sa voix, c’est dur dit-il, de dormir à même le macadam.

Une voix crie dans nos déserts.

Voix de Salomé, elle a 6 ans. Craintive, son visage porte la trace d’une tristesse pour avoir vu et subi ce qu’aucun enfant ne devrait jamais connaître.

Une voix crie, elle prie et elle supplie : « plus jamais ça ».

Cette voix, il nous faut l’entendre pendant ce temps de l’Avent pour faire naître des relations nouvelles et par là-même déserter l’inessentiel qui porte le nom de l’indifférence ou encore des illusions qui entravent cette sortie de nos exils intérieurs.

Une voix crie dans le désert : change pour échanger avec ceux qui sont si proches et pourtant si lointains au point d’être parfois nommés « ces gens-là ».

Une voix crie dans le désert : toi qui as un logement vacant, acceptes-tu de discerner pour le mettre dans des conditions raisonnables à disposition d’une famille fragilisée.

Une voix crie dans le désert : tu as quelque épargne, veux-tu l’investir dans la solidarité pour ouvrir de nouvelles portes comprenant que sans toit, personne ne peut être soi.

Une voix crie dans le désert : acceptes-tu de louer ton bien non pas dans les conditions du marché devenu fou, débridé à tel enseigne que les prix se sont envolés jusqu’à « voler » aux familles la chance de se loger décemment ou alors à un taux d’effort qui fait que le « reste à vivre » compromet les relations stabilisées.

Une voix crie : c’est celle de Saint-Augustin : « la vie ce n’est pas les pierres, mais les hommes.

Cet humanisme n’est-il pas la pierre angulaire qu’est le Christ ; il nous crie l’espérance qu’il met en chacun d’entre-nous dans cette conviction qu’un jour nous bâtirons différemment pour nous laisser recréer.

Une voix crie, puissions-nous l’entendre.

Bernard Devert
6 décembre 2011

Non à ces rentes foncières qui aggravent la pauvreté !

Quelles villes allons-nous laisser à nos enfants : celles de l’indifférence et de l’exclusion si nous ne réagissons pas rapidement tant les démunis et même les classes moyennes sont rejetés vers un ailleurs en raison d’une spéculation du foncier, destructrice de la cohésion sociale.

Le maintien des rentes foncières n’est pas admissible tant il éreinte ceux qui n’ont comme revenus que le fruit de leur travail.

Ne marchons-nous pas sur la tête pour observer que les prix de l’immobilier ont augmenté de plus de 140 % sur 7 ans alors que sur cette même période, la hausse des salaires médians est restée inférieure à 25 %.

Le travail, quel scandale, n’autorise pas toujours à trouver un logement abordable sauf au prix d’un tel effort que le « reste à vivre » n’est pas étranger à bien des ruptures aggravant les précarités au point de leur ajouter la misère affective (familles monoparentales).

La situation n’est plus tenable. Il ne s’agit pas de demander à l’Etat ou aux Collectivités Locales touchés par la crise des finances publiques d’augmenter les aides, qui ne font d’ailleurs que renchérir le coût du foncier dès lors que ce qui est gagné sur le plan fiscal est perdu par la valorisation des terrains. Il s’agit de penser autrement l’acte de construire pour l’orienter fermement et délibérément au regard de l’urgence de l’heure pour des quartiers plus ouverts et équilibrés.

Les élus disposent pour ce faire d’un moyen d’action avec le Plan Local d’Urbanisme (P.L.U.) leur permettant d’agir sur deux plans :

  •      Augmenter les droits à construire de 30 à 40 %. Le sujet est suffisamment important pour éviter des caricatures : la densité proposée n’a rien à voir avec celle de « Manhattan ». il s’agit d’édifier des opérations plus en lien avec les équipements publics.
  • Construire plus, en veillant à ce que cette nouvelle densité soit affectée d’une charge foncière éligible aux financements très sociaux, rappelant que le logement social est défini par son financement.
  •      Délivrer des permis de construire précisant la destination des logements. Nous préconisons que la part non aidée représente 30% du programme, les logements très sociaux 30  % et ceux à vocation intermédiaire 40 %. Comment ne pas observer que, sous couvert du social, le Prêt Locatif Social est accessible à 70 % de la population si bien que les plus fragilisés peinent à trouver un logement là où le financement ne leur est pas adapté.

Ces mesures limiteront mécaniquement le coût du foncier par un prix de « sortie » encadré par ces différents financements.

La situation du logement est suffisamment grave pour mettre un terme à un marché débridé qui fait qu’une fraction importante de nos concitoyens est condamnée à la fragilité.
Acceptez-vous de signer cet appel au changement dans cette conviction qu’il n’y a de justice que là où nous consentons à changer et à faire changer pour refuser l’inacceptable?

A cette responsabilité de veilleur, ne sommes-nous pas tous appelés ?

Pour que le « vivre ensemble » devienne une réalité mieux partagée

Le mal logement fait trop de victimes, notamment des enfants dont l’avenir est souvent brisé.

Que de personnes en souffrance sont rejetées de la société pour ne pas avoir de toit ou ne disposer que d’un hébergement dégradé voire insalubre, dangereux pour la santé et la sécurité.

L’effort de chacun doit être renouvelé pour éradiquer ce drame.

La tentation est de se tourner vers l’Etat. Certes, il est de sa fonction régalienne d’assurer la
cohésion sociale mais la société civile a aussi ses devoirs et ses responsabilités pour parvenir à une société plus équilibrée, plus juste.

N’attendons pas la résolution de la pénurie des logements, d’un miracle institutionnel qui nous
dispenserait de nos engagements.

Difficile de fermer les yeux sur le fait que trop de logements sont vacants alors que de nombreux
ménages attendent parfois depuis des années un toit. Il y a là une situation si inacceptable que le
silence est une faute ; personne ne peut dire : je ne sais pas.

Refusant de s’installer dans la seule indignation, s’impose une mobilisation pour offrir les conditions d’un avenir plus humanisé.

Dans cette perspective, nous préconisons les quatre mesures suivantes :

1/ mise à disposition sans délai de tous les biens susceptibles d’être loués, souhaitant que soit donnée plus d’ampleur à l’opération « Propriétaires et solidaires » initiée par Habitat et Humanisme.
2/ renforcement des dispositions liées aux garanties locatives pour mieux sécuriser les bailleurs,
3/ application de la Loi Solidarité et Renouvellement Urbains (S.R.U) à toutes les communes de plus de 3 500 habitants pour qu’il n’y ait plus de territoires ségrégatifs. La République est une et
indivisible.

4/ révision des plans locaux d’Urbanisme (P.L.U.) dans les grandes agglomérations : les droits à construire augmentés de 25% à 30%, étant affectés d’une charge foncière maîtrisée pour une éligibilité aux financements très sociaux.

Ces modalités largement esquissées par les lois Engagement National pour le Logement et
Mobilisation pour le Logement et la Lutte contre l’Exclusion sont à notre portée, sous réserve que la détresse dans laquelle se trouvent trop de familles nous touche pour parvenir à susciter un «autrement » dans l’acte de construire et les priorités d’accès au logement.

Cet appel, nous le lançons de Lyon dans le cadre du 25ème anniversaire d’Habitat et Humanisme
avec tous ceux qui, attentifs à la fragilité, sont décidés à aller plus loin pour que le « vivre ensemble » devienne une réalité mieux partagée.

Bernard Devert
Le 10 mai 2011

Le logement ou la mise à découvert des exclus de l’économie

Les médias sont unanimes pour dénoncer la flambée des prix du logement. Les plumes fussent-elles de droite ou de gauche la stigmatisent, non sans justesse, comme « folie » ou « sommet du délire ».

De nouveaux records : au 3ème trimestre la hausse est en 2010 de 8,6 %, 12,6% en Ile de France et 13,6% dans Paris intra-muros où le prix moyen dépasse désormais les 7000 €/m². L’inquiétude étreint bien des familles. Les pauvres déjà largement exclus, voici que les classes moyennes connaissent une angoisse plus prégnante que nous le pensons. Selon un sondage, 60% des Français estiment qu’eux-mêmes ou un de leur proche peuvent devenir SDF.

Cette inquiétude, certes excessive, n’en est pas moins exprimée. Difficile de ne pas l’entendre pour mieux comprendre. Nous assistons à une dictature des prix pour ne plus être corrélés avec les revenus du travail. Une telle situation est littéralement inacceptable. Interrogeons-nous sur l’attention portée aux jeunes et à ces couples qui se forment sans parvenir à trouver de logement, ou encore à ceux qui à l’heure de la retraite n’ont plus les ressources nécessaires
pour garder leur appartement.

Dominique Versini, Défenseure des enfants, ancienne Secrétaire d’Etat chargée de la précarité et de l’exclusion, souligne que la pauvreté des enfants et de leurs familles n’intéresse guère l’Etat français : les naufragés de la vie ne trouvent pas assistance, ditelle.

L’Etat a sa responsabilité mais nos comportements individuels ont aussi la leur. Cette tyrannie des prix est cause d’un mal profond né d’un individualisme en dérive pour ne s’inquiéter que du « tout, tout de suite » ; aveuglement qui fait que l’on ne sait plus regarder pour ne voir que soi. Où va-t-on ? Comment savoir alors que l’arrogance de la possession délite les liens sociaux ?

Que d’élus, responsables d’association, citoyens, sont inquiets, constatant que les logements neufs, fussent-ils construits par les bailleurs sociaux, ne sont plus accessibles à ceux qui ont de faibles ressources. Ne serions-nous pas tombés sur la tête ? Sûrement, mais le drame c’est que chaque jour des personnes tombent.

Cette cime des prix nécessite des refuges en raison des abîmes qu’elle entraîne. En montagne, ces refuges suscitent un sentiment de sécurité ; en ville, ils traduisent un monde de réfugiés de plus en plus nombreux pour être les condamnés d’un « court termisme » financier.

Toute dictature entraîne des exils ; celle des prix ne fait pas exception. Une telle situation est semence d’une révolte qui parfois, déjà, gronde.

Trois orientations devraient me semble-t-il être examinées en urgence :

• modifier, pour son 10e anniversaire (13 décembre 2000), la Loi Solidarité et Renouvellement Urbains (S.R.U). Il convient de saluer son auteur Louis Besson pour être un grand maitre d’oeuvre de la mixité sociale. Cette loi a porté des fruits ; l’heure vient où elle doit être applicable à toutes les communes sans dérogation.

• Intensifier la ville. Les plans locaux d’Urbanisme (P.L.U.) dans le continuum des dispositions de Christine Boutin et Jean Louis Borloo devraient augmenter de 25% à 30% les droits à construire en les affectant d’une charge foncière strictement éligible aux financements très sociaux.,

• maintenir les aides fiscales pour le seul logement abordable aux personnes fragilisées, (familles monoparentales, jeunes et personnes âgées en vue d’un habitat adapté facilitant leur maintien à domicile). L’avantage fiscal doit impérativement avoir une contrepartie sociale.

De telles perspectives n’offriraient elles pas que les chances des cimes l’emportent sur les risques de l’abîme qu’entraîne inexorablement ce sommet des prix.