Pour que les liens ne se délitent pas, devenons meilleurs.

Ce matin, prenant le train à une heure matinale (trop), mon regard fut attiré par un panneau lumineux affichant « joyeuses fêtes » sur la façade de la gare. Je dois avouer que cela me mit sur une voie de bonne humeur.

Je me rendais précisément à un colloque tenu au sein du Conseil Economique, Social et Environnemental, sur le thème du lien, Habitat et Humanisme essayant d’en être un bâtisseur.

Les liens souvent dans tous leurs états, griffés par l’indifférence et les iniquités, portent bien des traces de dé-liaisons, cause de dé-solations jamais étrangères à la perte de l’estime de soi.

L’entreprise ne fait pas non plus l’économie de la crise du lien avec les dé-localisations, le primat de la rentabilité ‑ pour des raisons de survie ‑ l’emportant sur les liens d’humanité. L’éthique est en souffrance quand se délient les pratiques des engagements qui résonnent avec la conscience éclairée.

L’urbanisme, même s’il témoigne de plus de vigilance à l’équilibre des populations, n’est pas encore étranger aux fractures sociales qui entretiennent et nourrissent l’entre-soi.

Le choc des cultures et les différences sociales considérables confèrent à la recherche des liens une interrogation inquiète ; elle n’a pas manqué d’être exprimée au sein de ce colloque, via ces mots : ne serait-elle qu’un rêve, une utopie.

Une voix dans l’hémicycle risqua, non pas un discours, mais une proposition : « il nous faut être meilleur ». Soudain, il y eut un silence, un souffle d’espérance.

Oui, au diable ces finitudes destructrices des relations. L’homme, lorsqu’il s’éveille à ce qu’il est, découvre l’infini qui l’habite le conduisant vers ces sentiers qui n’ont d’autres orientations que les sommets.

Devenir meilleur pour que le vertige du fini se délie enfin.

Devenir meilleur, ne serait-ce pas risquer l’aventure de l’optimisme, déjouant et dénouant les nœuds gordiens du défaitisme, dans cette perspective où Pascal dit que l’homme passe infiniment l’homme.

Devenir meilleur, ne serait-ce pas être guetteur d’un monde nouveau prenant le risque, non seulement de l’annoncer, mais de l’énoncer. Que de liens à faire naître pour s’éveiller à ce ‘supplément d’âme’ qui, seul, ouvre le cœur et l’esprit, trace du déjà-là de l’infini.

Bernard Devert
Décembre 2017

Anticiper un nouveau monde pour lui donner naissance

L’absence de lien n’est pas indifférente à ces ondes de chocs violents et si fréquents que la mémoire, criblée à la vitesse de l’information, n’en garde pas trace ou si peu.

Le lien entre les êtres est oublié ; il est pourtant un trésor à portée de cœur pour être l’expression d’une bienveillance, d’un sourire, d’une main vers l’autre qui, rencontré et non croisé, existe comme personne.

Les violences sont d’autant plus permissives que l’autre est considéré comme un objet insignifiant. Le passage au respect, seul, fait naître une relation humaine ou l’autre est un sujet.

Le Docteur Albert Schweitzer demandait que chacun s’efforce, dans le milieu où il se trouve, de témoigner à l’autre une véritable humanité. C’est de cela ‑ ajoutait-il ‑ que dépend l’avenir du monde.

Dieu a le visage des insignifiants. Il est pourtant le Tout-Autre.

La Bonne Nouvelle nous rappelle que le Fils de l’Homme s’identifie au captif, à l’étranger, à celui qui est nu, qui n’a rien jusqu’à se considérer comme rien. « Ce que vous avez fait aux plus petits d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Cette perspective, si elle emporte l’adhésion, crée un lien d’humanité. Comment s’en étonner, le divin n’est étranger à rien de ce qui est humain.

Ce lien à l’autre en état de fragilité ne saurait rester un engagement théorique. Il appelle un changement à la hauteur du bouleversement qui saisit, lorsque celui qui est différent est reconnu dans une relation de fraternité.

Une telle approche ne saurait être remise à demain, tant l’urgence s’impose de bâtir une Société plus cohérente, par-là même plus humanisée.

Cette humanisation ne s’opère que dans l’attention à la vulnérabilité, d’où l’observation des spirituels de toute confession, soulignant le fait que les plus fragiles se révèlent maîtres en humanité.

Aussi convient-il de maîtriser l’économie. Folie de constater qu’en une séance de Bourse un des hommes les plus riches du monde gagne deux milliards d’euros. La bourse pour l’un, mais quelle vie pour tant d’autres.

Il est vraiment urgent de s’inquiéter d’offrir à la finance un rôle de servante. Alors une économie plus positive s’ensuivra. J’entends le risque d’être taxé d’utopie ou d’un idéalisme « imbécile », pour refuser que la richesse des uns, entraîne la richesse des autres. Est-ce si vrai ?

Il existe une économie dénommée sociale et solidaire. Elle a fait ses preuves pour remettre debout des hommes et des femmes au bord du chemin, blessés par la vie.

Le ressort de cette économie brise les discriminations, les ségrégations, fait tomber des frontières, observant que riches et pauvres y concourent.

Il est nécessaire qu’elle se développe davantage pour créer cette part manquante à toute humanité ; or, cette forme d’économie ne manque pas son objectif : rechercher un bénéfice non point d’abord pour se le partager, mais pour en faire bénéficier ceux qui se considèrent comme perdus, rejetés.

Sans cette souscription à l’épargne solidaire, Habitat et Humanisme n’aurait jamais logé près de 22 000 familles fragilisées dans des quartiers équilibrés, libérant ainsi les cités difficiles qui, confrontées à la précarité et à la misère, sont en situation d’échec même si des forces vives, absolument remarquables, suscitent des ouvertures encourageantes.

Relier le concret de la vie à la recherche de ce qui est idéal, sans pour autant l’atteindre, n’est-ce pas signe d’une humanité qui ne s’égare pas de sa responsabilité à l’égard de cette interrogation multimillénaire : « Qu’as-tu fait de ton frère » ?

Cette inquiétude sereine ne peut que donner naissance à des liens répondant aux attentes voilées qui ne demandent qu’à exister. Il nous appartient de faire surgir l’anticipation de ce monde espéré pour qu’il soit enfin.

Bernard Devert

La protection de l’enfant, une avancée d’humanité.

A l’initiative des Nations Unies, une convention ratifiée par le Parlement français fait du 20 novembre la journée internationale de l’enfant.

Le Conseil français des associations pour la défense des droits de l’enfant souligne, dans son rapport, que si 15 millions de mineurs sont plutôt bien traités, il reste des ombres inquiétantes avec plus d’un million d’enfants pauvres, des milliers d’autres mal traités ou qui, pour quitter le système scolaire sans formation, n’ont pas de perspective d’avenir. Le tragique record des suicides est aussi mentionné.

Est-il utile de rappeler ces chiffres concernant l’enfance en souffrance. Les statistiques voilent les visages pour ne mettre en exergue que des grands nombres. Aurions-nous peur de nous confronter au sacré dont Emmanuel Lévinas dit que l’enfant est la représentation la plus excellente.

Les enquêtes et sondages ne manquent pas, dénonçant des situations iniques, assassinant l’enfance qui, lorsqu’elle n’est pas honorée, respectée, est signe d’une société qui fuit ses responsabilités. Qu’est-ce que la parole, si elle n’est pas suivie d’actes mettant fin à l’inacceptable.

Que pourrait-on changer, si ce n’est soi-même, aux fins de retrouver l’esprit d’enfance, gardien de la pérennité de l’idéal qui, seul, protège du malheur que représente cet ‘à quoi bon’, précipice de l’indifférence et du cynisme.

Je fus touché par Emmanuel Carrère, dans son ouvrage Le Royaume. Ce qu’il croyait être du passé est réveillé par une enfant trisomique, Elodie. « Elle se plante devant moi, me regarde ; il y a une telle joie dans le regard, une joie si candide, si confiante, si abandonnée que …les larmes me viennent aux yeux. Je suis bien obligé d’admettre que ce jour-là, un instant, j’ai entrevu ce qu’est le Royaume ».

Au fond notre Société doit choisir : être un berceau ou un linceul.

L’enfant qui naît fait renaître en nous l’enfant éternel qu’il ne faut surtout pas oublier pour ne point s’égarer dans l’inessentiel. Quand les berceaux sont entourés d’attention, de vigilance, d’un prendre-soin, le sacré de la vie ne s’exprime pas avec des mots mais avec des engagements.

L’enfant est une chance pour recommencer, ou encore refaire du neuf. Il faut nous y résoudre, la fragilité lézarde les certitudes ; alors seulement, surgit la question : quel monde vais-je laisser ?

L’enfant à protéger éloigne du risque de la déshumanisation. Le futur n’est pas simplement posé, le présent en est transformé.

Quel renouveau allons-nous offrir à ces mineurs réfugiés, non accompagnés, confrontés à un exil subi, non sans péril. L’interrogation n’est pas sans réveiller notre humanité

Bernard Devert
19 novembre 2017

Une des clés de l’économie solidaire, l’attention au fragile

Il est de ces moments qui, dans l’instant où ils sont vécus, sont comme des blessures. Avec le temps, elles se révèlent des clés de voûte, offrant force et sens aux engagements.

Adolescent, revenant du collège, je vis ma mère compter des pièces de monnaie. Pour surprendre mon regard interrogatif et sans doute inquiet, elle me dit simplement : « je rassemble un peu d’argent pour acheter du pain ». L’épisode, pour fugitif qu’il fut, me laissa une trace brûlante de la vulnérabilité.

Je me suis alors promis de réussir pour m’écarter de la fragilité dont je faisais la première expérience. Après avoir tenté de la combattre, j’ai compris plus tard qu’elle était une chance pour s’éloigner des idées de puissance conférant à la raison le primat de la rigueur qui, lorsqu’elle n’est pas traversée par le cœur, construit ces tours d’ivoire qui sont aussi celles de Babel.

Habitant un quartier bourgeois, sans faire partie de ce milieu, je ressentis assez vite les différences pour ne point être invité, par exemple, à des rallyes. Je n’en ai éprouvé aucune amertume mais la conscience assez vive de ce que les sociologues appellent aujourd’hui les ‘plafonds de verre’.

Cette nouvelle confrontation à la fragilité ne sera pas étrangère à la création d’Habitat et Humanisme dont la mission est de faire tomber les barrières qui ne disent pas leur nom mais n’en sont pas moins de solides obstacles à une société plus humanisée, plus tendre.

Ma chance est celle d’amitiés solides avec des personnes qui ne sont pas ‘de mon monde’ mais qui imaginent aussi une société libérée de ces iniquités qui affectent sa cohérence et par là même chahutent la cohésion sociale.

Plus tard, je fus heurté par ces ‘quartiers sensibles’, dénommés aussi ‘les cités’. Etranges appellations :

  • La sensibilité n’est-elle pas l’approche d’une poésie ou d’une harmonie, dramatiquement absente d’une conception de l’habitat qui en raison des transformations sociales – l’exode rural, la fin des colonies – a conduit à construire vite en privilégiant le collectif sans trop porter d’attention à l’intime.
  • Les tours et les barres, privilégiées, dessinent un monde clos alors que ceux qui les rejoignent ont souvent le sentiment d’être rejetés, à part, jusqu’à se sentir illégitimes, d’où des quartiers devenus de non-droit.
  • Les cités. Le droit de cité définit une appartenance ; lorsqu’elle est marquée par la précarité, le ‘ghettoïsme’, voire l’apartheid, elle devient un enfer-mement

La prise de conscience de cette hyper vulnérabilité me décida à devenir un bâtisseur de liens.

Il y eut aussi la rencontre avec cette femme âgée, sans ressources, dans un immeuble très vétuste, ne présentant qu’un aspect positif : offrir à cette locataire de demeurer dans un quartier qui, pour avoir toujours été le sien, lui permettait de rester en lien avec quelques amis, alors qu’elle avait perdu tous les siens.

L’opération de relogement, que je lui proposais, la conduisit à une tentative de suicide. Le sujet pour elle n’était pas d’avoir un meilleur confort mais de garder une proximité avec ceux qu’elle aimait. Cette femme était riche d’une expérience de vie si intériorisée qu’elle savait – sans pouvoir le théoriser – que briser les liens, c’est détruire la vie ; elle avait pleinement compris le sens de l’existence.

Tous ces moments furent décisifs pour inclure l’attention au fragile dans cette économie dite solidaire. Ma décision fut de la mettre au service de l’habitat. L’acte de construire, confronté certes à la dureté des marchés, mais soutenu par la finance solidaire, promeut des espaces d’hospitalité pour être libérés de la main invisible plus prompte à posséder qu’à partager.  

A une heure où la finance solidaire, est fragilisée par un divorce qui s’esquisse entre fiscalité et solidarité, j’ose vous partager ce qui m’a conduit à refuser la diabolisation de l’argent en le tenant à une juste distance pour que, de maître il devienne ce qu’il ne doit jamais cesser d’être, un serviteur.

Cette perspective, même si elle peut apparaître atypique et utopique, n’est-elle pas celle de cette nouvelle économie. Il nous appartient de la développer pour que le réel l’emporte vraiment sur le virtuel. Il en va de cette attention à la fragilité, trace d’humanité.

Bernard Devert
novembre 2017

En terminer avec des mots qui desservent les plus fragiles

Depuis des années, nous récusons l’expression dommageable de ‘niche fiscale’. Les gouvernements successifs n’ont pas saisi – mais sans doute ne sommes-nous pas parvenus à nous faire entendre – que ce qu’ils appellent ’niche’ est souvent un espace précieux de générosité pour lutter contre les situations de misère et de pauvreté.

Cette expression fait naître en moi une colère – j’espère qu’elle est juste – Que trouve-t-on dans ces niches ? Non des chiens qui aboient, mais des personnes aux abois qui ne disent rien, brisées par la grande précarité, jusqu’à connaître la honte d’être pauvres.

Un comble, les oubliés de la Société se terrent jusqu’à ne point solliciter les aides auxquelles ils ont droit. Le non recours aux prestations qui leur sont ouvertes représente plus de 10 milliards d’euros. Ce constat, mis en exergue par ATD Quart-Monde, doit mettre un terme immédiat aux clichés mensongers présentant les pauvres comme des profiteurs.

Assez de ces vilénies colportées qui tentent d’enlever à ceux qui n’ont rien leur dernière richesse : l’estime de soi. Que leur reste-t-il alors ? Ne nous étonnons pas de ces suicides physiques ou psychologiques, ou encore de ces foyers détruits, non seulement pour des raisons de ressources, mais de par ces jugements qui disqualifient, armant les regards qui assassinent considération et respect.

Agir pour refuser l’inacceptable n’est pas une option, mais une obligation. La finance solidaire en offre la possibilité pour être le carburant d’une économie attentive aux situations de fragilité. Les règlementations qui s’annoncent risquent de le tarir pour privilégier d’autres ressources concourant à la financiarisation d’une économie asséchant le réel au profit du virtuel.

Les parlementaires sont alertés, mais, au nom des équilibres budgétaires, que d’inerties laissent nos concitoyens en situation de déséquilibre, d’où des ruptures qui coûtent cher à la Société. L’heure est enfin de comprendre l’urgence de prévenir, plutôt que d’attendre l’irréparable outrage pour intervenir.

Cette épargne solidaire, même si elle a considérablement progressé en quelques années, demeure très ténue en comparaison de la masse monétaire pléthorique privilégiant des intérêts négatifs aux investissements solidaires qui pourtant garantissent le capital en créant ces biens primaires qui manquent cruellement, l’emploi et le logement.

Terrible cette addiction à la course folle de la puissance qui a pour conséquences la globalisation des marchés et la création de méga entreprises qui ne sont pas sans susciter des déséquilibres entre les multinationales et les Etats.

Les quatre premières capitalisations de Wall Street représentent plus de 2680 Mds$, soit plus de 40% du PIB de la France.

Face à tous les Goliath qui surplombent de leur superbe, le Livre de l’humanité rappelle qu’il y a des David qui ne comptent apparemment pour rien, jugés trop faibles, trop vulnérables. Seulement, leur intelligence inventive confère à la fragilité une vision qui n’est pas sans donner sens à la vie pour comprendre que, seul, l’amour protège et construit.

N’abandonnez pas votre engagement pour une nouvelle économie dont l’objectif est d’inverser les valeurs : une préférence à l’homme, à tous les hommes plutôt que de servir les puissances idolâtres aveuglées par ce qu’elles ont et veulent avoir encore.

Certes nous sommes des nains par la taille, mais la finalité qui nous porte est si grande et si créatrice d’espérance que nous ne saurions sombrer dans un pessimisme délétère. Ensemble, demeurons les pionniers de cette économie solidaire ; elle concourt au refus de la misère, témoignant d’un combat contre l’indifférence à l’aujourd’hui de ces femmes, hommes et enfants perdus, sans avenir

Laissez-moi vous partager cette belle expression de l’économiste Jean Boissonnat : « à force d’imaginer le bien, on finit par y contribuer ».

Bernard Devert
Novembre 2017

Donner de la valeur au temps pour entreprendre plus librement.

Pierre qui roule n’amasse pas mousse. Le proverbe serait-il encore sage, à observer le paysage de la finance qui semble lui avoir ôté actualité et acuité.

La durée de détention des titres des grandes sociétés est de quelques secondes si on prend en compte l’activité de trading. Adieu l’affectio societatis qui fut longtemps le fondement de l’investissement au capital des entreprises.

Parmi les ainés, qui ne se rappelle pas de ces grandes valeurs conservées, non seulement parce qu’elles sécurisaient mais aussi pour exprimer un attachement aux desseins industriels, financiers ou commerciaux qu’elles développaient.

L’anonymat du capital est une des raisons de la financiarisation de l’économie. J’ai, je prends, je vends. Ces verbes traduisent le mouvement hanté par la recherche du gain dans le délai le plus court possible, accélérant la volatilité des cours.

L’actionnaire d’un moment l’est-il vraiment pour être moins intéressé par l’entreprise prise, dans sa dimension sociale, économique, que pour privilégier le graphique des cours dont les pics sont aggravés par les algorithmes imposant leur rythme avec parfois ces excès qui enfièvrent les marchés.

Ces gains faciles pour les plus initiés ne fertilisent pas les grands projets économiques qui, pour appeler d’importants investissements, ne trouvent de rentabilité qu’avec le temps qui amortit bien les brutalités, à commencer par l’impétuosité du tout, tout de suite qui a cours dans bien des transactions d’aller et de retour.

Le court termisme est pour le moins un handicap à la recherche des financements des grands programmes qui, seuls sont fer de lance du futur. Ne nous étonnons pas ensuite que l’industrialisation en souffre, l’affectio societatis s’effaçant derrière l’intuitu pecuniae qui n’est pas sans aviver l’avidité.

Margaret Thatcher dans sa fameuse formule disait qu’entre l’individu et le marché, il n’y a rien. Le constat est terrible pour enlever à l’entreprise un rôle social, réconciliant l’économie avec le bien commun. D’aucuns pensent que l’entreprise est seulement là pour être profitable. Certes, mais pour qui, avec qui et pour quoi faire.

Relevons que des esprits éclairés, au sein de l’entreprise traditionnelle, favorisent l’entrepreneuriat, pierre d’angle d’une conception plus humanisée de l’acte d’entreprendre.

Ce pouvoir d’agir différemment trouve une pleine pertinence avec l’Economie Sociale et Solidaire (ESS) introduisant une trace de gratuité aux fins de donner une place à ceux qui ne la trouveraient pas autrement ou plus difficilement. Observons que, dans cette économie, les titres sont conservés de longues années, traduisant la confiance de ceux qui investissent en offrant du temps au temps pour bâtir des fondations solides, créatrices d’avenir.

Aussi, serait-il judicieux que le Gouvernement accompagne l’ESS par une fiscalité traduisant une reconnaissance d’une solidarité inventive.

Gérer, c’est prévoir. l’ESS y participe avec des résultats fort honorables, justifiant la fiscalité pour être signe de trois engagements :

  • de la Nation accompagnant cette nouvelle solidarité, via des entreprises inventives , attentives aux situations de fragilité ;
  • des personnes physiques et morales offrant au dividende une part contributive au bien commun ;
  • des entrepreneurs déterminés à relever le défi du chômage massif, l’insuffisance de logements, ou encore à maîtriser les coûts, notamment dans la silver économie, pour accroître le reste pour vivre des personnes touchées par la vulnérabilité.

Entreprendre ainsi c’est contribuer à la cohésion de la Société. Elle est commencée, il faut la poursuivre en concertation avec l’économie, vecteur d’une nouvelle chance pour atteindre cet objectif, une éthique de la réconciliation.

Bernard Devert,

octobre 2017