Le jour d’après

L’attente du jour d’après est chargée d’un immense espoir, demain pourrait ne pas être comme avant.

Le ciel n’est pas accusé de nos malheurs ; notre humanité n’aurait-elle pas gagné en maturité, reconnaissant que la cause de la crise sanitaire qui touche le monde relève de sa responsabilité, liée à une volonté de puissance caractérisée par un toujours plus, sans limite aucune.

La jouissance est peut-être donnée à ceux qui participent à cette course folle, le bonheur en est absent ; les addictions sont trompeuses des vraies soifs.

Ne nous berçons pas d’illusions, ce plus est tellement ancré dans les habitudes qu’il tentera de revenir au galop. En ce moment de veille et de réflexion, interrogeons-nous sur le confinement à mettre en œuvre pour que ce tsunami sanitaire ne revienne pas. La réponse n’est pas seulement médicale, elle relève d’une prise de conscience de la Société. Assez d’user et d’abuser de la nature, des hommes, pour des objectifs quantitatifs qui finalement se retrouvent dans quelques mains. Et les autres …

Les masques ont manqué au début de cette crise pour se protéger mais, le jour d’après, il faudra avancer sans se masquer la vérité.

Il est bien des raisons de penser qu’un regard libéré peut surgir. Le confinement auquel nous assistons conforte l’idée que la vie a prévalu sur la bourse et ce, quoi qu’il en coûte, pour reprendre les mots justes du Président de la République.

Les milliards puis les trillards déferlent. L’urgence est de respecter la vie. La Société progresse dans l’aventure de l’éthique. Les soignants et les chercheurs sont désormais les premiers de cordée. L’exemplarité de leur engagement n’est pas étrangère à une solidarité qui nous tire tous vers le haut.

Camus dans La Peste dit que dans chacun de nous, il y a plus d’admirable que de méprisable. Que de raisons de s’émerveiller ! «  la peur était dans la ville » ; le cloisonnement provoque un changement d’habitude chez les habitants pris de panique. Les gens se renferment et perdent goût dans la vie.

Que voyons-nous dans nos villes, des signes d’humanité, de solidarité. A 20h, le rendez-vous est aux fenêtres, aux balcons. La vie, mieux prise en compte pour en percevoir la fragilité, fait naître cette interrogation riche de promesses : et après ?

La question est là ; que voulons-nous vivre d’essentiel ?

Cette crise peut être considérée comme une parenthèse. Alors, nous repartirions comme avant, aiguisés et aiguillés par la crise financière si considérable qu’elle peut occulter le diagnostic actuellement posé : une fièvre du corps social, signe qu’il faut changer.

Le corps hurle : cela suffit !

La crise révèle que les iniquités sont si graves qu’elles fracturent tout, mettant sens dessus dessous la question du sens. Regardons le confinement vécu par ceux qui bénéficient de l’espace et d’un confort et ceux qui le vivent dans des machines à loger ; le monde n’est pas le même.

Les plus fragiles n’ont pas de barrière de protection contre le virus ; leur conscience est vive et douloureuse de constater que, dans cette lutte pour la vie, ils sont vraiment les invisibles comme si leur disparition n’avait pas le même prix que celle des autres.

Les crises rendent encore plus insupportables les hostilités passives. Il est vrai qu’une hospitalité se construit. Autant de réponses nécessaires mais palliatives qui, le jour d’après, devront être examinées pour un traitement de la pauvreté à la hauteur du respect de la vie pour tous.

Durant ce temps de confinement, il est rappelé que pour garder la vie et protéger l’autre, il convient d’être attentifs aux distances. Le jour d’après, il faudra les réduire, sauf à se laisser emporter par un virus sectaire. Alors, l’ennemi visible sera plus terrible.

Les crises ou le réveil de l’éthique

La crise sanitaire traversée met en lumière la réflexion éthique. L’inconnu d’un virus, frappant quasiment au même moment tous les continents, crée un état de choc et met plus particulièrement le corps médical dans une situation difficile, d’autant que l’ennemi invisible s’acharne contre les plus vulnérables.

Quelle éthique quand des phénomènes soudains et imprévus désarment. Lamartine dit que si le réel est étroit, le possible est immense.

L’heure est au réel, sans pour autant s’éloigner des possibles.

Les valeurs de notre civilisation ne sont pas indifférentes à la fragilité que ce tsunami sanitaire met à un tel niveau que les marges de manœuvre sont étroites.

Les soignants, en première ligne, ne désarment point face à un réel danger les conduisant ici et là à imaginer des priorités qui ne sont pas sans interroger l’éthique.

Le Chef de l’Etat a rappelé que les plus fragiles devaient être tout particulièrement soutenus.

Observons, sans qu’il y ait de critiques tant la responsabilité est collective, que les personnes sans toit, ne disposent d’aucune mesure de protection, d’où leur situation alarmante pour ne point bénéficier de la sage décision d’un confinement.

Ce constat tragique témoigne d’une rupture grave de l’éthique à l’égard des sans-abri, les premiers oubliés de la Société.

Il est aussi d’autres oubliés que sont les personnes âgées, isolées.

Les espaces éthiques rattachés aux centres hospitaliers mettent en exergue une grave question concernant les résidents susceptibles dans les EHPAD d’être touchés par le Covid-19.

Alors qu’un certain nombre d’hôpitaux n’ont plus ou difficilement de places pour accueillir les patients en détresse respiratoire, se fait jour un dilemme crucial : qui recevoir en priorité, laissant ouverte la possibilité de ne point hospitaliser les plus âgés.

L’EHPAD donne le signe d’une fin de vie annoncée au risque, dans cette crise sanitaire, d’apparaître comme un espace parfois privatif de liberté, mais aussi de ces soins nécessaires pour sécuriser la vie.

L’éthique peut-elle admettre que soient dispensés les soins à l’aune du temps restant à vivre ; qui peut l’évaluer.

Certes, il est une loi judicieuse encadrant l’acharnement thérapeutique qui protège. Ici, le sujet est que l’entrée d’un résident en EHPAD ne puisse être considéré comme l’acceptation tacite de son consentement à s’effacer.

L’EHPAD n’est pas d’abord un lieu de retrait, mais de soin et de prendre-soin.

Si l’éthique ne peut ignorer l’urgence, et par là même les priorités, l’urgence ne relève-t-elle pas trop souvent d’une absence d’anticipation, mettant actuellement les soignants dans des conflits existentiels et les proches des malades dans une détresse angoissante et désarmante.

Le fait que dans les programmes électoraux la question de la santé et les conditions pour la mettre en œuvre soient si peu abordées – voire pas du tout – suscite des pans entiers de vulnérabilité. Le jour d’après-crise, une des urgences ne serait-elle pas d’apporter une plus grande vigilance

Mardi 24 mars, notre Mouvement accueillera 60 sans-abris : nous avons besoin de votre aide.

L’inconnu d’un virus, frappant quasiment au même moment tous les continents, créé un état de choc mettant plus particulièrement le corps médical dans une situation difficile, d’autant que l’ennemi invisible s’acharne contre les plus vulnérables. Les valeurs de notre civilisation se sont pas indifférentes à la fragilité que ce tsunami sanitaire met à un tel niveau que les marges de manœuvres sont étroites.

Le coronavirus s’attaque aux plus fragiles. Ainsi, ceux qui n’ont pas de possibilité de confinement, nos frères sans abri, sont en grand danger.
L’urgence n’est pas à la polémique mais à des actions concrètes.

L’Etat et les Collectivités locales se mobilisent. En ce temps de crise, attendu l’ampleur de la pandémie, le concours de tous est nécessaire. Les plus vulnérables ont aussi droit à ce que nous fassions barrière à la menace qui les guette.

Or, des chambres d’hôtel sont disponibles pour mettre à l’abri ceux qui sont confrontés à la rue. Habitat et Humanisme se mobilise, nous avons besoin de votre aide.

Mardi 24 mars, notre Mouvement accueillera 60 sans-abris, dans un hôtel bien placé à Lyon 4ème. 60 personnes de la rue seront abritées en bénéficiant de repas car, sur cet aspect là aussi, un manque se fait jour alors que les Restos du Cœur ne ménagent pas leur peine.

Cet engagement, qui représente avec le coût des repas une charge de 28600 euros a déjà un effet de levier. En effet, la Fondation de l’Olympique Lyonnais s’est engagée, ce jour, pour 15 000 euros.

L’opération est portée par notre fonds de dotation, Acteurs d’Humanité. D’autres suivront.

Comment aider ? En offrant 1, 5 … nuitées, ou plus, selon les possibilités de chacun, voire simplement une participation de quelques euros pour mettre en œuvre les moyens nécessaires pour éradiquer ce mal. Une des conditions est de disposer d’un toit.

Je m’en ouvre aussi auprès d’autres personnes morales avec le soutien de Monsieur Alain Mérieux qui a suscité, pour lutter contre le sans-abrisme, L’entreprise des possibles. Le sujet n’est pas de demander qu’elles couvrent notre dépense mais qu’elles prennent le relais pour un hébergement pendant la durée du confinement afin de protéger du virus les personnes les plus abandonnées. La Préfecture du Rhône m’a assuré qu’elle apporterait aussi son soutien.

Cet ennemi invisible qu’est le virus, il faut l’abattre. Les équipes médicales avec une magnifique exemplarité luttent dans un contexte difficile. Plus nous offrirons un confinement à ceux qui ne l’ont pas, davantage nous réduirons les effets dévastateurs et mortifères du coronavirus.

Cette solidarité, non seulement anticipe le jour de l’après de la crise sanitaire, mais l’avance.

Pour faire un don, rendez-vous sur https://soutien.habitat-humanisme.org/acteurs-dhumanite

Du confinement à un changement des relations

Un virus a débarqué sur tous les continents, s’attaquant aux personnes les plus fragiles.

A cette heure, il a déjà fait de nombreuses victimes, suscitant bien des inquiétudes. Il s’en suit la fermeture de nombreuses frontières et la mise en sommeil d’un grand nombre d’activités, le temps nécessaire pour se protéger contre cet ennemi redoutable et désormais redouté.

Le Gouvernement, suite à l’allocution du Président de la République de ce 16 mars, dans le continuum de celle du jeudi précédent, a retenu une mesure de confinement pour mettre la population à l’abri.

Dans son allocution à la fois chaleureuse et martiale, M Emmanuel Macron a martelé que nous étions en guerre.

Les soignants, tels des fantassins, sont en première ligne pour protéger les plus vulnérables sans trop s’inquiéter d’eux-mêmes. La Nation devra se rappeler de l’engagement de son « armée blanche », luttant contre les effets du Covid 19.

Comment ne pas avoir une attention pour les personnes à la rue qui ne peuvent bénéficier d’aucune mesure de confinement, les situations de crise, comme celle traversée, affectant en priorité les plus pauvres.

Ce virus qui se déchaîne, tels les barbares, conduit des chercheurs à trouver des synergies et remèdes pour parvenir à le bombarder, aux fins de le neutraliser.

Notre économie était parvenue à diminuer substantiellement le chômage, fût-il encore massif, voici qu’elle se trouve affectée par la crise sanitaire, mettant au pas les acteurs économiques. Les bourses chutent lourdement partout dans le monde. La capitalisation des marchés s’est gravement effondrée : que de milliards partis en fumée en quelques jours !

Dans ce « bombardement » qu’opère le coronavirus ‑ n’en déplaise aux néo-libéraux ‑ l’absence de l’Etat ne serait pas sans susciter des risques de capitulation et de paniques plus grandes encore ; que deviendrait l’économie si elle ne bénéficiait pas d’injections massives de liquidités, de crédits et de cautionnements pour faire barrière à l’effondrement déjà avancé.

Les dispositifs annoncés sont importants, le Président de la République ayant précisé que, quoi qu’il en coûte, la Nation ferait face, nous invitant à nous hisser individuellement et collectivement à la hauteur du moment.

Il convient de rester attentifs à la notation du Président : « Le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant ».

Ici, s‘ouvre une perspective riche d’espoir, la solidarité toujours annonciatrice d’un horizon éclairé ne se révélerait-elle pas transformatrice des changements profonds que la Nation attend.

L’adage bien connu pourrait s’appliquer : « d’un mal peut sortir un bien » ; il ne suffit pas de l’attendre, il faut le construire, n’est-ce pas cela entrer en résistance contre le défaitisme et le déclinisme.

Bernard Devert

Mars 2020

Repenser la Société à l’épreuve du coronavirus

Des territoires entiers confinés dans le monde, les rassemblements interdits, les réunions évènementielles reportées sine die, le coronavirus frappe fort jusqu’à créer une onde de choc, réveillant des inquiétudes et des peurs ancestrales.

Ce virus mortifère met aussi à genoux l’économie, faisant plonger brutalement et lourdement les bourses mondiales.

‘L’Atelier du monde’ d’où est parti le virus, a dû fermer nombre de ses portes. Les entreprises en difficulté soulignent les excès de la mondialisation mettant en échec leur autonomie.

Les relations sont quelque peu changées, marquées par une légitime prudence. Des barrières se forment, des interdits se développent. Se fait jour l’impossibilité de visiter les patients hospitalisés ou dans les établissements médico-sociaux, le virus s’attaquant à ceux fragilisés par la perte de santé et le grand âge.

L’expression ‘vulnérabilité’ trouve ici tout son sens pour être cet état qui n’autorise plus d’aggravation, faute de quoi la personne sombre, d’où la nécessité d’une sur-attention pour éviter des ruptures touchant à la vie même.

Le Président de la République soulignait lors d’une visite dans un EHPAD l’urgence de réglementer drastiquement l’accès aux espaces de soins. Un crève-cœur, disait-il. Il ne le sera que pour peu de temps si nous ne laissons pas le virus se propager au risque avéré d’attenter à la vie.

Nul doute que les combattants de ce virus, chercheurs et soignants, parviendront à le vaincre. La lutte qu’ils mènent n’est pas sans un éclat d’humanité.

Les services d’urgences des hôpitaux sont depuis des mois grippés dans leur fonctionnement mais les soignants font fi de leur intérêt personnel pour que, dans cette situation de crise, la population ait le moins possible à souffrir.

Justice que de garder la mémoire de leur magnifique engagement.

Le coronavirus devrait nous inviter à réfléchir sur cet autre virus qu’est la pauvreté mettant bien des personnes dans des situations de confinement, territoires du bannissement. Le risque n’est pas viral, certes, mais il n’en est pas moins destructeur d’une Société qui ne sait pas mettre suffisamment de protections pour lutter contre ce mal.

Si les masques sont nécessaires pour se protéger du coronavirus, nous devrions faire tomber ceux qui empêchent de voir cette peste noire qu’est la misère. Ne mériterait-elle pas un sursaut partagé pour refuser ce qui détruit et abime les plus fragiles. Ce soin revêt une réelle urgence.

Bernard Devert

Mars 2020

La réalisation des abris ne mérite pas l’opprobre.

Le palliatif social est parfois accusé d’inhumanité. Certes, il n’est pas idéal mais dans le champ des possibles, il traduit le refus de l’inacceptable que représente la rue.

L’objectif d’un logement définitif n’est pas altéré par des mesures transitoires liées à une crise du logement si grave, notamment dans les Métropoles, que des foyers attendent parfois 5 années ou plus encore, pour se voir attribuer un appartement.

Des voix, certes minoritaires, se sont élevées considérant qu’accueillir 75 réfugiés en ville dans des containers était honteux, sachant que ce mode constructif ne se substitue pas au logement, il le prépare via un accompagnement mis en œuvre pour faciliter également l’accès à l’emploi.

La honte n’eut elle pas été de rester indifférents au fait que ces personnes demeurent sans protection à l’égard des intempéries, le vent, la pluie, le froid sans disposer du minimum d’hygiène que représentent une douche et des sanitaires.

Le déshonneur, c’est de rester sourd à l’interrogation angoissée de ceux qui se demandent : « où vais-je dormir ce soir ».

Je ne vois pas en quoi notre association serait disqualifiée pour rechercher des palliatifs, sachant que lorsqu’elle le peut, elle offre un habitat de qualité. Je pense à ces 24 mamans et ces 34 enfants à la rue, accueillis début janvier dans des conditions qui honorent l’hospitalité.

Depuis plus de 70 ans, les médias ne cessent fort justement de donner la voix aux associations de toute sensibilité, rappelant unanimement le drame du mal-logement qui se poursuit et s’aggrave pour les plus fragilisés.

L’urgence est d’ouvrir des portes sur un habitat décent. Seulement, il ne doit pas être recherché dans des quartiers difficiles pour ne pas ajouter de la pauvreté à la pauvreté.

Une exigence s’impose à l’acte de construction : lutter contre la discrimination aux fins de réconcilier l’humain et l’urbain. Ce n’est pas en claquant des doigts que les opérations sortent. Il faut du cœur et mettre la main à l’ouvrage.

Si des centaines de milliers de logements sont vacants, n’est-ce pas une forme d’omerta et de distance à l’égard d’un drame qui devrait davantage mobiliser. La ministre la Cohésion des territoires, et le ministre chargé de la Ville et du Logement viennent d’intervenir pour demander que 200 000 logements inoccupés du parc privé soient remis sur le marché.

La vacance augmente de 1,5%/an depuis 30 ans alors que le phénomène de la métropolisation accroît la demande de logements, d’où des charges foncières qui ne cessent d’augmenter, rendant difficile l’adéquation du prix du loyer aux ressources des candidats à la location.

Ce risque avéré n’est pas sans susciter de nouveaux espaces de ghettoïsation.

La fureur des mots ne fera pas fuir le mal ; Il est temps que se lève une générosité inventive et partagée pour que se développe notamment le dispositif propriétaires solidaires qui, ayant fait ses preuves, mérite d’être mieux reconnu et soutenu. D’autres moyens de cette nature existent comme le démembrement de propriété.

L’indignation n’a de portée que si elle suscite les conditions d’un changement. Le vouloir nécessite l’ouverture de deux chantiers prioritaires : bâtir, mais pour qui, en s’interrogeant sur la mobilité afin que les petites et moyennes villes cessent d’être dévitalisées par l’essor des métropoles.

Les élections municipales ne sont-elles pas un moment pour demander à ceux qui se présentent à nos suffrages, le traitement qu’ils entendent prescrire pour guérir ce mal qu’est l’absence de logement. Le considérer comme une fatalité, alors qu’il délite le corps social, est un aveuglement conduisant inexorablement à de dramatiques ruptures. Qui n’en voit pas déjà les prémices.

Bernard Devert

Février 2020

J’ai rencontré la « petite fille espérance »

J’évoquais, dans une précédente chronique, le drame de ces enfants et de leurs mères jetés à la rue ; l’infamie n’a pas de limite !

Inutiles, les mots s’ils ne permettent pas que se lèvent des propositions concrètes pour que cesse l’odieux de telles situations.

Votre aide est un levain. Vous nous avez permis de mettre en œuvre une réelle hospitalité, limitée dans le temps, 6 mois, et le nombre de bénéficiaires : 16 mamans isolées et 34 enfants dont l’âge varie de quelques semaines à 11 ans.

Dans ce lieu ouvert en hâte, fort du soutien de bénévoles d’Habitat et Humanisme, j’ai rencontré la « petite fille espérance ».

Espérance pour ces mères qui trouvent avec cette hospitalité un havre de paix, les éloignant des violences conjugales, puis de celles de la rue et de l’inquiétude pour leurs enfants.

Etre mère et ne pouvoir protéger la vie est une offense que notre Société devrait s’interdire sans excuses aucunes. Tout refus de toit est un mépris ; quand il s’agit d’enfants et de leurs mamans qui en sont victimes, ce devrait être un délit pour non-assistance à personne en danger.

Espérance pour cet enfant de 11 mois. Sa mère qui le tient dans les bras a recherché désespérément un sas pour le mettre à l’abri des intempéries ; elle trouve enfin un inattendu, une hospitalité qui fait chaud au cœur.

Espérance, d’un lendemain certes à construire, dans la certitude que désormais au lieu d’entendre des insultes et de subir des coups, ces femmes seront soutenues. Alors, pour elles, tout recommence.

Espérance quand le droit de vivre est reconnu, non pas verbalement mais réellement. Tous ces regards attentifs en disent long sur le respect témoigné à chacune de ces mères et à leurs enfants.

Alors que l’avenir de ces mamans semblait ruiné par ce qu’elles avaient vécu, s’éveille un nouvel horizon éclairé par la lumière d’un prendre-soin, rupture libératrice quant aux vilénies subies.

Ces femmes ne sont pas encore chez elles, mais la présente hospitalité anticipe le « chez soi » qui leur sera proposé. Belle espérance, souffle de l’esprit de vie qui a pour nom le partage.

Nous n’avons pas de peine à entendre le babillement des enfants et le balbutiement de leurs mères qui n’en reviennent pas de cette gratuité qui, en piégeant la violence, suscite « un autrement ».

La « petite fille espérance », rencontrée, nous fait aussi exister autrement pour donner les priorités, là où elles sont oubliées ou pire bafouées.

Bernard Devert

Février 2020