L’attention à nos frères exilés, chemin de notre montée vers Pâques

Le drame de l’Ukraine suscite une solidarité en Europe aux fins d’atténuer cet « enfer à ciel ouvert », pour reprendre l’expression de ces femmes qui, habitant Marioupol, ont pu fuir pour survivre.

Paul Eluard dit qu’il n’y a pas de hasard mais que des rendez-vous.

Un rendez-vous tragique. Il n’est pas sans susciter au sein de l’Occident une réflexion et des engagements pour soutenir ces frères et ces sœurs martyrisés en veillant à ne pas risquer la mondialisation du conflit.

Face à ce pouvoir brutal et cynique, l’Ukraine résiste. Si l’assaillant dispose d’équipements militaires sans aucune comparaison avec ceux des russes, les Ukrainiens refusent de céder. Leur courage et leur audace forcent le respect.

Quelle est donc l’énergie qui les anime : le désir de rester des femmes et des hommes libres n’hésitant pas, pour ce faire, à payer de leur vie pour ne point capituler devant les prétentions arrogantes et absurdes du maître du Kremlin.

Le souffle de ce pays a suscité non seulement une émotion, mais un réveil des consciences, d’où une hospitalité riche d’humanité pour offrir à ceux qui ont dû prendre le chemin de l’exil bien plus qu’un abri, une amitié.

Si nous ne pouvons pas être pleinement à leurs côtés pour ne pas être considérés comme des belligérants, nous devons être là pour les recevoir, les accueillir.

Etre là, pour leur offrir une hospitalité venant quelque peu atténuer les outrages des hostilités qu’ils viennent de connaître et que leur peuple subit.

Etre là, cette guerre cruelle et injuste ne peut nous laisser indifférents.

Etre là, pour ce temps ô combien nécessaire de répit, mettant à l’abri du bruit des obus et de l’horreur.

Etre là, pour que ce temps d’accueil provisoire soit celui d’une trace indélébile de notre amitié.

A la date de ce jour, avec le soutien de nombre d’entre vous, nous ouvrons des places dans nos maisons pour accueillir ces frères et ces sœurs ; certains sont blessés.

Toute libération est le fruit d’un engagement qui conduit à se risquer. Le seul risque qui importe est d’appréhender ce moment où la vie nous dépasse. Alors, notre humanité se dessaisit des idées de force et de possession pour s’ouvrir à une intériorité au sein de laquelle l’essentiel transparaît.

En ce temps de Carême, nous voici invités à ce rendez-vous pour donner une place à ceux déplacés par la violence.

C’est notre devoir d’agir. C’est ce devoir, disait Emmanuel Mounier, le père du personnalisme, de se donner une foi et de l’insérer dans des forces existantes pour les courber à son inspiration.

Cette courbe ne serait-elle pas une inflexion de tous les égoïsmes conduisant à l’étroitesse des nationalismes, lit de la violence.

La Pâque que nous préparons nous invite à entrer dans un dépassement de soi et à un déclassement de ce moi qui fait barrage à ce « nous », sans lequel il n’y a pas de fraternité.

Pâques ce n’est pas l’heure du triomphalisme mais celle d’une lumière diaphane qui permet d’entrevoir ce qu’est profondément la vie, non pas pour s’installer mais pour se mettre en chemin. Christ dira à Marie-Madeleine : « dit à mes frères que je les précède en Galilée ».

Cette Galilée n’est-elle pas l’Ukraine et ces chemins de l’exil, l’espoir de pouvoir se reprendre, d’abriter la vie des enfants.

Toute attention à l’hospitalité est le déjà-là de la Pâque.

Bernard Devert

Mars 2022

Face à ce tragique de la guerre, suscitons des signes de paix

Un choc que cette guerre en Europe alors qu’elle est en paix depuis plus de 70 ans, même si, ici et là, des convulsions sont intervenues sur un certain nombre de territoires.

Quel drame, cette offensive meurtrière constituée de chars qui avancent, d’obus qui éclatent, mettant sur des chemins des files ininterrompues, des mamans, des enfants et des personnes âgées contraints à un exode aux fins de trouver un refuge.

La guerre est toujours un échec. Ici, elle relève de l’ambition hors d’âge du maître du Kremlin de recréer la grande Russie d’hier pour mieux maintenir son pouvoir en occultant, sous les apparences de la puissance, de graves désordres intérieurs et une absence de liberté.

Une déclaration de guerre contre un peuple libre.

L’Ukraine fait face à une grande puissance militaire qui a jugé pouvoir l’écraser si ce n’est en quelques heures, du moins en quelques jours. Seulement, elle a une telle force intérieure qu’elle résiste, quelles que soient les menaces traversées par une folie délirante mentionnant l’arme nucléaire.

Les militaires russes, sur l’ordre d’un tyran, ont cru – et c’est tout le drame d’un arrière monde – que les armes sont une force décisive ; il leur faut constater qu’il en est une bien supérieure : l’esprit. Il habite le peuple ukrainien, lui offrant une intelligibilité dont le nom est celui de la résistance déroutant l’adversaire.

Résister, c’est faire exister en laissant une trace qui, jamais, ne s’efface.

Face à cette déclaration de guerre, nous avons une responsabilité qui doit nous conduire à une déclaration de paix. Non pas des mots faciles, mais une exigence concrète pour offrir une hospitalité à ceux qui ont dû tout quitter pour se mettre à la recherche d’un abri. Comment le leur refuser.

Cette déclaration de paix est celle d’une Europe divisée qui, dans ce conflit, trouve son unité pour dire non à une violence absurde que connurent nos aînés de funeste mémoire.

Quelle heureuse surprise de voir que des pays refusant toute immigration se proposent désormais d’accueillir.

Quand surgit une réponse créatrice d’humanité à cette grande question : Qu’as-tu fait de ton frère, alors se dessine un autrement, riche de promesses d’avenir ; elles nous rejoignent. Aussi apporterons-nous à la place qui est la nôtre une hospitalité, signe d’amitié au peuple ukrainien.

Les chrétiens entrent dans ce temps du Carême ; il nous faut l’accueillir dans un réalisme spirituel refusant toute évasion au regard du tragique, comme celui que subit l’Ukraine. La bête immonde qui sommeille dans l’homme ne cesse de vouloir se réveiller.

Quelle arme peut la combattre, un supplément d’âme afin que ceux, désarmés devant l’horreur, trouvent un réconfort, plus encore une amitié.

A cette exigence éthique et spirituelle, nous ne nous déroberons pas.

Bernard Devert

Mars 2022

L’avenir est dans la lumière que suscitent bienveillance et confiance

L’amitié sociale n’a pas de frontière. Pourquoi cette liberté est-elle si mal accueillie ? Le sentiment de fraternité ne peut pas relever seulement de bonnes intentions – l’enfer en est pavé – il est une détermination à rechercher ce qui est possible pour parvenir à une hospitalité, un monde habitable pour tous.

Nous sommes là sur un enjeu sociétal majeur. Le devoir d’hospitalité met nos valeurs à l’épreuve de l’immigration avec cette interrogation qui n’est pas sans acuité en cette période d’élection : nos démocraties sauront-elles relever le défi.

Il n’y a aucune barrière quant à l’information. Les fake news trouvent difficilement une limite et si d’aventure, ici et là, elles sont ‘épinglées’, l’objectif recherché est atteint. Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose, disait Voltaire. Devant ces mensonges, qui songe à rétablir ce qui est vrai et ce qui est faux. L’idée de vérité ne serait-elle pas lézardée.

Qu’est-ce que la vérité ? Il n’est même pas certain que la question en soit vraiment une désormais, l’acceptabilité de ce mot, imprononçable, conduit à parler de ‘sa’ vérité, tant est grande la confusion sur tout et partout.

L’inflation des informations met en déflagration toute approche de formation ; puisque tout se vaut, rien ne vaut. A ce jeu facile, que de perdants, à commencer par ceux qui tentent de tenir pour que ne sombre pas notre Société.

Lors d’un dernier CSE, il fut appelé mon attention sur le fait que des salariés ne parvenaient pas à dire à leurs amis, et même à leur famille, qu’ils travaillaient pour des migrants. Où en sommes-nous pour en arriver à la discrimination de ceux dont la mission est d’offrir une hospitalité à des frères venus de loin, fuyant la misère ou pourchassés par des barbares.

Sommes-nous si sûrs que le sort réservé au peuple afghan soit si noble. Ne rien faire, ou si peu, c’est laisser faire.

Assez de ces confusions qui, si elles se poursuivent, pourraient bien faire parler les armes ; on joue avec le feu.

Je voudrais solennellement et fermement dire à ceux qui s’investissent sur notre pôle réfugiés combien ils peuvent être fiers de leur engagement ; ils rendent possible ce que d’aucuns tentent de rendre impossible en jouant sur les peurs, les fragilités. La facilité de tels propos devrait desservir ceux qui les servent ; il n’en est rien malgré leurs oukases et les outrances.

La complicité avec la démagogie a embarqué des peuples de grande culture dans des fureurs dégradantes où le mal prit possession des esprits les plus fins (cf. Berlin requiem de Xavier-Marie Bonnot)

Travailleurs sociaux et responsables d’entreprises, qui évaluez combien insertion et intégration sont des temps d’ouverture à l’autre-soi, grands et nobles sont vos engagements pour servir la démocratie.

Quel bonheur que de ressentir votre joie pour ces frères afghans à qui vous avez offert une hospitalité, un accompagnement, une amitié. Aujourd’hui, ils travaillent dans une grande boulangerie. Leurs salaires sont supérieurs aux vôtres ; vous l’avez relevé sans amertume, précisant simplement que vos fonctions mériteraient être reconnues. Ce serait effectivement juste.

D’aucuns, derrière des micros qui amplifient leurs propositions sans discernement, se présentent comme ceux qui ré-enchanteront la Société en mettant dehors, à la porte, ceux qui leur apparaissent comme étranges sans en tirer les conséquences dommageables pour notre Pays, l’Europe et le Monde.

A quel équilibre voulons-nous participer. Nous, toujours nous, mais les autres n’ont-ils pas droit à une place.

Aussi, vous qui ne vous en laissez pas compter – quelle force de caractère – considérez que l’immigration maîtrisée peut être une chance.

Dans le café d’une ville moyenne de la Région Occitanie, un élu, surpris d’entendre des propos racistes dit à ses concitoyens : vous savez que les médecins de l’hôpital sont tous des étrangers ; certains de vous ont été soignés par eux. Il y eut un silence.

Qui sont-ils ceux qui travaillent dans des métiers dits en tension, à des heures où la grande majorité, dort. Que font-ils ces MNA en apprentissage pour des métiers que nous ne voulons pas faire, et ces frères du monde, venus de très loin, que nous retrouvons en grand nombre dans les ehpad, les hôpitaux, concourant aux soins. Et ceux qui font du pain, qui nous donnent ce pain quotidien.

Si, quelle que soit la philosophie de chacun, ces soins, ces services partagés ou encore ce pain dans l’exemple précité étaient reconnus, que d’ouvertures en résulteraient.

Là où le pain est rompu, une amitié naît, grande parfois jusqu’à devenir co-pains.

Bernard Devert

février 2022

L’attention à la fragilité, chemin d’humanité

Scandale, encore un ! Il est grave, touchant des personnes vulnérables sur le plan de la santé, eu égard à leur grand âge.

Les fragilités sont omni présentes ; certains en profitent, d’autres – au contraire – veillent à ce qu’elles soient appréhendées pour des relations humanisées et même fraternelles.

L’ehpad est un lieu qui donne lieu à une concentration des vulnérabilités. Que de risques de profiter des situations de faiblesse facilitant la prévarication pour obtenir de substantiels profits au préjudice de ceux qui leur font confiance, désarmés par l’angoisse de la fin de vie.

Seulement l’argent ne résout rien, bien au contraire.

Le scandale qui éclate – ce n’est point une surprise – fait apparaître que le prendre-soin, jamais ne s’achète, pour ne se trouver que là où générosité et gratuité se rencontrent.

Ce n’est point la vieillesse qui est un naufrage, c’est sa traversée. Les ehpad sont des « escales », mais vers quoi ! Vous mesurez le silence ! Il s’ensuit des attentes aussi vides que longues, aggravées par le sentiment d’inutilité sociale si éprouvant pour les résidents.

La dépendance n’est pas une déchéance. Fût-elle accablante, elle ne saurait faire obstacle à ce que la personne revisite son histoire qui, toujours, porte les traces d’une réelle humanité, d’où un émerveillement éclairant l’horizon.

Relire son histoire, ce n’est pas se souvenir, c’est habiter une mémoire qui éveille. Savoir qu’on a fait exister est nécessaire pour continuer à exister.

L’argent, tout l’argent possible, ne permet pas d’entrer dans cette relation qui ne se construit qu’avec du temps, de la délicatesse. Les soignants n’en manquent pas, encore faut-il leur laisser une marge d’autonomie, de gratuité dans leur mission. Ce souci est le nôtre ; il est partagé aux Autorités de Tutelle mais aussi étudié en interne.

Là où la fragilité est vraiment prise en compte, le temps dit perdu se révèle un temps gagné pour l’écoute, la compréhension et la construction des liens entre soigné et soignant, mettant à distance la maltraitance.

Derrière ce mot constamment utilisé, se cache une souffrance morale. Ecoutons : pour qui je compte ; pourquoi suis-je si seul ; pourquoi encore vivre ?

Le manque de relation est le plus sûr moyen de clôturer l’avenir.

Le mal-être de nos aînés met en exergue combien l’argent est trompeur. Il est bien qu’ils puissent occuper de beaux bâtiments, mais ce qui est pour eux essentiel au soir de la vie, ce ne sont pas des chambres aux surface normées, mais de ‘percer le mur’, pour découvrir un passage, un souffle.

La pensée teilhardienne rappelle que tout ce qui monte converge vers l’essentiel. Que de dégâts causés pour ne pas entrevoir une possible transcendance, non point un catéchisme de questions/réponses, mais un temps d’apprivoisement où chacun découvre qu’il est plus grand qu’il ne le croit ou ne l’espère. Toute confiance est une ouverture.

Ce ne sont pas nos aînés qui ont peur, c’est souvent nous pour occulter la sphère d’un monde où l’infini aurait pourtant toute sa place.

Heureusement, nombreuses, sont ces maisons de soins, se révélant une école d’humanité au sein desquelles il n’est pas question de prendre à nos aînés, mais d’apprendre d’eux cette sagesse si bien exprimée par Lao-Tseu : le dur est compagnon de la mort, le fragile est compagnon de la vie.

Bernard Devert

Février 2022

Il est vraiment l’heure de vous dire merci

A vous qui contribuez à offrir une hospitalité aux blessés de la vie, demandeurs d’asile, sans-domicile, mineurs non accompagnés, il m’est agréable de vous partager ces quelques mots adressés à l’une des responsables de nos maisons qui, après 5 années d’un engagement sans faille, s’oriente vers d’autres missions.

Vanessa, à l’instant, je reçois le courriel que vous avez adressé à tous les acteurs de Notre Dame du Grand Port, cette maison bien nommée, pour s’embarquer vers des rives plus riantes, plus humaines.

Vous n’oubliez pas les bénévoles et pas davantage tous ceux qui, dans le silence, nous accompagnent pour faire surgir ces espaces d’humanité.

Certes, tout n’est pas facile. Comment pourrait-il en être autrement alors que tous ces jeunes accueillis ont vécu des moments si douloureux, parfois tragiques, que leur jeunesse a été volée.

Salariés, bénévoles, donateurs et investisseurs au sein de notre Mouvement, chacun contribue à cette belle aventure. Tous ces maillons si complémentaires suscitent une chaîne de solidarité, j’ose dire de tendresse.

Au sein de cette maison à qui vous dites au-revoir avec beaucoup d’émotion, un beau témoignage a été co-écrit par France Vergely et Wahabou Tarama, mot par mot, gravir ce monde. Tout est dit et si bien dit.

Mot par mot, nous avons aussi appris de ces jeunes venus de loin ; ils nous ont conduits vers des perspectives que nous n’imaginions pas, gravissant ce monde, parfois en balbutiant, pour qu’il soit plus humain.

Un chapitre se termine, écrivez-vous chère Vanessa. Le livre se poursuit. Touchés par ce que nous avons entendu de ces jeunes, nous écrirons l’ouvrage le cœur tremblant mais d’une main ferme, l’avenir de ces mineurs nous appelant à une responsabilité majeure au sein de notre Société.

Oui vraiment, que tous soient vivement remerciés pour tous ces moments vécus. Ils sont si riches de sens qu’ils se révèlent une boussole. Alors nous ne nous laisserons pas déstabiliser par les propos hostiles, ignobles parfois, que l’on entend de ceux qui se présentent comme défenseurs de notre culture.

Quelle est donc notre culture, le respect de la vie, de toute vie. Là est le défi que nous devons relever quel qu’en soit le prix.

Tous ces signes de fraternité sont des étoiles qui nous guident vers le meilleur, passeport d’un mieux-être qui contribue à bâtir dans le silence la maison commune.

Lorsque les cœurs enfin se réveillent, les portes et fenêtres ouvertes de cette maison laissent entrevoir des horizons qui transportent vers de nouveaux possibles, signe du déjà-là d’un inespéré. Quelle lumière !

Merci vraiment.

Bernard Devert

Janvier 2022

2022, une année pour le refus de cette misère tolérée qu’est l’absence d’un toit

Au soir de 2021, s’éteint une grande et belle figure d’humanité, Desmond Tutu, 1er évêque noir de l’église anglicane sud-africaine. Il reçut en 1984 le prix Nobel de la paix.

Ami de Nelson Mandela, il lui apporta une contribution décisive pour mettre un terme à l’apartheid, cet infâme désordre moral.

Sa vie spirituelle était un lien indestructible entre tous les hommes et Dieu, rien ne pouvant justifier une quelconque séparation. Il bouillonnait d’humour, de bienveillance et d’intelligence. Habité par la justice, il avait un sens profond du pardon là pour autant que la vérité se soit pas trahie, aucune raison, fût-elle celle de l’Etat, ne pouvant l’étouffer.

Desmond Tutu, une conscience ! Il réveilla un peuple, l’invitant à sortir d’un enfermement abject : refuser l’autre parce que de couleur différente.

L’absence d’un logement, alors même que le toit est un droit, ne s’apparente-t-elle pas à une forme d’apartheid.  Excessive, cette qualification, diront certains et donc insignifiante ! Pourtant, être pauvre, n’est-ce pas être mis à part, rejeté ; une vive blessure, meurtrière de l’humain.  

Sur tous les tons et sur tous les toits, il est rappelé depuis des décennies l’injustice faite aux plus vulnérables. Ils doivent attendre et attendre longtemps avant de disposer d’un logement.  De 5 ans à 10 ans, parfois plus, dans les métropoles ! D’aucuns ne le trouvent jamais, d’où la rue, un jugement sans appel, signifié par un ‘dehors’ ! Quelle brutalité ; puisse-t-elle nous réveiller.

A ce drame s’ajoute le tragique d’une Société qui s’est habituée.

A la fin de la trêve hivernale, suspendue pour la première fois en 2021 par une décision juste de la Ministre du Logement, ce sont plus de 200 000 personnes – chiffres du ministère – qui devront trouver un habitat afin de quitter la précarité d’un hébergement.  

Que de sans-domicile sont encore assignés aux trottoirs ou sous les ponts. Leur nombre a baissé en 2021, la crise sanitaire ayant contraint à augmenter le dispositif des nuitées d’hôtel (73 000 /jour au 1er juin 2021). Ce palliatif ne peut pas se pérenniser au nom de cet alibi, ne pas créer un appel d’air ; il est pour le moins vicié dans tous les sens du terme.

Que faire ? Des centaines de milliers de logements sont vacants dont 320 000 dans les grandes villes, là où l’absence d’un toit est cruelle.

Et si nous écoutions Victor Hugo dans son poème « Pour les pauvres » publié en janvier 1830 dans les feuilles d’automne :

Dans vos fêtes d’hiver, riches, heureux du monde

Quand le bal tournoyant de ses feux vous inonde,

Oh ! Songez-vous parfois que, de faim dévoré,

Peut-être un indigent dans les carrefours sombres

S’arrête, et voit danser vos lumineuses ombres

Aux vitres du salon doré ?

Aujourd’hui, que voient les ‘pauvres’ via la vacance des logements, moins de vitres éclairées et pour cause …Tout est fermé. N’y a-t-il rien à voir ? Si, une ombre que cette injustice criante.

L’heure n’est pas de jeter l’opprobre mais de transformer ce qui peut et doit l’être. Et si 2022 se révélait l’année d’une conscience éclairée, la vôtre, la mienne pour dire non à l’inacceptable.

Des vœux, non, des actes pour que les plus malheureux ne le demeurent pas, ils sont nos frères ; comment être heureux si les autres ne le sont pas.

La fraternité, fondement de notre société, revêt ici une acuité toute particulière. Le sujet n’est pas de rechercher des coupables, mais de voir comment nous pouvons concourir à une plus grande humanité.  Ensemble, mettons en œuvre des propositions. Un combat qui donnera du sens à cette année.

Bernard Devert

1er janvier 2022