Rendre compte, tout simplement

Le rapport d’activité d’habitat et Humanisme de l’exercice 2015 s’ouvrait sur le visage d’un enfant inondé de lumière ; celui de cette année est jonché d’une multitude de frimousses exprimant notre commune détermination de refuser que l’enfance soit sacrifiée. Or, elle l’est encore pour plus de 2 millions de gosses dont le présent est marqué par la précarité et/ou la misère, d’où leur avenir compromis quand il n’est pas déjà détruit.

Il nous faut agir pour ne point accepter cette injuste punition, faucheuse de l’espérance.

175 personnes dont près de 100 enfants roms ont quitté des bidonvilles pour trouver place dans un habitat précaire – bungalows – offrant les conditions minimales d’une dignité qui leur était jusque-là refusée.

Je voudrais vous partager la joie de cet enfant : « j’ai pu me laver avec de l’eau chaude » ! Ce geste, quotidien et banal pour nous, revêtait pour lui un inattendu et un inespéré.

Avec une scolarité suivie des enfants, l’insertion se construit. Le refus de la différence s’est parfois exprimé avec véhémence mais, avec le temps cicatrisant les outrages, d’aucuns découvrent que ce sont des êtres de chair, désarmés, souffrants et espérant.

Le fait qu’ils aient moins de chance que nous justifierait-il qu’elle leur soit refusée ? Je pense à ce maire qui, accueillant deux de ces familles, corrèle leur réussite à celle de sa Commune pour ne point penser l’hospitalité en termes de charges mais de chance et de sens.

Au début et à la fin de la vie, que d’êtres sont confrontés à une dépendance appelant comme premier soin l’a tendresse, le respect.

2017 sera pour Habitat et Humanisme celle de l’intégration de l’association la Pierre Angulaire qu’il me fut donné de créer il y a quinze ans pour trouver une réponse ajustée – mais insuffisante – à l’isolement de personnes dépendantes, confrontées à la faiblesse des ressources.

Le dénominateur commun d’H&H et La Pierre Angulaire est le prendre-soin via un logement adapté et un accompagnement. Ce rapprochement, ouvre le périmètre d’activité du Mouvement. Il s’est imposé pour répondre à la question de « l’après » en raison du développement de nos maisons intergénérationnelles et la prise en compte du vieillissement des résidents dans les pensions de famille.

Un des maîtres-mots d’H&H est résister. Qu’est-ce que cela veut dire, si ce n’est refuser le défaitisme pour ne point consentir à la mocheté qu’est l’indifférence à la souffrance et au ressenti de trop de nos contemporains qui, oubliés de la Société, pensent qu’ils n’auront jamais de place.

La fraternité est un bien commun. Il faut la bâtir ensemble sans jamais ne rien céder. Cette exigence éthique et spirituelle ne vous est pas étrangère. Aussi, à ceux qui déjà nous accompagnent je renouvelle ma gratitude et à ceux qui envisagent de nous rejoindre, j’ose dire : franchissez le pas pour en finir avec ce mal logement dramatiquement récurrent.

Quel bonheur de voir ces visages s’éloigner de l’accablement, pour avoir trouvé un toit. H&H est une école d’humanité au sein de laquelle personne n’est noté mais où chacun note d’imperceptibles changements qui, secrètement, ouvrent les portes d’un nouveau monde.

Merci d’en être des bâtisseurs.

 

Bernard Devert
Juin 2017

« Pentecôte, une proclamation de la Parole qui pourrait faire du bruit dans nos vie ».

La Pentecôte que nous célébrons n’est pas un anniversaire   des bougies à souffler   mais un évènement majeur qui pourrait bien souffler quelques-unes de nos certitudes pour laisser place aux convictions.

Le Livre des Actes des Apôtres présente cette manifestation de l’Esprit comme un jour qui fit un tel bruit que l’’histoire n’a pu la passer sous silence.

Pentecôte 2017 vient après une longue campagne électorale partagée entre inquiétude et espoir. La Société, lasse de ces débats, éprouve le désir d’un calme quasiment palpable. Assurément, le corps social veut souffler.

Cette aspiration ne saurait être un alibi pour ne point faire bouger ce qui est de l’ordre de l’inacceptable, faute de quoi la paix ne sera jamais au rendez-vous.

Pentecôte est le jour de la proclamation de la Parole, où l’homme entend celle du frère. Cette reconnaissance est une naissance au Tout Autre et aux autres. « Ils étaient unis et mettaient tout en commun, vendaient leur propriété, leurs biens pour partager entre tous, selon les besoins de chacun » (Ac 2-45).

Quel changement, celui que l’on peine à espérer.

Un jour qui fit grand bruit, la Pentecôte est un évènement mais aussi un avènement. Dieu est enfin reconnu pour ce qu’Il est, non pas à part ou dans un ailleurs, mais vivant passionnément au cœur de l’homme. L’éveil des cœurs est toujours un cri de vie pour la vie.

Ce bruit est celui de la déchirure de nos enfermements, nos tombeaux s’ouvrent. La Résurrection est enfin comprise comme une vie nouvelle où l’acte du croire implique résolument la décision de changer et de faire changer.

Albert Camus écrit : « pour qui est seul, sans dieu, ni maître, le poids du jour est terrible ».

A la Pentecôte, la solitude est traversée par une présence ; la foule est réunie pour mettre le cap sur une espérance non pas éthérée, mais réelle, les fruits de la fraternité ne sont ni interdits, ni inaccessibles, ils sont partagés.

A la Pentecôte, Dieu révèle notre humanité qui fait de nous des êtres de relation. Le mutisme est brisé, d’où ce grand bruit. Les questions surgissent, fusent ; la vie est là et chacun s’entend pour comprendre qu’il est aimé d’un même amour. Incroyable et pourtant…

En cette Pentecôte 2017, comment allons-nous donner chair au souffle l’Esprit. Il est l’heure d’acter ce que la Parole propose pour passer du doute, de l’étonnement à l’émerveillement.

Un grand bruit, pareil à un événement inattendu ; il laisse sans voix mais pas sans une joie intérieure que rien ne peut étouffer. Tout alors est changé.

Bernard Devert
Mai 2017

Ces petits pas insuffisants qui pourtant font bouger les lignes

Chaque semaine, 10 foyers trouvent enfin un toit, grâce à la finance solidaire qui s’investit au sein de la foncière Habitat et Humanisme.

Une famille entre, le malheur sort.

Certes, tout n’est pas gagné, mais les portes qui s’ouvrent sont celles de l’espoir.

Le combat est permanent ; il s’inscrit dans la durée : plus de 30 ans. Le temps aurait pu nous user, il nous a confortés dans le fait que l’action n’avait qu’un défaut, l’insuffisance.

Confrontés à bien des discussions, parfois des oppositions, d’aucuns nous invitent à bâtir ailleurs. Comme vous, la ségrégation nous insupporte. Avec vous, nous croyons que « la rébellion d’aujourd’hui, c’est l’ouverture à l’autre » pour reprendre la belle formulation d’Alexandre Jollien.

Nos petits pas parfois nous blessent. Il faudrait parcourir le chemin de la solidarité à grandes enjambées. Seulement le recul de la pauvreté et de la précarité nécessite – ne nous payons pas de mots – non seulement une mobilisation de l’épargne mais aussi des compagnons de route pour que, là où l’on construit, les personnes se reconstruisent.

Je pense à ce chef d’entreprise d’une PME de 42 salariés. Il a sombré, tout a craqué, y compris la santé physique et psychique. Le temps d’errance s’est arrêté avec la remise d’une clé qui a ouvert bien des serrures qui s’étaient grippées. Il ne dispose pas seulement aujourd’hui d’un toit ; il se sait reconnu, alors tout peut recommencer.

N’est-ce pas cela l’espérance, non pas un mot creux, mais qui nous creuse pour découvrir cet espace inviolable, si nécessaire pour l’estime de soi afin de l’offrir à celui qui ne l’a pas ou plus.

Souvenons-nous de l’hymne à l’homme de Sophocle : « il est bien des merveilles en ce monde, il n’en est pas de plus grande que l’homme ».

Aller vers les oubliés de la Société c’est aussi les transporter vers des lieux qu’ils n’osent point rêver. Quand ils en franchissent le seuil, ils ont souvent les larmes aux yeux, s’interrogeant avec émerveillement : qui suis-je pour être ainsi respecté ; entendez : aimé.

La dignité n’a pas de prix, la mettre en œuvre est le chemin royal de l’insertion.

Au sein des associations ne sommes-nous pas des Petit Poucet qui déposant des cailloux dans des mains ouvertes et expertes, bâtissent des murs étonnants. Jamais ils n’emmurent pour être ceux qui, désirés avec cœur, se révèlent des espaces où l’improbable se fait jour.

Bernard Devert
Mai 2017

La rencontre de nos aînés, école de spiritualité et de l’éthique

Que de personnes confrontées au grand âge sont en deuil au regard du vivre-ensemble, considérant qu’elles sont inutiles, jusqu’à se penser comme une charge.
J’aimerais leur dire qu’elles sont une chance nous appelant à mieux nous investir sur les 3 valeurs de la République, socle de notre démocratie :
•    Liberté pour imaginer des espaces qui protègent mais restent ouverts,
•    Égalité : le prendre soin conduit à atténuer les inégalités physiques, psychiques, sociales. Les postures de surplomb sont insupportables pour comprendre que vous nous offrez la possibilité de dépasser nos propres enfermements,
•    Fraternité : s’agissant d’entrer dans une relation où le mystère de l’être est éveil à l’Infini.

Qui n’éprouve pas la joie de dire à nos aînés qu’ils sont une chance.

•    Chance, pour nous aider à sortir de l’idée mortifère de la puissance conduisant à évaluer la personne à l’aune de son utilité, de sa capacité à produire.

Faut-il attendre les drames pour s’apercevoir qu’ils sont, pour partie, liés au refus d’accueillir la vulnérabilité.

•    Chance, pour reconnaître qu’à l’école de l’humanité, nos aînés sont des maîtres. Ils n’ont nul besoin de ces ouvrages qui encombrent et permettent de se cacher derrière un savoir académique. Leur parole est libérée et épurée de par les épreuves qu’ils ont su surmonter pour offrir à la vie l’intelligence du courage et de la bienveillance.

•    Chance, d’être les héritiers d’une histoire, jamais indifférente à l’avenir de ceux qui la reçoivent.

•    Chance, de les rencontrer. Leurs rides ne sont-elles pas trace des aridités traversées. Leurs visages livrent avec pudeur les combats dont ils sont sortis vainqueurs dans ce passage de la possession à la libération, si bien exprimé par cet explorateur de l’esprit qu’est René Daumal, dans le Mont Analogue :

« Je suis mort parce que je n’ai pas de désir ; je n’ai pas de désir, car je crois posséder. Je crois posséder parce que je n’essaie pas de donner. Essayant de donner, on voit qu’on n’a rien. Voyant qu’on n’a rien, on essaie de se donner. Essayant de se donner, on voit qu’on n’est rien. Voyant qu’on n’est rien, on désire devenir.
Désirant devenir, on vit ».

Ce trésor de vie naît de l’accumulation de la perte des idées toutes faites laissant jaillir des cœurs – non point lézardés mais creusés – une espérance que le temps patine.

A la prétention des savoirs, vous offrez, chers aînés, une richesse inattendue : le temps n’est pas l’ennemi, il est le dévoilement de ce qui, enfoui, s’avère l’essentiel, déjà l’éternel que seule, la fragilité révèle.

Bernard Devert
Mai 2017

Le temps des déclarations ou celui de se déclarer pour plus d’équité

La déclaration de revenus peut conduire à déclarer nos engagements pour des causes humanitaires ou culturelles.

Qui d’entre nous ne souhaite pas réduire les fractures de la Société ? La mission relève du pouvoir régalien, mais aussi de notre décision de construire des ponts pour ne pas rester à distance des blessés de la vie.

Le législateur encourage la philanthropie et les investissements relevant de l’intérêt général avec les dispositifs TEPA et Madelin. Des niches fiscales, disent certains ; le terme n’est ni heureux, ni juste, s’agissant non pas d’un abri mais d’un élan possible vers les laissés pour compte.

Les réductions d’impôt relatives aux investissements concernent ceux dont l’impact est la réduction des situations de précarité.

En économie, la niche se définit comme un segment d’activité qui a peu de concurrence. L’agir contre la misère justifierait qu’il y ait beaucoup d’émulation pour susciter cette charité inventive comme aimait à le dire Jean-Paul II.

L’économie sociale et solidaire en est la trace insuffisante encore, même si avec bonheur elle progresse constamment. N’est-elle pas une réponse concrète à une montée des consciences interrogative du sens de ce qui nous fait vivre jusqu’à interpeller notre relation à l’argent pour le flécher vers des programmes donnant place à ceux qui ne l’ont pas ou plus.

En médecine, la niche est une cavité, en lien avec les ulcères. Ici, elle est un creuset réunissant des épargnants qui, ulcérés de voir cette pauvreté si destructrice des personnes que l’espoir est métastasé.

Intolérable de consentir à ce que des frères n’aient pas de toit ; mais quel drame lorsqu’il s’agit de malades qui, au soir de leur vie, se trouvent à la rue. Aussi, travaillons-nous sur un projet mobilisant des bénévoles – dont des soignants qui déjà se manifestent – pour que la fin de vie de ceux qui ont déjà éprouvé tant de dureté soit traversée par la tendresse.

Ces feuilles d’impôt rébarbatives, ne pourrait-on pas les lire comme une déclaration d’espérance pour ce qui est entrepris et à entreprendre au sein de l’espace public comme volonté d’humanisation des relations sociales, retenant le bien commun comme boussole de nos engagements.

Bernard Devert
Mai 2017

 

En marche… pour une société plus juste

La campagne, trop longue en raison notamment des primaires, s’achève dans l’essoufflement et l’inquiétude ; elle aurait pu s’apparenter à « un hôpital de campagne » pour mieux diagnostiquer les lèpres de notre société et s’attacher à les guérir.

Nombre de nos concitoyens, blessés par la vie, ont le sentiment d’être oubliés. Il en résulte une désespérance aggravant le mal, d’où la tentation de se tourner vers des extrêmes.

Cette campagne a brisé les partis de Gouvernement au pouvoir depuis des décennies. D’une certaine façon, ‘l’effet Trump’ s’est propagé.

Le politique est plus habile à utiliser le ‘bistouri’ des mots qui touchent l’adversaire que d’opérer les transformations qui s’imposent. Le corps social enfiévré perd ses repères et s’interroge sur la capacité des édiles à faire changer, mais alors quelle est leur mission ?

Le repli sur soi est proposé comme un traitement. Quelle erreur que de ne pas comprendre que ce qui est fermé toujours fermente, d’où ces replis amers et défaits par les plis de l’amertume pour avoir perdu le sens de l’autre, conduisant sur les chemins de l’espoir.

Il nous faut nous mettre en marche.

En marche, pour s’éloigner des promesses successives et contradictoires d’un court-termisme qui assassine l’avenir.

L’attention à la cohérence offre à la société la cohésion recherchée.

En marche, pour refuser résolument ces politiques de régression, stigmatisant celui qui est autre, différent, ou encore étranger, laissant entendre qu’il est coupable de nos difficultés. L’hétérogénéité n’est-elle pas source de la vie.

En marche, pour se laisser habiter par le souffle de ceux qui ont su se lever pour faire tomber des frontières jusqu’à susciter une espérance qui a pour nom, l’Europe. Le dessein de cette heureuse construction, au lendemain de la guerre, était de bâtir durablement la paix ; elle mérite que nous lui apportions le meilleur de nous-mêmes. Au diable ces velléités et pratiques qui la mettent en accusation pour mieux occulter nos erreurs et faire oublier nos insuffisances.

Que de signes d’espérance l’Europe a fait, et continue à faire, naître. La crise financière traversée aurait-elle pu l’être sans la monnaie unique. Que de solidarités se bâtissent au cœur des échanges, comme Erasmus, souhaitant que ce dispositif soit étendu aux jeunes en apprentissage.

En marche, pour entreprendre afin de réduire les inégalités et les injustices. Les 40 % de la population, selon les sondages, attirés par les extrêmes, loin d’être des extrémistes, n’éprouvent-ils pas un rejet se traduisant par un S.O.S pour être entendus.

En marche, pour mieux comprendre les situations de vulnérabilité.

Notre Pays est en attente d’un ‘prendre soin’. Dimanche, refusant l’extrémisme ou l’abstention, veillons à dynamiser cette marche vers une plus grande humanité.

Bernard Devert
Mai 2017