Ne cédons pas à l’ivresse des violences

Notre Société a mal et se fait mal, en raison de trop d’iniquités laissant planer ce ressenti amer partagé par trop de nos concitoyens d’être des oubliés. Comment expliquer ces sondages à partir desquels les extrêmes sont aux portes du pouvoir, l’un d’eux ne faisant pas mystère que le chaos est l’expression d’une légitime défense.

Ce ne sont pas seulement des poubelles qui ont brûlé, l’incendie traduit une la révolte dévastatrice d’espaces culturels que sont les lycées, les universités, des lieux de transmission et d’innovation, que d’aucuns voudraient considérer comme des non-lieux.

Inquiète, la Société peut l’être. Si les attentes sont considérables, les Caisses de l’Etat sont vides. Plus grave est le déficit de la volonté du vivre ensemble ; il s’altère par un repli sur soi où la question du sens, si elle demeure, trouve une frontière quand il s’agit d’être plus attentif à l’égard des plus vulnérables.

En ces temps de préparation de l’élection du futur Président de la République, les candidats sont nombreux, mais trop souvent incapables de s’écouter, multipliant les anathèmes, comme s’il s’agissait de parler le plus fort possible. Jamais la tonalité de la voix ne confère une autorité aux propos, seul le discernement ouvre des chemins de transformation.
Notre Société est plurielle, riche de par ses différences mais aussi plus fragile. Une écoute s’impose si nous voulons parvenir à

des accords afin que les convergences l’emportent sur les dissonances. Cet art, il nous appartient de le susciter.
Une des questions majeures pour les finances de l’Etat est la prise en compte de la retraite à un moment où le vieillissement de la population se révèle massif. L’enjeu est majeur pour obtenir un « apprivoisement » de l’opinion, sans lequel le tissu social demeurera déchiré.

Ne serait-il pas judicieux que des sages, de sensibilités philosophiques, politiques différentes, débattent afin de parvenir à une meilleure compréhension. L’avenir de la démocratie conduit à quitter les facilités qui font les lits de la violence.
La situation internationale, plus agitée encore, est pour partie entre les mains de deux hommes qui rivalisent dans l’impudence et l’outrance, n’ayant comme boussole que l’ivresse du pouvoir et de l’argent.

Dans ces contextes difficiles, houleux, il est un film sur nos écrans « Les Misérables », il nous donne à voir ce magistral roman de ‘Victor Hugo’, prophète des pauvres. Quelle belle figure d’humanité que celle de Jean Valjean, condamné à 19 ans de travaux forcés pour avoir, tiraillé par la faim, volé un peu de pain. Habité par la haine et la vengeance, jusqu’au moment où il rencontre ce prêtre, à qui il avait dérobé ses chandeliers.

Etonnement de Jean Valjean pour entendre ce prêtre dire à la police : « Mais ces biens, il ne me les a pas chapardés, je les lui ai donnés. »

Face à l’ivresse de la violence, ce n’est pas la révolution qui la dégrise, c’est la reconnaissance de la dignité de la personne ; elle s’éveille au coeur de la confiance, celle-là même permettant d’habiter cette lumière intérieure où l’homme saisit qu’il n’est pas quelque chose, il est quelqu’un.

Cette heure-là est celle d’une naissance pour comprendre qu’à tout moment et quelque soit son passé, il est possible d’être à l’origine d’une nouvelle histoire. Les violences cèdent de leurs arrogances et de leurs prétentions pour être remplacées par une sagesse, celle de l’intelligence du coeur. Puisse-t-elle être prégnante, en cette journée mondiale du 17 octobre « du refus de la misère », voulue par le père Joseph Wresinski, cet autre prophète des pauvres.

Bernard Devert
Octobre 2026

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