Des sages venus de loin nous rapprochent de nous-mêmes.

De très loin, venaient trois mages Balthasar, Gaspard et Melchior ; de fait, ils reviennent de loin et repartiront vers un voyage qui les conduira loin pour s’aventurer sur le chemin de l’intériorité.

Laissant leurs présents devant l’Enfant Dieu, mais que reconnaissent-ils de lui, nous ne savons, si ce n’est qu’ils éprouvèrent une grande joie pour naître à eux-mêmes jusqu’à être présents à une nouvelle histoire.

Des hommes libres.

Ils ont compris qui était Hérode le Grand, commanditaire de ce crime de plusieurs centaines d’enfants pour s’assurer de la mort de celui pouvant être le messie d’Israël. Compris aussi qui étaient ces grands prêtres et ces scribes qui, enfermés dans leurs certitudes, seront les premiers à vouloir faire mourir celui qui parlait de Dieu avec un cœur d’enfant.

Trois sages qui raccrochèrent. Ils s’éloignèrent ou plus exactement décrochèrent de ces pouvoirs qui ne sont que factices et illusoires, pour être exercés par des acteurs cyniques dont la grande préoccupation est l’inquiétude de les perdre. A vouloir se maintenir pour seulement exister, ils font périr l’espoir.

Singulière actualité que revêt ce récit. . Que d’êtres sont ‘décrochés’ sans avoir malheureusement trouvé cet autre chemin pour repartir. Décrochés du monde scolaire, décrochés de l’emploi, du logement, de la santé…

Il est vrai que nombre de politiques ont décroché par rapport aux situations de crise ; ils ont déposé leurs boîtes à outils, considéré que tout était fait ou presque et qu’il fallait attendre jusqu’à espérer que la promesse du pire ne surgisse point.

Seulement la souffrance mérite mieux qu’une anesthésie qui se résume en des mots qui à force d’être entendus n’agissent plus.

Les mages ne le sont que parce qu’ils sont des sages.

Or, la sagesse est précisément une invitation à trouver cette épiphanie, signe d’un sursaut à partir duquel se fait jour un autrement.

Les astrologues ont vu l’étoile. Ils n’en ont pas parlé pour éviter les faux espoirs, mais dans un discernement ils ont découvert un chemin qui les conduisit vers la vie. Là, toujours silencieux, ils ont compris que cette lumière, il ne fallait pas simplement la regarder mais qu’ils devaient l’accueillir pour en devenir des témoins.

Que d’hommes parfois se perdent sur ces chemins. Le très beau roman d’Emmanuel Carrère, Le Royaume témoigne in fine d’une espérance voilée, née de la rencontre avec une petite fille trisomique, Elodie. « Il y a une telle joie dans ce regard, une joie si candide, si confiante, si abandonnée que je me mets à danser comme les autres, à chanter que Jésus est mon ami et les larmes me viennent aux yeux …J’ai entrevu ce qu’est le Royaume. »

L’auteur, pas plus que les mages, ne nous enferme pas dans des certitudes. Ici, c’est un enfant, un enfant incroyablement fragile qui lui ouvre peut-être un chemin.

Il est de ces sages qui pour nous conduire vers des vulnérabilités nous font rencontrer les nôtres. Parfois perdus, c’est alors que nous gagnons en humanité. Quel chemin !

Bernard Devert
janvier 2015

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