L’enfant désarmé nous éveille à la fraternité

Des réfugiés serbes avec ses cinq enfants (de 1 à 13 ans)   dans l’attente d’un sixième qui doit naître d’ici à cinq jours   est à la rue à Lyon, sur une grande artère, à hauteur du 320 rue Garibaldi.

Appelé par des personnes désemparées au regard de cette situation, je me rends ce lundi 28 novembre auprès de cette famille ; il est près de minuit.

Les deux tentes de fortune sont à proximité d’un appartement au rez-de-chaussée, occupé par un locataire qui éclaire son logement en entrebâillant une ouverture afin que cette famille dispose de boissons chaudes.

L’hospitalité de ce veilleur est signe lumineux d’une humanité qui refuse de demeurer étrangère à ce drame que connaissent tant de personnes isolées ou familles assignées à la rue.

Une nouvelle urgence. Je ne puis taire en moi le fait que nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde, mais elle est là. La fuir ne ferait qu’accabler ce monde en le rendant encore plus triste, plus misérable.

Dans quelques jours, c’est Noël. Un enfant, et quel enfant, nous est né ! Il n’a pas trouvé davantage de toit pour ne recueillir que l’indifférence. Les textes nous rappellent qu’il n’y avait même pas de place dans la maison commune.

L’Avent ne saurait être un temps passif ; il faut agir pour que la vie ne soit pas profanée, d’où une nécessaire responsabilité pour préparer un monde plus réceptif à la fragilité.

Ce lundi soir, et en ce début de matinée de mardi, s’imposait l’urgence de s’avancer vers ceux qui n’attendent plus rien mais qui sans doute espèrent tout, à commencer par l’inattendu. Aussi comment ne pas s’approcher de cette maman qui, bousculée par la vie, consent à la donner.

Vivre, c’est prendre le risque d’une fraternité qui ouvre des espaces inouïs. Ne serait-ce pas la promesse de Noël, d’un Dieu qui ne s’isole pas. Prenant visage d’homme, Il rappelle la grandeur et l’infini de chacun.

Nul doute qu’il faille s’interroger sur la misère mais pour apprendre à la détruire, il faut plus encore entrer dans la miséricorde qui rompt le pessimisme et les enfermements.

En ce temps de l’Avent, quel bonheur de rencontrer ce « veilleur » pour que cette famille venue de loin, perçoive le déjà là d’une hospitalité.

En cette heure, cette famille est logée.

En avant, il faut poursuivre pour ne point clôturer l’amour.

Bernard Devert
Novembre 2016

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