Les vœux de bonheur, l’appel à une certaine étrangeté

De bonnes heures que ces premiers jours de l’an, une quasi parenthèse signant la trêve qui n’est pas sans faciliter l’expression des vœux de bonheur.

Des mots échangés, souvent rapidement, de peur de s’attarder ; le bonheur est si fragile que la tentation est de ne pas le préciser de crainte de s’approcher de l’éclipse qui viendrait l’assombrir.

Le flou entretient la grâce du moment.

Les vœux demeurent des liens traduisant des relations, parfois incertaines, mais qui, nommées, font naître une humanité s’éloignant de la sombre indifférence accompagnée des certitudes pesantes.

Le connu ne s’apprivoise pas pour s’être glissé dans des mains si possessives qu’elles ont laissé filer le bonheur pour ne garder que le petit bonheur ; il ne soulève plus rien, privé de sa source, la liberté, porte de l’inconnu, de l’improbable et du fragile.

Si tu vas tout droit, disait le renard au Petit Prince, tu n’iras pas loin.

Apprendre à s’éloigner de son ombre est nécessaire pour entendre l’appel des grands espaces. Ils sont à risques. Impossible de les rejoindre sans consentir à quitter sa tranquillité pour donner place à l’étrange.

Le bonheur a quelque chose à voir avec la surprise, passage de l’étonnement à l’émerveillement.

Seuls, les regards témoins de la clarté de ce cheminement peuvent comprendre l’étrangeté et, par là-même, celui qui est autre. L’oubli de cette mémoire libère des jugements sévères ajoutant aux fractures des plis amers.

Le bonheur ne serait-il pas la trace exquise de ces traversées qui se murmurent, mais qui jamais n’emmurent, finalement une mystique de la vie pour nous relever et nous élever, non point en regardant les choses d’en haut mais dans cette relation à l’humus, la terre.

Le bonheur n’est pas une évasion, il est une passion et une compassion.

La puissance du tout, tout de suite blesse le bonheur, pour rendre insupportables les attentes. A se penser comme des êtres achevés, nous ne voyons pas que l’inachevé est une des chances du bonheur, un infini offrant la sagesse protégeant du mirage.

Le vrai bonheur, qui nait toujours de la confiance, ne saurait nous mettre sur un petit nuage, mais, bien au contraire dans les orages pour ne rien céder au cynisme et à la facilité afin d’en découdre avec le non- sens, ce malheur absolu clôturant l’espérance, à la différence du bonheur qui en est une perpétuelle quête.

Le bonheur, alors, n’est pas loin.

Bernard Devert
janvier 2018

 

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