Visités pour revisiter la fraternité, source de la paix

Le Saint-Père a touché les cœurs par des gestes forts pour être désarmants, tant ils étaient signes de tendresse. L’une des photos qui a le plus bouleversé est celle sur les Champs-Élysées où Léon XIV recueille dans ses bras une jeune fille polyhandicapée.

Le sourire du Saint-Père, sur un visage réservé, laisse poindre une lueur et une complicité que beaucoup reçurent comme la bienveillance d’un être habité par l’espérance, laquelle toujours s’éloigne des jugements pour offrir des espaces d’émerveillement. Ce mot a été partagé de très nombreuses fois ; l’accueillant et le faisant mien, je n’ai pu oublier celui de ce prophète et poète, Maurice Zundel, « Dieu, c’est quand on s’émerveille ».

Vous, qui parfois parcourez mes chroniques, ne serez pas étonnés que je retienne, pour celle-ci, le déplacement du Pape auprès des réfugiés ayant trouvé refuge à la Maison Bakhita dans le 18ème arrondissement de Paris.

Là, plus d’interview, mais un échange personnel, celui d’un cœur à cœur avec des personnes qui, socialement vulnérables, sont accueillies au sein d’une hospitalité authentique pour être des hôtes, au sens où ce mot dit celui qui reçoit et celui qui est reçu.

Une fraternité spirituelle, la plus haute possible, Léon XIV rappelant que « les pauvres sont la chair même du Christ », Pain de vie, de notre vie. Cet incroyable partage invite à consentir à une révolution du cœur où nos frères et sœurs, blessés dans leur chair, sont secourus pour trouver à minima un refuge.

Assez de cette condamnation, les obligeant à appeler, encore et toujours, pour trop souvent s’entendre dire : « nous ne pouvons rien pour vous ». Ils n’osent demander pourquoi en connaissant la raison : « nous restons entre nous ».

Bientôt, nous aurons la possibilité de mettre dans l’urne un bulletin de vote ; puisse-t-il ne pas la transformer en une boîte funeste pour les plus fragiles !

Il est des moments dans l’histoire où les extrêmes se conjuguent. Des accords innommables se tissent et trouvent au sein de l’opinion un consensus, alors même qu’il est d’une dissonance déchirante, occultée à grand bruit par ces idées toutes faites, les victimes étant présentées comme cause de nos désordres.

Des visages deviennent nos otages. Il ne suffit pas de les rendre invisibles, il faut tenter de les faire partir au motif que tout rentrerait dans l’ordre ; quelle aberration du cœur et de l’esprit !

Heureusement, une résistance se fait jour, des cœurs s’ouvrent, jugeant que ce n’est point possible d’en arriver à des propositions si déshumanisantes.

La visite du Pape ne ferait-elle pas surgir une espérance, confiant en la jeunesse : « Vous êtes les saints de France » pour porter dans vos cœurs un immense désir de liberté.

La liberté ne peut être instrumentée pour le départ des opprimés ; elle est un appel constant à ne point se dérober de nos responsabilités pour en être précisément la chair, sans laquelle l’égalité et la fraternité ne sont que des espoirs vains.

Dans notre aujourd’hui, nous voici visités par une parole dont la tendresse et la fermeté font entrevoir l’indécence du refus de l’autre.

Bernard Devert
Septembre 2026

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