Que de blessures et d’outrages agressent la Société par des idéologies perverses et criminelles, tel le racisme, pour ne point trouver cette frontière de l’esprit faisant barrage à des propos immondes et, pire encore, à ces actes venant ôter la vie de l’autre pour être différent. Il est un frère, martelons-le.
Dans les moments d’inquiétude, chahutés par la peur de l’avenir, l’étranger est facilement le bouc émissaire de nos maux. Il y a juste 8 jours, à Trappes et à La Verrière, un de nos concitoyens a trouvé la mort et quatre autres furent touchés gravement, dont une petite fille de 12 ans. Ils ont été attaqués, pour ne point être de souche française !
Aucune vie ne vaut moins qu’une autre. Il est impératif de les protéger toutes, se rappelant les mots de Jean Rodhain que reprit le Pape lors de sa venue à Paris : « personne n’est suffisamment pauvre pour n’avoir rien à donner et personne n’est suffisamment riche pour n’avoir rien à recevoir ».
Cette approche construit la fraternité pour être une reconnaissance que chacun est plus grand qu’on ne le pense.
Le racisme, ce crime, se déploie dans l’indifférence au point que les plus fragiles ‑ d’autant plus s’ils ont une couleur de peau différente ‑ trouvant difficilement à se loger, ou bien sont rejetés dans un ailleurs, là où la pauvreté est si prégnante qu’elle mutile tout espoir de s’en sortir.
Ce n’est pourtant pas faute de SOS lancés par les oubliés de la Société ; nous ne les entendons pas, sauf en ces périodes de préparation aux élections où d’aucuns se servent d’eux pour mieux parvenir au pouvoir.
Terrible de voir que la pauvreté est instrumentalisée ; quelle indécence.
La France se prépare à accueillir la personne à qui sera confié le pouvoir présidentiel. Injuste de dire que la démocratie est un leurre ; elle est ici hissée au plus niveau, interrogeant nos consciences pour vivre un discernement éclairé par la sagesse et l’audace, s’agissant non point renverser la table, mais de l’agrandir, chacun devant trouver sa place, à commencer par les plus fragiles.
La politique n’est-elle pas l’art d’unir et de réunir. La République est une et indivisible.
Il nous souvient de ce mot de John Fitzgerald Kennedy lors de sa prise de fonction : Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour lui. Cette apostrophe n’était pas indifférente au séminaire de l’accompagnement qu’initia cette semaine Habitat et Humanisme.
Les participants, de par leur mission, saisissent l’urgence d’apprendre à écouter, consentant à être un peu démunis – et comment ne pas l’être quand on s’approche de ceux usés par des difficultés qui écrasent l’espoir et délabrent toute estime et confiance de soi.
Accompagner, c’est faire route avec ceux qui peinent à gravir le chemin, c’est s’approcher sans juger en allant vers l’autre sans s’attribuer un pouvoir, dans la perspective de créer des espaces de liberté, suscitant les possibles d’une fraternité.
Accompagnés et accompagnateurs sont conjointement des bâtisseurs de paix, des semeurs d’espérance, en acceptant – et c’est parfois difficile – de ne pas voir les fruits de la semence. Laisser du temps au temps, sans se décourager, heureux de s’être un peu désinstallés en ouvrant les cœurs pour une Société moins fermée aux différences. Ainsi ces habitants d’un quartier aisé qui, voyant des tentes dressées sur leurs trottoirs, s’exclamaient : « nous ne sommes plus chez nous », se sont entendus répondre sans agressivité : « vous croyez que nous le sommes pour avoir dû fuir notre pays pour des raisons politiques ou encore économiques. Leur histoire émiettée, il leur faut être encore condamnés aux miettes ».
Il n’y avait dans leurs propos aucune violence, simplement l’invitation à comprendre que ces toiles de tentes se présentaient comme un voile cachant leur misère.
Ce réel, la fraternité le dévoile en nous invitant à résister contre ce qui abîme l’autre pour que la liberté ne soit pas un mot, mais la résultante d’un combat intérieur qui fit dire à Jean Moulin, interrogé par ses administrés : « comment parvenez-vous à tenir, après l’épreuve qu’il vécut à Chartres comme Préfet, s’opposant à l’ennemi : c’est la France.
Bernard Devert
Octobre 2026
