Le bénévolat, la chance pour un monde plus humain

Que de drames lointains ou proches auxquels nous sommes confrontés. Vous êtes de ceux qui avez dépassé l’interrogation : « que faire » pour vous être engagés comme bénévoles ou avoir décidé de vous investir, refusant l’inacceptable.

Le bénévolat est une tâche difficile, parfois peu reconnue, mais toujours d’une grande noblesse, s’agissant d’agir pour le bien dans un souci de gratuité et de bienveillance.

Le monde marqué par la fascination de l’avoir et de la réussite a besoin de ce signe de gratuité. Il peut apparaitre rien, mais se révèle tout pour ceux-là mêmes qui ont tout perdu à commencer par l’estime d’eux-mêmes.

Permettez-moi de vous partager ce que ce grand poète, Oscar Wilde, éprouva après sa condamnation. Seul quand son déshonneur devint public, abandonné de tous les siens, il rappelle qu’il ne dut son salut qu’au seul fait qu’un de ses amis, après le jugement, vint le saluer en s’inclinant respectueusement devant lui.

Un respect témoignant qu’il comptait encore pour quelqu’un.

J’éprouve ce même sentiment pour votre engagement. Vous me pardonnerez ma déficience pour ne pas savoir saluer ce que vous entreprenez auprès de ces personnes que vous accompagnez sur un chemin de sens, les éloignant de la mésestime qu’ils peuvent avoir d’eux-mêmes et du mépris de ceux habités par les logiques de puissance qui, pour être illusoires, ne sont pas sans créer des abîmes.

Je n’ai pu m’empêcher de faire le lien avec Oscar Wilde, n’êtes-vous pas comme bénévoles, l’ami qu’il rencontra et le sauva du désespoir.

De tout cœur merci.

Bernard Devert

Juillet 2014

L’acte d’entreprendre pour des territoires équilibrés : une chance ou un leurre

Le toit est un droit qui ne se construit pas seulement avec des textes – même s’ils sont parfois nécessaires – mais plutôt dans un contexte de confiance et de sécurité pour ne point éloigner les investisseurs. Le Gouvernement vient d’en faire l’amère expérience.

A trop légiférer, on ‘ligote’ la création.
Il est surprenant et consternant d’observer que la démocratie participative est malmenée, paralysée par les décisions qui viennent d’en haut, pour oublier l’urgence de la négociation avec les acteurs de terrain. La politique du logement en est une illustration.

Notre Société connaît deux maux qui l’abîment, l’absence de travail pour un grand nombre et celle d’un toit entraînant une difficulté nouvelle et dramatique : trop de foyers ‘en fin de droits’ quant aux indemnisations de chômage, ne parviennent plus à se maintenir dans leur logement.   

La cohésion sociale est en danger. Le risque est annoncé depuis longtemps mais il est désormais avéré avec un coût de l’habitat en rupture avec les ressources de trop de nos concitoyens.

Trop de politiques restent sourds à l’aménagement du territoire pour consentir à une concentration des emplois sur quelques régions au préjudice des villes moyennes qui se dépeuplent et finalement meurent.

Nous avons perdu bien des emplois industriels. Sans doute, faut-il les reconquérir, mais l’activité tertiaire offre une flexibilité suscitant une nouvelle donne quant à l’aménagement des territoires, bien des emplois n’ayant pas besoin d’être concentrés sur les mêmes espaces.
Chaque jour, des millions de communications s’établissent avec des correspondants situés à l’autre bout du monde. Difficile d’imaginer que nous ne parvenions pas à organiser le travail, via le langage de l’informatique à partir de sites de production répartis sur l’ensemble du territoire. Nous gagnerions alors sur deux plans :
-des conditions de travail plus humanisées, évitant des heures perdues dans des transports dont les infrastructures nécessitent des investissements considérables, sans oublier la fatigue causée par cette situation. Une négociation pourrait alors s’ouvrir pour qu’une fraction de ce temps gagné serve la cause d’exclus.
-un étalement plus maîtrisé des grandes agglomérations évitant l’éloignement des plus vulnérables jusqu’à les conduire à devenir des invisibles.   

La concentration des activités donne l’illusion de la richesse, à commencer par celle des emplois, mais qui n’observe pas dans les métropoles l’augmentation du nombre de personnes fragilisées confrontées à  un logement inabordable ou à un prix qui les appauvrit encore. Dans le même temps, des panneaux ‘à louer’ ou ‘à vendre’ se multiplient dans des villes ayant perdu nombre de leurs activités.

Une telle situation est bonne pour qui ?

Les 30 années qui viennent de s’écouler furent marqués par la financiarisation de l’économie au prix d’un abandon du réel pour le magistral leurre du virtuel facilitant la cupidité qui n‘est point étrangère à la crise traversée.

Heureusement, nous assistons à une prise de conscience qui au sein de l’acte d’entreprendre révèle une attention à une plus grande humanité pour mieux prendre en compte la vulnérabilité.  

Qui aurait pu imaginer, il y a seulement 5 ans, que le 1er acteur de la finance solidaire serait l’entreprise.  Qui aurait pu penser que tant de diplômés de Grandes Ecoles se laisseraient interroger par la question du sens jusqu’à l’inscrire au sein du management.

Le primat de l’efficacité a justifié trop longtemps les moyens jusqu’à considérer que les  vices privés servaient les vertus publiques. Que d’errements  contribuant à la dé-création d’activités  et à l’appauvrissement des villes moyennes, oubliant que sans l’équilibre qui est le respect du plus faible il n’y a pas de fécondité.

Nombre de nos concitoyens se sont réconciliés avec l’entreprise. Ne vient-elle pas cette heure où l’aménagement du territoire pourrait être initié par les acteurs économiques et sociaux. Un Grenelle les réunissant donnerait  un souffle à notre démocratie pour conjuguer créativité et humanité.

Bernard Devert
29 juin 2014

AGIR

Qui n’éprouve pas l’impérieuse nécessité d’agir dans un présent difficile et un avenir dont chacun pressent qu’il ne saurait être remis à une « main invisible », l’autre façon de parler pudiquement du hasard ou pire de nos abandons.

Nous observons des mains ouvertes et expertes s’attachant à susciter dans une éthique de la responsabilité une attention à l’homme pour qu’il soit reconnu pour ce qu’il est et non pour ce qu’il a.

Les célébrations du soixante-dixième anniversaire du débarquement rappellent combien l’audace et l’abnégation sont au rendez-vous de l’histoire quand il s’agit de mettre dehors les pouvoirs absurdes et mortifères.

Le monde marche sur la tête, dit-on, ou encore il va mal. Peut-être. Mais ce mal ne serait-il pas une espérance fracassée par la cupidité qui, pilonnant l’éthique, construit des tranchées mettant à distance le bien qui, comme chacun sait, ne fait pas de bruit.

L’Europe n’est pas en guerre mais elle est confrontée à de graves conflits qui jamais ne font l’objet de déclaration. Un silence qui est à lui seul un bunker d’où les états-majors anonymes entretiennent une guerre économique.

Les combats ne font pas couler le sang mais laissent exsangues des millions de personnes qu’on rencontre dans les ‘hôpitaux de campagne’ que sont ces lieux de repli dont les noms ne sont que trop connus. Le traitement proposé est un appel à une patience résignée.

Le chaos, cependant, ne l’emporte pas sur l’espérance : des acteurs de plus en plus nombreux, habités par la passion d’entreprendre, ‘s’embarquent’ pour rendre la terre plus habitable. L’ennemi n’est pas la ‘main invisible’ mais l’indifférence qui fait que tant d’êtres fragilisés éprouvent le sentiment de ne compter pour rien pour n’avoir rien.

La sortie de crise se fera par l’entrée dans une nouvelle ère qui ne s’imposera pas pour se proposer à notre liberté. Les digues de la puissance cèdent de leur prétention. Ne sommes-nous pas appelés à reconnaître dans les situations de fragilité un autrement possible. Déjà se prépare une autre économie dont la finalité est l’homme ; elle porte un nom, la solidarité, esquisse de la fraternité.

Ensemble, agissons non seulement pour faire bouger les lignes des tranchées mais construire une économie du service. Utopie, sans doute, mais elle vaut la peine d’être défendue pour être une des conditions de la cohésion sociale sans laquelle il n’y a pas de paix.

Bernard Devert
Juin 2014

Des raisons d’espérer

Comment ne pas saluer une bonne nouvelle avec la sortie du Baromètre de la finance solidaire dont l’aiguille se déplace vers un avenir plus lumineux.

Deux raisons de se réjouir : une finance qui, pour s’inscrire dans «un « jeu collectif », progresse de plus de 28 % par rapport à l’exercice 2012, offrant à l’entrepreneuriat une dynamique au point de ne plus être enfermée dans un acte réparateur mais créateur.

La finance solidaire, libérée de deux contraintes, l’oukase de la financiarisation et le court termisme, est portée par la question du sens qui rejoint l’activité économique et même la traverse. Ses acteurs se refusent à consentir à la montée des précarités pour être habités par le fait qu’il n’y a pas une « main invisible » redoutable qui piloterait à l’aveugle au point de nous entraîner inéluctablement vers des récifs.

L’heure fait apparaître des mains fermes, ouvertes et expertes bâtissant des projets qui sont autant d’essais à transformer pour une économie humanisée.

Si les épargnants solidaires furent très longtemps des militants, ce qualificatif doit être nuancé avec l’apport de l’épargne salariale solidaire représentant au 31 décembre 2013 un montant de 3,7 milliards d’euros, soit plus de 51% de l’encours de la finance solidaire. Les premiers épargnants solidaires sont désormais les salariés qui, inclus dans le champ sociétal, témoignent d’un ‘prendre soin’ à l’égard de ceux qui en sont exclus.

Ainsi, l’entreprise, loin d’être absente de cet enjeu, se révèle le 1er acteur de cette forme d’économie. Cette observation ne devrait-elle pas concourir à ce qu’elle ait un statut juridique se rappelant que, seule, la société en dispose pour être définie par l’affectio societatis : « se regrouper en vue de partager des bénéfices ».

 Or, un regroupement s’opère, moins pour recevoir immédiatement des dividendes que pour créer des richesses à partager avec ceux qui n’en ont pas. Cette perspective confère à l’entrepreneuriat un intérêt qui ne se dément pas pour être porté par deux vecteurs, la confiance et la solidarité.

 Que d’étudiants, sortis de Grandes Ecoles, s’intéressent et se mobilisent pour rejoindre cette forme d’économie. Que d’Universités créent des chaires de l’économie sociale et solidaire.

Nous observons trois types d’épargnants solidaires : les salariés qui sont les plus nombreux, les épargnants qui investissent dans les produits bancaires et enfin ceux qui souscrivent au capital de sociétés non cotées disposant d’un agrément solidaire.

Cette économie offre, à ceux qui ne l’ont pas, la possibilité de retrouver une place. L’argent parfois brutalise et sépare, ici il actualise le champ de nouveaux possibles, brisant bien des situations désespérantes.

La finance solidaire est une finance de la reconnaissance de l’homme, de tout l’homme, pour reconnaître à chacun, quelle que soit son histoire, qu’il est un sujet appelé par-là même à être créateur.

 L’homme reconnu, ne serait-ce pas la bonne définition de cette nouvelle économie conduisant les acteurs à se mobiliser pour construire, par exemple, un habitat non stigmatisé dans cette conviction qu’il ne saurait y avoir des lieux pour les riches et d’autres pour les pauvres, sauf à accepter des ‘Babel’ privilégiant l’entre soi et le développement des rentes foncières mettant en échec la solidarité.

Dans la présentation du baromètre de la finance solidaire, La Croix titrait à sa une : en progrès, peut mieux faire.

Le sujet est bien la question du changement d’échelle. Elle est d’une singulière actualité. L’épargne solidaire représentant 1,2/1000 de l’épargne circulant des français, l’urgence est de viser 1%. L’objectif est tenable ; il est pour le moins raisonnable pour autant que la raison nous détourne enfin, d’une économie virtuelle qui n’a entraîné que trop de dérives.

L’économie solidaire apporte des réponses. N’a-t-elle pas soutenu en 2013 plus de 2 300 entreprises, créé ou consolidé 22 000 emplois, ou encore permis de loger plus de 3 500 personnes en situation d’exclusion (source Finansol).

La montée des précarités et de la pauvreté hurle des urgences nécessitant une mobilisation plus forte de l’économie solidaire avec de nouveaux supports, notamment celui de l’assurance-vie dont l’encours est de 1 500 milliards d’€. Si 5% de cette épargne s’investissaient dans l’économie solidaire, de nouvelles marches seraient gravies.

Déjà des assureurs travaillent sur cette approche. Là encore, des raisons d’espérer pour observer une plus grande attention à l’humain.

Cette forme d’économie, richesse de l’esprit d’entreprendre, met hors d’âge la maxime de Montaigne : le profit de l’un est le dommage de l’autre. Les lignes ont bougé, des rêves se réalisent ; la trace de gratuité dans l’économie semblait folie, voici qu’elle suscite des résultats encourageants dans cette recherche d’une économie maîtrisée ou positive.

 

 

La négociation, une voie à retenir pour une sortie de crise du logement.

Les crises financières et économiques expliquent, pour partie l’aggravation du mal logement mais elles ne sauraient justifier que les plus fragiles soient pénalisés au point de ne pouvoir se maintenir ou accéder à un logement. Qui peut être indifférents à ce spectacle d’un Pays donnant à voir des mamans et des enfants sans abri. Une telle observation souligne la fracture, plus encore la brutalité de la Société. Certes, cette violence n’est pas voulue mais elle est facilement tolérée. Frédéric Ozanam rappelait que les barbares ne sont pas toujours ceux que l’on croit ! Que de projets ou de proposition de lois ! Pour autant, la mise en œuvre de chantiers est en souffrance avec comme corollaire cette dramatique rupture d’un habitat interdit aux plus vulnérables. Que reste-t-il à espérer quand les signes de déshumanisation, comme l’absence d’un toit, sont aussi avancés. Il est de ces attentes si destructrices qu’elles ne peuvent que fomenter agressivité et graves désordres. L’autre drame du mal logement est sa banalisation, notamment par des statistiques qui chaque année s’aggravent au point qu’à les entendre, d’aucuns sont assommés par des chiffres faisant surgir une inquiétude démobilisatrice quant à la possibilité d’en finir avec ce fléau. Les politiques, quelles que soient leur sensibilité, ne sont-ils pas restés sourds à la demande cent fois répétée que le logement soit érigé comme grande cause nationale. Alors, quittons les chiffres anonymes pour nous laisser toucher par les visages de ceux qui, confrontés à cette situation, sont comme brisés. Leur regard ne devrait-il pas soutenir notre volonté de trouver des réponses concrètes, nées d’une négociation avec des acteurs décidés à supprimer l’inqualifiable mépris que représente l’absence de toit. Trois observations pour trois propositions :

  1. Le coût du foncier dans les grandes agglomérations ne s’atténue pas. Aussi, l’une des variables d’ajustement pour un logement abordable est le démembrement de la propriété.

La nue-propriété, dans l’approche d’une économie plus solidaire, peut être financée par de grands supports comme l’assurance-vie pour l’acquisition d’immeubles ou de terrains à bâtir, lesquels seraient confiés à des opérateurs dans le cadre de baux à construction ou à réhabilitation. Le loyer inhérent à ces baux rémunérerait l’épargne dans de bonnes conditions par rapport au marché financier (3%), permettant de « libérer » le coût du logement de ces rentes foncières mettant en grave rupture l’habitat avec les ressources de trop de foyers.

  1. Sur 30 ans, nombre de constructeurs sociaux ont dû multiplier par six les fonds propres pour réaliser leurs programmes. S’impose aussi la réduction du « millefeuille » des normes qui conduisent les plus fragiles à la rue ou dans un logement indigne.

Le sujet n’est pas de construire en s’affranchissant de toutes normes, mais en les hiérarchisant, constatant que certaines d’entre elles peuvent être écartées sans disqualification de l’habitat.

  1. Une négociation avec les entreprises pour repenser l’acte de construire aux fins d’en réduire le coût d’au moins 20%.

Ces trois orientations ouvriraient des chantiers qui ne manqueraient pas d’allure pour répondre à un objectif qui rassemble, le logement pour tous construit sur deux piliers : la confiance et le professionnalisme d’acteurs promouvant un entrepreneuriat humaniste. L’esprit de négociation se substituant à l’inflation des lois, une voie ne s’ouvrirait-elle pas pour en finir avec le mal logement ; elle susciterait déjà un enthousiasme dont nous avons bien besoin. Bernard Devert 29 avril 2014

Pâques, le temps des ruptures pour des ouvertures inattendues

Et nous qui espérions, disaient deux pèlerins sur le chemin d’Emmaüs, ne cachant pas que leur espérance était l’attente d’un homme providentiel, un libérateur.

Un troisième pèlerin, qui n’est autre que le Ressuscité – qu’ils ne reconnaissent pas encore ‑ fait route avec eux, leur partageant l’Ecriture en ce qui le concerne, sa Parole réchauffant leurs cœurs lézardés de peine. Ne diront-ils pas « notre cœur n’était-il pas tout brûlant alors qu’Il s‘entretenait avec nous. Aussi lui offrent-t-ils l’hospitalité : « reste avec nous, il se fait tard, le jour baisse ».

A la fraction du pain, ils le reconnurent.

Le pain rompu les a conduits à rompre avec le doute et les illusions ; à rompre avec l’isolement jusqu’à quitter leur déception.

Le temps des ruptures ne serait-il pas celui de la grâce de Pâques.

Ce lundi de Pâques, il m’était donné de rencontrer à la gare de Lyon une maman nommée Marie qui, avec 3 enfants, plonge dans le désarroi pour être sans travail, sans logement, condamnée à faire le 115.

Sur le quai de cette gare où beaucoup partent vers leur « Emmaüs », elle demande en s’excusant de l’aide, mais ses mains ouvertes recueillent bien des indifférences. L’heure des départs ou des arrivées n’est pas ici celle des voyages intérieurs.

Souvenons-nous, les deux disciples, pour avoir ouvert les yeux, ont reconnu le Ressuscité saisissant immédiatement l’urgence de se lever pour permettre à d’autres de se relever.

La rupture avec les indifférences se révèle la grâce de Pâques pour entrer dans une communion entre terre et ciel, raison et foi, corps et âme, liberté et grâce, temps et éternité.

Quelles ruptures vivrons-nous pour que des « Marie » sortent de l’enfermement qu’est la misère, tombeau de nos Sociétés.

Bernard Devert

Avril 2014