8 mars, journée internationale des droits des femmes

Une célébration du féminisme ? Oui, si le féminisme est entendu comme une attention aux inégalités que trop de femmes encore en difficulté subissent.

Trop de femmes connaissent un esclavage.

Le 8 mars, un jour non point pour s’émouvoir mais pour se mouvoir vers plus de respect :

A vous, Madame, qui êtes touchée par l’âge, l’isolement et le manque de ressources, logée dans un immeuble sans ascenseur, alors que vous êtes confrontée à une perte d’autonomie. Vous ne dites rien, vous tentez de survivre. Quand par chance quelqu’un vient sonner à votre porte, vous l’ouvrez, non point pour faire entendre des propos amers, mais une sagesse bienveillante.

A vous, Madame qui, pour vivre et faire vivre, acceptez des ménages. Vous travaillez quand les autres s’arrêtent, condamnée à des heures tardives ou à l’aube pour ne pas gêner. Pense-t-on à faciliter votre transport pour vous rendre sur votre lieu de travail ? Ce travail ne pourrait-il pas se faire en même temps que le nôtre. Un petit dérangement pour de meilleures conditions de vie.

A vous, Madame, qu’on nomme la mère célibataire, non par choix mais pour avoir été abandonnée. Aux ruptures affectives blessantes, s’ajoutent l’inquiétude pour votre enfant, la recherche d’un logement décent et celle d’un travail compatible avec la garde de votre bébé.

A vous, Madame, qui avez dû vous sauver pour que votre vie soit respectée, ou simplement protégée, observant que vous ne trouvez pas toujours l’hospitalité espérée.

Cette journée du 8 mars doit être un jour de réflexion et de décisions pour améliorer ce qui doit l’être. Justice que celle de vous respecter, vous qui êtes animatrice d’humanité.

Bernard Devert

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L’Abbé Pierre ou le cri d’un appel à plus d’humanité

Il y a un siècle, naissait Henri Grouès, pour toujours « l’Abbé Pierre », figure libre et originale dans l’Eglise et dans le monde.

Sans doute, dans la lignée d’un Dietrich Bonhoeffer qui lutta contre le nazisme, pressentit-il que l’Institution ecclésiale, si elle devait ‘dévoiler’ l’autre rive, ne pouvait le faire avec crédibilité et vérité qu’en habitant autrement notre rive.

« L’insurgé de Dieu » ouvrit une voie, désormais mieux partagée, observant que l’insurrection était nécessairement une mobilisation de tous les ‘volontaires de l’espoir’.

L’Abbé, passionné de justice, saisit qu’elle ne trouvait place que dans un supplément de gratuité. Dans un de ses poèmes il écrit : « l’on ne possède pas un bien parce que l’on est capable d’en jouir mais si l’on est capable de le donner. Qui sait en jouir et ne sait le donner en est non le possesseur mais le possédé. Il y a sur terre, hélas, plus de possédés que de possesseurs ».

Habité par la dynamique de la spiritualité franciscaine dont il portait très haut le sens de l’idéal, il s’interdisait de s’égarer dans les idéalismes qui facilitent les ruptures entre terre et ciel, raison et foi, corps et âme, liberté et grâce, temps et éternité.

A mille lieues des illusionnismes d’une religion mal comprise et des dérives sectaires qu’ils entraînent, il n’eut de cesse de refuser l’exclusion dont l’une des causes est celle de nos enfermements jusqu’à ne plus voir, ni entendre.

Aimer, disait-il, c’est être à l’image de Dieu. Il sut voir dans le frère le plus défiguré la présence même de l’Eternel. Un Dieu qui loin d’être intouchable est Celui qui se donne et nous donne à percevoir notre capacité à participer à la création ou à sa dé-création. Le drame pour l’Abbé Pierre était la dédramatisation de la misère ; il eut la hardiesse de la combattre.

Homme de l’appel, il fut constamment un appelant suscitant une énergie libératrice dont le don était la clé ; il faut haïr les portes fermées, fermées aux rencontres et fermées aux départs, disait-il. La fidélité à l’appel ne fut pour lui jamais une crispation mais la source incomparable d’une créatrice imagination pour ne point accepter l’inacceptable.

« La misère juge le monde et l’a condamné », écrivait-il; alors, comment le gracier ? La question était encore celle d’un appel qu’il sut faire sourdre jusque dans le cœur de ceux que la grâce « ne mouillait pas » pour reprendre l’expression de Péguy, sachant précisément toujours ‘se mouiller’.

Comment ne pas garder dans le cœur un de ses manuscrits « Messieurs, qui détenez les pouvoirs, vous vous trompez essentiellement parce que vos pouvoirs vous ne les faites pas d’abord servir …ceux qui souffrent le plus. Vous n’osez pas les faire servir à lancer l’appel et les organisations de toutes les énergies de la Nation pour servir en premier les plus souffrants. Vous pensez que l’on rira de vous ; ce serait moins grave que les larmes que vous causez. »

Il reçut des coups. Il ne chercha point à les esquiver pour ne pas se distraire de l’essentiel : la lutte contre la misère et la pauvreté. Il lui fut offert un rempart, celui de l’estime et de l’affection témoignées par une multitude d’hommes connus ou anonymes, saisissant combien il était ce prophète magnifiquement humain, merveilleusement libre que rien ni personne n’arrêterait. Une humanité qui est aussi un appel à construire la nôtre.

« Une femme vient de mourir gelée… une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure. »

La misère tragiquement dure et nous résiste. L’appel de l’Abbé Pierre a introduit une décisive brèche – et en cela il n’aura pas de successeur – pour avoir su appeler à partager son combat. Il est porté par des femmes et des hommes, bien décidés à mener la vie dure à cette misère insoutenable, tant le déni de toit est le déni de l’autre.

Méditations

Que faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? Ecoute, toi qui te laisses rencontrer dit Jésus : l’œuvre de Dieu c’est que vous croyiez en Celui qu’il a envoyé.

Un évènement incroyable que nous parvenons pourtant à banaliser : on va à la messe. D’habitués, ne devrions-nous pas être quelque peu « hébétés » pour participer à la mort et à la résurrection du Christ, de Celui-là même qui nous donne l’hospitalité sans que nous parvenions toujours à quitter nos hostilités, non plus que nos malentendus, ni avec Dieu, ni avec ceux que nous ne supportons pas, pour être différents et avoir pour tort d’être situés autrement.

Je vous partage deux rencontres :
A la sortie d’une messe une paroissienne m’apostrophe :
– Père, me dit-elle, il faut que vous sachiez, beaucoup n’osent pas vous le dire, vous nous faites du tort.
– Quel tort ?
– Voyez, dans ce quartier du 6ème arrondissement, à proximité du Parc de la Tête d’Or, vous construisez un immeuble qui va en briser la sérénité pour accueillir des pauvres et des étrangers.
– N’est-il pas étrange, lui dis-je, que vous teniez à la sortie de ce repas eucharistique un tel propos ! Ensemble ne partageons-nous pas le corps de Celui qui nous fait découvrir le privilège de vivre comme Lui sans privilège. N’est-ce pas cela l’Evangile : « j’avais faim, soif, j’étais prisonnier, malade »
Alors ajoute-t-elle en se retirant : s’il faut croire à l’Evangile…

Dans une église qui honorait une belle tradition pour vivre un temps de célébration avec les nouveaux convertis, une conversation s’engage à la fin de la messe, étrangère à toute conversion.
– Où habitez-vous, dit une personne à une religieuse ?
– A Villeurbanne, à l’Hospitalité de Béthanie, précise-t-elle.
– Je ne connais pas
– mais peut-être, répond-elle, connaissez-vous l’association qui a construit cette maison ?
– Oui, dit-elle, j’ai entendu parler de ce prêtre qui fait n’importe quoi pour accueillir n’importe qui.

« Ceci est mon Corps » : ceci est un cri. Ce cri est celui de l’Amour si peu aimé.

« Jésus prit du pain sans levain »  sans violence suivant l’une des traditions hébraïques. Un pain sans violence pour être le pain des pauvres, de ceux-là mêmes qui sont toujours désarmés.

« Ceci est mon Corps ». Veux-tu, nous dit le Christ, qu’il devienne ton corps jusqu’à vivre toi-même désarmé et désarmant.

Faire corps avec l’existence des hommes, des hommes malheureux, abîmés, ignorés. Que d’incompréhensions entre Dieu et l’homme. Pourtant Dieu ne cesse de nous parler d’une manière étonnante, la Parole se fait chair. « Ceci est mon corps » pour qu’il devienne ton corps, notre corps.

« Je suis le pain de la vie, celui qui vient à moi n’aura plus jamais faim, celui qui vient à moi n’aura plus jamais soif. »

L’Homme de Nazareth vient apaiser nos faims, étancher nos soifs. Quand saurons-nous entendre celles de nos frères, quand parviendrons-nous à saisir cet appel qui vient du plous profond de l’être : il n’y a donc personne pour entendre, personne pour comprendre ?

Ce corps transfiguré ne nous invite-t-il pas à prendre soin de tous ces corps défigurés ; si la messe ne nous change pas, qu’est-ce qui nous fera changer alors qu’elle est le lieu même du pain de la vie pour une vie donnée en abondance ?

La messe est dite, disent d’aucuns ; mais non la messe est un appel à vivre, éloigné des idées de convenance, de puissance pour se recevoir du Seigneur dont l’attente est que nous partagions sa même faim, sa même soif d’aimer.

Bernard Devert,

Jeu et hors jeu, les limites d’une ouverture à Caluire

Tout commença, ou selon, se poursuivit avec la décision de M. Philippe Cochet, Député-Maire, visant à mettre hors jeu la construction d’un projet social initié par les Sœurs Clarisses sur leur propriété à Vassieux, en lien avec Habitat et Humanisme.

Jouant la protection, le Maire mis sur la touche ce projet pour lui préférer une aire de jeux dans un environnement qui n’en manque pas.

Hors jeu les règles d’urbanisme votées par l’agglomération. Caluire jouerait-elle « perso » ?

Seulement c’était oublier la détermination de l’Abbesse, Sœur Marie, qui pour être sur un terrain spirituel et donc très humain, refusa cette décision arbitraire rappelant que « l’enfer c’est s’appartenir ».

Les Sœurs marquèrent un premier essai. Si la partie demeure incertaine, elle gagne en intensité.

Des caluirards ont proposé un autre jeu avec une petite équipe emmenée par Etienne Boursey, forte de 1 000 supporters (signature à guichet ouvert).

Lors du Conseil Municipal de ce lundi 2 juillet, l’élu écologique essuya une « volée de bois vert » de la part du Maire qui lui demanda de démissionner. Hors jeu au motif de déshonorer la commune pour soutenir l’accueil de « manants ».

Il est temps de siffler la fin de partie pour revenir sur un terrain plus solidaire. Il est de ces matchs où l’on se retrouve pour la joie d’une cause. Une telle partie est attendue, les joueurs sont tous meilleurs qu’ils ne l’ont laissé paraître.

Bernard Devert

Le blocage des loyers, un marché du logement sous surveillance

Tout blocage est symptôme d’une crise.

L’Observatoire des Loyers de l’Agglomération Parisienne relève qu’en 2011 les loyers ont progressé de 6 % dans le cadre des opérations de relocation, alors que l’Indice de Révision des Loyers (I.R.L.) traduit une progression, sur cette même période, de 1,7 %.

Comment ne pas agir, sauf à rester indifférents à la souffrance sociale dont le mal logement n’est qu’un des signes.

Le logement est un bien primaire qui mérite qu’on le protège contre la spéculation que trop souvent il autorise. La pierre, une « valeur refuge », mais ne marchons-nous pas sur la tête pour observer un renversement des priorités : des finances abritées alors que des centaines de milliers de familles n’ont pas de toit.

Les marchés sont si enfiévrés dans les territoires tendus qu’on assiste à un délire au point que l’exclusion progresse pour atteindre désormais les classes moyennes. La ville exclut. Ne nous résignons pas, il nous appartient d’en supprimer les causes.

Si le diagnostic est facile à établir, le traitement à mettre en œuvre est plus délicat attendu les effets collatéraux à commencer par « l’anémie », non pas des prix, mais du nombre de constructions à un moment où, le dispositif Scellier s’effaçant, les dépôts des permis de construire ont déjà sensiblement baissés. Il faut impérativement construire plus en se posant la question : pour qui ? La hiérarchisation des priorités dans leur rapport à l’éthique revêt une singulière urgence.

Comment parvenir à une économie maîtrisée ?

La réponse ne devrait-elle pas être recherchée dans une accélération du processus de l’épargne solidaire, laquelle représente déjà 3 Mds 548  M € dont 2,5 Mds € au titre de l’épargne salariale solidaire, sachant que seuls 6 % de cette dernière capitalisation sont investis dans les PME solidaires (la limite étant de 10 %).
Une ouverture est possible avec les contrats d’assurance-vie dont l’encours est de 1 400 milliards d’euros. A l’instar de l’épargne salariale, il serait judicieux qu’ils présentent une part solidaire. Une telle orientation modifierait considérablement la donne de la solidarité dès lors qu’une fraction de cette épargne serait dirigée vers des foncières solidaires pour que les acteurs du logement social disposent d’un usufruit, facilitant des programmes abordables à forte connotation de mixité.

Quand on sait que des loyers d’insertion à 5 € du m² sont encore trop élevés pour les plus pauvres au point que leur reste « à vivre » relève de la survie, qui restera sourd à un changement de paradigme de l’économie du logement.

Ce palliatif social que représente le blocage partiel des loyers doit être suivi d’un traitement libérant l’économie du logement de ses non sens en insérant une trace de gratuité qui, seule, débloquera les relations.

Utopie diront certains, ou encore chimère, mais cette trace de gratuité n’est-elle pas précisément la définition de l’épargne solidaire permettant une économie plus humanisée. L’heure est de lui offrir les chances d’un périmètre plus large.

Bernard Devert
juin 2012

L’appel du silence comme un appel à agir autrement

Que de bruits, de cris, se font entendre pour défendre les causes des plus nobles mais qui, pour ne point toucher le cœur, restent sans lendemain. Paul Ricœur dit : « plus l’on est habité par une parole forte, plus on doit la délivrer faiblement ».

Le cœur n’entend que la parole créatrice du silence, là où s’éveille le temps d’un discernement pour des engagements de nature à faire changer ce qui est déshumanisé.

La relation à l’Éternel est dans le même mouvement une relation à l’homme. Un Dieu incarné dans notre histoire qui nous éveille à la grâce et la joie d’une filiation pour nous faire naître à notre condition d’enfant d’un même Père.

Dieu ! Que nous sommes durs entre nous et plus encore à l’égard des oubliés de nos sociétés.

Comment ne pas se laisser interroger sur le mal-logement qui ronge le tissu social. Ce cancer semble sans thérapie pour consentir à des mesures palliatives que sont celles, par exemple, des hébergements provisoires pendant le temps de l’hiver. Que deviennent alors ces familles lorsque les camps sont levés au moment du printemps. Pouvons-nous croire raisonnablement que l’hiver, pour ces familles, s’en est allé.

Ils sont pourtant des hommes, des frères. Aucun d’entre-nous ne peut dire : je ne savais pas. Nous les croisons, certes, mais nous oublions de les rencontrer.

Que faire pour justement défaire cette indifférence ; elle n’est certes pas voulue mais ne résulte-t-elle pas du refus du silence où nous accepterions que le Seigneur pose sur nous son regard. Une transformation qui nous conduirait à regarder autrement la réalité sociale pour découvrir d’autres urgences nous conduisant vers Dieu et par là-même vers nos frères en difficulté.

Brisons les malentendus entre Dieu et l’homme, entre nous-mêmes et ceux qui nous sont différents pour nous apparaître comme étranges.

Ensemble faisons nôtre la prière de Salomon à l’Eternel : « donne-moi un cœur intelligent ».

L’or, l’encens et la myrrhe

Quel bonheur que de partager sa joie fut-elle surprenante pour être vécue dans un lieu recevant les oubliés de nos sociétés.

Pourtant…

Dans le cadre du dispositif hivernal, 50 personnes essentiellement des familles, condamnées à faire le 115 pour trouver un abri, sont accueillies.

Elles viennent souvent de pays lointains mais la fraternité ne saurait avoir de frontières ; inquiètes et comment ne le seraient-elles pas pour ne disposer d’aucun lien social, logement, travail, statut, amis. Quel avenir ? Grande est leur solitude mais pour autant elles ne sombrent pas. Quel est leur secret ?

Je n’ai pu m’empêcher ce dimanche de l’Epiphanie de les comparer à ces mages qui, venant d’ailleurs, acceptent de prendre un autre chemin pour déserter les allées de la facilité, celles parfois du pouvoir.

Nombre d’entre eux auraient pu de par leur culture être proches des lieux de puissance ; ils ont refusé de cautionner des politiques bafouant la liberté et la dignité de l’homme jusqu’à devoir s’exiler, leur engagement les mettant en danger ; d’autres sont venus non sans audace et espérance, rechercher les conditions d’un « mieux vivre ».

Ils ont laissé bien des présents :

  • l’affection et l’amitié des leurs; n’est-ce pas de l’or ?
  •  le pays natal avec ce parfum du mystère signifié par l’encens.
  •  La sécurité, déposant la myrrhe, l’huile pour soigner les blessures que révèle la vie risquée.

Sans trop se préoccuper d’eux-mêmes, ils consentent douloureusement à cet inconnu qui tranche avec nos peurs et nos crispations naissantes en ces temps difficiles. Ne nous nous invitent-ils pas à prendre un autre chemin, celui d’une plus grande liberté pour être celui de la confiance.

Les Mages étaient des riches par leur savoir. Puissions-nous ne pas les croiser mais bien les rencontrer pour recevoir d’eux une richesse inespérée, celle d’un cœur de pauvre.

Une étoile à scruter qui pourrait bien nous faire découvrir des inattendus.