Ces toits qui ne veulent pas de toi

Bâtir la maison commune ne relève pas d’une approche idyllique mais d’une exigence citoyenne, sauf à considérer que les valeurs fondatrices de notre démocratie ne contraignent pas à porter attention aux graves ruptures. Il s’agit ici, ni plus, ni moins, d’un soin.

Ce soin n’est pas seulement un pansement, mais une invitation à penser différemment nos engagements, à commencer par l’acte de construire si nous voulons des villes plus ouvertes à la différence. Ce désir n’est pas le mieux partagé mais les événements survenus pendant la crise sanitaire font apparaître que se meurent socialement les territoires ne laissant pas de place à une respiration née de l’hétérogénéité.

Ainsi, cette opération dans le centre d’une ville moyenne où nous voulons réaliser 30 logements ; un exemple parmi tant d’autres.

Une première rencontre est fixée avec le maire, les élus en charge du logement et de l’urbanisme accompagnés des responsables des services techniques. Une réunion positive qui se termine par deux recommandations : une architecture valorisante pour l’environnement et des logements répondant à une réelle maîtrise énergétique.

Le maire nous raccompagne avec des mots encourageants : « je suis à vos côtés ».

Nous lançons un appel à projet, conformément aux obligations qui incombent aux acteurs du logement social.

L’esquisse du projet, après trois mois d’études, est soumise à l’examen de l’Architecte des Bâtiments de France attendu les sujétions du site. Là, commence un temps long de négociations fragilisant notre compromis, le propriétaire du foncier ayant mis, très normalement, des échéances raisonnables pour déposer la demande du permis de construire.

L’accord est enfin obtenu de l’ABF.

Entre temps, pour limiter cette attente, nous avons pu négocier, sans difficulté avec les Services de l’Etat, la nature des financements, le programme présentant un caractère social, répondant aux attentes.

A ce stade, l’opération doit être présentée à la Communauté d’agglomération, délégataire des aides à la pierre, qui s’émeut du nombre de prêts sociaux, ces fameux PLAI, PLUS, des acronymes à l’égard desquels les élus prêtent une attention toute particulière comme s’il s’agissait d’un virus pouvant se révéler dangereux.

Quel danger ? Celui des prochaines élections, les maires bâtisseurs peinent à être réélus.

La sentence tombe : revoyez la typologie de vos logements, leurs financements ; ce que veut l’Etat n’est pas ce que nous voulons.

Faisant valoir le PLUI – Plan Local d’Urbanisme Intercommunal – il nous est répondu que ce document n’a pas force de loi. Les élus décident.

Je me remémore les mots du maire « nous sommes à vos côtés » mais, une nouvelle fois, nous apprenons à nos dépens que bâtir le logement à caractère social met souvent ses acteurs de côté.

A ce stade de l’instruction du dossier, tout n’est pas encore gagné. Si nous pouvons espérer le dépôt du permis de construire après avoir revisité la finalité du projet sans le dénaturer, il faudra ensuite attendre cinq mois d’instruction, puis deux autres mois après l’affichage de ce permis afin que soit purgé le recours des tiers.

Une inquiétude, si d’aventure le permis fait l’objet d’une opposition, des mois et même des années peuvent encore s’écouler avant d’ouvrir le chantier, à moins que le compromis tombe en raison des délais non tenus pour être non tenables.

L’opération sociale alors, ne verra pas le jour.

Qui se soucie de ceux qui espèrent un habitat de qualité, adapté aux ressources.

Un rapport vient d’être publié soulignant que la part du logement dans le budget des plus pauvres s’avère plus onéreuse que celle supportée par les riches. Comme l’écrivait Martin Hirsch, non sans pertinence, il faut être riche pour être pauvre !

Que seront les jours de l’après-crise, je ne sais. Comme vous, à ma mesure, je tente de préparer un autrement pour ne pas revenir aux jours d’avant, sachant que si l’acte de bâtir n’est pas un acte de soin et de prendre soin, alors les inégalités se perpétueront.

Le logement n’est pas un bien comme un autre. Il faut repenser l’acte d’habiter si nous voulons justement que ceux qui sont en grave difficulté puissent vivre autrement.

L’attente des plus pauvres est si dommageable qu’il nous faut veiller à la réduire pour ne point assassiner le peu d’espoir qui leur reste.

Bernard Devert

Mai 2021

« J’ai mal pour n’avoir point de toit », d’où l’urgence d’un soin

La misère n’est pas une fatalité ; elle se propage, faute d’être prise en compte pour ce qu’elle est, un mal endémique. De quels soins dispose le corps social pour ne pas abandonner ses membres qui sont en souffrance pour n’avoir point de toit.

Les soignants savent qu’il leur faut aller vite pour endiguer le cancer, mesurant combien le temps est l’ennemi. Lorsqu’il s’agit de la pauvreté, le facteur-temps perd toute son acuité alors que le tissu social se délite.

L’homme pauvre, déjà privé de bien des libertés, à défaut de se voir attribuer un espace de vie décent, est assigné à la patience.

Si les soignants ne manquent pas, ils ne disposent pas des traitements nécessaires pour faire tomber la gravité du mal. « L’oncologie sociale » n’a pas de service d’urgence, les victimes doivent attendre. Or, l’attente, est longue, 6 ans à Paris pour un T4, 3 ans pour un T1. Dans les grandes métropoles les délais s’allongent, plus de 3 ans à Montpellier, parfois jusqu’à 10 ans pour Nice.

Que de morts sociales s’ensuivent. Que de fois, quand ce logement improbable est enfin proposé, le mal a fait son œuvre, dévastant les liens familiaux.

Cet impensable logement pour des centaines de milliers de nos concitoyens traduit les signes cliniques d’une Société qui n’a pas pris la mesure de la gravité du malheur, sauf quelques semaines par an lors de la chute brutale des températures.

La traversée de la crise sanitaire fit place à une inquiétude ‑ restera-t-elle celle d’un moment – à l’égard des plus vulnérables ; il est apparu clairement que les machines à entasser ne sauraient être un habitat, l’intimité étant brisée par la promiscuité. Quelle violence !

« Tout vient à point pour qui sait attendre ». L’adage est juste quand l’attente est prémices d’une ouverture, annonçant le déjà là d’un ‘autrement’. L’accablement né d’une attente sans fin détruit l’espoir. Que reste-t-il, une patience percluse de déceptions entraînant la perte de l’estime de soi, pour comprendre que, n’ayant rien ou si peu, les secours tarderont à venir.

Là où la reconnaissance est absente, la renaissance est bien souvent compromise.

Comment en terminer avec ce mal-logement qui dure et perdure. L’heure n’est pas d’attendre mais de tendre vers des relations plus humanisées, en d’autres termes… plus tendres.

La tendresse, antidote de l’indifférence, suscite un cœur-à-cœur, d’où alors cette interrogation qui ouvre le champ de la relation et par-là même l’avenir : et les autres ?

L’économie solidaire est un formidable levier pour susciter un autrement où les autres, enfin, ne sont pas les oubliés. N’attendons pas, l’heure est de se mobiliser pour donner à cette épargne le rôle qu’elle doit jouer, un prendre-soin, trace d’une réelle fraternité.

Cette fraternité n’est pas une figure imposée mais le fruit d’une liberté intérieure, « fil rouge » d’une hospitalité qui engage pour ne pas laisser mourir celui qui est seul, sans recours et sans soins.

L’humanisme est à ce prix, tout le reste est discours.

Bernard Devert

Mai 2021

Bâtir une hospitalité, ou le cœur à l’ouvrage

Le dispositif hivernal pour la 1ère fois depuis son existence, il y a 65 ans, a été prorogé de 60 jours pour des raisons humanitaires. Plus de 200 000 personnes vont devoir quitter des lieux précaires. Nous ne pouvons imaginer et encore moins accepter leur rejet à la rue.

La Ministre du Logement ne ménage pas ses efforts pour que ce drame ne surgisse pas, mais il faut un effort de tous.

Au cours de la pandémie qui se prolonge, l’heureuse expression « les jours d’après » fut partagée dans cette conviction que la sortie de cette crise devait susciter un « autrement ». La raison serait-elle la privation de liberté avec ce confinement qui perdure et/ou les difficultés sociales de l’après crise s’avérant plus sévères que celles ’imaginées. Il semble que les jours d’avant trouvent, retrouvent un regain d’intérêt.

Le soin et le prendre-soin ont pourtant créé une dynamique de solidarité et chacun a sans doute mieux saisi qu’elle devait s’inscrire dans le logement, la Covid mettant en exergue des espaces de construction invivables pour ne point porter de vigilance à l’intimité, d’où une aggravation des conflits et la perte de repères.

Dans ces quartiers perdus pour la République nombre d’habitants, notamment la jeunesse, sombrent écrasés par un chômage massif. D’aucuns ne savent plus où aller, essayant de se protéger de ces ‘espaces constructifs’ au sein desquels se construire est une tâche herculéenne. La vie n’est possible que là où il y a de la mixité, de l’hétérogénéité. Assez de ces réservoirs où s’entassent ceux qui n’ont rien.

Dans un reportage effectué par un grand journal du soir, le journaliste apporte cette réflexion : « on a l’impression d’être à la porte du tiers monde ».

Si ce n’est pas cela un ghetto, alors, comment faut-il l’appeler. Or, le centre de Paris est à seulement 18 km de cette agglomération paupérisée.

Un autre hebdomadaire a sa page de garde tout en noir, avec seulement ces mots écrits en lettres jaunes : PAUVRETE, comment la faire disparaître.

Une urgence pour ne point mettre en berne la fraternité.

Les chiffres sont alarmants : plus de 8 millions de nos concitoyens, soit trois fois plus qu’en 2005, ont besoin d’aide pour se nourrir. J’ai entendu un père de famille dire : j’ai maintenant deux urgences le logement et celle d’alimenter les miens.

J’ai entre les mains une lettre, au demeurant bien écrite, où une personne encore jeune qui ne dispose plus d’un ‘chez-soi’ se demande si l’enfer qu’elle vit avec sa mère se poursuivra encore.

Ce cri de souffrance doit être entendu pour être un SOS devant conduire la Société toute entière à se mobiliser pour que la pauvreté ne nourrisse pas des idées mortifères. Le suicide ne se réalise pas seulement par des armes à feu ou en se jetant dans le vide. Il se traduit, plus souvent qu’on ne le pense, par la destruction de soi, quand toute idée d’avenir se dérobe pour ne laisser qu’un présent parsemé de quelques lettres administratives vous invitant à attendre avec ces mots qui font mal « on vous écrira ». Qui criera que cela ne peut pas se poursuivre, sauf à s’inscrire dans un déni conscient de fraternité.

Ne nous dérobons pas à ces « jours de l’après » ; ils peuvent se révéler ce qu’ils doivent être : un sursaut d’humanité en créant les conditions d’une hospitalité, témoignant du respect de cette égale dignité entre tous. Il ne s’agit pas d’une option mais d’une exigence pour ne pas mettre en berne les valeurs de notre civilisation.

Dans ce plan de relance que l’Etat prépare, il convient impérativement que ce qui est nommé « terrible » s’efface. Pour ce faire, des chantiers doivent s’ouvrir en priorité là, où les barres et les tours ont créé des fossés, ceux d’un tiers-monde, reprenant la parole de ceux qui ont le sentiment d’être des é-loignés.

La situation ne relève pas d’un accroc dans le tissu social, mais d’une profonde déchirure ; elle ne se réparera que si avec cœur, nous nous mettons à œuvrer pour bâtir des liens qui nous engagent.

Dans cette perspective, une belle sortie de crise se prépare pour être mobilisatrice d’énergie et d’enthousiasme.

Bernard Devert

Avril 2021

La Vie au Grand Âge

Le grand âge fait peur, perçu souvent comme un naufrage. Toute vie, quel qu’en soit le moment, n’est-elle pas confrontée à ce risque inhérent à toute traversée avec ses tempêtes et ses angoisses.

Cette traversée dont la boussole est l’espérance se présente différemment selon que l’on est dans la force de l’âge ou au soir de la vie.

France 2 diffusait lundi 12 avril à une heure tardive le film La Vie au Grand Âge, tourné pendant deux années dans un établissement médico-social réalisé par la Ville de Versailles et notre association dont le nom n’apparaît pas ; il n’avait pas à l’être pour donner toute la place aux résidents et aux acteurs de soins.

Pour avoir assisté à la première, je ne vous cacherai pas mon émotion ; elle fut partagée par tous.

Ce film, réalisé par Anne Hirsch et Romain Hamdane, n’occulte ni les faiblesses, ni les vulnérabilités. Il témoigne d’une promesse qui n’est pas sans tendresse, levant le voile sur bien des interrogations.

Dans cette révolution qu’est la longévité de la vie, l’acte de vieillir, de bien vieillir, revêt une acuité éthique et spirituelle. Les résidents ne cachent pas que l’âge leur fait subir des épreuves auxquelles ils ne se sont pas préparés pour y consentir ; mais est-ce possible ?

Ainsi, ce couple qui ne se rappelle plus de la durée de sa vie commune, l’évaluant à 70 ans, diront l’un et l’autre séparément à Armelle, animatrice de la maison, qu’ils ne se supportent plus. Ne serait-ce pas l’aveu paradoxal d’un amour bouleversé par les outrages du temps.

Cet autre résident, heureux de ce qu’il a vécu au cours de sa vie, riche par ses engagements professionnels, s’interroge, quasiment étonné, sur le fait d’être encore là, n’éprouvant aucune joie à l’allongement de la vie ; elle lui semble vide de sens.

Le tabou de la mort ne reste pas dans l’omerta. Ce film parle par l’image et par les silences. Quand une parole vient réveiller les cœurs, la finitude perd de sa prétention à tout régir.

La vie alors se révèle prégnante dans ce passage du souvenir à une mémoire d’avenir libérée des regrets de ce qui a été pour entrevoir ce qui pourrait advenir ; la vie au grand âge devient celle du grand large.

A proximité de cette rive inconnue, éloignée de tous les encombrements, les seules amarres ne seraient-elles pas celles de l’acceptation de l’effacement du paraître pour accueillir la transparence diaphane de l’être.

Gabriel Ringlet a des mots très justes dans son livre « Ceci est mon corps » : il arrive, dit-il, que dans l’obscur d’un corps malmené, se mette à saigner le noir de l’humble joie.

Bernard Devert

Pâques, quels tombeaux allons-nous ouvrir aujourd’hui

Pâques est l’inouï d’une liberté qui transfigure le destin ; elle n’est pas une illusion, mais la conviction que vivre, c’est faire sortir des tombeaux misère et barbarie, ces linceuls de l’espérance.

L’heure est de veiller à offrir une terre hospitalière à ceux qui ont dû tout quitter, avec l’espoir enfin de ne point être encore rejetés.

Pâques, la pierre qui roule pour devenir une pierre d’angle d’une Société libérée et libérante parce que l’homme alors debout comprend qu’il est appelé à entreprendre, à créer du neuf, pour lutter contre ce qui déshumanise.

Cette exigence est une urgence à l’égard de ces mineurs non accompagnés (MNA) pour refuser de les voir sur les trottoirs, livrés à eux-mêmes, sans personne pour les guider, les protéger, proie de ces ‘salopards’ qui les exploitent ou tentent de le faire pour assouvir leur cupidité en développant l’’économie souterraine, ces autres tombeaux qui sentent la mort.

Que de tolérance à l’égard de ces cultures mortifères qui se présentent comme des joints qui ne joignent rien, si ce n’est ces paradis artificiels et éphémères, offrant aux fabricants du malheur une fortune qui, elle s’installe, faisant d’eux des caïds en herbe, assommant leurs consommateurs pour en faire des esclaves.

La permissivité lézarde la ‘maison commune’.

La raison d’être des hommes libres est de ne point emprunter les ‘autoroutes de la facilité’ qui condamnent toute gratuité pour leur préférer ces chemins plus difficiles qui montent vers des espaces de fertilité, ceux d’une fraternité.

En hébreux, la Pâque se nomme la pessa’h qui veut dire par-dessus.

Ne sommes-nous pas appelés à passer au-dessus des crispations, des dictatures de la pensée unique qui constituent autant de tombeaux au sein desquels les cultures de mort prolifèrent pour tenter de bâillonner les consciences.

La Pâque n’est pas l’heure d’un jour, mais celle de chaque jour où l’audace de l’idéal l’emporte sur toute autre considération. Alors, les regards peuvent passer par-dessus les jugements qui enferment pour être habités par la confiance et le respect de l’autre.

Pâques, ce moment indicible, celui d’une tendresse passionnée pour la vie qui ébranle la dureté de la mort.

N’est-ce pas cela vivre.

Bernard Devert

Avril 2021

Veiller.

Cette veille est bien nécessaire si nous voulons être attentifs à ceux qui sont à terre, par terre. Cette exigence de l’écoute du cri des pauvres n’est-elle pas au cœur de notre engagement spirituel.

Veillez et priez, dit Jésus. En cette préparation pascale, cette Parole revêt une densité toute particulière.

Comment oublier l’interpellation de Dieu à Caïn qu’as-tu fait de ton frère ? En suis-je le gardien ? répond-il.

Oui, nous le sommes. Il ne s’agit pas d’une option, mais d’une ferme décision à prendre pour ne point déserter nos responsabilités.

L’espérance ne demeure que si la fraternité porte la trace de ces liens qui nous font proches de ceux qui sont en souffrance.

Ce frère pakistanais, dont je vous entretenais dans ma précédente chronique, a trouvé, grâce à vous, une solidarité qui fait chaud au cœur. Tout n’est pas réglé, certes, mais un changement s’opère. Que s’est-il passé, vous lui avez accordé votre attention ; un printemps s’éveille pour avoir brisé l’indifférence destructrice des relations.

Je vous en remercie très vivement.

Pour vous être déplacés auprès de cet homme, de ce frère, vous avez souligné le refus de cette ligne de démarcation invisible mais ô combien prégnante entre ceux qui ont la chance de pouvoir vivre et les autres qui survivent.

Veiller, à l’invitation du Christ, c’est déjà se laisser réveiller par l’éternité, laquelle est tout le contraire d’un espace définitif, clos, mais la source d’une genèse nous détachant de ce qui nous enferme pour aller vers ce que nous sommes appelés à devenir.

Or, notre terre est le déjà-là de cette genèse, un appel, comme co-créateurs, à donner du souffle à ce vivre-ensemble pour qu’il ne soit pas un simple leitmotiv, mais un programme riche de sens, chaque être étant reconnu pour ce qu’il est, unique.

Tout, alors, est différent.

Kant a cette suggestion, loin d’être indifférente à la veille : « Agis de manière à toujours traiter l’humanité, soit dans ta personne, soit dans celle de l’autre comme une fin, jamais comme un moyen ».

Cette fin n’est pas un terme, elle est un appel à saisir que ce que nous ne pouvons pas entreprendre peut l’être dans la dynamique d’une fraternité. Là s’éveille une ouverture, née du rayonnement diaphane d’une présence infinie, présence de l’autre.

Si l’urbanisation a oublié cette nécessaire fraternité, le confinement l’a mise en lumière.

Le vivre-ensemble interroge les conditions de l’hospitalité. Il s’agit d’assembler le puzzle de la Société en le faisant tenir, non point par la force ou de force, mais de par une volonté partagée de bâtir plus humain. Une utopie, mais vous êtes nombreux à veiller à ce que cet inespéré se construise. Là est le fil rouge pour vaincre l’inacceptable misère.

L’avenir est incertain ; il n’est pas inexorablement sombre.

Voyons dans cette crise des brèches qui sont comme des fenêtres. A les ouvrir, notre regard se modifiera si nous voulons bien l’aiguiser par une posture de veille.

L’espérance, déjà, fait entendre les bruissements d’un autrement.

Bernard Devert

Mars 2021