L’urgence d’un discernement pour ne point s’abîmer dans des oppositions destructrices

L’aveu forcé de l’ancien Ministre du budget suscite un tel opprobre que les mots ne semblent pas assez durs pour l’accabler. La sanction médiatique fait œuvre de destruction ; la peine de mort a déserté le code pénal mais elle demeure dans nos codes sociaux.

Si la responsabilité d’un seul ne peut entraîner celle de tous, il appartient au Gouvernement de « sortir par le haut » en mettant un terme à l’évasion fiscale évaluée à environ 200 milliards d’€, représentant quatre fois le financement du service de la dette.

Les regards se portent sur un arbre déraciné cachant une forêt de pratiques aussi illégales qu’immorales. Les politiques publiques, dit-on, atteignent leurs limites mais ne serait-ce pas pour consentir à ces évasions absolument insupportables alors que la crise affecte les plus fragiles de nos concitoyens.

Quand l’éthique connaît un tel chaos, la Nation sombre avec les risques qui peuvent surgir tant les déceptions amères sont grandes pour se traduire par cette formule délétère et excessive : « tous pourris ». Soyons justes, nombre d’élus ne sont pas indifférents à cette situation et sans doute peut-on se demander pourquoi le rapport du Sénateur Bocquet est resté sans suite.

La Société ne va pas seulement mal, plus grave encore elle a mal :

  • d’observer tant d’injustices et d’abîmes au point que la cohésion sociale est en souffrance.
  • de constater que les décisions ne sont pas au rendez-vous des défis à relever, sauf à proposer une rigueur, certes nécessaire, mais elle devrait être accompagnée d’une même exigence à l’égard de pratiques inacceptables qui « plombent » notre société. L’évasion fiscale est de celles-là. L’éradiquer ou pour le moins l’atténuer est possible, les Etats Unis ont pris à cet égard des décisions qui semblent porter des fruits.

L’heure appelle trois mesures :

  • le rapatriement des « sommes évadées »  en imposant qu’au moins la moitié d’entre elles soit investie au sein de fondations ou de PME dont l’activité est marquée par un fort impact social ou solidaire.
  • une fiscalité moins confiscatoire, qui n’est pas étrangère à cette évasion ; observer n’est pas justifier.
  • un effort de pédagogie pour mieux faire comprendre les causes de la crise et les options possibles pour la traverser. La démocratie s’efface pour faire le lit des extrêmes quand l’injustice est trop grande ou quand, dans un avenir incertain, l’opacité l’emporte sur la clarté des orientations.

Plus que de jugements, notre Pays a besoin de trouver la sérénité d’un discernement mettant le cap sur les cimes partagées dans une recherche de relations plus diaphanes pour être plus justes.

Bernard Devert

Un coup de tonnerre

Il y a un peu plus d’un mois, lorsque le Cardinal Tauran prononça habemus Papam, l‘Archevêque de Buenos Aires devenu l’Evêque de Rome toucha immédiatement les cœurs, créant la surprise en retenant le nom de François, en mémoire du Poverello, prophète et poète.

« Le pape s’est fait homme » dit spontanément un prieur italien.

Cette terre de l’Amérique latine est celle de martyrs. Comment ne pas faire mémoire de Dom Oscar Romero et de nombreux religieuses et religieux assassinés comme récemment Sœurs Alice et Léonie qui, après avoir été torturées, furent jetées à la mer.

Notre vieux continent bénéficie de la jeunesse et de l’enthousiasme du nouveau monde. Est-ce un hasard ?

Ancienne ou nouvelle, notre terre est ensanglantée, martyrisée par des conflits ouverts ou larvés. La misère résiste malgré l’augmentation considérable du produit intérieur brut et l’émergence des pays en voie de développement. La justice demeure en exil.

Nous l’observons, la force et la puissance ne résolvent rien, non plus que cette tentation de fermer des frontières. Qui, sans ajouter encore de nouveaux drames, peut reprocher aux oubliés de la croissance d’en rechercher les miettes.

D’emblée, le Pape François appela à ce n’ayez pas peur … peur de la bonté, de la générosité ; une invitation au ‘prendre soin’ marquant si fortement François d’Assise que de chevalier il devint l’homme du baiser au lépreux.

Que de lèpres naissent du péché, parfois si fortement structuré qu’il traverse les institutions sans que nous n’y prenions garde. Le don de la création se pervertit dans des îlots de possession où les avoirs brandis disent l’effacement du désir de la relation à l’autre pour rester dans celle du même.

Cette belle figure d’humanité qu’est St François parle à beaucoup, croyants ou non. Or, l’Evêque de Rome la donne dans sa perspective de revenir à l’essentiel : une Eglise pauvre pour les pauvres.

Dans le prolongement du 50ème anniversaire de Vatican II, François souligne l’urgence de ce ‘prendre soin’ pour que le monde ne touche pas les extrêmes d’une folie destructrice.

Il y eut ce baiser par lequel Jésus fut arrêté, mais François d’Assise, qui est sans doute celui qui a le mieux compris l’Evangile, offre cet incroyable baiser au lépreux. La relation n’est pas seulement restaurée, elle suscite un autre regard qui enfin ne s’arrête point sur les finitudes mais sur l’infini que chaque être porte en lui-même.

Lorsque le 13 mars, François regarda cette foule qui voulait savoir qui il était, d’aucuns saisirent très vite un fulgurant déchirement, un coup de tonnerre : la Pâque s’ouvrait.

L’inouï de ce passage a gardé sa promesse.

17 avril 2013

Rêver un Pape, ou rêver à une gouvernance plus ouverte de l’Eglise.

Lequel des cardinaux sera élu par ses pairs? Telle est la question largement présente dans l’actualité, soulignant non seulement une curiosité mais un réel intérêt pour l’Eglise ; il est plus grand qu’on ne le pense, comme nous avons pu l’observer lorsque Benoît XVI annonça la renonciation à sa charge.

La surprise créée par le Pape est-elle annonciatrice d’une décision de cette même veine quant à la gouvernance de l’Eglise ?

Quel Pape rêver ? La question est moins celle d’une personnalisation de la fonction, inévitable, que celle de l’attente d’une Eglise engagée au sein des inquiétudes et des angoisses de ce monde mais aussi de ses joies, pour reprendre l’expression si juste des Pères conciliaires dans la Constitution Gaudium et Spes.

Dans ces heures, le testament spirituel du Cardinal Martini n’aurait-il pas une singulière actualité : l’Eglise, disait-il, est en retard sur son temps, de 200 ans.

En Europe, ce n’est pas le déclin de la pratique religieuse qui est seulement en cause ; plus grave est le malentendu grandissant sur la question de Dieu. Si le Créateur est une présence, comment l’Eglise est elle présente à ce monde ? Toute déshumanisation est défiguration de Dieu.

Benoît XVI, humblement, précise qu’en conscience il doit s’effacer pour ne plus avoir la force de faire face aux attentes d’un monde bouleversé et bouleversant, à la recherche de repères.

Jamais sans doute, l’acte du « croire » ne fut autant celui d’une disponibilité à l’écoute de l’Esprit. L’heure n’est pas de restaurer mais d’imaginer.

Benoît XVI appela des laïcs à des fonctions d’experts au sein de la Curie, mais l’Institution demeure dominée par les clercs. Quelle ouverture, si des laïcs, en raison de leurs responsabilités, étaient aussi appelés au nom de leur baptême à participer directement, concrètement, aux orientations et aux décisions de l’Eglise.

Ne point relever les défis majeurs auxquels nos sociétés sont confrontées, c’est se mettre à distance de l’Evangile : « J’avais, faim, j’avais soif » (Mt 25). Ce cri de Dieu est le cri des hommes. Allons-nous l’étouffer ? Il nous faut entendre ce « n’aie pas peur » qui traverse tout l’Evangile jusqu’à conduire parfois à prendre des chemins de traverse.

Trop de jeunes sont les oubliés d’une société, touchés par un chômage grandissant, d’autant plus fort qu’ils habitent dans des pays émergents ou encore dans les quartiers sensibles des pays développés. Que d’enfances volées et massacrées !

Sans doute l’Eglise ne peut pas tout entreprendre mais elle doit « donner à voir la Parole » irrévocablement subversive, pour rester fidèle au Christ.

Que de frères et sœurs blessés sont au bord au bord du chemin. L’Eglise ne l’est vraiment que si elle est prophétique et créatrice d’humanité dans les lieux de fragilité. N’est-elle pas appelée à être une « communauté de Samaritains » pour que ce monde passe de l’hostilité si prégnante à l’hospitalité.

Le mystère de l’incarnation, nous éveille à l’inouï d’une communion entre ciel et terre. Utopie, ou folie ? Les rejeter n’est-ce point déserter la mission évangélique

L’Eglise doit dire non à la dictature des malheurs pour inlassablement susciter ce chemin de l’exode, une sortie qui ne conduit pas à quitter ce monde mais à l’habiter autrement. Le désirons-nous vraiment ?

N’attendons pas tout de l’Esprit, mais prions-le pour crier vers lui notre attente, l’assurant de notre audace pour vivre un monde plus humain, plus divin. Une tel souffle ne saurait être indifférent à l’avenir d’une l’Eglise attentive, proche des réalités, dans cette perspective où le Christ s’oppose aux fossoyeurs de l’incarnation.

Bernard Devert
Février 2013

Mercredi des Cendres : Mt 6, 1-6/16-18

Entrons joyeusement dans ce temps du Carême. L’expression peut apparaître étonnante, mais ne s’agit-il pas de vivre une transformation du regard pour non seulement lire les signes de résurrection, mais les vivre.

Les faces de Carême ne témoignent pas de la foi ou alors ce n’est point comprendre l’acte du croire qui nous met face à nos obligations d’hommes et de femmes pour précisément faire face à ce qui, en nous et autour de nous, déshumanise. L’espérance procède toujours d’une parole qui donne chair à un ‘autrement’.

C’est la vie qui importe pour Dieu. Elle est inscrite dès les premières pages de la Bible : « Qu’as tu fait de ton frère ». Cet appel est la clé d’un discernement, permettant, sans évasion ni illusion, de nous poser une autre question de la même veine : qu’as-tu fait de ton Père ? Le plus humain rejoint le plus divin.

Le carême est un chemin se propose à nous : il est d’abord celui de la promesse : la mort est traversée. Nous voici invités précisément à un chemin de traverse qui va renouveler notre prière pour nous écarter de l’inessentiel et des illusions d’où l’appel au jeûne non pas pour lui-même mais pour une plus vive attention à nos frères que la vie fragilise.

L’aumône n’est pas une fin en soi mais bien ce mouvement d’intériorité permettant d’habiter la Parole de Jésus : là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. Comment ne pas donner, se donner en partageant du temps, de ses relations, de son épargne pour que celui qui n’a pas de place la trouve enfin. Il ne s’agit pas seulement d’être solidaires mais d’être fraternels

Solidaires, nous le sommes lorsque vivant les mêmes risques il nous faut nous entraider ; une cordée est signe d’une solidarité ;  la fraternité va au-delà. Sécurisés nous allons à la rencontre de celui qui ne l’est pas. N’est-ce pas cela précisément le sens de l’aumône ? Ton Père voit ce que tu fais dans le secret et te le revaudra.

Le réalisme spirituel du Christ ne nous autorise pas à nous évader des situations, de celles parfois si ‘moches’ que nous saisissons l’urgence de les changer, comprenant alors qu’il nous faut changer.

Aime et tu comprendras, dit Saint Augustin.

Pour comprendre, il faut entendre. N’est-ce pas ce temps de la prière, autre chemin permettant cette traversée à partir de laquelle le Seigneur appelle à prier avec Lui, comme il le demanda à ses disciples. La prière est souffle d’une libération. Alors vient le temps d’une disponibilité qui nous met enfin à distance de nos idées qui sont souvent nos barreaux invisibles, de nos avoirs qui nous enferment dans nos certitudes et de nos savoirs qui nous donnent l’illusion d’un certain pouvoir.

Sur ce chemin de carême, nous irons avec le Christ au désert. Là, il entendit le ‘diabolos’ lui demander d’être plus Dieu qu’homme. Jésus fit un choix, celui-là même d’être avec nous, parmi nous. Au diable, les fossoyeurs de l’incarnation !

Et nous, pendant ces quarante jours, qu’enverrons-nous au diable ?

Cette interrogation ne révélerait-elle pas ce qui se joue en ce temps de carême. Quelle magnifique aventure d’humanité ! Oui, vraiment la tristesse n’a pas sa place.

Bernard Devert
1er février 2013

Des signes d’espérance

Le titre de mon propos peut surprendre alors que la précarité s’aggrave, qu’ici et là des tensions se font jour comme autant de replis identitaires face à un monde qui bouge, entrainant les crispations que suscite tout changement.

Or ces changements sont signes d’espérance. Qui aurait pensé, il y a encore cinq ans, que les murs allaient tomber entre les entreprises et les associations : deux mondes qui, sans s’ignorer, ne pensaient pas qu’ils pouvaient lutter ensemble contre la pauvreté.

Faites moi de bonne politique, rappelait le Baron Louis, et je vous ferai de bonnes finances. Quel changement pour constater que les politiques financières ont quitté le champ de la technique pour devenir un art majeur de la gestion de la Cité.
Avec la crise financière on a vu apparaître des entreprises faisant appel au soutien des États pour ne point sombrer et des politiques sociales en souffrance pour observer combien l’Etat-providence était lui-même en difficulté. Se propose alors à notre discernement la question des solidarités nouvelles à faire naître.

Cette interrogation est ‘fil rouge’ de la lutte contre les inégalités qui ont dramatiquement progressé comme en témoigne le mal logement, syndrome des fractures sociales.
Dans les réponses possibles, s’esquisse un concept dynamique, celui de l’entrepreneuriat qui ne demande pas à être qualifié de social ou de solidaire, dès lors qu’entreprendre durablement c’est désirer faire société en incluant davantage de confiance et de solidarité.

Qui aurait pensé, il y a même seulement trois ans, que l’entrepreneuriat se révèlerait une chance pour que l’entreprise ait un statut juridique. Si les sociétés sont omniprésentes, les entreprises sont juridiquement absentes.
Ce grand juriste que fut Jean Ripert rappelait que le monde est peuplé d’êtres nouveaux qui ne sont pas comptés dans le dénombrement de la population mais qui pourtant sont aussi vivants que les êtres physiques. Or, cette ‘population nouvelle’ est recensée de façon singulièrement réductrice pour donner aux seules sociétés, une capacité de plein exercice, l’entreprise apparaissant un être mineur dépourvu d’un statut juridique.

L’épargne solidaire ne serait-elle pas ce vecteur par lequel l’entreprise trouvera un statut.

La création n’est pas seulement le fait des actionnaires, même s’ils la rendent possible, elle est aussi celui des salariés déçus de voir que, concourant au développement de l’entreprise, ils ne bénéficient pas toujours de ses résultats, non plus que d’une participation aux décisions qui se prennent au sein des organes de gestion relevant davantage de la société (au sens de l’article 1832 du code civil) que de l’entreprise.
Est-il juste de considérer que les actionnaires sont les seuls propriétaires de l’entreprise ? Certes, ils possèdent un titre financier mais cette part du capital est susceptible d’être cédée en bourse du jour au lendemain. Une responsabilité aussi limitée dans la durée ne met-elle pas en exergue le vide juridique du statut de l’entreprise confrontée à d’importantes obligations, à commencer par ses engagements vis-à-vis des salariés.

Des chantiers s’ouvrent.

Comment ne pas saluer l’action conduite par le Président du Conseil Supérieur du Notariat, Maître Jean Tarrade, qui vient d’offrir à Habitat et Humanisme une convention de partenariat. Ainsi, de grands acteurs juridiques au service des personnes physiques ou morales se mobilisent pour des actions novatrices dans cette conscience partagée que l’innovation est une des clefs de sortie de crises.

L’épargne solidaire était inconnue il y a encore dix ans, pour n’être appréhendée que par les militants de causes humanitaires.
Or, cette approche de l’économie suscite un réel intérêt qui ne s’est point démenti avec la crise financière, laquelle lui a plutôt donné des lettres de noblesse pour faire surgir la seule question qui vaille : quel sens donner à l’agir que l’épargne solidaire donne à revisiter ? Actuellement elle représente 1/1000 de l’épargne circulant des Français ; l’objectif est de la porter à 1%.
Une utopie ? Pourquoi pas, mais ne relève-t-elle pas de l’urgente obligation de non point prédire un avenir mais le rendre possible.

Comment ne pas saluer Claude Alphandéry qui lança le laboratoire de l’économie solidaire après avoir réuni au Palais Brongniart des dizaines de milliers de personnes qui entendent investir sur des valeurs à fort impact social.

Comment ne pas non plus exprimer notre gratitude à François de Witt qui, comme président de Finansol, s’est singulièrement engagé pour faire reconnaître l’intérêt éminent de cette économie et de ses acteurs.

Il nous souvient de ce mot de Bernanos ‘j’ai entendu le craquement de l’âme’ ; ne serait-il pas aussi celui de nos rigidités pour un monde plus flexible, attentif aux fragilités, signes d’une humanité où les biens sont au service des liens.

Bernard Devert
janvier 2013

Les manifestants du 13 janvier ou des conservateurs d’un avenir en marche

L’enfant n’est pas un droit, il est un don ; il a fallu des siècles pour que les hommes comprennent qu’ils n’avaient pas tous les droits sur leurs enfants. Abraham lui-même a dû arrêter son bras meurtrier, apprenant qu’Isaac avait un autre Père.

L’enfant-roi, l’enfant pour moi, ne serait-il pas le signe d’une civilisation qui s’inscrit dans la puissance jusqu’à considérer que ne pas posséder un enfant est une discrimination et une injustice.

Le raz de marée de ce dimanche vient dire « stop » à une telle approche. Le possible de l’avenir devrait-il surgir seulement de ce que nous décidons. Une société qui n’offre pas l’hospitalité à la différence ne porte-t-elle pas en germe les traces de l’hostilité, laquelle n’est elle pas déjà prégnante lorsque les Pouvoirs Publics n’entendent pas la parole de ceux qui se sont déplacés le 13 janvier.

Cette manifestation n’est pas que « consistante » selon l’expression « à minima » de l’Elysée. Il serait sage qu’elle soit être reconnue pour ce qu’elle est : un appel serein, espérant, déterminé pour une législation ouverte et raisonnable sur un fond de relation respectueuse, aux antipodes de ces affirmations péremptoires du droit à l’enfant et du refus de la différence.

Acceptons qu’il y ait des voies différentes appelant le respect des homosexuels comme des hétérosexuels, des croyants et des non croyants, des blancs et des noirs, dans cette conviction que nous formons une famille humaine mais ne brouillons pas à plaisir le chemin.

Soyons aussi attentifs à ces enfants qui souffrent, se rappelant qu’un sur cinq est victime du mal logement.

Que de drames comme celui de cette maman et son enfant qui ont vécu un temps d’enfer pour avoir connu la rue, la promiscuité avec la misère laissant bien des séquelles. Elles ont pu être accueillies au bout d’un an dans un immeuble situé dans un quartier les éloignant des stigmatisations de la souffrance sociale. Alyssa, 9 ans, a retrouvé un équilibre psychique. Avec une maturité qu’accélèrent les épreuves, elle exprime sa joie d’avoir une chambre pour elle. L’accompagnement réservé à sa maman offre à ce foyer une sécurité transformatrice des relations.

L’enfant n’est pas un droit mais il a droit à toute notre attention, à cette tendresse que seul autorise un chez-soi décent.

Un père, une mère, c’est élémentaire exprimaient fort justement les manifestants, tout comme le logement est un droit élémentaire.

Il est de ces avancées qui ne se trouvent pas seulement dans la revendication du ‘je veux’ ou ‘j’exige’ mais à partir d’une prise de conscience invitant à devenir moins solitaires pour être plus solidaires d’un monde à humaniser, là où les obligations l’emportent sur les droits, là où l’autrement n’est ni jugé ni banalisé.

Bernard Devert