Rêver un Pape, ou rêver à une gouvernance plus ouverte de l’Eglise.

Lequel des cardinaux sera élu par ses pairs? Telle est la question largement présente dans l’actualité, soulignant non seulement une curiosité mais un réel intérêt pour l’Eglise ; il est plus grand qu’on ne le pense, comme nous avons pu l’observer lorsque Benoît XVI annonça la renonciation à sa charge.

La surprise créée par le Pape est-elle annonciatrice d’une décision de cette même veine quant à la gouvernance de l’Eglise ?

Quel Pape rêver ? La question est moins celle d’une personnalisation de la fonction, inévitable, que celle de l’attente d’une Eglise engagée au sein des inquiétudes et des angoisses de ce monde mais aussi de ses joies, pour reprendre l’expression si juste des Pères conciliaires dans la Constitution Gaudium et Spes.

Dans ces heures, le testament spirituel du Cardinal Martini n’aurait-il pas une singulière actualité : l’Eglise, disait-il, est en retard sur son temps, de 200 ans.

En Europe, ce n’est pas le déclin de la pratique religieuse qui est seulement en cause ; plus grave est le malentendu grandissant sur la question de Dieu. Si le Créateur est une présence, comment l’Eglise est elle présente à ce monde ? Toute déshumanisation est défiguration de Dieu.

Benoît XVI, humblement, précise qu’en conscience il doit s’effacer pour ne plus avoir la force de faire face aux attentes d’un monde bouleversé et bouleversant, à la recherche de repères.

Jamais sans doute, l’acte du « croire » ne fut autant celui d’une disponibilité à l’écoute de l’Esprit. L’heure n’est pas de restaurer mais d’imaginer.

Benoît XVI appela des laïcs à des fonctions d’experts au sein de la Curie, mais l’Institution demeure dominée par les clercs. Quelle ouverture, si des laïcs, en raison de leurs responsabilités, étaient aussi appelés au nom de leur baptême à participer directement, concrètement, aux orientations et aux décisions de l’Eglise.

Ne point relever les défis majeurs auxquels nos sociétés sont confrontées, c’est se mettre à distance de l’Evangile : « J’avais, faim, j’avais soif » (Mt 25). Ce cri de Dieu est le cri des hommes. Allons-nous l’étouffer ? Il nous faut entendre ce « n’aie pas peur » qui traverse tout l’Evangile jusqu’à conduire parfois à prendre des chemins de traverse.

Trop de jeunes sont les oubliés d’une société, touchés par un chômage grandissant, d’autant plus fort qu’ils habitent dans des pays émergents ou encore dans les quartiers sensibles des pays développés. Que d’enfances volées et massacrées !

Sans doute l’Eglise ne peut pas tout entreprendre mais elle doit « donner à voir la Parole » irrévocablement subversive, pour rester fidèle au Christ.

Que de frères et sœurs blessés sont au bord au bord du chemin. L’Eglise ne l’est vraiment que si elle est prophétique et créatrice d’humanité dans les lieux de fragilité. N’est-elle pas appelée à être une « communauté de Samaritains » pour que ce monde passe de l’hostilité si prégnante à l’hospitalité.

Le mystère de l’incarnation, nous éveille à l’inouï d’une communion entre ciel et terre. Utopie, ou folie ? Les rejeter n’est-ce point déserter la mission évangélique

L’Eglise doit dire non à la dictature des malheurs pour inlassablement susciter ce chemin de l’exode, une sortie qui ne conduit pas à quitter ce monde mais à l’habiter autrement. Le désirons-nous vraiment ?

N’attendons pas tout de l’Esprit, mais prions-le pour crier vers lui notre attente, l’assurant de notre audace pour vivre un monde plus humain, plus divin. Une tel souffle ne saurait être indifférent à l’avenir d’une l’Eglise attentive, proche des réalités, dans cette perspective où le Christ s’oppose aux fossoyeurs de l’incarnation.

Bernard Devert
Février 2013

2 commentaires sur “Rêver un Pape, ou rêver à une gouvernance plus ouverte de l’Eglise.

  1. Cher Bernard, Merci de ta réflexion. Tu dis n’attendons pas tout de l’Esprit, mais prions-le .. l’assurant de notre audace, audacieux que tu es.. » Audace de le-reconnaître-là-où-il est », comme le dit Jean: »Il est dans le monde, et le monde ne l’a pas conu, il est chez lui, et les siens ne l’ont pas reçu. »
    Fraternellement – Marc ROUFFET

  2. Annecdote: La veille de sa consécration à l’épiscopat LOUIS CHARPENET, évêque de YAGOUA me dit: » Marc, demande pour moi à l’Esprit Saint qu’il me donne le don du « DISCERNEMENT ». …

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