Du souvenir à la mémoire

Jean Moulin, trahi dans des conditions obscures, est arrêté le 21 juin 1943, à Caluire. La Gestapo l’attendait.

L’homme qui constitua et présida le Conseil National de la Résistance savait, comme chacun de ses membres, qu’il était en danger de mort. Il l’avait accepté. Passionnément, il entendait redonner à la France sa liberté, sa grandeur, pour effacer une capitulation amère et douloureuse devant le pouvoir nazi qui dans cette ‘mascarade du mal’, suivant l’expression de Dietrich Bonhoeffer, brouillait toute éthique.

Serviteur de l’Etat, le chaos de l’esprit l’insupportait.

Jean Moulin sut tenir. Gardant le silence malgré la torture, il protégea ceux-là mêmes entrés à leur tour en résistance. Son agonie se termine dans un wagon le conduisant vers un camp de concentration. Mort, mais plus vivant que jamais, il opposa aux Nazis et à la Gestapo une puissance intérieure qui, si elle n’a pu ébranler leur déshumanité, contribua à notre victoire.

Souvenons-nous de l’allocution qu’André Malraux prononça le 19 décembre 1964 lors du transfert des cendres au Panthéon du ‘Combattant de l’ombre’. La France, dit-il, avec Jean Moulin avait pu compter non seulement sur des français résistants mais sur la Résistance française, lui offrant l’accent invisible de la fraternité pour en faire un combat.

Ce combat conserve une singulière actualité. Que d’hommes sont rejetés, oubliés, massacrés par des idéologies perverses et rampantes qui ne demandent, si on n’y prend garde, qu’à resurgir pour ne point parvenir à extirper le racisme destructeur du tissu social.

Devant ce mal brutal et odieux, il n’y a pas d’autre combat que celui de la fraternité ; il est permanent. Il doit demeurer le nôtre.

Il n’y a pas de communes où une rue ou une école ne porte le nom de Jean Moulin. Pour autant la fraternité, vecteur de la cohésion sociale, est bien souvent en souffrance.

Caluire, pour honorer Jean Moulin, a mis en place des oriflammes avec la mention : une année pour se souvenir. Certes, mais encore convient-il de donner une plus grande acuité à la lutte contre le refus du racisme pour entrer dans une mémoire transformatrice de l’avenir.

Cet avenir est compromis pour des centaines de milliers d’enfants, victimes du mal logement pour être avec leurs parents les parias d’une société qui éloigne les plus pauvres dans de lieux de ghettoïsation. N’est-ce pas un racisme au moins passif à l’égard duquel Jean Moulin a résisté.

Comment, à notre tour, ne pas entrer en résistance pour que de tels drames perdent de leur actualité ?

Dans cette crise endémique du mal logement, l’heure est de s’éloigner des sursis à statuer pour que des programmes à vocation intergénérationnelle se réalisent, témoignant d’une vitalité de la fraternité. Alors, concrètement, se lèvera une aurore dissipant nuits et brouillards derrière lesquels se cache le refus de l’autre.

En ce 70ème anniversaire de l’arrestation de Jean Moulin, reprenons le ‘chant des partisans’ avec tous les veilleurs de fraternité. Nombreux sont-ils ces combattants de l’ombre qui résistent pour que l’espoir ne meure point.

Bernard Devert
Juin 2013

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s