L’intervention du pape à Strasbourg, une invitation à revisiter nos idéaux.

La crise financière et sociale, aggravée par un scepticisme alimenté par des courants de pensée sécuritaires et identitaires, jette un voile sur les idéaux fondateurs de l’Europe. L’Institution est aussi affaiblie pour avoir servi d’alibi aux Etats-membres, se justifiant ainsi de leurs difficultés intérieures.

A Strasbourg, le Pape François a donné non point une leçon de morale mais inaugurale aux membres du Parlement et du Conseil de l’Europe. Soulignant la crispation d’une Europe qui à trop vouloir se protéger se referme au point de perdre sa vitalité, il lance cet appel : où est ta vigueur.

Une leçon de morale ! Assurément non, une invitation pressante à changer pour ne point se dérober aux défis que l’Europe se doit de relever.

Où est ta vigueur ? Ne te cache pas derrière ton âge, dit-il en substance. Il n’est un naufrage que dans cette posture sauvage d’un refus de l’autre, de sa dignité et du droit à la différence.

De partout, précise-t-il, on a une impression générale de fatigue et de vieillissement, d’une Europe grand-mère et non plus féconde et vivante. Le véritable vieillissement n’est pas biologique. Il naît, souligne François, de l’absence d’une authentique orientation anthropologique.

L’homme qui nous parle ne s’enferme pas dans ses années. Libre, il en est détaché pour être animé par la passion de la vie, triste des comportements mortifères que connaît l’Europe : la mer, cimetière des migrants ; l’opulence insoutenable et indifférente au monde environnant, surtout aux plus pauvres.

Sa parole est ‘décalée’ pour avoir l’audace de croire à l’événement fondateur de la pierre qui roula, laissant un tombeau vide  pour à son tour ‘se laisser évider’ suivant l’expression de Teilhard de Chardin dans « le Milieu Divin ». Alors la disponibilité intérieure se révèle source de créativité.

François, pour se demander qui suis-je pour juger, marque l’histoire non pas de sentences, mais d’un appel à risquer.

A Strasbourg, reprenant la célèbre apostrophe de Jean Paul II : n’ayez pas peur, il appelle à discerner les inquiétudes qui paralysent pour ne point suffisamment en percevoir les énergies créatrices.

L’Europe ne saurait être un marché, ou alors nous sommes dupes d’idées de puissance mettant en dérive les idéaux privilégiant la réconciliation pour que cessent enfin les guerres ; elles n’ont pas vraiment disparu. Si elles ne tuent plus physiquement, elles ne sont pas sans laisser des traces funestes aux 32 millions de chômeurs européens et aux 4,1 millions de sans-abri.

Quelle est ta vigueur pour que les plus fragiles ne subissent point une telle rigueur alors que les Etats s’appauvrissent et que les grandes entreprises s’enrichissent avec les évasions fiscales qui ne parviennent pas à être contenues. L’horizon laisse prévoir encore plus de riches, mais aussi davantage de pauvres. Une telle injustice, si elle ne s’arrête point, est annonciatrice d’un grave choc de la cohésion sociale.

Il est l’heure de s’éveiller.

Et si la leçon donnée à Strasbourg était une invitation à des travaux pratiques pour que l’économie soit enfin celle de la gestion commune de la « maison Europe » au sein de laquelle ses habitants risqueraient l’ouverture des portes. Quand les idéaux ne transportent plus, le vieillissement se substitue au jaillissement de la vie.

A Strasbourg, François propose à l’Europe de ne point se dérober à son rendez-vous avec le monde. Une confiance vigoureuse qui ouvre un chemin d’espérance.

Bernard Devert
décembre 2014

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