Pâques, ou la libération des inessentiels

La résurrection du Fils de l’homme alors qu’elle est un événement majeur s’exprime sur un mode mineur, la discrétion et le silence. A regarder de plus près, elle porte la trace de l’humilité et de la puissance illimitée d’effacement, signes de la présence divine.

La mort traversée, le Ressuscité se révèle sur nos chemins de traverse, éloignés des autoroutes de la pensée convenue. Nos clichés sur Dieu et sur l’homme se brisent.

Pâques conduit à sortir de ce moi préfabriqué qui enferme, et auquel nous tenons pour se protéger du fragile sans trop comprendre qu’il nous met à distance de la vie.

Le Ressuscité ne s’impose pas mais se propose à notre liberté. Qu’est-ce qu’être libre si ce n’est consentir à se dépouiller du vieil homme dont le cœur de pierre est refus de la vulnérabilité.

Un des signes de la résurrection est précisément la pierre roulée. Tout est bousculé, sans dessus-dessous, L’improbable s’inscrit dans une actualité dont il est difficile de rendre compte sans en faire l’expérience.

Comment expliquer que Marie-Madeleine, écrasée par la perte de Celui qu’elle aimait, se rende au tombeau, de grand matin, alors qu’il fait encore nuit.

Elle court ; le tombeau est vide, au diapason de ce qui s’est évidé en elle-même. A quoi pouvait-elle penser si ce n’est à une profanation s’ajoutant à la crucifixion barbare, déni de Celui qui est vie.

Elle court, brisée, vers cette petite Communauté démantelée éprouvant en ces moments de grande peine le besoin de se rassembler. Triste nouvelle : on a enlevé le Seigneur de son tombeau.

Pierre et Jean, se mettent à leur tour à courir, mais dans leur tête et dans leur cœur, la course est encore plus folle et tragique, pour imaginer que Celui dans lequel ils ont malgré tout espéré aurait disparu à jamais. Le corps violenté au-delà de l’imaginable aurait été volé

Ce trop-plein de peine va se transformer en une plénitude d’espérance.

Ils vont repérer les signes du passage, des linges pliés ainsi que le suaire. Dans leur chaos intérieur, les deux disciples disent que chaque chose est à sa place. Puis, soudain éclate l’essentiel pour se demander quelle place est désormais la leur.

C’est là que surgit le temps de la mémoire, une plongée dans un avenir inespéré.

Les textes disent que tous coururent vers le tombeau, que les disciples d’Emmaüs s’éloignèrent rapidement de Jérusalem, jusqu’au moment de la rencontre où chacun comprend que vivre la Pâque du Christ c’est entrer dans le déjà-là de nouveaux possibles. La pierre est vraiment roulée, le tombeau n’est pas seulement vide, il est ouvert. Alors de grâce, ne l’encombrons pas de nos crispations et de nos illusions.

Quelle ouverture ? La question précisément témoigne que le cœur brûle, que la chair tremble, autant de frémissements annonciateurs de notre Pâque.

Bernard Devert
Mars 2015

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