Le Magnificat, une prière pour ces temps bouleversés.

Difficile de dire Magnificat alors que tant d’hommes sont menacés, vilipendés et bafoués jusqu’à devoir quitter leur terre devenue inhospitalière.

Quitter, c’est pour les uns entrer dans une ère nouvelle et espérante alors que pour d’autres, c’est affronter des traversées à haut risque quand elles ne sont pas mortifères. Le Pape François s’insurge sur le fait que la Méditerranée devienne un vaste cimetière de par la globalisation de l’indifférence (cf. encyclique Laudato si).

Le devoir d’assistance à personne en danger est oublié. Les organismes caritatifs en rappellent l’urgence et les institutions internationales, telle l’ONU, soulignent la nécessité de quotas. Si notre humanité est blessée, elle est aussi gravement blessante. L’évêque anglican de Douvres écrivant fort justement « les migrants ne sont pas d’abord un problème mais des êtres humains ».

Des frères sont délogés de leur monde, souvent brutalement, sans parvenir à trouver une nouvelle place. Je pense à ce jeune-homme, Bakari,  qui dut quitter seul, il y a trois ans, le Mali ; il avait 15 ans. Sa mère l’a confié à un passeur pour lui donner une chance de rester en vie, son père ayant été sauvagement assassiné.

En France après trois années de galère, un accompagnement lui est réservé, mais son avenir reste encore insécurisé.

La tentation est d’ériger des frontières, autant de lignes imaginaires. Qui peut penser qu’elles ne céderont pas devant l’immense misère, aggravée par une brutalité destructrice et une économie irrespectueuse de la planète, cause d’un dérèglement climatique touchant les populations les plus pauvres ; elles n’ont bénéficié d’aucun avantage de cette course à la puissance, mais elles en subissent, les premières, les conséquences jusqu’à devoir s’exiler.

En cette fête de l’Assomption, comment ne pas nous souvenir de la parole de l’ange à Marie : sois sans crainte ; elle nous est adressée.

La crainte n’est pas appelée à être occultée ou niée, mais traversée par un oui plénier à l’existence, refusant ces désordres établis pour susciter un nouvel ordonnancement des richesses, accompagné de sécurités hiérarchisées à l’attention de ceux qui ont tout perdu pour avoir dû s’enfuir de leurs enfers.

« Il renverse les puissants », observant que les idées de puissance progressivement apparaissent décalées, telle la croissance comme finalité.

Cette prise de conscience ne participe-t-elle pas à la prière du Magnificat, sois sans crainte, un autrement se dessine.

« Il renvoie les riches les mains vides », non point rejetés mais pour leur permettre d’expérimenter que quand rien ne manque, tout manque. Vivre c’est vibrer non dans la recherche d’addictions à l’argent, au plaisir ou au pouvoir mais à partir de ces rencontres qui souvent nous changent jusqu’à nous faire exister autrement. Magnificat, alors !

Souvenons-nous de Dante dans le Paradis : ô Toi qui ennoblis la vie de telle manière que Celui qui était son créateur a voulu se faire sa créature. Tout est bouleversé, renversé ; alors s’ouvre un autre chemin nous éloignant des inessentiels pour devenir plus humains.

Magnificat, pour l’acuité et actualité de cette prière.

Bernard Devert
15 août 2015

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